C’est une situation inédite pour les 14 millions de retraités du secteur privé : pour la première fois depuis la fusion de l’Agirc et de l’Arrco en 2019, leurs pensions complémentaires ne seront pas revalorisées au 1er novembre 2025. Cet article analyse les raisons de ce gel et ses implications financières majeures.
Pour la première fois depuis la fusion de l’Agirc et de l’Arrco en 2019, les 14 millions de retraités du secteur privé ne verront aucune revalorisation de leur pension complémentaire au 1er novembre 2025, entraînant un gel total des pensions. Chaque année, ce processus de revalorisation était un moment attendu pour ajuster le pouvoir d’achat des retraités à l’inflation. Cette situation sans précédent soulève des interrogations sur les raisons et les enjeux financiers du régime.
Pourquoi la revalorisation n’a pas eu lieu : absence d’accord entre partenaires sociaux
Le 17 octobre 2025, le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco a décidé du taux de revalorisation des pensions complémentaires. À l’issue de discussions conflictuelles, aucun consensus n’a été atteint entre les syndicats et les représentants patronaux. La règle paritaire stipule explicitement qu’en l’absence d’accord, il ne peut y avoir de revalorisation.
Historiquement, même en années de faible inflation, une augmentation, même minime, était réalisée. En 2024, par exemple, une hausse de 1,6 % avait été décidée.
La règle de calcul théorique
Pour appréhender ce blocage, il est essentiel de rappeler le cadre légal de négociation établi par un accord interprofessionnel signé le 5 octobre 2023. Cet accord stipule que la revalorisation annuelle doit théoriquement refléter l’évolution des prix à la consommation, hors tabac, selon les estimations de l’Insee, diminuée de 0,4 point.
Pour 2025, l’inflation hors tabac était évaluée à environ 1 % par l’Insee, aboutissant à un taux de base pour la discussion établi à 0,6 %.
La marge de manœuvre des partenaires sociaux
L’accord de 2023 prévoyait une marge de manœuvre supplémentaire, permettant au conseil d’administration d’ajuster ce taux de base dans une fourchette de ± 0,4 point. Par conséquent, les partenaires sociaux pouvaient théoriquement fixer la revalorisation entre 0,2 % et 1 %.
Les discussions se limitaient donc à déterminer le point précis de cette augmentation, ce qui rend l’absence d’accord d’autant plus significative.
Positions des syndicats et du patronat : exigences inconciliables
Malgré la marge de manœuvre, les positions des syndicats et du patronat sont restées irréconciliables.
Les syndicats : jusqu’à 1 % pour compenser le gel des retraites de base
Les syndicats, incluant la CFDT, CGT, FO, CFTC, et CFE-CGC, ont plaidé pour une revalorisation maximale de 1 %. Leur argumentation reposait sur plusieurs faits :
- Solide situation financière du régime : l’Agirc-Arrco a enregistré un excédent de 1,6 milliard d’euros en 2024, avec des réserves dépassant 85 milliards d’euros, ce qui rendait une augmentation de 1 % viable.
- Contexte social défavorable : avec le gel des pensions de base de la Sécurité sociale prévu en 2026, les syndicats estimaient qu’il était crucial de relever la retraite complémentaire pour protéger le pouvoir d’achat des seniors.
- Inflation réelle pour les retraités : bien que l’inflation globale soit modeste, certaines dépenses essentielles pour les retraités, telles que la santé et l’énergie, continuaient d’augmenter rapidement.
Le patronat : un taux minimal à 0,2 % pour préserver l’avenir
De leur côté, les organisations patronales, notamment le Medef, CPME et U2P, défendaient une revalorisation minimale de 0,2 %. Leur principal argument reposait sur la suspension de la réforme des retraites annoncée par le gouvernement, qui, selon eux, entraînerait une augmentation des dépenses du régime.
