Veil Tower, pavillon éphémère de 28,3 m² achevé en mars 2026 à Xianning, assemble 15 cadres de bambou, 15 voiles noirs et une membrane à 60 % de transmission lumineuse. Signée gèngjin Architecture Office, cette tour en bambou locale impose un geste rare: se courber pour entrer.
Une micro-architecture qui impose un geste avant même l’entrée
La Veil Tower ne fonctionne pas comme un pavillon classique. Ici, on ne franchit pas un seuil à hauteur d’homme en restant neutre. L’accès oblige le visiteur à baisser la tête et à courber légèrement le corps. Ce détail change tout, parce qu’il transforme l’entrée en acte physique et mental. Selon gèngjin Architecture Office, la membrane textile est suspendue à 1,6 mètre de hauteur, ce qui calibre volontairement la ligne de vue et impose cette inclinaison du corps à l’entrée. Le projet a été publié le 29 avril 2026 sur Divisare, avec une réalisation située à Xianning, dans le Hubei, en Chine.
Le parti pris est simple, mais il est plus exigeant que la majorité des installations temporaires actuelles. Beaucoup visent l’image rapide. Celle-ci vise d’abord l’expérience. Une fois à l’intérieur, le regard ne peut plus filer à l’horizontale vers la bambouseraie. La paroi noire coupe les perspectives latérales. Le seul échappatoire visuel devient l’ouverture au sommet.
Fiche technique : ce que l’on sait vraiment
Sur le plan factuel, la structure affiche une surface de 28,3 m² et repose sur un assemblage de bambou brut local, de tissu noir en coton-lin, de corde grossière en chanvre et d’éléments en acier. La livraison remonte à mars 2026, selon la source d’origine fournie. Divisare confirme le millésime 2026, la localisation à Xianning et l’équipe projet, avec un design signé Likai Bi, Xiaozhen Xu et Xuan Lu, et une équipe de construction comprenant Sheng Luo Team, Chao Zhou, Pei Ji, Pengyu Zhou et Xueli Xu.
Le volume repose sur quinze cadres en bambou assemblés en matrice pentadécagonale, donc à 15 côtés. Quinze pans de tissu noir y sont suspendus pour former la membrane intérieure. La transmission lumineuse du textile atteint environ 60 % selon la source initiale. Ce chiffre compte, car il explique le rendu visuel : la lumière filtrée ne disparaît pas, elle se diffuse et transforme l’intérieur en chambre d’ombres mouvantes.
Deux métriques dérivées permettent de mieux lire le projet. Premièrement, la densité géométrique atteint environ 0,53 cadre par mètre carré, sur la base de 15 cadres pour 28,3 m². Deuxièmement, le rapport entre la surface utile et le nombre de pans textiles revient à environ 1,89 m² par panneau. Ce n’est pas anecdotique : la structure reste petite, mais elle pousse assez loin la fragmentation de l’enveloppe pour produire une expérience spatiale plus riche qu’un simple cylindre habillé.
Une référence culturelle plus précise que le texte d’origine
Le texte source évoque la culture de Chu, ancienne civilisation du sud de la Chine. Cet ancrage n’a rien d’un vernis. L’organisation du dispositif cherche clairement à produire une attraction vers le centre, puis vers le haut, avec une logique presque cérémonielle. Le projet ne copie pas une forme historique. Il traduit une structure symbolique : seuil abaissé, recentrage du corps, compression du champ visuel, puis ouverture verticale.
À mon sens, c’est là que la Veil Tower évite le piège décoratif. Le bambou n’est pas utilisé comme simple matériau “naturel” photogénique. Il sert une séquence précise. Le visiteur passe d’un environnement forestier perméable à une enceinte qui bloque le regard, avant de retrouver le ciel à travers une couronne ouverte à 15 côtés. Le récit spatial est lisible sans signalétique.
Le vrai sujet : une construction réversible à faible intensité technique
Le projet gagne surtout en intérêt quand on quitte la seule dimension esthétique. Selon gèngjin Architecture Office via Divisare, la tour a été réalisée sous fortes contraintes budgétaires avec une méthode low-tech, site-specific et collaborative, en s’appuyant sur des bénévoles locaux. La mise en œuvre emploie des ligatures en corde de chanvre et des assemblages réversibles. Autrement dit, le démontage fait partie du projet dès le départ.
C’est une différence nette avec beaucoup de pavillons “temporaires” qui finissent en déchets composites ou en structures difficilement réemployables. Ici, chaque perche de bambou et chaque lé de textile sont annoncés comme récupérables dans la source d’origine. La réversibilité n’est donc pas un argument marketing ajouté après coup. Elle conditionne le système constructif.
