Le débat sur les chiens de chasse abandonnés en Espagne est intense, opposant la voix des protecteurs des animaux à celle des chasseurs. Tandis que certains évoquent des dizaines de milliers de cas d’abandon chaque saison, d’autres soutiennent que la majorité des chasseurs traitent leurs animaux avec soin. Cette situation soulève des questions cruciales sur la réglementation et les données officielles.
Le débat sur les chiens de chasse abandonnés en Espagne
Le sujet des chiens de chasse abandonnés en Espagne suscite des controverses depuis des années, avec des chiffres souvent excessifs et des accusations réciproques entre les militants des droits des animaux et le secteur de la chasse. Tandis que certaines organisations suggèrent qu’il y a des dizaines de milliers de chiens abandonnés chaque saison, d’autres affirment que ce phénomène est limité et que la plupart des chasseurs traitent leurs animaux comme un membre de leur famille. Dans ce contexte, il a longtemps manqué des données officielles et une réglementation claire.
Au cours des dernières années, plusieurs éléments ont totalement modifié la situation : des borradores de Reales Decretos visant à réglementer le traitement des chiens de chasse, le premier étude nationale sérieuse sur la protection animale, et de nouvelles campagnes d’organisations de protection animale ainsi que du secteur de la chasse. Toutes ces initiatives ont créé un environnement complexe dans lequel il est essentiel d’examiner la réglementation, les statistiques et les intérêts qui sous-tendent chaque discours afin de comprendre ce qui se passe réellement avec les chiens de chasse en Espagne.
Deux projets de décret royal et un même problème : le limbo des chiens de chasse
Dans les bureaux du Ministère de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation (MAPA) et de la Directrice Générale des Droits des Animaux (DGDA), qui relève du Ministère des Droits Sociaux, deux régulations distinctes sont en cours d’élaboration, toutes deux affectant les chiens utilisés pour la chasse. Pour l’heure, cela engendre un véritable casse-tête juridique, où ces chiens peuvent être classés dans différentes catégories selon l’autorité qui signe le texte, sans protection homogène garantie.
Des organisations telles que AnimaNaturalis dénoncent que cette situation crée une “fragmentation normative” qui rend les chiens de chasse presque invisibles pour l’administration. Ils n’appartiennent pas clairement à la catégorie des animaux de compagnie au sein du MAPA, mais ne bénéficient pas non plus des protections accordées aux autres chiens vivant dans des foyers ou des refuges régulés par la DGDA. Cette “zone grise” juridique est, selon l’organisation, un terreau propice à des cas d’abandon, de maltraitance ou de commerce illégal qui échappent à tout contrôle.
Le « seuil des dix » : quand la législation laisse des chiens hors-la-loi
L’un des points les plus contestés du projet du MAPA est l’exclusion des installations qui abritent dix chiens de chasse ou moins. Autrement dit, tous les ensembles où sont logés des chiens utilisés pour la chasse, à condition de ne pas dépasser ce nombre, seraient exemptés des dispositions du décret. Pour les organisations de protection animale, ce chiffre ne repose sur aucune justification technique solide et ouvre la porte à une pratique très simple : diviser les installations en petits ensembles de moins de dix chiens pour éviter tout enregistrement et contrôle.
De plus, le texte ne précise pas quel cadre légal s’applique à ces ensembles une fois exclus, ce qui signifie qu’un chenil avec neuf chiens de chasse pourrait opérer sans inscription spécifique, sans contrôles vétérinaires périodiques obligatoires, et sans transparence sur les conditions de vie réelles des animaux. Dans un pays où la chasse nécessite des milliers de chiens chaque saison, ce “vide numérique” n’est pas un détail négligeable, mais un risque structurel potentiellement grave.
