Avec son châssis métal, ses modules M.2 et GPIO intégrés et sa puce RK3576, le Flipper One change d’échelle. Inspiré du transceiver Yaesu FT-897D, ce cyberdeck Linux assume un design plus brutal, pensé autant pour la dissipation thermique que pour les usages réseau avancés.
Le Flipper One n’essaie plus d’être sympa
Le virage visuel est net. Là où le Flipper Zero jouait la carte du gadget rétro compact, le Flipper One adopte une silhouette plus dense, plus anguleuse et clairement plus utilitaire. Selon Pavel Zhovner, CEO de Flipper Devices, cette nouvelle direction se résume en quatre mots : plus tranchante, plus intelligente, plus rusée, plus brutale. Ce changement ne relève pas d’un simple habillage. Il découle d’un problème matériel concret : le nouveau produit chauffe davantage et son châssis doit participer au refroidissement.
Le point de départ du design n’est donc pas un fantasme cyberpunk, mais un vrai équipement de terrain : le Yaesu FT-897D. Selon la documentation officielle de Yaesu, ce transceiver affiche 228 × 175 × 55 mm pour 2,6 livres, soit environ 1,18 kg. La filiation n’est pas esthétique au hasard. Elle traduit une logique de matériel de communication sérieux, pensé pour l’usage réel et non pour la vitrine. Le Flipper One, lui, reste beaucoup plus compact avec 155 × 67 × 40 mm selon la documentation officielle de Flipper. En volume brut, cela représente environ 415 cm³ pour le Flipper One contre 2 194 cm³ pour le Yaesu FT-897D. Le nouveau cyberdeck occupe donc environ 81 % de volume en moins que sa référence visuelle, calcul dérivé absent de la source d’origine.
Le vrai moteur du projet, c’est la plate-forme matérielle
Le fond du sujet est ailleurs : Flipper Devices cherchait depuis des années un compromis acceptable entre performances, autonomie et coût. La base retenue est désormais connue. Le Flipper One repose sur un Rockchip RK3576, confirmé à la fois par le blog officiel de Flipper et par la page technique du constructeur chinois Rockchip. Selon Rockchip, cette puce embarque 8 cœurs CPU, avec 4 cœurs Cortex-A72 et 4 cœurs Cortex-A53, jusqu’à 2,2 GHz, un GPU ARM G52 MC3 et un NPU annoncé à 6 TOPS en INT8.
La fiche technique publique de Flipper One ajoute plusieurs données absentes de l’article d’origine : 8 Go de RAM LPDDR5, 64 Go de stockage UFS 2.2, un écran LCD monochrome 256 × 144 pixels à 64 niveaux de gris, deux ports Ethernet Gigabit RJ45, deux ports USB-C 3.1 à 5 Gbit/s, un port USB-A 3.1, une sortie HDMI 2.1 pleine taille jusqu’en 4K à 120 Hz, un lecteur microSD UHS-I SDR104, un emplacement Nano SIM et un module Wi-Fi 6E / Bluetooth 5.2 basé sur le MediaTek MT7921AUN. Autrement dit, on n’est plus face à un accessoire de bidouille ponctuelle, mais à un micro-ordinateur Linux de poche avec de vraies interfaces réseau.
Mon avis est simple : c’est ce socle I/O qui change tout. Beaucoup de produits se disent “mobiles” mais imposent ensuite des dongles. Ici, le constructeur met directement sur la coque deux ports Ethernet, du HDMI pleine taille et plusieurs sorties USB rapides. C’est lourd visuellement, mais cohérent techniquement.
La chaleur n’est pas un détail, c’est la contrainte qui dicte la forme
L’article de départ expliquait que le boîtier métallique sert aussi de solution thermique. La documentation officielle de Flipper le confirme en détail : le produit utilise un dissipateur en aluminium anodisé et plusieurs composants internes “génèrent une quantité significative de chaleur”. Cette phrase valide le choix d’un châssis plus massif et plus exposé. Le design “armuré” n’est donc pas seulement une posture marketing. Il remplit une fonction.
Le parallèle avec d’autres machines ARM est utile. Selon Raspberry Pi, le Raspberry Pi 5 “donne le meilleur de lui-même avec un refroidissement actif”. Même constat dans un autre format. Plus la puissance grimpe sur ARM, plus la gestion thermique cesse d’être optionnelle. Le Flipper One ne fait pas exception ; il rend juste cette réalité visible au premier regard.
Un format compact, mais pas miniaturiste
Les dimensions officielles du Flipper One sont de 155 × 67 × 40 mm. Cela donne un ratio longueur/épaisseur de 3,88. Le produit paraît compact, mais il assume son épaisseur. Ce point compte dans l’expérience : on n’est pas sur une carte nue à glisser derrière un écran, mais sur un objet autonome, manipulable, transportable et pensé pour l’usage debout ou nomade.
