LightInk promet 6 à 10 mois d’autonomie sur une batterie de 100 mAh, avec un record de 9 mois avant relais du solaire. Imaginée par Daniel Ansorregui, cette montre connectée open source mise sur un écran E-Ink, un ESP32 optimisé et les connexions WiFi, Bluetooth et LoRa.
La batterie reste le point faible des montres connectées
Les montres connectées savent tout faire, sauf tenir longtemps. Chez Apple, l’Apple Watch Series 10 annonce jusqu’à 18 heures d’autonomie en usage standard, et jusqu’à 36 heures en mode économie d’énergie, selon le comparateur officiel de la marque. On reste donc sur un produit à recharger très souvent. À l’autre extrémité du marché, Garmin promet avec l’Instinct 2 Solar jusqu’à 28 jours en mode montre connectée, voire une autonomie « illimitée » avec apport solaire dans certaines conditions d’exposition. La différence est énorme, et elle dit une chose simple : l’autonomie dépend d’abord des choix d’architecture, pas seulement de la taille de la batterie.
C’est précisément là que LightInk se démarque. Le projet de Daniel Ansorregui ne cherche pas à rivaliser avec les montres premium sur les animations, les apps ou les capteurs santé. Il attaque un problème plus terre à terre : garder une montre fonctionnelle au poignet pendant des mois, puis laisser le solaire prendre le relais quand la consommation devient assez basse pour être compensée par la lumière.
LightInk ne vend pas du rêve, il coupe dans le gras énergétique
Le point de départ remonte à 2019, selon la page projet publiée sur Hackaday.io. L’objectif initial était simple : créer une montre solaire capable d’envoyer des paquets LoRa vers un récepteur à la maison. Après plusieurs itérations et des essais sur des bases proches du projet open source Watchy, le développeur a fini par abandonner le matériel prêt à l’emploi pour concevoir sa propre carte.
Le cœur du système repose sur un microcontrôleur ESP32, un écran E-Ink de 1,54 pouce, une gestion d’alimentation personnalisée, et un module radio Wio-SX1262 pour la couche LoRa. Le dépôt officiel sur GitHub précise aussi plusieurs partis pris qui n’apparaissaient pas dans le texte d’origine : pas d’accéléromètre, car même désactivé il consommerait environ 1 µA selon le créateur ; des contrôles capacitifs à la place des boutons ; un support du GPS, du haut-parleur piezo, de la vibration et d’une LED, mais avec l’idée claire que ces fonctions doivent rester ponctuelles si l’on veut préserver l’autonomie.
Mon avis est net : c’est le bon arbitrage. Beaucoup de montres veulent cocher toutes les cases. LightInk fait l’inverse. Il retire ce qui consomme pour préserver ce qui compte : l’heure, l’affichage permanent et la communication occasionnelle.
La vraie avancée se joue dans la séquence de réveil
Le texte source mentionnait déjà le principal verrou technique : le démarrage de l’ESP32. Selon le projet Hackaday.io, le boot prenait environ 28 millisecondes et absorbait autour de 1 mA, au point de représenter près de 60 % de la consommation totale sans bénéfice direct pour l’écran. Le développeur a donc contourné le cycle classique de démarrage en exécutant du code directement depuis la mémoire RTC via un wake stub.
Ce détail change tout. Toujours selon la documentation du projet, la séquence complète de réveil, envoi de données et mise à jour de l’affichage passe désormais sous la barre de 1 milliseconde. Le dépôt GitHub ajoute un objectif chiffré encore plus parlant : une consommation inférieure à 0,5 mAh par jour. Il donne aussi un ordre de grandeur de 2 µA pour une montre qui se contente d’actualiser l’heure.
Deux métriques dérivées permettent de mesurer l’écart :
- à partir de la batterie 100 mAh citée dans la source d’origine et de l’autonomie annoncée de 6 à 10 mois, LightInk consomme en moyenne entre 0,56 mAh/jour et 0,33 mAh/jour ;
- sur cette base, la montre demande environ 16,7 mAh par mois dans le scénario 6 mois, et seulement 10 mAh par mois dans le scénario 10 mois.
Autrement dit, on parle d’un budget énergétique minuscule pour un appareil qui garde du Wi‑Fi, du Bluetooth et du LoRa dans son arsenal. C’est plus qu’une optimisation. C’est une discipline.
