Le Règlement EUDR sur la déforestation s’impose d’ores et déjà à toutes les entreprises œuvrant dans l’import/export de matières premières agricoles au sein de l’UE. Il représente un tournant stratégique majeur, visant à garantir que chaque produit soit exempt de déforestation depuis le 31 décembre 2020. Une obligation incontournable pour aujourd’hui et demain.
Règlement EUDR sur la déforestation : obligations et délais
Le Règlement EUDR sur la déforestation a pris une place essentielle à l’agenda de toutes les entreprises qui importent, commercialisent ou exportent des matières premières agricoles et du bois vers et depuis l’Union européenne. Cette réglementation n’est pas une norme isolée ; elle représente un tournant radical dans la gestion des chaînes d’approvisionnement mondiales, allant des plantations de café aux usines de meubles ou aux tanneries de cuir. Pour toute activité touchant à ces secteurs, il est crucial de s’y conformer sérieusement.
Le cadre règlementaire impose de prouver, grâce à des preuves de traçabilité, de géolocalisation et de conformité légale, que certains produits ne sont pas liés à la déforestation ou à la dégradation des forêts, à partir d’une date précise : le 31 décembre 2020. Bien que le calendrier d’application ait été retardé et modifié, le message principal est inébranlable : l’UE ne souhaite plus importer la déforestation dissimulée dans des produits comme le soja, la viande, le cacao, le bois, le caoutchouc, le café ou l’huile de palme.
Qu’est-ce que le Règlement EUDR et quel est son objectif réel
Le Règlement (UE) 2023/1115, connu sous le nom de EUDR (Règlement sur la Déforestation de l’UE), est la réponse de l’Union européenne à un problème largement reconnu : une part de la déforestation mondiale est alimentée par sa propre consommation de matières premières agricoles et de produits en bois. Ce texte repose sur le Pacte Vert Européen, la Stratégie de Biodiversité 2030 et la stratégie « De la Ferme à la Table ». Il rassemble l’engagement politique visant à ne plus être un importateur net de destruction des forêts.
Dans la pratique, le règlement stipule que certains produits peuvent uniquement être introduits, commercialisés ou exportés sur le marché de l’UE si trois conditions majeures sont remplies : ces produits doivent être exempts de déforestation, avoir été produits dans le respect de la législation du pays d’origine, et être couverts par une déclaration de diligence raisonnable enregistrée dans un système électronique de l’UE.
Les objectifs environnementaux sont ambitieux : réduire la déforestation et la dégradation forestière globales, diminuer les émissions de gaz à effet de serre associées (qui représentent environ 11 % des émissions mondiales) et freiner la perte de biodiversité. Tout cela se fait sans interdire a priori le commerce avec un pays, mais en élevant considérablement le standard de ce qui est considéré comme un approvisionnement acceptable pour le marché européen.
Le EUDR est également conçu pour agir en tant qu’outil de pression positive sur les pays producteurs. En exigeant des produits exempts de déforestation, l’UE incite à des réformes légales, à une meilleure gouvernance forestière et à une plus grande transparence dans les États où l’expansion agricole et l’abattage non contrôlé ont ravagé des millions d’hectares.
Concepts clés : déforestation, dégradation forestale et date limite
Pour bien comprendre le EUDR, il est important de connaître ses définitions techniques. Le règlement considère la déforestation comme la conversion d’une forêt en utilisation agricole, que cela soit dû à des actions humaines ou non. Autrement dit, si un terrain qui correspondait à la définition d’une forêt devient une plantation agricole, un pâturage ou une zone urbaine, il s’agit d’un cas de déforestation au sens du règlement.
Le terme forêt désigne une surface d’au moins 0,5 hectare avec des arbres de plus de 5 mètres de hauteur, couvrant plus de 10 % de cette surface, ou avec des arbres capables d’atteindre cette hauteur. En cohérence, les plantations agricoles (comme les plantations de palmiers à huile) sont considérées comme des usages agricoles, non comme des forêts.
La dégradation forestière est comprise comme des changements structurels dans la couverture forestière qui transforment des forêts primaires en plantations ou en « autres surfaces forestières ». Il suffit de modifier gravement la structure, la composition des espèces et les fonctions écologiques pour que cela soit considéré comme une dégradation.
