La transition vers l’énergie éolienne flottante est désormais une réalité en Espagne, avec un débat intense entre le gouvernement, l’industrie et le secteur pêche sur l’avenir de cette technologie. Alors que La Galice se positionne comme un leader, la première consultation publique façonnera cette nouvelle ère énergétique.
L’éolien offshore flottant : un débat urgent en Espagne
La technologie éolienne marine flottante a rapidement évolué d’une promesse à long terme à un sujet de débat immédiat et de planification en Espagne. La dynamique réglementaire du gouvernement espagnol, les réponses de l’industrie et les réserves du secteur de la pêche forment un cadre où la crédibilité de la transition énergétique est fortement impactée par les décisions liées à la mer.
La Galice se positionne comme un acteur clé dans cette nouvelle ère, avec des projets expérimentaux, une chaîne d’approvisionnement déjà établie à l’international et un important débat politique autour de l’utilisation de l’espace maritime, ainsi que la répartition des bénéfices et risques associés.
Première enchère d’éolien offshore flottant : enjeux et débat en cours
Le ministère pour la Transition Écologique a lancé une consultation publique pour établir l’ordre fixant les règles de la première procédure d’appel d’offres pour l’éolien marine en Espagne. Cette initiative, bien qu’intrinsèquement technique, a une forte implication politique, car elle déterminera des éléments sensibles tels que les zones maritimes à mettre aux enchères, la capacité totale, les délais de mise en œuvre, ainsi que les critères d’évaluation des offres.
Cette consultation s’appuie sur le Décret Royal 962/2024, qui réglemente la production d’électricité renouvelable en mer et établit un mécanisme unique pour attribuer simultanément trois éléments clés : le régime économique, la réservation de capacité d’accès au réseau de transport, et la priorité dans l’octroi de l’occupation du domaine public maritime-terrestre.
Le gouvernement justifie cette démarche par la croissance rapide de l’éolien maritime en Europe, avec des dizaines de gigawatts déjà en opération. De plus, la géographie espagnole est unique : la majorité de la plateforme continentale est profonde, ce qui nécessite une dépendance presque totale à la technologie flottante, qui, bien qu’encore moins mature que les fondations fixes, présente un potentiel industriel important.
Dans la feuille de route pour l’éolien marin et les énergies maritimes, il est prévu d’installer entre 1 et 3 GW de capacité éolienne marine d’ici 2030. Cette consultation publique vise à clarifier comment ce potentiel peut se traduire en projets concrets, quel rythme de déploiement est réaliste, et quel rôle chacune des différentes côtes maritimes pourrait jouer. Pour de nombreux acteurs, la rapidité de ce déploiement sera cruciale pour préserver leur position industrielle.
Zones, tailles et critères : la carte de l’éolien flottant en jeu
Le décret royal limite le déploiement aux « zones à fort potentiel » définies dans les Plans d’Aménagement de l’Espace Marin (POEM), approuvés en 2023. La consultation ministérielle questionne les parties prenantes sur les zones à inclure dans la première candidature, et si plusieurs zones concurrentes devraient être choisies pour diversifier risques et opportunités.
Le secteur mentionne de manière récurrente la Galice, la Catalogne et les Canaries comme candidates principales pour accueillir les premiers parcs flottants. Chaque région offre des conditions de vent, de profondeur, d’infrastructures portuaires et de tissu industriel variés, compliquant un design homogène et nécessitant une certaine flexibilité réglementaire.
Un autre point crucial concerne le taille des projets. Le ministère sollicite des avis sur la préférence d’une concentration de la capacité dans un seul grand parc dans une zone donnée ou une distribution de la capacité sur plusieurs parcs de taille plus petite. Deux objectifs se croisent ici : envoyer des signaux clairs à une chaîne d’approvisionnement encore en cours de construction — chantiers navals, fabricants de structures flottantes, ports, entreprises de services offshore — et éviter que des mégainitiatives trop ambitieuses se retrouvent bloquées par des obstacles techniques, financiers ou sociaux.
La consultation aborde également les critères d’évaluation des offres. En plus du prix de l’énergie, le ministère propose de considérer des aspects tels que la minimisation de l’impact environnemental, l’apport industriel et d’emplois, la compatibilité avec d’autres usages du mer, le soutien social et institutionnel, et le composant d’innovation technologique. Comme nouveauté importante, le décret permet que les critères non purement économiques représentent jusqu’à 30 % de la note finale.
