Achevée en 2024 sur 4 530 pieds carrés, la Counter-Slope House signée yh2 Architecture s’efface dans la pente abrupte du lac Memphrémagog, à Potton. Cette maison québécoise mise sur deux volumes, des toitures à double pente et une matérialité brute pour dialoguer avec le relief plutôt que s’y imposer.
Une maison qui se retire du paysage au lieu de le dominer
Counter-Slope House prend le contrepied de la villa lacustre démonstrative. Implantée à Potton, sur la rive sud du lac Memphrémagog, cette résidence signée yh2 Architecture a été livrée en 2024 et développe 4 530 pieds carrés, soit environ 421 m². Selon la fiche projet officielle de yh2 Architecture, l’agence a volontairement adopté une logique de retrait pour atténuer la présence bâtie, avec deux volumes distincts partiellement ancrés dans la pente, plutôt qu’un bloc unique posé en force sur le terrain. C’est, à mon sens, la vraie réussite du projet : ici, la maison ne cherche pas la carte postale, elle construit une relation plus lente avec le site.
Le parti pris va plus loin que la simple discrétion formelle. Selon yh2 Architecture, le terrain descend fortement vers une bande riveraine étroite et reste souvent plongé dans l’ombre des reliefs et des arbres. La réponse architecturale ne consiste donc pas à corriger le site, mais à composer avec lui. Cette approche change tout : au lieu de niveler, l’agence fragmente ; au lieu d’ouvrir un panorama frontal continu, elle met en scène des vues filtrées ; au lieu de sursignifier le geste, elle réduit l’impact perçu du bâti.
Des données techniques plus précises que la source initiale
La version d’origine restait surtout descriptive. Les sources complémentaires permettent d’ajouter plusieurs informations concrètes. Selon la page projet officielle de yh2 Architecture, la maison s’étend sur 4 530 pieds carrés, soit environ 421 m², et a reçu un Prix d’excellence en architecture de l’Ordre des architectes du Québec en 2026. Le chantier a été réalisé par Construction Alain Pouliot Inc., avec GénieX pour l’ingénierie, et les photographies sont signées Maxime Brouillet. La conception a été menée par Marie-Claude Hamelin, Loukas Yiacouvakis, Karl Choquette et Lisa Busmey. Ces détails n’étaient pas communiqués dans le texte source et donnent une lecture plus complète de l’opération.
Autre ajout utile : selon Wallpaper, la maison intègre sous le niveau principal un sous-sol aveugle multifonction qui regroupe notamment des rangements, une salle de sport et une salle de cinéma. Ce point change la compréhension du projet. On n’est pas face à une simple cabane sophistiquée ouverte sur le lac, mais à une résidence haut de gamme pensée comme un programme domestique complet, avec des espaces de retrait et de loisirs intégrés.
On peut aussi dériver deux métriques absentes de la source initiale. Premièrement, la surface de 4 530 pieds carrés équivaut à environ 421 m². Deuxièmement, si l’on répartit théoriquement la surface totale entre les deux volumes mentionnés par yh2 Architecture, on obtient une moyenne d’environ 2 265 pieds carrés par volume, soit près de 210 m² chacun. Cette moyenne ne décrit pas la répartition réelle intérieure, non communiquée, mais elle aide à comprendre l’échelle du projet : chaque entité reste proche du gabarit d’une maison autonome, ce qui explique la sensation de fragmentation plutôt qu’un effet de masse.
Une architecture de pente, pas une architecture de terrassement
Le point le plus fort reste l’implantation. Selon yh2 Architecture, le volume principal suit une terrasse naturelle du terrain afin de limiter les transformations excessives. L’entrée se fait par le haut, face au lac, tandis que les espaces de vie se posent plus bas, au contact du sol et de la pente. Cette circulation inversée est décisive. Elle transforme l’arrivée en séquence spatiale, presque en belvédère, au lieu d’un accès frontal banal.
L’agence précise aussi que le toit du volume principal devient un espace à part entière, utilisé comme belvédère, zone d’accueil et point de fuite visuel. Ce détail manquait dans la source de départ. Il montre que le toit n’est pas seulement un geste plastique à double pente : il devient un outil de médiation entre architecture et paysage. Là encore, le projet gagne en intelligence d’usage. Il offre une expérience du site avant même l’entrée dans la maison.