Autre métrique dérivée intéressante : la densité énergétique théorique. Selon Flipper, la batterie vise 24 000 mWh pour 7 000 mAh, précision encore marquée comme non finale. Rapportée au volume brut du boîtier, cela représente environ 57,8 mWh par cm³. Ce chiffre ne dit rien à lui seul sur l’autonomie réelle, non communiquée à ce stade, mais il montre que le produit réserve une part substantielle de son gabarit à l’alimentation. C’est cohérent avec la promesse d’un cyberdeck Linux réellement autonome.
Le saut générationnel est plus profond qu’un simple successeur
Pavel Zhovner insiste sur un point juste : le Flipper One ne remplace pas le Flipper Zero. Les deux produits n’opèrent pas au même niveau. Le Flipper Zero reste une plate-forme hors ligne orientée NFC, RFID et interfaces bas niveau. Le Flipper One, lui, se positionne comme un “Layer 1” connecté, donc comme un ordinateur Linux de poche centré sur l’IP et le réseau.
Cette bascule se lit dans la fiche technique. Le Flipper Zero est vendu 169 dollars sur la boutique officielle de Flipper, soit environ 148 € au taux de référence de la BCE du 1er juillet 2026, où 1 € = 1,1383 $ et donc 1 $ ≈ 0,8785 € ; arrondi, cela donne 148 €. Pour le Flipper One, le prix est à ce stade non communiqué. Il faut donc éviter tout procès d’intention sur son positionnement tarifaire.
En revanche, l’écart fonctionnel est déjà documenté. Le Flipper One ajoute un coprocesseur basse consommation RP2350B, avec double cœur ARM Cortex-M33 à 150 MHz et double cœur RISC-V Hazard3 à 150 MHz, 520 Ko de SRAM et 16 Mo de flash selon Flipper. Cette architecture CPU + MCU est un point neuf absent de l’article source. Elle compte, car elle permet de séparer les tâches Linux et les fonctions embarquées temps réel, avec une logique plus robuste que celle d’un simple SBC classique.
Les modules ne doivent plus dégrader l’objet
L’un des reproches adressés au Flipper Zero concernait les modules externes qui cassent la portabilité. Sur ce point, le nouveau produit corrige clairement le tir. Selon Flipper, l’extension passera par deux formats : M.2 et GPIO, avec intégration sous la coque arrière ou à fleur du boîtier. C’est beaucoup plus mature qu’un empilement d’accessoires qui transforment un appareil de poche en hérisson de câbles.
Le plus intéressant est l’emplacement Nano SIM, “passivement connecté au port M.2” selon la documentation officielle. Cela ouvre la voie à des modules cellulaires sans bricolage apparent. Là encore, la source d’origine évoquait l’idée, mais la doc précise le mécanisme matériel.
Ce que valent vraiment les usages promis
Flipper met en avant plusieurs scénarios : routeur de voyage, hub domotique, centre multimédia, plate-forme radio, passerelle réseau ou capteur honeypot. Cette liste peut sembler large, mais une partie tient debout au vu des interfaces intégrées.
Routeur de voyage
La page officielle des fonctionnalités cite explicitement un usage en répéteur ou point d’accès, avec connexion sur une bande Wi-Fi et redistribution sur une autre. Le Wi-Fi 6E 2×2 MIMO, combiné aux deux ports Ethernet Gigabit, donne une base crédible à cet usage selon Flipper. Ici, le produit peut éviter le duo classique mini-routeur + batterie externe + adaptateur USB-Ethernet.
Mini-station Linux mobile
Le port USB-C1 gère à la fois la charge, la sortie vidéo en DisplayPort Alt Mode et les périphériques USB selon Flipper. Avec l’HDMI 2.1 pleine taille jusqu’en 4K120, le produit peut se brancher directement à un écran sans dock dédié. C’est un vrai point différenciant face à des cartes comme le Raspberry Pi 5, qui exigent un assemblage plus classique autour d’une carte, d’un boîtier, d’une alimentation et souvent d’un refroidissement additionnel.
Passerelle réseau ou sonde de sécurité
Deux ports Gigabit natifs changent la donne pour des usages de segmentation réseau, de capture, de routage, de VPN ou de surveillance locale. Selon GL.iNet, son Flint 2 met en avant des performances VPN jusqu’à 900 Mbit/s, ce qui montre qu’il existe bien une demande pour des boîtiers compacts orientés réseau. Le Flipper One ne se positionne pas comme un simple routeur, mais il vient chasser sur ce terrain avec un OS Linux ouvert et une interface locale intégrée.