L’activité de chasse en Espagne se déroule à grande échelle, et il est clairement documenté qu’une partie significative des chiens concernés est à risque d’abandon ou de commerce opaque, surtout à la fin de la saison. Pour AnimaNaturalis, le projet de décret du MAPA tel qu’il est rédigé ne fournit pas des outils efficaces pour inverser cette tendance : au contraire, il pourrait renforcer une opacité légale plus grande dans les établissements de petite ou moyenne taille, où il est plus facile de “perdre de vue” un chien devenu inutilisable.
Deux mesures pour une même espèce : bien-être contre biosécurité
En plus de la question numérique, les divergences entre les réglementations se manifestent dans le traitement de chaque projet. Le texte de la DGDA se concentre sur le bien-être animal, exigeant des plans d’urgence, une formation spécifique pour le personnel, des exigences de logement et de conditions de vie conformes à la reconnaissance légale des animaux comme êtres sensibles. En revanche, le projet du MAPA adopte une perspective beaucoup plus sanitaire, visant à prévenir les maladies pouvant affecter le cheptel.
Cette distinction n’est pas un simple détail. Elle implique qu’un même chien, selon qu’il est classé comme animal de compagnie ou comme animal auxiliaire de chasse, peut bénéficier de niveaux très différents de bien-être. Un chien dans un refuge ou un centre d’adoption doit jouir de standards spécifiques d’espace, de socialisation et de soins, tandis qu’un chien utilisé pour la chasse dans un environnement traditionnel pourrait se retrouver dans une situation bien inférieure si seuls des critères de santé publique et de contrôle épidémiologique sont appliqués.
Le projet de MAPA introduit une catégorie spécifique d’“animal auxiliaire de chasse”, englobant non seulement les chiens de chasse mais aussi les furets, les oiseaux de proie et d’autres animaux vivants utilisés comme appâts. Cependant, selon les observations d’AnimaNaturalis, cette étiquette reste pratiquement vide : elle n’est pas accompagnée d’exigences concrètes en matière de bien-être, que ce soit en matière d’espace minimum, de densité d’animaux ou de protocoles de manipulation.
Identification et traçabilité : des chiens sans nom ni laisser-trace
Un autre point délicat dans le projet du MAPA concerne le modèle d’identification des chiens de chasse. L’article 12.4 stipule que la liaison du chien doit se faire par le biais de la licence de chasse de son propriétaire. À première vue, cela pourrait sembler une manière de lier les animaux à leurs responsables, mais les organisations de protection signalent plusieurs problèmes graves.
Premièrement, il n’existe aucun contrôle effectif sur le nombre de chiens associés à chaque licence, ce qui signifie qu’un même chasseur pourrait détenir un nombre élevé d’animaux sans qu’il y ait de supervision spécifique. Deuxièmement, aucun registre détaillé et différencié des chiens utilisés pour la chasse n’est créé, ce qui permettrait de savoir combien il y en a, où ils se trouvent, dans quelles conditions ils vivent, et ce qui leur arrive tout au long de leur vie. Troisièmement, il n’y a pas d’obligation de notifier les décès, cessions ou pertes de manière systématique. En l’absence d’un système garantissant la traçabilité individuelle, il est très difficile d’exercer un contrôle réel.
En pratique, cela signifie qu’un chien peut disparaître du radar administratif sans que personne ne se pose de questions sur ce qui s’est passé. Il pourrait avoir été abandonné, cédé de manière irrégulière, vendu sans contrôle ou euthanasié, et le système tel qu’il est prévu ne déclencherait aucune alerte. Pour des organisations comme AnimaNaturalis, sans un registre rigoureux et spécifique, la prévention de l’abandon ou de la maltraitance des chiens de chasse est pratiquement impossible.
Élevage à domicile : la porte dérobée qui inquiète les protecteurs
Si le projet de MAPA soulève des inquiétudes concernant ses lacunes en matière de contrôle et de bien-être, celui de la DGDA éveille d’autres préoccupations. AnimaNaturalis a particulièrement souligné un article qui introduit le concept de “domicile pour élevage” de chiens, de chats et de furets. Cette catégorie permettrait aux particuliers de faire de l’élevage simplement en remplissant une déclaration responsable, sans nécessiter d’autorisation administrative préalable.
