Près d’un an après sa présentation et neuf mois après ses débuts sur Crowd Supply, Open Tools dévoile enfin un prototype fonctionnel de l’Open Printer, une imprimante jet d’encre open source couleur et monochrome, sans DRM ni prix annoncé à ce stade.
Le prototype existe enfin, et c’est déjà le principal
Open Tools, jeune pousse basée à Paris, a diffusé sa première vidéo d’un prototype fonctionnel de l’Open Printer, une imprimante jet d’encre pensée pour sortir du modèle classique des cartouches verrouillées. Le point clé n’est pas marketing. Il est matériel. La machine imprime réellement en noir et blanc comme en couleur, ce qui fait passer le projet du stade de promesse à celui de preuve concrète.
Le texte d’origine insistait surtout sur l’idée d’une imprimante « sans verrou d’encre ». C’est juste, mais incomplet. En consultant la fiche officielle d’Open Tools, on découvre un produit déjà plus cadré qu’il n’y paraît : l’Open Printer prend en charge les feuilles A4 et A3, mais aussi des rouleaux de 29,7 cm de large sur 18 m ou 37,5 m de long, avec un coupe-papier intégré. Selon Open Tools, elle vise aussi bien l’impression bureautique que les formats longs, de type bannière ou bandeau. C’est un angle d’usage que l’article source n’exploitait presque pas.
Il faut toutefois rester sobre. Le prix final reste non communiqué. La vitesse d’impression reste non communiquée. La date de livraison reste non communiquée. Et tant que ces trois points ne sont pas verrouillés, on parle d’un prototype avancé, pas d’un produit prêt à s’installer partout dans les bureaux.
Ce que la fiche technique officielle ajoute vraiment
La source initiale mentionnait un Raspberry Pi Zero W, des cartouches HP rechargeables et le serveur d’impression CUPS. La documentation officielle permet d’aller plus loin. Selon Open Tools, l’Open Printer annonce une définition de 600 dpi en noir et blanc et 1200 dpi en couleur. La carte principale repose bien sur un Raspberry Pi Zero W, épaulé par une carte dédiée au pilotage des cartouches avec microcontrôleur STM32. Côté connectique, la machine prévoit USB-C, USB-A, Wi‑Fi 802.11ac et Bluetooth 4.1.
Autre point concret : les cartouches compatibles changent selon les régions. En Europe, l’Open Printer s’appuie sur les références HP 302 et HP 302 XL. Aux États-Unis, ce sont les HP 63 et 63 XL. En Asie, les HP 803 et 803 XL. Open Tools précise aussi vouloir commercialiser un kit de recharge avec quatre bouteilles d’encre de 100 ml et les outils associés. En clair, la promesse ne se limite pas à « accepter des cartouches ». Elle repose sur un circuit de recharge pensé dès le départ.
La machine mesure 497 × 233 × 111 mm, selon la fiche officielle. Cela représente un volume brut d’environ 12,85 litres. Cette métrique n’apparaissait nulle part dans la source de départ, mais elle aide à situer le produit : on reste sur un format compact pour une imprimante capable de gérer à la fois feuilles A3 et rouleaux. Open Tools la présente même comme « la plus compacte du marché » dans sa catégorie, mais sans étude comparative publiée à l’appui. Je retiens donc le format, pas le superlatif.
Le vrai sujet n’est pas l’open source, c’est la fin du verrouillage
Le projet attire l’attention pour une raison simple : il attaque de front un modèle économique devenu banal. Depuis des années, le marché grand public repose sur des machines peu chères à l’achat, puis coûteuses à l’usage, avec cartouches propriétaires, puces d’authentification, firmwares restrictifs et parfois abonnements d’encre. L’Open Printer essaie de casser cette logique.
Selon Open Tools, l’imprimante fonctionne sans pilotes propriétaires grâce à CUPS et se connecte à Windows, macOS, Linux, Android et iOS. Cette indépendance logicielle compte autant que la recharge des cartouches. Une imprimante peut être techniquement réparable et rester pénible à exploiter si elle dépend d’un écosystème fermé. Ici, Open Tools vend l’idée inverse : une machine que l’utilisateur peut comprendre, démonter, maintenir et garder.
