L’économie circulaire émerge comme un acteur clé dans la discussion mondiale sur l’emploi, transformant des millions de vies. En 2023, on estime que 121 à 142 millions de personnes œuvrent dans ce secteur, représentant jusqu’à 5,8 % de l’emploi mondial. Découvrez comment ce modèle dynamique révolutionne l’avenir du travail.
Économie circulaire et emploi mondial : impact réel et opportunités
Qu’est-ce que l’économie circulaire et pourquoi est-elle importante pour l’emploi mondial ?
L’économie circulaire est un modèle économique qui cherche à maintenir les ressources en utilisation aussi longtemps que possible. Ce modèle privilégie la réduction, la réutilisation, la réparation, la rénovation et le recyclage par rapport au schéma classique d’extraction-production-utilisation-jet. Ce changement de paradigme ne se limite pas à ses bénéfices environnementaux, car il a également des implications directes sur le marché du travail.
Contrairement à un système fondé sur la consommation rapide, l’économie circulaire génère une demande de main-d’œuvre pour des activités nécessitant une importante intervention humaine : ateliers de réparation, entreprises de reconditionnement, collecte et tri des déchets, services de maintenance, redéfinition des produits, logistique inverse, et bien d’autres tâches. Ces activités requièrent des personnes à chaque phase du cycle de vie des biens.
Où se concentre l’emploi circulaire sur la planète ?
Les données montrent que la majeure partie des activités circulaires se concentre dans le Sud global. Les Amériques et l’Asie-Pacifique se distinguent par les parts les plus élevées d’emploi circulaire par rapport à l’emploi non agricole, avec 6,4 % et 5,8 % respectivement. Cela indique que, dans ces régions, les professions liées à l’exploitation des ressources et à la gestion des déchets sont particulièrement présentes.
Ce schéma n’est pas accidentel : dans de nombreux pays en développement, la réutilisation, la réparation et le recyclage font partie de l’économie quotidienne. Des familles entières dépendent du commerce de seconde main, de la collecte de ferraille ou du démontage d’appareils électroniques, même si ces activités ne sont souvent pas correctement reflétées dans les statistiques officielles.
Le rapport souligne que plus de 74 millions de travailleurs circulaires, qui représentent plus de la moitié du total, évoluent dans l’économie informelle. Cela signifie qu’ils exercent sans contrat, sans protection sociale, sans couverture de santé au travail ni représentation syndicale efficace. Cette réalité est malheureusement courante dans le Sud global, où ces travailleurs, paradoxalement, sont souvent parmi les groupes les plus vulnérables.
Les secteurs qui tirent l’emploi dans l’économie circulaire
Une des contributions clés du rapport est qu’il dresse un tableau des branches d’activité qui concentrent l’essentiel de l’emploi circulaire. Les résultats sont révélateurs et remettent en question l’idée selon laquelle seul le recyclage serait prédominant.
D’abord, les activités de réparation et de maintenance représentent presque la moitié de l’emploi circulaire mondial, soit environ 46 %. Cela comprend tout, des ateliers de réparation d’appareils électroménagers ou de véhicules aux services de maintenance industrielle et aux opérations de mise à jour technologique.
Deuxièmement, l’industrie manufacturière constitue environ 24,5 % de l’emploi circulaire. Cela inclut des emplois dans des usines intégrant des pratiques de conception écologique, de remanufacturation, ou utilisant des matériaux recyclés.
Un troisième secteur à noter est la gestion des déchets, qui représente près de 8 % de l’emploi circulaire global. Cela comprend des travailleurs dans des usines de tri et de traitement, des services municipaux de collecte, des entreprises de recyclage de divers matériaux, ainsi que du personnel impliqué dans la logistique associée.
En revanche, le rapport indique que des secteurs stratégiques pour accélérer la transition circulaire, tels que la construction et l’exploitation minière, affichent encore une présence très limitée d’emploi circulaire. Pourtant, ces domaines présentent un potentiel énorme : réutilisation des matériaux de démolition, conception modulaire des bâtiments, utilisation de matières premières secondaires, etc.
Dimension sociale : droits du travail, égalité et informalité
Un des messages forts de l’analyse est que l’économie circulaire ne peut pas être conçue uniquement sous l’angle environnemental. De nombreuses lois et stratégies climatiques mettent l’accent sur la réduction des émissions ou l’utilisation efficace des ressources, mais négligent souvent les conditions de travail des personnes qui rendent cette transformation possible.
L’Organisation internationale du travail (OIT) note que les emplois circulaires sont très intensifs en main-d’œuvre et représentent une réelle opportunité pour créer des emplois locaux, surtout dans les pays où ces pratiques sont déjà établies. Mais si les droits du travail, la protection sociale et le dialogue social ne sont pas explicitement intégrés aux politiques de circularité, il y a un risque de normaliser les activités précaires sous le label « emplois verts ».
Il est également essentiel de souligner l’aspect de genre : les femmes représentent environ 26 % des personnes employées dans l’économie circulaire. Leur participation est souvent concentrée dans des postes moins valorisés et moins rémunérés, souvent dans l’économie informelle ou dans des tâches invisibilisées, malgré leur contribution essentielle à la gestion des ressources et des déchets.
Recommandations clés pour une transition circulaire juste
Le rapport propose un ensemble de recommandations concrètes pour exploiter le potentiel de l’économie circulaire comme moteur d’emplois décents et souligne que la transition doit être à la fois verte et juste.