Selon les allégations, cette idée contredit les objectifs de la Loi 7/2023 sur la protection des droits et du bien-être des animaux, qui visait exactement l’inverse : professionnaliser l’élevage, améliorer la traçabilité et stopper la reproduction incontrôlée. Si toute personne peut commencer à élever depuis chez elle avec un processus minimum et sans inspection préalable, le risque de multiplication des “élevages non déclarés” est indéniable.
De plus, le texte ne fixe des limites numériques claires que pour les furets (maximum de femelles reproductrices et nombre de portées annuelles), sans établir d’équivalents pour les chiens et les chats. En pratique, cela ouvre un vide légal où un domicile pourrait abriter un nombre considérable d’animaux destinés à la reproduction, sans réglementation précise ni contrôles obligatoires.
Le contre-attaque du secteur de la chasse : données officielles contre chiffres amplifiés
Tandis que les organisations de protection animale se concentrent sur l’absence de protection légale et les cas d’abandon, le secteur de la chasse a trouvé dans les derniers mois une arme puissante : le premier grand étude officielle sur la gestion de la protection animale en Espagne. Ce rapport, élaboré par le Ministère des Droits Sociaux, de la Consommation et de l’Agenda 2030, avec des données provenant de 284 centres d’accueil allant des services municipaux aux refuges, fournit pour la première fois des statistiques homogènes sur les entrées et sorties de chiens à travers le pays.
Selon ce document, 18.764 chiens ont été accueillis dans des centres en 2023. Parmi eux, 18.009 ont quitté ces centres la même année (par adoption, retour à leur propriétaire, transfert ou décès), ne laissant que 755 chiens dans les centres à la fin de l’exercice. De plus, le rapport spécifie que 81,1 % des entrées sont dues à des chiens perdus ou abandonnés, tandis que 18,9 % résultent de remises volontaires de leurs propriétaires ou d’incautations.
En termes absolus, cela signifie qu’environ 15.216 chiens ont réellement été perdus ou abandonnés en Espagne en 2023. Cette statistique couvre toutes les races et situations, et ne fait même pas la distinction entre un chien temporairement égaré, volé ou abandonné intentionnellement. En d’autres termes, le nombre d’abandons réels est probablement inférieur à ce que rapportent le total des entrées classées comme “perdus ou abandonnés”.
Le fait important pour le débat concernant les chiens de chasse est que seulement 12,9 % des chiens récupérés sont classés comme race de chasse, et à peine 2,8 % comme galgos. En d’autres termes, seules environ 2.422 chiens de races de chasse ont été recueillis, et à partir de cela, environ 1.965 seraient réellement perdus ou abandonnés en tenant compte du pourcentage de 81,1 %. Quant aux galgos, cela représenterait environ 525 recueillis, dont seulement environ 425 seraient réellement perdus ou abandonnés.
Ces chiffres démolissent totalement les messages parlant de 50.000 galgos abandonnés chaque année ou de plus de 12.000 chiens de chasse laissés pour compte chaque saison, chiffres largement diffusés par diverses organisations de protection animale. Le rapport précise que la classification se fait par race, et non par usage ou propriétaire, ce qui rend impossible de garantir que tous ces chiens de races de chasse proviennent du milieu de la chasse. Pour les fédérations de chasse, cela confirme que l’abandon massif des chiens de chasse relève du mythe et sans fondement officiel.
Protecteurs contre municipalités : la danse des pourcentages et le biais accusé contre la chasse
Cette étude étatique ne se limite pas aux chiffres globaux, mais compare également les données fournies par les municipalités et les entités de protection animale. On constate ici un contraste significatif que le secteur de la chasse n’a pas tardé à souligner : alors que les services municipaux indiquent que 9,3 % des chiens recueillis sont de races de chasse, les refuges augmentent ce pourcentage jusqu’à 22,3 %.
