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Home Design

400 millions de balles de tennis finissent en décharge, un designer les transforme en chaussures écoresponsables

Dominique Bernard by Dominique Bernard
31 juillet 2026
in Design
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400 millions de balles de tennis finissent en décharge, un designer les transforme en chaussures écoresponsables
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400 millions de balles de tennis sont produites chaque année, seulement 1 % sont recyclées et chacune peut finir 400 ans en décharge : Soroosh Riazi Isfahani veut changer la donne avec SLICE, un concept présenté au James Dyson Award 2026 qui transforme les balles usées en chaussures.

SLICE détourne un déchet massif que le tennis traite encore très mal

Le projet SLICE, signé par le designer Soroosh Riazi Isfahani, part d’un constat simple : la balle de tennis a une durée d’usage ridiculement courte, surtout au niveau pro, alors que sa fin de vie reste médiocre. La source d’origine évoque 400 millions de balles produites par an et seulement 1 % recyclé. Ce cadrage est cohérent avec d’autres références du secteur, même si les volumes varient selon les méthodologies. Associated Press citait par exemple 330 millions de balles fabriquées chaque année dans le monde, dont la quasi-totalité finit à la poubelle, avec une décomposition pouvant dépasser 400 ans. Selon dropp, le recyclage ne concerne même que 0,1 % des déchets issus du tennis. L’idée de fond ne change donc pas : la filière reste marginale, et le produit est structurellement difficile à retraiter.

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Mon avis est net : le vrai intérêt de SLICE ne tient pas au storytelling “vert”, mais à sa logique matière. Au lieu de broyer la balle pour la faire disparaître dans un composé anonyme, le projet conserve la coque en caoutchouc et le feutre comme éléments visibles et fonctionnels. Selon la fiche du James Dyson Award 2026, le designer utilise des guides de découpe sur mesure, imprimés en 3D, pour maintenir chaque balle et la sectionner avec précision. Le matériau garde donc sa forme, sa texture et une partie de ses propriétés initiales.

Une approche d’upcycling plus crédible que le recyclage classique

La plupart des démarches de recyclage dans la chaussure passent par une phase de destruction : broyage, séparation, refonte, réintégration. C’est industriellement compréhensible, mais rarement optimal. Dans le cas d’une balle de tennis, cette méthode bute sur un problème documenté : selon Associated Press, l’un des freins majeurs au recyclage vient justement de la difficulté à séparer le feutre du noyau en caoutchouc à cause de la colle qui solidarise les deux couches.

SLICE contourne ce verrou. Il ne cherche pas à dissocier totalement les matériaux, mais à les reconfigurer tels quels. C’est beaucoup plus malin. La balle ne devient pas une poudre ou un granulé sans identité ; elle devient une pièce de tige ou de renfort. Cette différence compte, car elle réduit théoriquement les étapes de transformation et évite une partie des pertes liées au broyage.

La source d’origine précise d’ailleurs que Soroosh Riazi Isfahani a commencé par une voie plus classique, en broyant les balles usées pour les mélanger à du caoutchouc naturel afin de créer une semelle extérieure. Il a ensuite abandonné cette piste. Je trouve ce pivot bien vu : le broyage efface précisément ce qui rend la balle intéressante, à savoir ses couches, sa résilience mécanique et son feutre texturé.

Les propriétés techniques de la balle justifient son usage dans une chaussure

Transformer une balle de tennis en chaussure peut sembler gadget. En réalité, le matériau a plusieurs qualités compatibles avec cet usage. Selon l’ITF, une balle homologuée pèse entre 56,0 et 59,4 g. À l’échelle des 400 millions de balles mentionnées par la source d’origine, cela représente entre 22 400 et 23 760 tonnes de matière produite chaque année. Avec l’estimation plus prudente d’Associated Press à 330 millions d’unités, on parle encore de 18 480 à 19 602 tonnes. Cette première métrique dérivée donne une idée concrète du gisement de déchets disponible.

Autre donnée utile : selon l’ITF, les balles utilisées en compétition sont soumises à des règles strictes de performance et de durabilité. Les règlements de compétition rappellent que les balles neuves sont changées au maximum tous les neuf jeux, après un premier cycle généralement déclenché après sept jeux. La source initiale simplifie ce rythme en parlant de sept à neuf jeux, soit environ 30 minutes de jeu au niveau professionnel. Ce n’est pas une approximation absurde ; c’est une vulgarisation. Le point important reste le même : un objet techniquement normé et encore mécaniquement intéressant est écarté très vite.