La date limite est également un élément central : seule la production réalisée sur des terres n’ayant pas subi de déforestation ou de dégradation forestière après le 31 décembre 2020 est considérée comme exempt de déforestation. Cette date a été choisie pour s’aligner avec les Objectifs de Développement Durable et la Déclaration de New York sur les Forêts, qui fixaient déjà 2020 comme objectif pour mettre fin à la perte des forêts.
Matières premières et produits concernés par le EUDR
Le champ d’application du règlement se concentre sur sept matières premières pertinentes, identifiées pour leur lien avec la déforestation liée à la consommation européenne : le bétail, le cacao, le café, l’huile de palme, le caoutchouc, le soja et le bois. L’annexe I énumère également une longue liste de « produits pertinents » classés par codes de nomenclature combinée.
Concernant le bétail, cela inclut non seulement la viande fraîche, réfrigérée ou congelée, mais aussi les sous-produit comestibles, les préparations de viande et les produits en cuir. Pour le bois, la liste est étendue et englobe des troncs, des planches, des panneaux de particules, de la pâte à papier, ainsi que divers meubles et emballages .
Les cultures comprennent tous les codes tarifaires relatifs au cacao et au chocolat, café en grains, huile de palme et ses sous-produits, soja (grains, farines, huiles) et d’autres produits à base de caoutchouc naturel.
Sont exclues du EUDR les matières premières produites entièrement à partir de matériaux recyclés ou de déchets ayant épuisé leur cycle de vie, sauf s’ils ne proviennent pas d’un processus industriel ayant utilisé initialement des matières premières non résiduelles.
Qui a des obligations : opérateurs, commerçants et représentants
Le règlement distingue les opérateurs des commerçants. Un opérateur est toute personne physique ou morale qui, dans le cadre d’une activité commerciale, introduit pour la première fois des produits pertinents sur le marché de l’UE ou les exporte. Cela représente donc le premier maillon de la chaîne d’approvisionnement.
Un commerçant est tout agent de la chaîne intervenant après l’opérateur, commercialisant des produits pertinents au sein de l’UE. Les grands commerçants sont soumis presque aux mêmes obligations que les opérateurs : ils doivent effectuer une diligence raisonnable et soumettre des déclarations avant de commercialiser.
Les petits commerçants ont un régime simplifié : bien qu’ils ne fassent pas de diligence raisonnable au sens strict, ils doivent conserver des informations traçables (fournisseur, client et numéro de référence de déclaration de diligence raisonnable) pendant au moins cinq ans et collaborer avec les autorités en cas de contrôles.
Le règlement permet également de désigner un représentant autorisé établi dans l’UE pour remplir certaines obligations au nom d’un opérateur ou d’un commerçant, ce qui est particulièrement utile pour les entités extracommunautaires. La responsabilité finale pour la conformité d’un produit au EUDR demeure toutefois à la charge de l’opérateur.
L’obligation centrale : produits exempts de déforestation et diligence raisonnable
Le cœur du règlement se trouve dans l’article 3 : l’introduction, la commercialisation ou l’exportation de matières premières et de produits pertinents sont interdites si trois conditions ne sont pas respectées. Premièrement, ces produits doivent être exempts de déforestation ; deuxièmement, avoir été produits en respectant la législation pertinente du pays de production (droits de l’utilisation des sols, normes environnementales, forestières, sociales, fiscales, lutte contre la corruption, respect des droits humains, etc.) ; et troisièmement, être accompagnés d’une déclaration de diligence raisonnable.
La diligence raisonnable se décompose en trois phases. La première phase concerne la collecte d’informations : l’opérateur doit rassembler des données précises concernant le produit (type, quantité, codes tarifaires, espèces de bois, liste de matières premières utilisées), la géolocalisation exacte de toutes les parcelles de production et des établissements d’élevage, ainsi que des preuves documentaires que la production est conforme à la législation locale.
La deuxième phase est l’évaluation des risques. L’opérateur doit analyser s’il existe un risque que le produit ne respecte pas l’article 3. Cette évaluation doit tenir compte du niveau de risque du pays, de l’historique de conformité du fournisseur, de la complexité de la chaîne d’approvisionnement ou des revendications de peuples indigènes concernant la terre d’origine.
