Cellebrite combine désormais détection en temps réel et analyse forensique sur plus de 80 modèles de drones grâce à SkySafe et au rachat de SCG Canada. Objectif : relier trajectoires, données GPS, photos et preuves numériques dans une seule chaîne d’enquête.
Cellebrite assemble enfin la détection et la preuve numérique autour des drones
En l’état, l’enquête sur un drone non autorisé reste souvent morcelée. Une équipe repère un appareil au-dessus d’un aéroport, d’une prison ou d’un stade. Une autre récupère ensuite le drone ou son contrôleur. Puis il faut rapprocher les journaux de vol, la télémétrie, les images embarquées et, si possible, l’identité du pilote. Cellebrite veut fermer cette boucle.
Le groupe a étendu en juillet 2026 son partenariat exclusif avec SkySafe pour intégrer à sa chaîne d’investigation la détection en temps réel et l’intelligence d’espace aérien. L’idée est simple : relier ce qui se passe dans le ciel aux preuves extraites sur l’appareil saisi. Cette approche paraît logique. Elle arrive surtout tardivement sur un marché où détection et forensic ont longtemps vécu séparément, selon Cellebrite.
Le socle technique de cette stratégie remonte au 2 mars 2026. Ce jour-là, Cellebrite a bouclé l’acquisition de SCG Canada, spécialiste des outils portables de criminalistique pour UAV. Selon le communiqué investisseurs du groupe, la technologie reprise permet d’accéder à plus de 80 des UAV les plus courants et d’extraire, décoder et visualiser des millions de points de données. Le signal est clair : Cellebrite ne veut plus se limiter aux smartphones et aux PC. Il vise désormais les drones comme nouvelle source de preuve numérique.
SCG Canada apporte la brique la plus utile : l’extraction terrain
Le point fort de SCG Canada, ce n’est pas le discours marketing. C’est la capacité à sortir vite des données exploitables sur le terrain. Dans une note publiée avant son rachat, SCG Canada indiquait que son firmware “8” prenait en charge plus de 84 UAV issus de plus de 6 fabricants commerciaux, ainsi que des modèles open source et hobby. La même source précise aussi que l’outil gérait près de 12 500 champs de données et ajoutait des décodages accélérés pour les logs DJI.
Ce détail change la lecture du dossier. La source d’origine parlait surtout de “flight logs, GPS data, photos, videos”. C’est exact, mais incomplet. En pratique, un examen forensic peut aller plus loin : courants moteurs, vitesse du vent, données IMU, voire certains éléments ADS-B, selon SCG Canada. Mon avis est net : c’est ce niveau de granularité qui transforme un simple incident drone en dossier recevable.
À partir des chiffres publiés, on peut déjà calculer une première métrique dérivée. Entre la communication initiale sur “plus de 80 modèles” et la mention “plus de 84 UAV” chez SCG Canada, l’écart minimal est d’au moins 4 appareils, soit au moins 5 % de couverture supplémentaire par rapport à la base de 80. Ce n’est pas massif, mais cela montre que la compatibilité n’est pas figée.
Deuxième métrique dérivée : avec près de 12 500 champs pour plus de 84 UAV, on obtient environ 149 champs par appareil en moyenne si l’on ramène brutalement l’inventaire à la flotte supportée. Ce ratio ne dit pas tout, car la couverture varie selon les modèles, mais il donne une idée du niveau d’exploitation possible au-delà du simple tracé GPS.
SkySafe couvre la phase que le forensic ne voit pas : le drone en vol
Le forensic intervient après saisie. Le problème, c’est qu’un drone suspect n’est pas toujours récupéré immédiatement. C’est là que SkySafe entre en jeu. La société se positionne sur la détection, l’identification, le suivi et l’analyse de drones en temps réel. Selon sa documentation commerciale, sa plateforme permet d’analyser les schémas de vol, l’altitude et d’intégrer ces informations dans l’outillage des forces de l’ordre.
La promesse de Cellebrite devient donc plus crédible : un même dossier peut combiner télémétrie live, historique de vol et preuves extraites après récupération de l’appareil. Le bénéfice concret est évident. Les enquêteurs n’ont plus à rapprocher manuellement deux univers techniques qui ne parlent pas toujours le même langage.