Autre métrique dérivée utile : avec 15 cadres pour une surface de 28,3 m², on obtient environ un cadre tous les 1,89 m². Cette cadence structurelle montre un maillage serré pour un si petit pavillon. C’est cohérent avec l’objectif sensoriel : plus qu’un abri, la Veil Tower fabrique une épaisseur perceptive.
Pourquoi le choix du bambou moso a du sens ici
Le site n’accueille pas n’importe quelle essence. La tour s’insère dans une bambouseraie de moso, une espèce centrale dans l’économie du bambou en Chine. Selon MOSO®, le moso est originaire de Chine, peut atteindre jusqu’à 20 mètres de long pour un diamètre de 10 à 12 cm, et son système de rhizomes permet de maintenir le sol tout en autorisant une récolte annuelle durable de 20 à 25 % des chaumes sans réduire la taille de la plantation.
Concrètement, cela éclaire le projet sous un angle plus technique. Utiliser du bambou brut local dans un site déjà dominé par le moso réduit les ruptures logistiques et maintient une cohérence matérielle forte. Le geste n’est pas seulement paysager. Il s’appuie sur une ressource abondante, renouvelable et déjà structurante à l’échelle locale.
La source d’origine qualifie Xianning de “Land of Moso Bamboo”. Divisare reprend lui aussi cette désignation. Ce point n’est pas qu’un élément de storytelling territorial. Il explique pourquoi une intervention aussi légère peut paraître juste : elle travaille avec un matériau déjà inscrit dans l’identité du lieu.
Un contexte marché beaucoup plus large que le simple pavillon
Le projet arrive à un moment où le bambou n’est plus un matériau de niche dans le discours industriel chinois. Selon les données relayées le 27 janvier 2026 par le portail officiel du gouvernement chinois, citant la National Forestry and Grassland Administration, la valeur annuelle de l’industrie chinoise du bambou dépasse 520 milliards de yuans, soit environ 74,4 milliards de dollars. Converti au taux de référence de la Banque centrale européenne relevé à 1 EUR = 1,1433 USD, cela représente environ 65,1 milliards d’euros, soit 65 075 000 000 €.
Ce chiffre change la lecture du pavillon. On n’est pas face à une curiosité isolée, mais face à une micro-architecture qui s’inscrit dans une filière massive, structurée et politiquement soutenue. Le même communiqué officiel mentionne d’ailleurs plus de 15 000 types de produits à base de bambou en Chine. La Veil Tower reste un objet culturel, mais elle s’appuie sur un écosystème économique solide.
À cela s’ajoute une dynamique mondiale. Selon la FAO, le bambou couvre environ 35 millions d’hectares en Afrique, en Asie et dans les Amériques, et la surface recensée a progressé de 50 % entre 1990 et 2020, en grande partie grâce aux expansions observées en Chine et en Inde. Dit autrement, la matière première qui compose la tour ne relève pas d’un phénomène marginal. Elle s’inscrit dans une ressource en expansion.
Comparaison : ce que cette tour fait différemment des autres projets en bambou
Comparer la Veil Tower à d’autres réalisations en bambou permet de mieux cerner sa singularité. La tentation serait de la juger sur sa taille. Ce serait une erreur. À titre de repère, Guadua Bamboo présente en Belgique une tour en bambou de 28 mètres de haut au zoo de Planckendael, décrite comme la plus grande structure en bambou d’Europe. On change totalement d’échelle, de logique structurelle et d’ambition programmatique.
La Veil Tower, elle, ne cherche ni le record ni l’exploit d’ingénierie. Sa surface de 28,3 m² la place à l’opposé d’une architecture démonstrative. Si l’on rapporte la hauteur de seuil annoncée par Divisare à cette autre référence, on mesure mieux le contraste : le projet chinois travaille une entrée à 1,6 mètre, quand la tour belge communique d’abord sur ses 28 mètres de haut. Dans un cas, l’effet passe par le corps. Dans l’autre, par la verticalité visible et la performance structurelle.
Cette comparaison a une utilité éditoriale claire : elle montre que le bambou contemporain couvre aujourd’hui plusieurs registres. Infrastructure spectaculaire, architecture pédagogique, aménagement paysager, installation artistique, pavillon démontable. La Veil Tower se situe clairement dans la branche expérientielle et réversible du spectre.
Un projet qui vaut aussi par sa série complète
La tour ne doit pas être isolée de son ensemble. Selon Divisare, elle fait partie de “Calibrations within the Bamboo Grove”, avec deux autres installations sur le même site : “Suspended Time” et “Returning to the Horizon”. Ce point apporte un vrai supplément par rapport au texte d’origine, qui cite la série sans détailler les pièces associées.