La troisième étape porte sur les mesures de réduction des risques : si, après cette évaluation initiale, il n’est pas possible de conclure que le risque est nul, l’opérateur doit solliciter des informations supplémentaires, effectuer des vérifications indépendantes, renforcer ses contrôles internes ou aider ses fournisseurs à remédier à des défaillances. Si l’opérateur ne peut pas réduire le risque à un niveau négligeable, il est tenu de ne pas introduire ni exporter ce produit.
Une fois ces phases complétées, l’opérateur soumet une déclaration de diligence raisonnable par voie électronique via le système d’information de la Commission. Cette déclaration comporte un numéro de référence unique, doit être conservée pendant au moins cinq ans et accompagner le produit tout au long de la chaîne.
Procédure simplifiée et classification des pays par niveau de risque
Pour alléger la charge administrative, le EUDR introduit un système d’évaluation comparatif des pays. La Commission classifie les États en trois catégories : risque élevé, risque standard ou risque faible, sur la base d’indices de déforestation, d’expansion agricole, et d’autres critères comme la qualité de la gouvernance.
Lorsque des produits proviennent de pays considérés comme à risque faible, les opérateurs peuvent bénéficier d’une procédure simplifiée de diligence raisonnable. Ils doivent néanmoins collecter les informations de base, y compris la géolocalisation, sans avoir à procéder à l’évaluation des risques, tant qu’ils sont raisonnablement sûrs qu’il n’y a pas de mélange avec des produits de pays à risque élevé.
Pour les pays à risque élevé, les autorités des États membres doivent intensifier leurs contrôles. Le règlement fixe des minima, par exemple, au moins 9 % des opérateurs et des volumes de produits provenant de ces pays doivent faire l’objet d’un contrôle annuel.
La Commission doit informer les pays envisagés pour une reclassement, leur offrant la possibilité de fournir des données ou d’expliquer les mesures adoptées pour réduire leur risque. De plus, elle s’engage à établir des partenariats et une coopération avec ces États pour les aider dans la transition vers des chaînes d’approvisionnement sans déforestation.
Calendrier d’entrée en application et reports successifs
Le EUDR a pris effet le 29 juin 2023, mais ses obligations matérielles n’étaient pas immédiatement applicables. Initialement, la date de début pour la plupart des opérateurs et commerçants était fixée au 30 décembre 2024, avec un délai supplémentaire de six mois pour les micro et petites entreprises.
Cependant, la réalité technique et les pressions du secteur ont révélé que le marché n’était pas prêt à temps. En réponse, le Règlement (UE) 2024/3234 a retardé l’application effective d’un an, repositionnant le nouvel horizon principal au 30 décembre 2025.
À la lumière de l’état non résolu de plusieurs aspects critiques, une deuxième prolongation où les obligations lourdes seraient appliquées aux grands opérateurs et commerçants à compter du 30 décembre 2026 a été adoptée. Les micro et petites entreprises bénéficieront d’un délai supplémentaire, la pleine application étant estimée autour du 30 juin 2027.
Pendant ce temps, le Règlement (UE) 2025/2650 a précisé plusieurs obligations visant à introduire des mesures de déclaration simplifiée pour les petits opérateurs primaires et à clarifier le rôle des « opérateurs intermédiaires ».
Un élément essentiel est la phase de flexibilité : bien que la date d’entrée en application soit fixée, les autorités compétentes se concentreront initialement sur des avertissements et des recommandations, réservant les sanctions plus sévères pour plus tard.
Le système d’information EUDR et son intégration avec les douanes
La Commission a mis en place un système d’information électronique spécifique pour le EUDR. Ce système centralisé permet d’enregistrer les opérateurs et commerçants, de générer des numéros de référence uniques par déclaration et de stocker les résultats des contrôles, servant également de base de données pour l’élaboration de profils de risque.
Le système sera intégré à la future fenêtre unique douanière de l’UE, permettant aux autorités douanières de consulter automatiquement l’état d’une déclaration EUDR liée à une importation. Si le système signale un risque élevé ou une décision de contrôle préalable, la douane peut suspendre le dédouanement jusqu’à ce que les vérifications soient terminées.