La logique suit aussi l’évolution réglementaire. Aux États-Unis, la FAA rappelle que le Remote ID permet à un drone en vol de diffuser des informations d’identification et de localisation reçues par des tiers. En Europe, l’EASA précise que, depuis le 1er janvier 2024, tous les drones opérant en catégorie spécifique et tous les drones à marquage de classe en catégorie ouverte doivent disposer d’un système d’identification à distance actif et à jour. Autrement dit, la matière première existe de plus en plus. Encore faut-il savoir la capter, la corréler et la conserver proprement.
Pourquoi cette intégration arrive au bon moment
Le sujet n’a rien d’anecdotique. La FAA continue de publier des rapports trimestriels sur les signalements de drones près des aéroports et rappelle qu’elle travaille avec les forces de l’ordre pour identifier et enquêter sur les opérations non autorisées. Elle mentionne aussi des dossiers de sanctions civiles déjà engagés. Le drone illégal n’est plus un épiphénomène. C’est un bruit de fond permanent.
Le problème se durcit aussi parce que les drones se diversifient. Il faut désormais gérer à la fois les appareils grand public, les modèles bricolés, les plateformes open source et les drones modifiés. Sur ce point, la capacité de D-Fend Solutions à identifier aussi des drones modifiés ou altérés, sans dépendre uniquement du Remote ID, montre bien la direction du marché. La détection pure ne suffit plus. Les acteurs sérieux cherchent à attribuer, localiser le pilote et reconstituer la scène.
Mon avis est simple : Cellebrite a raison de se positionner maintenant, car la fenêtre s’ouvre entre contrainte réglementaire et besoin opérationnel. Si l’entreprise attendait encore deux ans, les comptes seraient déjà verrouillés par des plateformes anti-drone installées de longue date chez les opérateurs d’infrastructures critiques.
Face aux concurrents, Cellebrite ne joue pas exactement le même match
Comparer Cellebrite à Dedrone ou D-Fend Solutions demande un peu de nuance. Dedrone met en avant une base de données d’environ 300 drones pour identifier le type exact de drone piloté. D-Fend Solutions, de son côté, pousse une approche RF cyber avec détection, localisation du drone, du pilote et du point de décollage, puis prise de contrôle sans brouillage, selon sa fiche produit EnforceAir2.
Cellebrite, lui, n’essaie pas d’abord de neutraliser. Il essaie de prouver. C’est une différence importante. Là où D-Fend promet l’interception et où Dedrone vend une couche de surveillance multi-capteurs, Cellebrite construit une chaîne de preuve numérique centrée sur la recevabilité et la corrélation des artefacts.
Le contraste chiffré est parlant. Selon SCG Canada, la brique forensic reprise par Cellebrite supporte plus de 84 UAV. Selon Dedrone, sa base couvre près de 300 drones pour l’identification de type. Cela donne une deuxième métrique dérivée utile : la base d’identification revendiquée par Dedrone est environ 3,6 fois plus large que la couverture minimale annoncée pour l’extraction forensic de Cellebrite. En revanche, ces chiffres ne mesurent pas la même chose : identifier un type de drone n’équivaut pas à extraire ses preuves internes. C’est justement là que Cellebrite essaie de prendre sa place.
Ce que la source initiale ne disait pas sur le coût et l’enjeu business
La source d’origine ne donnait aucun chiffre sur l’opération. C’est pourtant utile pour comprendre l’ambition réelle du dossier. Dans une présentation investisseurs de mai 2026, Cellebrite indique avoir payé 15 M$+ nets en cash pour SCG Canada et émis 1 M$ en RSU. Converti en euros au taux de référence de la BCE du 13 juillet 2026, soit 1 € = 1,1424 $, cela représente environ 13 131 826 € pour 15 M$, arrondi à 13 132 000 €, et environ 875 350 € pour 1 M$, arrondi à 875 000 €.
On peut en tirer une autre métrique dérivée. En prenant le minimum communiqué, l’enveloppe cash de 15 M$ rapportée à une couverture de plus de 80 UAV revient à au moins 187 500 $ par modèle supporté, soit environ 164 126 € par modèle au même taux. Ce calcul est grossier, mais il donne une idée : Cellebrite n’achète pas un simple add-on. Il achète une base technologique spécialisée et défendable.