Le convertisseur choisi montre que le projet vise le très bas niveau de fuite
La carte personnalisée s’appuie sur un convertisseur buck-boost TPS63900 de Texas Instruments. Selon la fiche technique officielle du composant, ce régulateur accepte une entrée de 1,8 V à 5,5 V, délivre jusqu’à 400 mA et affiche un courant de repos typique de 75 nA. Le dépôt GitHub de LightInk confirme ce choix et indique un fonctionnement autour de 2,6/2,9 V selon les profils.
Ce n’est pas un détail de nomenclature. C’est un choix structurant. Sur un produit censé dormir presque tout le temps, les pertes passives comptent autant que la consommation active. Le projet gagne donc sur deux fronts : il réduit drastiquement le temps où l’ESP32 reste éveillé, et il limite aussi les pertes quand tout est au repos.
Le bénéfice se lit dans une autre métrique dérivée : avec une batterie de 100 mAh et une autonomie de 9 mois, soit environ 274 jours, la consommation moyenne tombe à environ 0,36 mAh par jour. Ce chiffre aide à comprendre pourquoi un petit panneau solaire de type calculatrice peut commencer à peser sérieusement dans l’équation énergétique.
L’écran E-Ink reste le meilleur allié d’une montre solaire
L’écran de 1,54 pouce utilisé par LightInk n’a rien d’ostentatoire. Il est juste cohérent. Un affichage électrophorétique ne consomme de l’énergie que lors des changements d’état, puis conserve l’image sans alimentation continue. Pour une montre qui met à jour son cadran une fois par minute, ce choix est logique.
Le projet revendique ici une parenté avec Watchy, la montre open source E-Paper qui a popularisé cette approche. Le dépôt GitHub de LightInk indique d’ailleurs qu’une batterie de 200 mAh du type utilisé par Watchy pourrait théoriquement tenir autour de 400 jours avec une consommation d’environ 2 µA sur l’affichage horaire simple. Ce chiffre ne décrit pas la configuration standard publiée dans l’article de départ, mais il éclaire l’ambition technique : pousser un design open source vers des niveaux d’endurance proches des montres numériques solaires classiques.
Mon jugement est simple : pour lire l’heure, consulter une info contextuelle, recevoir un signal et rester visible en plein soleil, le noir et blanc E-Ink est plus pertinent qu’un écran OLED lumineux qui vide la batterie pour afficher un cadran animé.
LoRa ajoute un cas d’usage concret que les montres classiques ignorent
Le projet n’est pas seulement une montre à longue endurance. Il garde une vraie singularité radio. Le module Wio-SX1262 de Seeed Studio, selon sa documentation officielle, prend en charge les bandes LoRa et LoRaWAN de 868 à 915 MHz et peut monter jusqu’à +22 dBm en émission. C’est un composant compact pensé pour les usages basse consommation et longue portée.
Concrètement, cela ouvre des scénarios que l’article source survolait à peine : envoi d’un paquet LoRa vers une passerelle domestique, alerte minimale sans dépendre du smartphone, communication locale dans une zone couverte par un réseau privé, ou encore récupération d’un état simple depuis un capteur distant. Dans ce cadre, LightInk n’est pas une montre de sport ni une extension de téléphone. C’est un terminal ultraléger de notification et de télécommande radio.
Le créateur lui-même reste lucide sur le GPS, qu’il présente comme une mauvaise idée au regard de l’espace et de la consommation. C’est encore un bon signal. Ajouter une puce GPS « parce qu’on peut » est facile. Assumer qu’elle dégrade l’équilibre global l’est moins.
Face au marché, LightInk joue une autre partie
Comparer LightInk à des produits finis du commerce permet de situer le projet sans le caricaturer. Selon Apple, l’Apple Watch Series 10 tient jusqu’à 18 heures en usage standard. Selon Garmin, l’Instinct 2 Solar monte jusqu’à 28 jours en mode montre connectée, avec un mode solaire pouvant aller jusqu’à l’illimité dans certains scénarios. LightInk, lui, vise 6 à 10 mois sur une batterie de 100 mAh d’après la source d’origine, avec un exemplaire ayant tenu 9 mois avant remplacement par une révision plus récente.
Deux écarts dérivés valent le détour :
- par rapport aux 18 heures annoncées pour l’Apple Watch Series 10, une autonomie de 9 mois représente environ 365 fois plus de durée d’usage ;
- par rapport aux 28 jours de l’Garmin Instinct 2 Solar en mode montre connectée, 9 mois correspondent à environ 9,8 fois plus d’endurance calendaire.