Ce cadre vise à s’aligner sur la réglementation européenne du Net-Zero Industry Act (NZIA), qui encourage l’introduction d’exigences liées à la conduite commerciale responsable, la résilience, la cybersécurité ou la durabilité dans les enchères de renouvelables.
Rentabilité, risques et heures à prix zéro : le casse-tête financier
Au-delà de l’emplacement des parcs, le ministère souhaite recueillir des propositions pour améliorer la bancabilité des projets et mieux répartir les risques. Parmi les questions ouvertes figurent le délai maximal pour la mise en service, la durée du régime économique et la définition de ce qu’on appelle « le délai maximal de livraison » d’énergie.
L’un des débats les plus techniques, mais avec un impact direct sur les comptes des promoteurs, est la possibilité d’indexer le prix attribué à des variables telles que le prix de l’acier ou du cuivre entre l’attribution et l’entrée en opération. Étant donné que cette technologie est fortement consommatrice de matériaux, la volatilité des coûts dans la chaîne d’approvisionnement pourrait compromettre le financement des parcs.
Le ministère ouvre également la voie à la discussion de formules permettant de réduire l’exposition de l’éolien offshore flottant aux heures à prix zéro sur le marché de l’électricité. L’augmentation de la capacité renouvelable sans stockage suffisant ou gestion de la demande a exacerbé ce phénomène à certains moments, introduisant ainsi une incertitude sur les revenus réels des nouvelles installations.
Parallèlement, des mécanismes de participation citoyenne dans le financement sont envisagés, de sorte qu’une partie du capital et des retours puisse être liée à des investisseurs locaux ou à des communautés énergétiques. La consultation pose également la question des exigences à rendre obligatoires — et non seulement des critères de mérite — en ce qui concerne le démantèlement des parcs à la fin de leur vie utile, une question de plus en plus présente dans le débat social.
La Galice : plateformes expérimentales et chaîne d’approvisionnement en route
Dans ce contexte national, la Galice agit de son côté pour ne pas perdre du terrain. Le Gouvernement galicien a décidé de se lancer dans l’appel d’offres pour le domaine d’une plateforme flottante expérimentale destinée à étudier la production et l’évacuation d’énergie en mer. L’installation, dotée d’un budget de 5,7 millions d’euros (approximativement 6,150 millions de dollars), sera située dans la zone expérimentale du Port Extérieur de La Corogne, à Punta Langosteira, et représente la première de ce type en Espagne.
Le prototype servira à superviser les vagues et les marées, ainsi qu’à tester des solutions techniques associées à l’éolien flottant et à d’autres énergies marines. L’objectif est de générer des données et une expérience pratique qui permettent de calibrer le potentiel réel de ces technologies dans des conditions atlantiques, et de réduire les incertitudes avant le déploiement commercial.
Le président du gouvernement galicien, Alfonso Rueda, a qualifié cet domaine comme un « niche à explorer » et a associé l’expérience à un futur processus de dialogue avec le secteur maritime et de la pêche. Il a également exprimé sa déception quant à la décision du gouvernement central de ne pas autoriser dans la même zone une plateforme spécifique pour tester les prototypes d’éolien flottant, bien que la Galice disposait de 20 millions d’euros d’aides engagées pour cet objectif.
Une industrie galicienne à l’avant-garde de l’éolien flottant
Sur le terrain, l’industrie galicienne a déjà fait des progrès qui dépassent la réglementation. Plus de 180 entreprises de la communauté travaillent actuellement sur des projets d’éolien marine à l’international, générant environ 3 000 emplois directs et 2 000 emplois indirects. Cette activité, majoritairement axée sur les structures flottantes et les composants offshore, a placé la Galice sur le radar des grands développeurs européens.
GOE-Asime, l’association qui regroupe une grande partie de ce tissu industriel, a salué de manière positive l’ouverture de la consultation publique pour le premier appel d’offre d’éolien offshore, tout en critiquant le retard pris par rapport à d’autres régions. Pour l’organisation, il s’agit d’un pas essentiel pour renforcer une industrie qui opère déjà sur des marchés étrangers et aspire à capter une partie significative des futures commandes en eaux espagnoles.