“Returning to the Horizon” trace par exemple une ligne horizontale continue à travers la bambouseraie à l’aide d’un ruban blanc en coton médical, fixé sans endommager les chaumes. L’idée consiste à révéler les variations de terrain en imposant une référence horizontale absolue. Ce projet voisin aide à comprendre Veil Tower : chez gèngjin Architecture Office, la forêt n’est pas un décor. C’est un milieu à recalibrer par des gestes minimes, précis et lisibles.
Je trouve cette cohérence plus convaincante que la plupart des installations isolées livrées pour produire une image forte sans vraie recherche spatiale. Ici, la série construit une méthode. Chaque intervention modifie une relation fondamentale : au temps, à l’horizon, au ciel, au corps.
Ce que le texte source ne disait pas assez sur l’usage concret
Le premier usage de la Veil Tower n’est pas l’abri au sens classique. Ce n’est ni une salle, ni un belvédère, ni un kiosque événementiel standard. Son usage concret tient dans une séquence de visite courte : ralentir, s’incliner, entrer, se recentrer, lever les yeux. Selon Divisare, l’intérieur isole la complexité environnante et oriente la perception vers le haut, en cadrant les nuages et les cimes de bambou à travers l’ouverture sommitale.
Autrement dit, le pavillon sert de dispositif optique et corporel. Il met en scène un morceau de ciel au milieu d’une forêt déjà dense visuellement. C’est très différent d’une architecture d’accueil qui cherche à multiplier les fonctions. Ici, la limitation d’usage fait la force du projet. La Veil Tower assume un programme mince, mais précis.
Cette précision aide aussi à comprendre sa pertinence dans un site hôtelier comme ANNSO, mentionné dans la source d’origine et confirmé par Divisare. Dans ce contexte, le pavillon peut servir de point de pause, de repère de promenade, de lieu de contemplation ou de micro-espace de médiation paysagère. Rien d’héroïque. Juste un bon usage du peu.
Durabilité : la bonne échelle, sans surpromesse
Le discours sur l’architecture durable sature vite quand il aligne labels, promesses carbone et matériaux “verts” sans détailler les conditions de démontage ni de réemploi. La Veil Tower prend une voie plus crédible. Matériaux locaux, montage réversible, faible technicité, implication humaine locale, emprise temporaire : la démonstration reste modeste, mais elle tient debout.
Selon MOSO®, le moso peut être récolté de manière soutenable à hauteur de 20 à 25 % des chaumes par an. Selon la FAO, la ressource bambou s’étend sur environ 35 millions d’hectares dans le monde. Et selon le gouvernement chinois, la filière représente déjà plus de 520 milliards de yuans de valeur annuelle. Pris ensemble, ces éléments donnent un cadre plus solide au projet : la Veil Tower ne prouve pas tout, mais elle illustre une manière réaliste d’employer une ressource renouvelable dans une architecture démontable.
Pour un article tech, le point essentiel est là : ce pavillon ne vend pas une innovation matérielle radicale. Il montre plutôt comment une logique de conception sobre peut produire un effet spatial fort avec des moyens simples. C’est moins spectaculaire qu’un record structurel, mais souvent plus utile pour penser ce que peut être une architecture temporaire bien conçue.
Données clés à retenir
Veil Tower a été achevée en mars 2026 selon la source d’origine, et publiée le 29 avril 2026 par Divisare. La structure développe 28,3 m², utilise 15 cadres en bambou et 15 pans textiles, avec une membrane suspendue à 1,6 mètre. Le textile affiche environ 60 % de transmission lumineuse. Le projet s’inscrit dans la série “Calibrations within the Bamboo Grove”, au sein d’une bambouseraie de moso à Xianning, dans le Hubei. Selon MOSO®, le moso atteint jusqu’à 20 mètres de long pour 10 à 12 cm de diamètre, et autorise une récolte soutenable de 20 à 25 % des chaumes par an. Selon le gouvernement chinois, la filière bambou du pays pèse plus de 520 milliards de yuans, soit environ 65 075 000 000 € au taux BCE utilisé plus haut. Selon la FAO, le bambou couvre environ 35 millions d’hectares dans le monde.
Pour la source d’autorité principale sur le projet, voir : https://divisare.com/projects/557191-gengjin-architecture-office-calibrations-within-the-bamboo-grove-suspended-time-returning-to-the-horizon-and-veil-tower
Mon avis :
Cette tour de bambou séduit par une vraie intelligence spatiale : seuil bas, vues latérales coupées, ouverture zénithale, tout pousse à une expérience physique rare. Sa limite est la même que sa force : très conceptuelle, peu inclusive à l’entrée et sans usage au-delà de la contemplation.