Je trouve le positionnement cohérent, mais il faut nuancer un point souvent répété : le projet est diffusé sous licence Creative Commons BY-NC-SA 4.0. Le « NC » interdit l’usage commercial. On est donc face à une ouverture réelle, mais pas totale au sens le plus strict du matériel open source. Ce n’est pas un détail idéologique. C’est une limite pratique pour certains intégrateurs, ateliers ou fabricants tiers. Open Tools assume ce compromis pour protéger la viabilité du projet.
Face au marché, l’Open Printer arrive au moment où le tank prend l’avantage
Le texte de départ présentait l’Open Printer comme une réponse à un marché figé. Or le marché bouge déjà. Selon IDC, les livraisons mondiales d’imprimantes jet d’encre sont restées globalement stables au premier trimestre 2026, tandis que les modèles à réservoir d’encre ont continué à gagner du terrain dans les segments grand public, SOHO et PME, au détriment des imprimantes à cartouches. Autrement dit, l’industrie a déjà compris qu’elle devait réduire le coût d’usage. La différence, c’est que les grands constructeurs le font dans des systèmes encore très propriétaires.
L’Open Printer ne débarque donc pas contre un marché immobile. Elle arrive dans un marché déjà en transition vers le réservoir, mais où l’ouverture matérielle, la réparabilité et l’absence de verrou logiciel restent rares. C’est là que le projet peut se distinguer, pas sur la seule baisse du coût d’encre.
Comparaison concrète : Open Printer contre Epson EcoTank et Canon MegaTank
Pour juger l’idée, il faut la replacer face aux références établies. Chez Epson, l’EcoTank ET-2850 affichait 349,99 € sur le site officiel français consulté. La machine utilise des bouteilles 102 de 127 ml en noir et 70 ml par couleur, et monte à 5 760 × 1 440 dpi selon la fiche produit. Chez Canon, la MAXIFY GX3050 était affichée à 399,99 € sur la boutique française officielle.
Premier écart chiffré utile : la Canon coûte 50 € de plus que l’Epson sur ces prix publics observés. Cela représente un surcoût d’environ 14 % pour la GX3050 par rapport à l’ET-2850. Cette comparaison ne dit pas quelle machine est meilleure. Elle rappelle simplement qu’un modèle à réservoir rechargeable déjà bien installé sur le marché se vend aujourd’hui entre 350 € et 400 € en France.
Problème pour Open Tools : sans prix officiel, impossible de savoir si l’Open Printer visera le segment accessible ou le segment premium. Et ce point change tout. Si elle sort au niveau tarifaire d’une EcoTank ou d’une MegaTank, sa proposition devient crédible pour un public large. Si elle grimpe nettement au-dessus, elle basculera vers un marché de niche composé de makers, designers, fablabs et utilisateurs militants.
Les cartouches HP choisies par Open Tools posent une question stratégique
Le choix des cartouches HP 302 en Europe est malin sur un point : elles sont très diffusées. Open Tools souligne d’ailleurs qu’on peut les trouver facilement dans les circuits retail classiques. Cela réduit le risque d’approvisionnement, ce qui est essentiel pour un produit naissant.
Mais ce choix ouvre aussi un paradoxe. HP reste l’un des noms les plus associés aux politiques de verrouillage des consommables. Open Tools ne s’en cache pas : l’idée consiste précisément à réutiliser des cartouches répandues, mais hors logique DRM, via recharge. Sur le papier, c’est habile. En pratique, tout dépendra de la fiabilité des cycles de recharge, du nettoyage des têtes et de la constance colorimétrique dans le temps.
Selon une fiche HP dédiée aux cartouches 302, les rendements standard annoncés tournent autour de 190 pages pour la noire et 165 pages pour la trois couleurs. Ce chiffre n’équivaut pas au rendement futur de l’Open Printer, car Open Tools propose justement de recharger les cartouches au lieu de les remplacer. Mais il donne un ordre de grandeur du modèle économique que le projet cherche à contourner : faible autonomie native, remplacement fréquent, dépendance à la cartouche.
Deux métriques dérivées qui clarifient le positionnement
1. La densité d’encombrement
Avec ses dimensions de 497 × 233 × 111 mm, l’Open Printer représente donc environ 12,85 litres de volume brut. Rapporté à sa largeur papier maximale de 29,7 cm, on obtient environ 0,43 litre par centimètre de largeur utile. Cette métrique n’a rien d’un standard industriel, mais elle aide à comprendre la compacité du design pour un appareil qui accepte aussi du A3 et du rouleau.