Face aux concurrents, le positionnement est hybride
Le produit n’a pas d’équivalent direct. Pour le comprendre, il faut le comparer à trois familles différentes.
1. Face au Raspberry Pi 5
Selon Raspberry Pi, le modèle 8 Go est listé à 175 dollars, soit environ 154 € avec le taux de la BCE cité plus haut. Il offre un CPU quad-core Cortex-A76 à 2,4 GHz, du Wi-Fi 802.11ac, du Bluetooth 5.0 et une carte au format 85 × 56 mm. Calcul dérivé : le volume “encombrement simple” du Flipper One est d’environ 415 cm³, contre environ 138 cm³ pour un Raspberry Pi 5 si l’on retient 85 × 58 × 28 mm d’encombrement mécanique maximal du brief produit. Le Flipper One est donc environ 3 fois plus volumineux. Mais la comparaison brute est trompeuse : le Raspberry Pi 5 n’intègre ni batterie, ni boîtier transport, ni double Ethernet, ni écran natif, ni commandes physiques comparables.
Opinion nette : le Raspberry Pi 5 reste meilleur si l’objectif est de payer le moins possible pour une base Linux. Le Flipper One sera plus pertinent si l’objectif est d’avoir un outil prêt à partir, sans chaîne d’accessoires.
2. Face au Radxa ROCK 5C
Selon Radxa, le ROCK 5C mesure 86 × 56 mm, existe jusqu’à 16 Go selon les versions citées sur la page produit, et sa version haute tourne autour du RK3588S2 avec NPU 6 TOPS. Radxa indiquait lors du lancement un tarif de 104,9 dollars pour la version 16 Go, soit environ 92 €. Là encore, il s’agit d’une carte seule. Le Flipper One choisit un SoC moins haut de gamme sur le papier, le RK3576, mais l’enveloppe produit est infiniment plus complète : batterie, écran, contrôles, boîtier, ports réseau multiples et logique d’usage terrain.
3. Face aux routeurs portables et boîtiers réseau
Chez GL.iNet, des produits comme le Flint 2 ou les séries Slate et Beryl montrent qu’il existe une vraie demande pour les machines compactes orientées réseau, avec accent sur le VPN et la connectivité. Mais ces appareils restent d’abord des routeurs. Le Flipper One, lui, veut être à la fois terminal local, ordinateur Linux, outil radio et passerelle. C’est ambitieux. Et c’est aussi la raison pour laquelle son design a cessé d’être “mignon”.
Les données qui manquent encore
Tout n’est pas fixé. La documentation de Flipper mentionne explicitement que plusieurs éléments peuvent évoluer. Le poids final est indiqué comme non communiqué. La capacité de batterie de 7 000 mAh est signalée comme non finale. L’autonomie réelle n’est pas annoncée. Le prix final n’est pas communiqué non plus. Il faut donc rester factuel : le projet est public, détaillé, mais encore en développement actif.
Ce manque d’informations n’est pas forcément un défaut. Il révèle surtout une stratégie d’ouverture rare dans le hardware grand public. Flipper documente les sous-projets, la mécanique, le firmware, le logiciel CPU, l’architecture du coprocesseur et même les tâches ouvertes à la communauté sur son portail développeur officiel. Pour un produit de ce type, cette transparence vaut presque autant que la fiche technique.
Pourquoi ce design plus brutal a du sens
Le plus intéressant dans ce projet n’est pas la formule choc du CEO. C’est la cohérence entre l’apparence, l’architecture et les usages. Le châssis plus agressif sert à dissiper la chaleur. L’épaisseur sert la batterie et les ports. Les deux Ethernet et le Wi-Fi 6E servent des cas concrets. Le recours au RK3576 n’a de sens que parce qu’il s’accompagne d’un vrai travail sur le refroidissement, la connectique et la portabilité.
Au fond, le Flipper One ne cherche plus à ressembler à un jouet malin. Il cherche à devenir une petite infrastructure mobile. C’est moins séduisant au premier coup d’œil que le Flipper Zero. C’est aussi beaucoup plus crédible pour qui veut un outil Linux de terrain.
Source officielle
https://docs.flipper.net/one/general/tech-specs
Mon avis :
Flipper One gagne en crédibilité technique : son châssis métallique ne sert pas le style, il dissipe la chaleur d’une plateforme RK3576 bien plus puissante, et l’intégration affleurante des modules corrige un vrai défaut du Zero. En revanche, ce format plus massif et “brutal” sacrifie la compacité ludique qui faisait l’attrait immédiat du Flipper Zero.