Mon point de vue est simple : si un matériau est assez robuste pour encaisser service, lift, abrasion et impacts répétés sur surface dure, il a probablement plus d’un usage. Le feutre apporte du grip. Le caoutchouc offre de la tenue. Ce ne sont pas des propriétés exotiques dans l’univers de la sneaker.

La comparaison avec les alternatives du marché montre que le problème commence avant la poubelle

Le projet SLICE s’attaque à la fin de vie. D’autres acteurs essaient de prolonger la durée d’usage. Le cas le plus documenté est celui de Wilson avec la balle Triniti. Selon Wilson Sporting Goods, ce modèle conserve une sensation de balle neuve quatre fois plus longtemps que des balles standard. La marque indique aussi que son noyau passe de 3,4 mm sur une balle US Open Extra Duty à 4,8 mm sur Triniti, soit une hausse d’environ 41 % d’épaisseur de paroi. C’est une deuxième métrique dérivée, absente de la source de départ.

Selon Wilson, le feutre “STR Felt” de Triniti est aussi 50 % plus flexible que celui d’une balle standard. Dit autrement, certains industriels travaillent déjà sur la réduction du flux de déchets à la source, en allongeant la durée utile du produit. C’est une approche complémentaire, pas concurrente, à celle de SLICE.

Je tranche sans détour : entre une balle qui dure plus longtemps et une balle usée transformée en chaussure, il ne faut pas choisir. La hiérarchie logique est la suivante : réduire d’abord, réemployer ensuite, recycler en dernier. C’est d’ailleurs exactement la ligne défendue par l’ITF, rapportée par Associated Press, qui place la réduction du nombre de balles utilisées tout en haut de la stratégie de gestion du déchet.

Le vrai angle mort, c’est l’infrastructure de collecte

Une belle idée de design ne suffit pas si l’approvisionnement reste artisanal. C’est ici que le projet doit encore prouver sa viabilité. Des acteurs spécialisés existent déjà. Selon le rapport d’impact 2024 de RecycleBalls, l’organisation s’est structurée précisément pour collecter, trier et revaloriser les balles usagées à grande échelle en Amérique du Nord. De son côté, Associated Press indiquait déjà que RecycleBalls visait 3 millions de balles collectées sur une année. On reste loin des centaines de millions mises sur le marché, mais on sort du symbole.

C’est là que je vois le principal gap par rapport au texte source : il parle du concept produit, pas du système. Or sans réseau de récupération, l’upcycling reste un prototype d’école. Pour passer au stade supérieur, SLICE aurait besoin de trois briques : des clubs partenaires, une logistique de tri par état du matériau, et une standardisation de la découpe pour limiter la variabilité entre balles.

Le projet a toutefois un avantage : il n’exige pas forcément une matière parfaitement homogène. Une balle légèrement usée mais structurellement intacte peut encore servir comme composant visible, là où une filière de recyclage matière stricte demanderait souvent une qualité d’entrée plus stable.

Pourquoi la chaussure reste un secteur compliqué, même quand l’idée est bonne

Le texte d’origine a raison sur un point : la chaussure est un des objets les plus difficiles à rendre vraiment circulaires. Selon la Footwear Innovation Foundation, une paire de chaussures moderne mobilise en moyenne plus de 60 matériaux et composants, ainsi que plus de 200 opérations de fabrication. L’organisation estime aussi l’empreinte carbone cradle-to-grave d’une paire type à 6,7 kg CO2e, avec 1,5 kg CO2 émis pendant la seule fabrication, et une consommation moyenne d’électricité de 1,17 kWh par paire.

Ces chiffres permettent une troisième métrique dérivée utile : la fabrication représente environ 22 % de l’empreinte carbone totale d’une paire type, si l’on rapporte 1,5 kg aux 6,7 kg annoncés. Autrement dit, travailler uniquement la fin de vie ne suffit pas ; la conception, les assemblages, les colles et la multiplicité des composants restent des points durs.

Autre signal intéressant : selon Fashion for Good et son rapport Closing the Footwear Loop, 50 % des déchets post-consommation de chaussures sont non réutilisables, 46 % sont encore réutilisables, et 4 % sont contaminés. Plus frappant encore, 24 % des chaussures classées non réutilisables ne présentent aucun dommage physique. Ce constat montre à quel point le tri, l’évaluation de l’état réel et la composition matière restent mal maîtrisés.