D’abord, il recommande d’utiliser les marchés publics comme levier pour promouvoir la circularité, en préférant les achats intégrant des critères de durabilité, de réparabilité et de recyclabilité. Les gouvernements sont également encouragés à orienter les investissements vers des secteurs à haut potentiel d’emploi circulaire, tels que la fabrication et la construction.
Ensuite, il est crucial de soutenir les entreprises durables en facilitant leur accès au financement, aux services de développement commercial et aux programmes de renforcement des capacités. Cela est fondamental pour permettre aux petites et moyennes entreprises d’adopter des modèles circulaires.
La mise en place de programmes éducatifs et de formation professionnelle véritablement inclusifs est une autre ligne centrale, particulièrement pour les jeunes, les femmes et les travailleurs informels désireux de reconvertir leurs compétences vers des secteurs circulaires. La formation en réparation, éco-innovation, gestion des déchets et conception circulaire sera essentielle pour répondre à la demande de nouveaux profils.
Il est également impératif de renforcer les normes de sécurité et de santé au travail et d’étendre la protection sociale aux millions de personnes qui opèrent actuellement sans filet de sécurité. Cela implique des réformes réglementaires, des inspections du travail et des reconnaissances de droits fondamentaux comme la liberté syndicale.
Enfin, le rapport met en avant l’importance de créer et d’améliorer des systèmes de données permettant de suivre les activités circulaires et leurs impacts sur l’emploi. Sans informations fiables, il est difficile d’évaluer l’efficacité des politiques.
L’Industrie 4.0 et l’économie circulaire : une alliance pour l’emploi du futur
L’économie circulaire est en lien direct avec la Quatrième Révolution industrielle. L’intégration de technologies telles que l’intelligence artificielle, l’internet des objets, le big data ou l’impression 3D redonne forme à des secteurs entiers et au marché du travail global.
La digitalisation permet de mieux suivre le cycle de vie des produits et d’optimiser la logistique pour la collecte et la réutilisation des matériaux. Les nouvelles technologies de recyclage contribuent également à fermer les boucles et à générer des emplois spécialisés.
Cependant, pour que la réparation devienne une option viable, les produits doivent être conçus dès le départ pour être durables. Par exemple, un produit de haute qualité, conçu pour être réparable, créera davantage d’activités économiques autour de lui que des produits de moindre qualité.
Les défis de la convergence entre technologie et circularité
Bien que les synergies entre l’Industrie 4.0 et l’économie circulaire soient considérables, des obstacles demeurent. L’accès inégal à la technologie constitue l’un des principaux défis, surtout pour les PME qui manquent de ressources.
Par ailleurs, le risque d’automatisation déplacera des emplois traditionnels tout en en créant de nouveaux. Pour garantir que le solde soit positif, la mise en place de plans de requalification et de formation continue sera cruciale.
En parallèle, il faudra veiller à ce que la digitalisation ne deviennent pas une nouvelle barrière d’entrée pour les groupes ayant un accès limité à la formation. Des programmes publics de formation et des infrastructures adéquates seront essentiels pour ne laisser personne derrière dans cette transition.
Le rôle des politiques publiques
Dans le contexte européen, l’économie circulaire est devenue un axe central de la politique économique et environnementale. La Union Européenne a intégré la circularité à son agenda de croissance, et l’Espagne a avancé avec sa Stratégie Espagnole de l’Économie Circulaire – Espagne Circulaire 2030, qui fixe des objectifs quantitatifs à moyen terme.
L’un des leviers les plus importants est le PERTE d’Économie Circulaire, un projet stratégique visant à promouvoir un système de production plus efficace. Ce projet prévoit des aides pour encourager la transition vers un modèle circulaire, estimant que l’économie circulaire pourrait créer environ 700 000 nouveaux emplois en Europe.
La force des investissements en politique circulaire dépendra de la capacité des administrations à aligner ces initiatives avec des politiques de formation, d’orientation professionnelle et de protection sociale, afin d’éviter une transition qui laisserait certains sur le bord du chemin.
Mon avis :
L’économie circulaire transforme le marché de l’emploi global, générant entre 121 et 142 millions de postes, surtout dans les pays en développement. Cependant, la majorité des emplois restent précaires et informels. La transition doit inclure des politiques de droits du travail et d’inclusion pour maximiser son potentiel tout en limitant les inégalités.
Les questions fréquentes :
Qu’est-ce que l’économie circulaire ?
L’économie circulaire est un modèle productif qui vise à maintenir les ressources en utilisation le plus longtemps possible, en privilégiant la réduction, la réutilisation, la réparation, le renouvellement et le recyclage au lieu d’un schéma linéaire d’extraction-production-utilisation-jeter.
Quel est l’impact de l’économie circulaire sur l’emploi mondial ?
Entre 121 et 142 millions de personnes travaillent aujourd’hui dans des activités liées à l’économie circulaire, représentant entre 5 % et 5,8 % de l’emploi mondial hors agriculture, ce qui reflète son importance croissante sur le marché du travail.
Où se concentre l’emploi circulaire dans le monde ?
La majorité des activités circulaires se trouvent dans le Sud Global, avec des taux d’emploi circulaire de 6,4 % en Amérique et de 5,8 % en Asie-Pacifique, indiquant que ces régions dépendent fortement de la gestion des ressources et des déchets.
Quels secteurs génèrent le plus d’emplois dans l’économie circulaire ?
Les activités de réparation et de maintenance représentent environ 46 % de l’emploi circulaire mondial, suivies par l’industrie manufacturière avec environ 24,5 % et la gestion des déchets avec près de 8 %, illustrant la diversité des secteurs concernés par la circularité.