Selon leurs estimations, le créneau de l’éolien offshore et, en particulier, celui de l’éolien flottant, pourrait générer environ 5 000 nouveaux emplois dans la prochaine décennie et agir comme un moteur pour environ 200 entreprises, comprenant des grandes entreprises, des PME et des fournisseurs spécialisés.
Conflit avec la pêche : un défi zone aquatique
Parallèlement à l’enthousiasme industriel, le secteur de la pêche galicien observe l’avancée de l’éolien offshore flottant avec une mélange de préoccupation et de méfiance. L’initiative du ministère concernant les bases de la première enchère a provoqué une réaction immédiate des organisations de pêche, qui mettent en garde contre le risque d’occuper des zones de pêche historiques avec des infrastructures énergétiques.
La controverse se concentre particulièrement sur le parc projeté près des côtes de La Corogne, qui pourrait atteindre une superficie d’environ 1 800 kilomètres carrés, dans une zone de grande activité de pêche. Dans ces eaux opèrent des flottes de pêche côtière, ciblant des espèces de merlu, de lotte, de langoustine, de thon, essentielles pour de nombreux ports galiciens.
Les organisations de pêche affirment que les études scientifiques sur l’impact des parcs flottants sur les écosystèmes et l’activité de pêche ne sont pas encore terminées. Selon elles, le gouvernement accélère les préparatifs pour les enchères sans disposer d’un diagnostic robuste sur les conséquences environnementales et socio-économiques.
Les représentant de la pêche insistent sur le fait qu’ils ne s’opposent pas au concept de l’éolien marin, mais exigent que cela se fasse avec des données, prudence et consensus, et que le calendrier de développement soit basé sur des conditions scientifiques plutôt qu’exclusivement sur des intérêts privés. Ils demandent également une évaluation claire de la perte d’espaces de pêche ainsi que les éventuels mécanismes de compensation.
En attendant, le ministère a sollicité des contributions sur comment le procédé d’enchère devrait être organisé, quelles zones seraient priorisées, s’il convient d’opter pour un seul grand parc ou plusieurs projets de taille intermédiaire, et quel type d’engagements sociaux et environnementaux sera exigé des adjudicataires.
Mon avis :
L’éolien marin flottant en Espagne, impulsé par un cadre réglementaire et des projets innovants, offre un potentiel industriel considérable, avec des investissements estimés à 10 milliards d’euros (environ 11 millions de dollars) et la création de milliers d’emplois. Cependant, des préoccupations subsistent concernant l’impact sur la pêche et les écosystèmes marins, nécessitant un équilibre entre développement énergétique et protection des ressources maritimes.
Les questions fréquentes :
Quelle est la situation actuelle de l’éolien marin flottant en Espagne ?
L’éolien marin flottant est devenu un sujet de débat et de planification immédiat en Espagne, grâce à un soutien réglementaire du gouvernement central. Des régions comme la Galice cherchent à se positionner comme des pionnières dans ce secteur émergent, avec plusieurs projets expérimentaux et une chaîne d’approvisionnement déjà internationalisée.
Quels projets sont actuellement en cours en Galice ?
La Galice a lancé un projet de plateforme flottante expérimentale dans le port extérieur de La Corogne, avec un budget d’environ 5,3 millions d’euros. Ce projet vise à étudier la production d’énergie en mer et à tester des solutions techniques liées à l’éolien flottant.
Comment le gouvernement définit-il les critères pour la première enchère d’éolien marin ?
Le gouvernement, par le biais d’une consultation publique, cherche à établir les règles de la première enchère d’éolien marin, en définissant des éléments clés comme les zones maritimes à liciter, la puissance totale, les délais de réalisation, ainsi que les critères pour évaluer les offres, incluant des aspects environnementaux et d’impact social.
Quelles sont les préoccupations du secteur de la pêche concernant l’éolien marin ?
Le secteur de la pêche est préoccupé par le risque d’occuper des zones de pêche historiques avec des infrastructures d’énergie renouvelable. Les organisations de pêche réclament des études scientifiques sur l’impact environnemental des parcs éoliens flottants avant de procéder à leur développement.