Pour les autres catégories, les pourcentages municipaux dépassent ceux des refuges. Cela inclut davantage de croisés, plus de chiens potentiellement dangereux et plus d’animaux de “autres races” non liées à l’activité de chasse. Mais lorsqu’il s’agit de chiens de chasse et de galgos, les refuges annoncent des chiffres très supérieurs, presque le triple dans certains cas, ce qui renforce la suspicion du monde de la chasse selon laquelle ces chiffres pourraient être amplifiés par un biais idéologique anti-chasse.
Le rapport fait également état de disparités concernant l’identification par micropuce : les municipalités trouvent des puces chez 36,1 % des chiens recueillis, tandis que les refuges le font seulement chez 19,5 %. Ce chiffre est interprété par les fédérations de chasse comme un signe que bon nombre d’entités privées pourraient ne pas enregistrer complètement l’origine des animaux, ce qui facilite la diffusion de récits difficiles à vérifier sur des abandons massifs directement liés aux chasseurs.
En croisant ces données avec les rapports privés qui étaient utilisés jusqu’ici, tels que les études de la Fondation Affinity ou les propres études internes de PACMA, le contraste est encore plus marqué. Affinity, par exemple, avait estimé plus de 173.000 chiens abandonnés en un an, un chiffre qui est aujourd’hui très éloigné des 15.216 perdus ou abandonnés que le gouvernement attribue officiellement à 2023. Cette différence de plus de 1.000 % nourrit l’argument des fédérations de chasse selon lequel, pendant des années, les campagnes médiatiques ont été construites sur des données sans vérification externe ni rigueur statistique.
Les études de PACMA et le récit des organisations animalistes
Côté animaliste, cependant, il est affirmé que les études officielles ne reflètent pas toute la réalité. PACMA, par exemple, a publié ses propres rapports sur l’abandon des chiens de chasse. Dans l’un des plus souvent cités, élaboré avec les contributions de 194 refuges parmi plus de 1.000 consultés, le parti estime qu’en 2022, 12.295 chiens de chasse ont été abandonnés en Espagne, dont 5.544 seraient des galgos et 4.191 des podencos, le reste étant des bracos, des pointers, des alanos et d’autres races.
Ce document de PACMA reconnaît lui-même plusieurs limites : faible participation dans certaines communautés autonomes avec un fort enracinement de la chasse, absence de données de l’administration et manque d’informations directes sur les récupérations réalisées par les services publics dans les petites municipalités, où la gestion est souvent externalisée à des entreprises privées. Pourtant, le parti soutient que les chiffres qu’il avance sont “la partie visible” d’un problème qu’ils estiment bien plus vaste et souvent “incalculable” en raison de l’opacité du système.
D’après leur analyse sur l’état de santé des chiens de chasse qui arrivent dans les refuges, PACMA indique que plus de 77 % arrivent dans des conditions entre mauvaises et très mauvaises, ce qui exige un investissement considérable en alimentation de qualité, traitements vétérinaires, vaccins, médicaments, stérilisation et, dans de nombreux cas, thérapie comportementale. Selon leurs estimations, 19 % des entités ayant répondu à l’étude ont affiché des dépenses dépassant les 30.000 euros annuels uniquement pour les chiens de chasse, des chiffres qu’ils utilisent pour illustrer le coût économique que l’abandon et la maltraitance représentent pour le tissu associatif.
Quant à la répartition géographique, ces rapports placent l’Andalousie comme la communauté ayant le plus d’abandons de chiens de chasse, suivie de la Castille-La Manche, de la Communauté de Madrid, des Canaries et de la Galice. Les organisations anti-chasse soutiennent que, bien que ce soient des études privées comportant des limites, ce sont les seules radiographies qui existent depuis des années en l’absence de statistiques officielles, et accusent les administrations d’opacité lorsqu’il s’agit de croiser des données qui pourraient nuire à l’activité cynégétique.