Autre élément absent de la source de départ : le poids relatif de l’acquisition dans l’activité de Cellebrite. La présentation investisseurs fait état d’un ARR acquis de moins de 0,5 M$. Dit autrement, le rachat n’a pas été fait pour le revenu immédiat. Il a été fait pour l’extension du marché adressable et pour l’intégration produit. C’est souvent le bon signal dans les outils d’enquête : la valeur se loge dans l’écosystème, pas dans la ligne de facturation initiale.
Cas d’usage concret : prison, aéroport, événement public
Le cas prison reste probablement le plus parlant. Un drone détecté de nuit près d’un établissement pénitentiaire peut larguer de la drogue, des téléphones ou des armes légères. La détection temps réel sert à documenter l’approche, le survol et la trajectoire de fuite. Si l’appareil est récupéré, l’extraction forensic peut ensuite confirmer le plan de vol, les points GPS, le contenu média, les données du contrôleur et certains artefacts de mission. Là, le dossier prend de l’épaisseur.
Cellebrite met d’ailleurs en avant un cas client britannique récent : l’unité ERSOU a utilisé ses capacités de forensic drone pour obtenir plusieurs condamnations, dont une peine de six ans dans une affaire de contrebande en prison par drone et une condamnation présentée comme une première au Royaume-Uni pour vols sériels illégaux en UAV. Cette référence manquait totalement dans l’article source. C’est pourtant la meilleure preuve que le marché demande désormais des résultats judiciaires, pas seulement des alertes techniques.
Dans les aéroports, la logique diffère légèrement. Le besoin premier reste la sécurité et la reprise rapide des opérations. Mais dès qu’un appareil est saisi, la capacité à rapprocher les traces embarquées du signalement initial peut servir à confirmer l’itinéraire réel, la durée de présence en zone sensible et le niveau d’intentionnalité. Mon avis est tranché : sans cette couche forensic, la plupart des incidents finissent en suspicion solide mais preuve incomplète.
Le vrai gap comblé par Cellebrite
La faiblesse de l’article de départ était de raconter un partenariat comme une simple extension produit. En réalité, l’intérêt est ailleurs. Cellebrite tente d’industrialiser une chaîne d’enquête en trois temps : détection, corrélation, exploitation judiciaire.
Les cinq apports nouveaux les plus utiles sont clairs :
1. Une profondeur technique bien plus large que la simple lecture de logs
Selon SCG Canada, l’outil peut gérer près de 12 500 champs et décoder des données avancées comme des paramètres moteurs, météo embarquée, IMU et certains éléments ADS-B.
2. Une couverture matérielle plus précise
La base issue de SCG Canada revendique plus de 84 UAV supportés, au-delà de la formule générique “plus de 80” reprise dans la communication.
3. Un contexte réglementaire favorable
La FAA et l’EASA poussent l’identification à distance, ce qui augmente mécaniquement la quantité de données exploitables par les plateformes de détection et d’investigation.
4. Un marché déjà structuré par des concurrents sérieux
Dedrone parle d’une base de près de 300 drones pour l’identification, tandis que D-Fend Solutions met en avant la localisation du pilote, du drone et du point de décollage avec prise de contrôle RF. Cellebrite n’arrive donc pas seul, mais avec un angle distinct.
5. Une validation terrain par condamnations
Le cas ERSOU montre qu’un forensic drone bien exploité peut soutenir de vraies poursuites, y compris dans des affaires de contrebande pénitentiaire.
Au fond, Cellebrite parie sur une idée sobre : un incident drone vaut surtout par la qualité de la preuve qu’on peut en tirer. C’est moins spectaculaire qu’un système qui capture l’appareil en vol. Mais pour un service d’enquête, c’est souvent bien plus utile.
Source de référence : communiqué officiel de Cellebrite.
Mon avis :
Cellebrite vise juste : croiser détection en temps réel de SkySafe et analyse embarquée issue de SCG Canada peut accélérer l’attribution d’un vol illicite et consolider la preuve. Mais l’offre reste très orientée forces de l’ordre et dépend de l’intégration de sources multiples, donc de résultats inégaux selon le terrain.