2. L’écart de prix observé entre deux concurrents tank
Entre l’Epson EcoTank ET-2850 à 349,99 € et la Canon MAXIFY GX3050 à 399,99 €, l’écart public observé est de 50 €, soit environ 14 %. Cette donnée sert de repère marché. Elle montre qu’Open Tools n’a pas beaucoup d’espace pour se tromper : à fonctionnalités incomplètes, une forte prime de prix serait difficile à défendre face à des modèles tank déjà distribués, garantis et documentés.
Les usages où l’Open Printer peut avoir une vraie carte à jouer
La source d’origine parlait surtout de philosophie produit. Les usages concrets méritent plus d’attention. Grâce au support des rouleaux 29,7 cm de large et au coupe-papier intégré, l’Open Printer peut intéresser des profils bien précis : architectes qui impriment des bandes de plans, ateliers qui éditent de petites signalétiques, créatifs qui produisent des bannières courtes, enseignants qui affichent des frises, ou encore makers qui veulent une machine modifiable sans passer par un traceur encombrant.
Le montage mural, également prévu par Open Tools, peut compter dans les petits ateliers ou studios où chaque mètre carré est disputé. Même remarque pour les pièces imprimables en 3D : ce n’est pas un gadget pour décorateur. Dans un environnement de prototypage, pouvoir refaire une pièce plastique plutôt qu’attendre un SAV change la relation au produit.
Autre détail intéressant issu de la FAQ officielle : Open Tools ne propose pas de scanner intégré et recommande de numériser via smartphone. Je trouve ce choix défendable. Il enlève un sous-système mécanique, réduit la complexité et concentre le produit sur l’impression. En revanche, cela ferme la porte à ceux qui veulent une vraie multifonction tout-en-un.
Ce que l’article d’origine ne disait pas sur la maintenance
Le point le plus convaincant du dossier n’est pas la vidéo du prototype. C’est la manière dont Open Tools décrit l’après-vente potentiel. Selon l’entreprise, les composants mécaniques standards resteront faciles à trouver, les pièces plastiques pourront être refaites en impression 3D, les cartes électroniques seront distribuées via des partenaires, et les tutoriels seront publiés en vidéo. Même dans l’hypothèse où la société disparaîtrait, Open Tools affirme avoir pensé à une continuité minimale d’usage et de réparation.
C’est exactement le type d’engagement qui manque chez les fabricants classiques. Bien sûr, il faudra juger sur pièces quand la version finale sera lancée. Mais l’intention est rare, et surtout formulée noir sur blanc.
Les inconnues qui empêchent encore de parler d’alternative grand public
À ce stade, l’Open Printer reste séduisante sur le plan conceptuel et prometteuse sur le plan technique. Mais plusieurs trous demeurent. Le débit réel d’impression est non communiqué. Le coût à la page exact avec l’encre Open Tools est non communiqué. Le prix des kits de recharge est non communiqué. La longévité mesurée des cartouches rechargées est non communiquée. Le calendrier d’expédition est non communiqué.
Sans ces données, impossible de comparer sérieusement la machine à une Epson EcoTank ou une Canon MegaTank sur le terrain le plus concret : coût total de possession, cadence, bruit, maintenance et fiabilité à 12 ou 24 mois.
En revanche, une chose est claire : Open Tools ne vend pas seulement une imprimante. L’entreprise tente d’imposer un autre contrat utilisateur. Posséder la machine, choisir son papier, recharger l’encre, réparer les pièces, garder l’appareil longtemps. Si la version commerciale tient cette ligne sans exploser le prix, l’Open Printer peut devenir une option sérieuse pour ceux qui refusent le modèle fermé des imprimantes domestiques et de bureau.
Source de référence : https://www.opentools.studio/fr
Mon avis :
L’idée est solide: prototype fonctionnel, CUPS, cartouches HP 302 rechargeables sans DRM et vraie réparabilité, donc un usage potentiellement moins captif que chez HP ou Epson. Mais l’avis reste prudent: pas de prix, pas de vitesse, pas de date, et une dépendance paradoxale aux corps de cartouches HP fragilise la promesse.