Ces comparaisons ont évidemment leurs limites. Apple embarque un écran couleur fluide, un écosystème applicatif dense, des fonctions santé avancées et une intégration cellulaire selon les versions. Garmin vise le sport, la navigation et le multisensoriel. LightInk ne joue pas ce match. Mais si le critère central est « combien de temps la montre reste utile sans charge », alors le projet change clairement d’échelle.
Open source, impression 3D et fabrication : le projet reste un prototype exigeant
Le boîtier est imprimé en 3D en deux pièces et accepte des bracelets standards de 22 mm. Les schémas PCB, le firmware et les fichiers de boîtier sont publiés en open source sur GitHub. Le dépôt précise aussi que le projet ne devrait probablement pas devenir un produit commercial en l’état, notamment parce que l’assemblage demande beaucoup de soudure.
C’est un point important. LightInk n’est pas une montre vendue en boutique avec certification, SAV et chaîne de production stabilisée. C’est une plateforme de démonstration très avancée. Elle montre ce qu’on peut obtenir quand un développeur optimise chaque poste de dépense énergétique, au lieu d’empiler des fonctions gourmandes puis de compenser par une batterie plus grosse.
Autre élément nouveau par rapport au texte d’origine : le dépôt public comptait 598 étoiles et 25 forks au moment de la consultation, signe que le projet touche une vraie communauté de bidouilleurs, de développeurs embarqués et d’amateurs de wearables sobres.
Le solaire devient crédible seulement parce que la base consomme déjà très peu
Le panneau solaire ne fait pas de miracle à lui seul. C’est le point que beaucoup de produits marketing brouillent. Sur LightInk, il devient crédible parce que la consommation moyenne a déjà été abaissée à un niveau presque ridicule pour une montre connectée. Tant que la plateforme demande trop d’énergie, le solaire de surface limitée reste un appoint. Quand la dépense journalière descend autour de quelques dixièmes de mAh, la lumière ambiante peut commencer à compenser une part significative, voire maintenir l’appareil à flot dans un usage mesuré.
Le texte source évoquait un panneau comparable à ceux des calculatrices de poche. Le dépôt officiel parle même d’un fonctionnement entièrement solaire comme objectif de conception. Il faut donc lire la promesse correctement : non, ce n’est pas une montre « infinie » dans tous les usages. Oui, c’est une architecture qui rend l’autonomie quasi permanente techniquement plausible sur des fonctions limitées et bien choisies.
Ce que LightInk apporte de neuf par rapport à la source initiale
Au-delà de l’article de départ, les recherches ajoutent au moins cinq éléments concrets :
- selon GitHub, la consommation visée descend sous 0,5 mAh par jour ;
- selon GitHub, une configuration très légère tourne autour de 2 µA pour la simple mise à jour de l’heure ;
- selon Texas Instruments, le TPS63900 affiche un courant de repos typique de 75 nA, avec une plage d’entrée de 1,8 à 5,5 V et jusqu’à 400 mA en sortie ;
- selon Seeed Studio, le module Wio-SX1262 couvre les bandes 868 à 915 MHz et peut émettre jusqu’à +22 dBm ;
- selon Apple et Garmin, le paysage concurrent va de 18 heures pour une montre grand public riche en fonctions à 28 jours pour une montre solaire sportive, ce qui met en perspective les 6 à 10 mois visés ici ;
- selon la Banque centrale européenne, le taux de référence du 18 juin 2026 est de 1 EUR = 1,1461 USD, soit environ 1 USD = 0,87 €. Dans le cas de LightInk, aucun prix produit n’est communiqué, donc aucune conversion tarifaire utile n’est possible ;
- selon le dépôt officiel, le projet reste non commercialisé à ce stade et demande un assemblage manuel conséquent.
Source de référence
Pour consulter le projet à la source, le lien le plus pertinent reste la page officielle Hackaday.io de LightInk.
Mon avis :
LightInk vise juste sur l’autonomie : 6 à 10 mois avec 100 mAh, grâce à l’E‑Ink et à un contournement du boot ESP32 qui ramène la séquence d’actualisation sous 1 ms, c’est une vraie démonstration d’ingénierie. Sa limite est tout aussi claire : format DIY, boîtier 3D imprimé et écran lent, loin d’une montre grand public.