Pour les entreprises, cela signifie que la référence de la déclaration de diligence raisonnable devient aussi cruciale qu’un numéro EORI ou un code TARIC.
La Commission a également prévu des sessions de formation virtuelles, une guide d’utilisation du système et des documents de questions fréquentes pour aider les entreprises à comprendre comment gérer leurs déclarations.
Contrôles, sanctions et rôle des autorités compétentes
L’application pratique du EUDR incombe aux autorités compétentes désignées par chaque État membre. En Espagne, par exemple, la Direction Générale de la Biodiversité, des Forêts et de la Désertification assure ce rôle. Ces organismes doivent établir des plans de contrôle annuels, définissant quels opérateurs et produits seront inspectés.
Les contrôles peuvent varier de la révision documentaire du système de diligence raisonnable à des inspections in situ, vérifications ADN, et croisements avec des données de surveillance satellitaire. En cas d’infraction, des mesures correctrices peuvent être imposées.
Un régime de sanctions administratives dissuasoires doit être instauré par les États membres, incluant des amendes pouvant atteindre au moins 4 % du chiffre d’affaires annuel global dans l’UE pour les personnes morales.
La Commission publiera une liste des entités condamnées pour infractions au EUDR, ajoutant un aspect de risque réputationnel important que les entreprises souhaitent éviter à tout prix.
Impact sur les entreprises, charge administrative et ajustements récents
Pour le tissu économique, le EUDR représente un changement profond dans la gestion des achats et de la logistique internationale. Les entreprises doivent être capables de tracer chaque produit, jusqu’à son origine spécifique.
Cela implique des investissements en technologie de traçabilité, en systèmes d’information, et en formation interne. Les ajustements récents ont cherché à réduire la charge pour les PME, notamment en limitant les obligations de déclaration aux premiers entrants sur le marché.
Le nouveau cadre est une réponse aux exigences croissantes pour que toute entreprise désireuse de vendre des produits liés à l’agriculture et aux forêts démontre, par des données tangibles, qu’il n’y a pas de destruction de forêts incluse dans ses approvisionnements. Ce faisant, celles qui s’engagent à devancer ces exigences et à investir dans la traçabilité seront mieux positionnées sur un marché valorisant la durabilité réelle.
Pour plus d’informations, référez-vous au site Commission Européenne.
Mon avis :
Le règlement EUDR sur la déforestation représente une avancée significative pour la durabilité, en exigeant la traçabilité des matières premières agricoles et du bois. Toutefois, son application complexe et ses exigences strictes pourraient engendrer des coûts importants pour les PME, freinant ainsi leur compétitivité sur le marché européen.
Les questions fréquentes :
Qu’est-ce que le règlement EUDR sur la déforestation ?
Le règlement EUDR (Règlement (UE) 2023/1115) vise à interdire l’importation de matières premières agricoles et de produits forestiers qui contribuent à la déforestation. Il impose aux entreprises de prouver que ces produits sont exempts de déforestation à partir du 31 décembre 2020, en fournissant des preuves de traçabilité, de géolocalisation et de conformité légale.
Quels sont les principaux objectifs du règlement EUDR ?
Les objectifs principaux du règlement EUDR sont de réduire la déforestation et la dégradation forestière à l’échelle mondiale, de diminuer les émissions de gaz à effet de serre liées à la déforestation, et de freiner la perte de biodiversité. Cela inclut également la promotion d’une meilleure gouvernance forestière dans les pays producteurs.
Qui est concerné par les obligations du règlement EUDR ?
Les obligations s’appliquent aux « opérateurs », qui introduisent pour la première fois des produits sur le marché de l’UE, ainsi qu’aux « commerçants », qui commercialisent ces produits au sein de l’UE. Les petites et moyennes entreprises ont un régime simplifié, tandis que les grandes entreprises doivent se conformer à des exigences plus strictes.
Quelles sont les sanctions en cas de non-conformité au règlement EUDR ?
En cas de non-conformité, les autorités peuvent imposer des mesures correctives, telles que l’interdiction de vendre ou d’exporter des produits concernés, et des sanctions administratives peuvent être appliquées, y compris des amendes pouvant atteindre 4 % du chiffre d’affaires annuel total pour les personnes morales.