Je suis assez sévère sur ce point : tant que la chaussure restera un assemblage complexe pensé d’abord pour la performance, puis éventuellement pour le recyclage, la circularité restera partielle. SLICE a au moins le mérite de poser la bonne question en amont : que peut faire la matière avant qu’on ne la réduise en déchets mélangés ?

Ce que SLICE apporte de neuf par rapport à l’article source

1. Un gisement matière quantifiable

Selon l’ITF, une balle pèse entre 56,0 et 59,4 g. Rapporté aux 400 millions d’unités évoquées par la source initiale, le gisement annuel théorique atteint 22 400 à 23 760 tonnes de matière. Ce calcul n’apparaissait pas dans le texte d’origine.

2. Une validation officielle du cadre compétitif

Selon les règlements de l’ITF, les changements de balles en compétition suivent un cadre normé, avec des rotations pouvant aller jusqu’à neuf jeux maximum. Cela confirme que la courte durée d’usage n’est pas un ressenti, mais un standard de jeu encadré.

3. Un concurrent indirect qui agit à la source

Selon Wilson, la balle Triniti garde sa sensation de fraîcheur quatre fois plus longtemps. Le secteur ne se limite donc pas au recyclage ; il teste aussi des solutions de durabilité produit.

4. Une mesure concrète de l’effort industriel dans la chaussure

Selon la Footwear Innovation Foundation, une paire de chaussures nécessite plus de 200 étapes de fabrication et plus de 60 matériaux ou composants. Cela explique pourquoi intégrer une matière récupérée reste complexe, même quand l’idée paraît évidente.

5. Un contexte français plutôt favorable à l’expérimentation

Selon Fashion for Good, la France fait figure de pays pionnier dans l’Union européenne avec une filière REP spécifique à la chaussure, et des tests de recyclage en boucle fermée sur des sneakers de sport ont déjà été menés. Pour un projet comme SLICE, ce point n’est pas anecdotique : il existe déjà un terrain réglementaire et logistique plus mature qu’ailleurs.

Le passage du concept à un produit vendable reste flou

À ce stade, plusieurs informations clés sont non communiquées : prix cible, volume de production, poids d’une paire, proportion exacte de matière issue des balles dans la chaussure finale, résistance à l’abrasion, réparabilité, méthode d’assemblage et éventuelle recyclabilité en fin de seconde vie. Il faut le dire clairement : en l’état, SLICE reste une démonstration de méthode plus qu’un produit prêt à industrialiser.

Ce n’est pas un reproche automatique. Le James Dyson Award sert précisément à faire émerger ce type de solution en phase amont. Mais sur le plan éditorial, je préfère distinguer sans ambiguïté concept, prototype fonctionnel et produit commercialisable. Ici, on est encore du côté du prototype-concept, avec une idée forte et une exécution visuellement cohérente.

Pourquoi le projet mérite l’attention malgré ses zones d’ombre

Je trouve SLICE plus convaincant que beaucoup d’objets “éco-conçus” parce qu’il part des propriétés réelles d’un déchet précis. Il ne plaque pas une matière recyclée sur un produit standard pour cocher une case RSE. Il construit l’objet autour de la matière disponible. C’est plus contraignant, mais aussi plus honnête.

Le secteur de la chaussure a besoin de ce type d’approche située. Les grandes promesses abstraites sur la circularité vieillissent mal. À l’inverse, une balle de tennis découpée, guidée, repositionnée et assumée comme pièce visible raconte exactement ce qu’elle est. C’est rare. Et c’est sans doute là que Soroosh Riazi Isfahani marque des points.

Source de référence : James Dyson Award

Mon avis :

Concept fort et crédible : SLICE conserve la structure feutre-caoutchouc de la balle grâce à un guide de découpe 3D, au lieu de la broyer, ce qui réduit le retraitement. La limite est nette : le prototype est encore coupé à la main, donc difficile à industrialiser avec une qualité constante. (jamesdysonaward.org)

Dominique Bernard

Dominique Bernard

Dominique Bernard est rédacteur(trice) spécialisé(e) dans le lifestyle français et les voyages en France. Sur plare.fr, il/elle partage des guides pratiques, des inspirations culturelles et des critiques de gastronomie locale pour aider les lecteurs à découvrir le patrimoine et le savoir-faire français. Son expertise inclut la rédaction d'articles accessibles et bien documentés qui allient conseils pratiques et découvertes authentiques.

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