Mobilisation dans la rue : manifestations, dénonciations et accusations d’impunité
Au-delà des chiffres, le conflit s’est également déplacé dans l’espace public. Des plateformes comme NAC (Non à la chasse) et des entités telles que PACMA et différentes fondations de protection organisent depuis des années des manifestations dans des dizaines de villes espagnoles, notamment à la fin de la saison de chasse, une période qu’elles jugent “dramatiques” en raison de l’augmentation des cas d’abandon et de maltraitance des chiens, en particulier des galgos. Ces mobilisations incluent la marche annuelle contre la chasse avec des chiens, qui se déroule dans plusieurs villes.
Lors de ces rassemblements, on entend des témoignages de bénévoles et de responsables de refuges affirmant que “les chiens de chasse sont les plus abandonnés et maltraités d’Espagne”. Des pratiques sont dénoncées, telles que l’arrachage de micropuces en incisant le cou des animaux pour éviter l’identification des propriétaires, les laissant extrêmement maigres, avec des fractures ou des blessures graves, et les abandonnant dans des fossés, des rivières ou même dans des sacs. Les organisations évoquent un sentiment d’“impunité” généralisée, arguant que les chasseurs reçoivent rarement des sanctions exemplaires lorsque des cas de maltraitance sont découverts.
Le message adressé aux institutions est clair : elles demandent que les chiens de chasse bénéficient de la même protection légale que tout autre chien de compagnie, qu’ils soient correctement identifiés, vaccinés et enregistrés, et que disparaisse le “limbo” normatif dans lequel elles estiment qu’ils se trouvent après avoir été exclus de certains aspects de la nouvelle Loi sur le Bien-être Animal. Pour ces plateformes, l’Espagne est une exception en Europe en continuant à permettre la chasse avec des chiens dans ces termes, et leur objectif déclaré est d’abolir cette pratique cynégétique.
Face à ces accusations, la Fédération Andalouse de Chasse, la Réal Fédération Espagnole de Chasse et les fédérations régionales ont répondu par une stratégie de communication active. Elles soulignent que le propre gouvernement a “démenti” avec des données officielles le récit d’abandon massif et accusent les organisations de protection animale d’utiliser des chiffres exagérés pour criminaliser des milliers de chasseurs qui, selon elles, respectent la loi et s’occupent de leurs chiens avec sérieux. En outre, elles ont initié des actions pour demander aux médias et aux représentants publics de vérifier l’information avant de répéter des messages qu’elles jugent faux et nuisibles.
La vision des chasseurs : les chiens comme famille, travail et mode de vie
Du côté du secteur de la chasse, l’accent est mis sur le fait que la relation entre le chasseur et le chien dépasse de loin une simple fonction d’outil de travail. Des chasseurs de diverses disciplines relatent leur cohabitation avec leurs chiens pendant des années, les entraînant dès leur jeune âge et établissant avec eux un lien émotionnel profond. Pour beaucoup, la chasse avec un chien fait partie d’une manière de vivre la campagne, de la famille et de la tradition rurale.
Certains témoignages mettent en avant l’investissement quotidien : sortir les chiens dans la campagne, les maintenir en forme toute l’année, investir dans des soins vétérinaires, une alimentation de qualité et des suppléments, même lorsque ces derniers sont âgés et ne peuvent plus suivre le rythme de la chasse. Ils racontent des cas de chiens plus âgés, qui reçoivent des traitements coûteux après une blessure ou une maladie, car pour eux, “il n’est pas envisageable” de sacrifier un animal qui leur a tant apporté pendant des années. Ils parlent également de la satisfaction de voir un chiot apprendre à suivre une piste, à relever une proie ou à travailler en équipe avec son maître. Une partie de cette formation et de ces soins repose sur des initiatives de formation canine spécialisée.
