La dégradation de la biodiversité affecte notre santé : une étude récente menée dans la Mata Atlântica de Brasil révèle que les moustiques, attirés par la diminution des espèces, privilégient désormais le sang humain. Ce phénomène soulève des inquiétudes quant à la propagation de maladies en Europe et ailleurs.

La soif de sang humain des moustiques augmente avec la perte de biodiversité

Les piqûres de moustiques ont toujours été une source d’irritation, mais elles sont de plus en plus liées à un problème sous-jacent : la dégradation des écosystèmes. À mesure que les forêts sont fragmentées et que la faune disparaît, ces insectes modifient leur régime alimentaire et se concentrent davantage sur le sang humain.

Un ensemble de recherches récentes dans la Mata Atlântica au Brésil indique que la perte de biodiversité alimente littéralement la « soif de sang humain » des moustiques. Ce qui se produit dans cette immense forêt côtière a des implications directes pour d’autres régions du monde, y compris l’Europe, où la combinaison de changement climatique et de modifications du territoire favorise l’expansion des vecteurs et des maladies qu’ils transmettent.

Un écosystème en déclin qui modifie le régime alimentaire des moustiques

La Mata Atlântica s’étend le long de la côte est du Brésil jusqu’à des régions du Paraguay et de l’Argentine. Autrefois, elle abritait des centaines d’espèces d’oiseaux, de mammifères, de reptiles et d’amphibiens. Cependant, après des décennies d’exploitation excessive, il ne reste qu’environ un tiers de sa superficie originale.

L’exploitation forestière, l’expansion agricole et la croissance des villes ont progressivement disparu des forêts, repoussant la faune sauvage. De nombreux animaux ont été contraints de quitter ou ont disparu des zones dégradées, laissant les moustiques sans de nombreuses proies habituelles et provoquant un déséquilibre dans la chaîne écologique.

Dans ce contexte, les chercheurs se sont posé une question cruciale : lorsque la faune disponible diminue, les moustiques modifient-ils réellement leurs préférences alimentaires et se nourrissent beaucoup plus de sang humain ? Les données recueillies indiquent un changement clair dans leurs habitudes alimentaires.

Une étude qui révèle la préférence pour le sang humain

L’étude, publiée dans la revue Frontiers in Ecology and Evolution, a été réalisée dans deux sites de l’État de Rio de Janeiro : la Réserve Écologique de Guapiaçu et le Sítio Recanto Preservar. L’équipe, dirigée par Jeronimo Alencar et Sergio Machado avec d’autres spécialistes de l’Institut Oswaldo Cruz et de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro, a cherché à identifier précisément les animaux dont se nourrissent les moustiques dans des fragments de forêt de plus en plus anthropisés.

Pour ce faire, ils ont utilisé des trampes de lumière durant la période crépusculaire, moment de l’activité maximale pour de nombreuses espèces. Ils ont enregistré 52 espèces de moustiques et capturé 1 714 spécimens. Parmi eux, seulement 145 femelles présentaient le ventre gonflé de sang, indiquant qu’elles avaient consommé un repas récent.

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En laboratoire, les chercheurs ont séparé les femelles et extrait l’ADN du sang contenu dans leur abdomen. En appliquant une méthode de séquençage qui fonctionne comme un « code-barres » génétique, ils ont pu déterminer l’origine de chaque échantillon en comparant les fragments à des bases de données de référence.

Bien que toutes les échantillons n’étaient pas aptes à l’analyse, ils ont réussi à identifier 24 cas. Bien que la proportion de résultats concluants ait été faible (à peine moins de 40 % des échantillons utilisables), les découvertes réalisées sont révélatrices.

Des données clés : 18 sur 24 repas de sang identifiés sont humains

Sur les 24 repas de sang attribués à une espèce précise, 18 provenaient de humains. Les autres échantillons comprenaient six espèces d’oiseaux, un amphibien, un canidé (probablement un chien) et un rongeur. Cela signifie que, dans un environnement où il existe encore une grande diversité potentielle d’hôtes, les moustiques échantillonnés avaient principalement choisi le sang humain.

Les auteurs décrivent ce schéma comme une préférence claire pour se nourrir de personnes dans les fragments analysés de la forêt atlantic. Certaines des captures présentaient également des repas mixtes : par exemple, des spécimens de Coquillettidia venezuelensis contenaient du sang humain et d’un amphibien, tandis que des moustiques de l’espèce Coquillettidia fasciolata combinaient le sang d’un rongeur avec celui d’un oiseau, ou d’un oiseau avec celui d’un humain.

Ces résultats suggèrent que les moustiques restent opportunistes et flexibles dans leur choix de piquer, mais que la proximité et l’abondance des personnes favorisent leur alimentation sur les humains.

Les chercheurs insistent sur le fait que le taux de moustiques avec du sang identifiable a été très faible par rapport au total capturé : environ 1,4 % des spécimens analysés contenaient du sang dont l’origine a pu être déterminée avec clarté. Néanmoins, ce petit pourcentage alerte sur une tendance croissante, où dans ces paysages dégradés, l’exposition humaine aux piqûres augmente.