En effet, si l’âge légal de départ à la retraite n’augmentait pas, cela signifierait un nombre accru de retraités plus tôt que prévu, impactant négativement les comptes de l’Agirc-Arrco. Le patronat a donc plaidé pour la prudence afin de constituer des réserves face à cette évolution démographique potentielle.
Malgré des propositions intermédiaires de la part des syndicats, telles que 0,8 %, le patronat a maintenu sa position inflexible, conduisant à un blocage des négociations.
Des réserves abondantes mais un veto patronal
Un paradoxe majeur réside dans la santé financière du régime. Contrairement à la Sécurité sociale dans les branches maladie ou famille, l’Agirc-Arrco se porte bien. Depuis 2021, les comptes sont équilibrés.
| Indicateur financier | Montant (2024/2025) |
|---|---|
| Excédent annuel (2024) | 1,6 milliard d’euros |
| Réserves totales | 85,4 milliards d’euros |
| Règle de prudence | Couverture d’au moins 6 mois de pensions |
Bien que le régime respecte sa règle d’or, aucune revalorisation n’a été effectuée. Les raisons avancées pour le refus patronal incluent :
- Préventive face aux futurs déséquilibres démographiques: Cette situation pourrait imposer à l’Agirc-Arrco de verser des pensions à un nombre accru de bénéficiaires prématurément.
- Vigilance économique: Dans un climat d’incertitude, les employeurs préfèrent conserver des réserves.
- Pressions politiques potentielles: Certaines rumeurs suggèrent que des pressions ont été exercées par les hauts responsables gouvernementaux pour avertir les représentants patronaux d’hésiter à approuver une hausse des pensions trop évidente.
Les syndicats dénoncent ainsi un refus catégorique des employeurs de partager les bénéfices d’une gestion saine et excédentaire.
Conséquences pour les retraités et perspectives pour 2026
Les implications de cette situation sont étendues et les perspectives pour 2026 demeurent incertaines.
Un double gel en 2025-2026
Le gel des revalorisations au 1er novembre 2025 impacting directement les pensions versées jusqu’en octobre 2026, engendrera une stagnation des revenus pour de nombreux retraités.
De plus, la valeur d’achat du point, utilisée pour convertir les cotisations en droits futurs, restera inchangée au 1er janvier 2026, ce qui affectera les actifs en cours de cotisation.
Une double peine pour le pouvoir d’achat
Cette situation s’inscrit dans un contexte déjà difficile pour les retraités. Selon le projet de loi de finances pour 2026, plusieurs mesures pourraient réduire encore le pouvoir d’achat :
- Le gel des pensions de retraite de base pour 2026.
- Une sous-indexation possible des pensions dès 2027.
- Une réforme de l’abattement de 10 % sur les pensions soumises à l’impôt sur le revenu.
Ces mesures cumulées pourraient entraîner une érosion significative du pouvoir d’achat des 14 millions d’ex-salariés du secteur privé.
Quelle issue pour 2026 ?
Le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco se réunira à nouveau à l’automne 2026 pour aborder la revalorisation prévue pour le 1er novembre 2026. Les syndicats espèrent que cette situation de gel ne sera qu’un incident isolé.
La CFTC envisage déjà une évaluation juridique de la légalité de cette absence de revalorisation et n’exclut pas d’entreprendre des actions pour contraindre le régime à appliquer, au minimum, le taux de 0,6 % prévu par l’accord initial.
D’ici là, les retraités n’ont d’autre choix que de se résigner face à la stagnation de leurs revenus, dans un climat économique déjà incertain. Pour les actifs, cela souligne l’importance des négociations paritaires, dont les aboutissements sont de plus en plus imprévisibles.
Mon avis :
La décision de ne pas revaloriser les pensions complémentaires des retraités du secteur privé au 1er novembre 2025 résulte de l’absence d’accord entre syndicats et patrons, malgré un excédent de 1,6 milliard d’euros. Ce gel, inédit, pèse sur le pouvoir d’achat des 14 millions de retraités, aggravé par le gel des pensions de base prévu pour 2026.