Le recours à deux toitures à pente et contre-pente sert à réduire l’échelle perçue du bâtiment. C’est un choix subtil, mais efficace. Dans une région où beaucoup de résidences secondaires misent sur la grande façade vitrée et le volume spectaculaire, cette stratégie de décomposition paraît plus mature. Elle produit une présence forte sans tomber dans l’objet signature.
Matériaux : une palette simple, mais très contrôlée
La matière confirme cette logique de retenue. Selon yh2 Architecture, la base en contact avec le roc naturel est réalisée en béton coulé en place. Au-dessus, le bardage en cèdre naturel est laissé au vieillissement pour se rapprocher progressivement des teintes végétales et minérales du site. À l’intérieur, le chêne blanc réintroduit une chaleur domestique, tandis que la structure bois apparente rythme le parcours. Les éléments noirs, eux, servent de cadres visuels.
Ce registre matériel n’a rien d’ostentatoire. C’est précisément pour cela qu’il fonctionne. Le béton ancre, le cèdre efface, le chêne adoucit, le noir cadre. Chaque matériau a un rôle lisible. Dans cette maison, la finition ne cherche pas l’effet luxueux immédiat ; elle organise la perception. C’est plus exigeant, et franchement plus durable sur le plan architectural.
Ce que le contexte local change vraiment
Le projet prend encore plus de sens quand on le replace dans son environnement réglementaire et écologique. Selon la municipalité de Potton et la MRC de Memphrémagog, la protection des bandes riveraines et la mise en place de mesures de contrôle de l’érosion font partie des enjeux suivis localement autour des lacs et cours d’eau. La municipalité rappelle aussi l’intérêt de la végétation pour stabiliser les sols, couper le vent et préserver les rives. Ce contexte éclaire directement le projet : maintenir un écran arboré entre la maison et le lac n’est pas seulement un geste poétique, c’est aussi une réponse cohérente à un territoire sensible.
Autrement dit, la maison ne se contente pas d’utiliser les arbres comme filtre visuel. Elle s’inscrit dans une zone où la gestion de la rive, du ruissellement et de l’érosion pèse concrètement sur la manière de construire. C’est un apport important par rapport à la version initiale, qui restait très esthétique dans sa lecture du paysage.
Combien coûterait un projet de cette taille au Québec ?
Le coût réel de cette maison est non communiqué. En revanche, on peut situer son ordre de grandeur sans inventer de chiffre. Selon la SCHL dans son récapitulatif 2026 des coûts de construction au Québec, les coûts directs de construction pour certains petits produits résidentiels vont de 249 à 576 dollars canadiens par pied carré selon la typologie présentée. Ce document ne propose pas d’équivalent exact pour une villa d’architecte unifamiliale de 4 530 pieds carrés sur forte pente ; il faut donc rester prudent. Mais si l’on applique à titre indicatif l’intervalle haut observé dans le document, on obtient une fourchette théorique de 2 088 330 à 2 609 280 dollars canadiens en coût direct brut pour 4 530 pieds carrés. Le foncier, les honoraires, les ouvrages spéciaux de site, l’aménagement extérieur et les imprévus ne sont pas inclus.
Comme le taux de référence de la BCE indique 1 euro = 1,1715 dollar américain, soit environ 0,854 € pour 1 $, une conversion simple donnerait environ 1 783 020 € à 2 227 580 € (taux utilisé : 1 $ = 0,854 €). Cette conversion reste purement indicative, d’abord parce que le document de la SCHL est exprimé en dollars canadiens et non en dollars américains, ensuite parce que la source officielle du projet ne communique aucun budget. Le point utile n’est donc pas un pseudo-prix final, mais l’ordre de grandeur : construire une maison de cette taille sur un terrain contraint au bord du lac place mécaniquement le projet dans une catégorie premium.