Comment la perte de biodiversité pousse les moustiques vers nous

La clé de ce changement réside dans la disponibilité des hôtes. Alencar rappelle que le comportement des moustiques est complexe : certaines espèces peuvent avoir des préférences « innées », mais ce qui a vraiment du poids est qui est proche et en quelle quantité. Lorsque la déforestation réduit la faune sauvage, les moustiques perdent beaucoup de leurs proies originales.

Au fur et à mesure que la forêt se fragmente, la présence humaine gagne du terrain par l’intermédiaire de villages, d’agricultures, de routes forestières ou d’urbanisations. Les animaux sauvages s’éloignent tandis que les personnes et leurs animaux de compagnie deviennent une source constante de sang. Comme l’explique Sergio Machado, avec moins de ressources naturelles disponibles, les moustiques se voient contraints de chercher de nouvelles sources d’alimentation plus accessibles et finissent par piquer des humains par pure commodité.

Ce phénomène ne se limite pas à la côte brésilienne. Machado prévient qu’un processus similaire pourrait se produire dans d’autres régions de l’Amérique latine où la déforestation et la chasse anéantissent la faune, mais aussi dans des zones affectées par des polluants ou par le changement climatique. Dans tous ces cas, l’équilibre de l’écosystème est altéré et les interactions entre vecteurs, animaux et humains changent.

Au-delà du nombre d’espèces présentes, la biodiversité est également mesurée par la variété génétique au sein de chaque population. Des forêts transformées en mûres de parcelles agricoles ou en monocultures perdent diversité et résilience. Dans ce contexte, les moustiques trouvent moins d’alternatives et augmentent le contact avec les communautés humaines, y compris celles qui s’installent aux marges de la forêt ou dans des zones périurbaines.

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De la piqûre aux épidémies : l’impact sanitaire

Les conséquences de ce changement de régime alimentaire vont bien au-delà de la simple sensation de démangeaison. Dans les régions étudiées, les moustiques peuvent transmettre des virus tels que le dengue, le zika, la chikungunya ou la fièvre jaune, en plus d’autres pathogènes moins connus, comme le mayaro ou le sabiá. Une augmentation du nombre de piqûres humaines multiplie les chances de poussées épidémiques et de chaînes de transmission soutenues.

Ces dernières années, les autorités sanitaires brésiliennes ont enregistré des augmentations significatives des maladies transmises par les moustiques, en particulier dans les États du sud-est où la Mata Atlântica est plus fragmentée et où l’urbanisation progresse rapidement. Dans ces zones périurbaines, se superposent des logements précaires, des déficiences en matière d’assainissement et la présence constante de vecteurs.

Dans ce contexte, l’étude souligne la nécessité de croiser deux éléments : d’un côté, comprendre mieux l’écologie et le comportement alimentaire des moustiques, et de l’autre, renforcer les systèmes de santé publique. Savoir à qui ils piquent le plus fréquemment aide à prioriser les mesures de prévention et de contrôle dans les zones où la forêt se réduit et où la population humaine augmente.

Les auteurs affirment que les moustiques montrant une préférence pour les personnes doivent être considérés comme un signe d’alerte épidémiologique. Identifier cette préférence dans une zone donnée permet d’ajuster plus finement les campagnes de fumigation, la distribution de moustiquaires, l’élimination des gîtes larvaires et la vigilance face aux cas cliniques potentiels.

Limitations de l’étude et besoin de plus de données

Bien que les résultats indiquent une tendance claire, les chercheurs eux-mêmes reconnaissent des limitations méthodologiques. Le taux de femelles avec du sang dans l’abdomen était inférieur à 7 % du total capturé, et au sein de ce groupe, seulement moins de 40 % avaient suffisamment d’ADN pour identifier l’hôte.

De plus, les méthodes de laboratoire utilisées peuvent occulter les repas mixtes lorsque la proportion de sang d’une des espèces est très faible. Cela signifie que la diversité réelle d’hôtes pourrait être plus importante que celle observée, et que certains animaux pourraient être sous-représentés dans les analyses.

Cependant, la forte présence de sang humain dans les échantillons identifiés indique que le phénomène n’est pas anecdotique. Les auteurs plaident pour étendre le nombre de localités étudiées, accroître la couverture temporelle et saisonnière de l’échantillonnage, et utiliser des techniques de séquençage plus sensibles pour obtenir une image plus complète du régime alimentaire des moustiques.

Disposer de bases de données génétiques améliorées et d’outils capables de détecter même de très petites quantités d’ADN permettrait d’affiner les estimations et, in fine, d’améliorer les modèles reliant biodiversité, comportement vectoriel et risque de maladie.

Implications au-delà du Brésil : leçons pour l’Europe

Bien que l’étude se concentre sur la forêt atlantique, son message résonne sur d’autres continents. En Europe, la synergie entre le changement climatique, l’urbanisation dispersée et la dégradation des écosystèmes favorise l’expansion d’espèces comme Aedes albopictus (le moustique tigre) ou Aedes aegypti dans certaines zones, toutes deux capables de transmettre le dengue, le zika ou la chikungunya.

L’expérience brésilienne sert d’avertissement : si la biodiversité continue de diminuer et si les espaces naturels sont fragmentés, il est plus probable que les moustiques s’habituent à se nourrir de humains et d’animaux domestiques. Cela pourrait augmenter les épisodes de transmission autochtone d’arbovirus dans des pays où, jusqu’à présent, ils n’étaient que des cas importés, comme cela s’est déjà produit de manière sporadique en Espagne, en France ou en Italie.

Dans le contexte européen, renforcer la vigilance entomologique (suivi systématique des populations de moustiques et de leur répartition) et la vigilance épidémiologique (détection précoce des cas humains) devient fondamental pour anticiper les problèmes. De plus, la gestion du territoire—y compris la protection des zones humides, des forêts et des corridors écologiques—peut influencer sur comment et de qui se nourrissent les vecteurs.

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Les experts soulignent qu’à l’instar de la Mata Atlântica, les décisions relatives à l’utilisation du sol, à la reforestation ou à la destruction des habitats ne relèvent pas seulement d’une question environnementale : elles ont des répercussions directes en matière de santé publique, y compris dans le contexte européen.

Prévention : de la forêt à la santé publique

Les auteurs de l’étude s’accordent à dire que la meilleure manière de réduire le risque de maladies transmises par les moustiques passe par un mélange de vigilance, de restauration écologique et d’éducation. Dans un premier temps, ils proposent de maintenir une vigilance entomologique constante, couplée à des systèmes robustes de signalement des cas humains pour détecter rapidement tout changement dans la circulation des virus.

Parallèlement, ils insistent sur l’importance de récupérer la biodiversité à travers des programmes de reforestation et de protection de la faune. La restauration des forêts et des corridors biologiques est un processus lent, mais à moyen et long terme, elle contribue à donner aux moustiques plus d’options de proies non humaines, réduisant ainsi la pression sur les populations humaines environnantes.

Ils soulignent également le rôle des campagnes éducatives pour sensibiliser le grand public sur l’impact que peuvent avoir, par exemple, l’abattage d’un arbre, la chasse à la faune sauvage ou la dégradation d’une zone humide. Chaque arbre perdu et chaque espèce disparue ajoutent un petit coup de pouce à ce changement de comportement des moustiques, qui, au final, affecte la santé des habitants des zones limitrophes.

Enfin, ils signalent que, si la déforestation augmente la soif de sang humain des moustiques, l’augmentation des températures mondiales peut élargir les zones où ces espèces prospèrent, entraînant les maladies traditionnellement tropicales vers des latitudes plus froides. La gestion de ces deux facteurs—perte de biodiversité et changement climatique—devient une pièce maîtresse de la prévention.

Tout indique que le moustique, déjà l’un des animaux les plus mortels pour l’homme, tire profit de notre façon de transformer la planète : moins de forêts et moins de faune signifient plus de moustiques piquant des personnes et un plus grand espace pour la circulation de virus tels que le dengue ou le zika. Comprendre ce lien entre biodiversité et santé et agir en conséquence pourrait marquer la différence entre vivre avec des foyers isolés de maladie ou faire face à des chaînes de transmission de plus en plus fréquentes et proches.

Mon avis :

La dégradation des écosystèmes, comme observé dans la Mata Atlântica, entraîne une augmentation des piqûres de moustiques sur l’homme due à la diminution de leur faune naturelle. Cela soulève des préoccupations sanitaires, notamment la propagation de maladies telles que le dengue et le zika, soulignant l’urgence de stratégies de conservation et de santé publique.

Les questions fréquentes :

Quelles sont les raisons de l’augmentation des piqûres de moustiques chez les humains ?

Les piqûres de moustiques augmentent chez les humains en raison de la dégradation des écosystèmes. Avec la fragmentation des forêts et la disparition d’animaux, les moustiques modifient leur régime alimentaire, se tournant plus fréquemment vers le sang humain, ce qui témoigne d’un déséquilibre dans la chaîne écologique.

Quel est l’impact de la perte de biodiversité sur les moustiques ?

La perte de biodiversité, en particulier dans des régions comme la Mata Atlantique au Brésil, entraîne une diminution des proies naturelles pour les moustiques. Cela les pousse à se nourrir davantage de sang humain, augmentant ainsi le risque de transmission de maladies.

Quelles maladies peuvent être transmises par les moustiques dans ces zones ?

Les moustiques dans ces régions peuvent transmettre des virus tels que le dengue, le zika, la chikungunya et la fièvre jaune. L’augmentation des interactions entre les humains et les moustiques accroît la probabilité de foyers épidémiques.

Comment peut-on prévenir les risques liés aux moustiques ?

La prévention des risques liés aux moustiques passe par une surveillance constante, la restauration écologique et l’éducation. La protection de la biodiversité et le renforcement des systèmes de santé publique sont essentiels pour réduire le contact entre les moustiques et les populations humaines.

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