On peut tirer une autre métrique dérivée plus solide : en reprenant l’intervalle de 461 à 576 dollars par pied carré visible dans les cas les plus coûteux du tableau SCHL, l’amplitude entre le bas et le haut représente environ 24,9 %. Cela montre à quel point la qualité d’exécution, la complexité du site et les choix matériels peuvent faire varier fortement le coût final, même avant d’ajouter les spécificités d’une résidence sur pente boisée.
Le marché québécois ne pousse pas dans le même sens que ce projet
Selon Statistique Québec, les dépenses en construction résidentielle ont atteint 36,6 milliards de dollars au Québec en 2024, en hausse de 14,8 % sur un an. Mais surtout, 61,0 % de ces dépenses ont concerné la rénovation, contre 39,0 % pour les constructions neuves. Et dans le neuf, les dépenses liées à l’unifamilial ont diminué de 7,5 % en 2024. Mon avis est clair : ce projet va à rebours du marché de volume. Il ne cherche ni la standardisation, ni la densification rentable, ni la répétabilité.
Ce décalage le rend d’autant plus intéressant. Alors que le marché québécois pousse davantage vers la rénovation et le multifamilial, Counter-Slope House défend une autre logique : celle de la maison sur-mesure à forte intensité de site. Ce n’est pas un modèle industrialisable. C’est un manifeste de précision contextuelle. Et c’est justement ce qui lui donne de la valeur éditoriale.
Comparaison utile : ce que ce projet partage avec d’autres réalisations du studio
Pour mesurer ce qui distingue cette maison, il faut aussi la comparer au reste du portefeuille de yh2 Architecture. Selon les fiches projets officielles de yh2 Architecture, des résidences comme Contre-jour, Dans l’Escarpement ou Triptyque explorent déjà des stratégies d’insertion topographique, de fragmentation des volumes et de dialogue étroit avec la pente. La nouveauté ici tient moins à une rupture qu’à une forme de synthèse. Counter-Slope House condense plusieurs obsessions du studio : accès inversé, volumes étirés, rapport cadré au paysage, matérialité sobre, et ancrage dans les Cantons-de-l’Est.
Autre donnée nouvelle : selon Wallpaper, le studio a été fondé en 1994. En 2026, cela représente environ 32 ans d’activité. Cette longévité compte. Elle explique la maîtrise tranquille du projet. On n’a pas affaire à un exercice d’école ni à une démonstration tapageuse, mais à une agence qui affine depuis des décennies une même question : comment construire dans un paysage fort sans l’écraser.
Des usages concrets mieux lisibles que dans la source initiale
Le texte de départ parlait surtout d’ambiance. Les recherches permettent de mieux cerner les usages. Selon Wallpaper, le niveau inférieur accueille des fonctions de stockage, de sport et de projection. Selon yh2 Architecture, les chambres se tournent vers le lac ou la montagne et s’insèrent dans les arbres, tandis que les espaces de vie prolongent leur relation au dehors par de grands vitrages et des balcons. On comprend donc que la maison fonctionne sur plusieurs temporalités : contemplation, réception, retraite, loisirs intérieurs, observation du paysage.
C’est là que le projet devient concret. Cette maison n’est pas seulement conçue pour être photographiée. Elle est pensée pour habiter la pente au quotidien, y compris quand le climat québécois pousse à se replier vers l’intérieur. Le sous-sol aveugle n’est pas un défaut ; c’est un contrepoint au panorama. Le belvédère d’entrée n’est pas un gadget ; c’est un seuil habité. Les vues partielles sur le lac ne sont pas une frustration ; elles installent une relation moins immédiate, donc plus durable, au lieu.
Le seul lien d’autorité à retenir
Pour la fiche projet officielle, la référence la plus fiable reste le site de yh2 Architecture : https://www.yh2architecture.com/en/projects/a-contre-pente-the-counter-slope-house.
Mon avis :
Cette maison impressionne par sa maîtrise du site : les deux volumes étagés et la toiture à double pente réduisent visuellement sa masse et dialoguent avec la pente. Sa vraie limite est fonctionnelle : en privilégiant des vues fragmentées du lac par la lisière, elle sacrifie une partie de l’ouverture panoramique attendue.