Une autre préoccupation majeure parmi les chasseurs est le vol de chiens de chasse, notamment de galgos et de podencos de haute qualité. Ils soulignent que de nombreux vols aboutissent, en effet, à des abandons : quelqu’un qui vole un chien pour concourir ou chasser pourrait s’en débarrasser s’il n’est plus utile, en le laissant au milieu de la campagne sans identification. C’est pourquoi certains galgueros se sont vus contraints de garder leurs chiens à l’intérieur ou dans des installations très bien protégées, par crainte de cambriolages nocturnes dans leurs chenils. Des cas documentés de vols et de récupérations existent, comme en témoigne des nouvelles concernant des animaux retrouvés après un vol.
À travers cette perspective, de nombreux chasseurs estiment que la narration d’un abandon massif ignore la majorité d’entre eux qui prennent soin de leurs chiens toute l’année, les gardent jusqu’à leur vieillesse et les considèrent comme une partie centrale de leur vie. Ils affirment que, même s’il peut exister des cas isolés de maltraitance — comme dans tout autre domaine impliquant des animaux —, cela ne représente pas un collectif qui, selon eux, se forme de plus en plus au bien-être animal grâce à des cours spécifiques et à la régulation autonome des établissements zoologiques.
Ce qui est demandé pour changer les règles et le rôle des citoyens
Sur le plan juridique, les demandes formulées par AnimaNaturalis et d’autres organisations ne se limitent pas à la critique. Pour le projet du MAPA, elles réclament la suppression ou la reformulation de l’exclusion des ensembles de moins de dix chiens, la création d’un registre exhaustif pour tous les chiens de chasse, quel que soit leur nombre, et la fixation d’exigences minimales claires en matière de logement, de manipulation et de supervision vétérinaire pour les animaux auxiliaires de chasse. Leur objectif est que tous les chiens soient traçables et qu’il n’existe pas de “trous” qui permettraient à des animaux spécifiques de disparaître du radar institutionnel.
Concernant le projet de la DGDA, les propositions visent à supprimer la notion de “domicile pour élevage” et à réserver la reproduction des chiens, des chats et des furets uniquement à des centres autorisés, avec une autorisation administrative préalable et des contrôles réguliers. Elles estiment que ce n’est qu’ainsi qu’il est possible de garantir la traçabilité de chaque chiot et de prévenir une augmentation des portées non désirées qui pourraient saturer les refuges ou être abandonnées.
Des organisations comme AnimaNaturalis sollicitent également la responsabilité des citoyens. Elles invitent à s’informer au-delà des slogans, à signer des campagnes et des pétitions adressées aux ministères concernés et à exiger de leurs représentants politiques une réglementation cohérente, complète et sans lacunes pour les chiens de chasse. Ils soulignent que le travail juridique, la présentation d’allégations et l’investigation sur des cas de maltraitance nécessitent des financements importants, d’où leur appel à des dons ou des cotisations pour continuer à influencer les institutions.
En même temps, le secteur de la chasse invite le grand public à examiner l’étude officielle du gouvernement, à croiser les données diffusées sur les réseaux sociaux et dans les médias et à reconnaître le travail de milliers de chasseurs qui s’investissent dans le bien-être animal, investissent dans leurs chiens et participent à la gestion de l’environnement naturel. Ils rappellent que, rien que dans la Communauté valencienne, par exemple, les chasseurs ont réalisé des initiatives évaluées à plusieurs millions d’euros pour l’entretien des chemins, l’installation de mangeoires et de points d’eau, les semis, les débroussaillages ou encore la création de couloirs coupe-feu.
Au final, toute cette bataille autour des chiffres, des témoignages et des propositions réglementaires gravite autour d’un même axe : quel traitement la société réserve-t-elle aux chiens utilisés pour la chasse et quel niveau de protection souhaite-t-elle leur garantir? Les nouvelles données officielles ont établi une réalité où auparavant ne se trouvaient que des récits exagérés ou partiels, et les projets de décret montrent qu’il reste encore beaucoup à peaufiner pour éviter que des chiens ne se retrouvent piégés dans un limbo légal. Entre les dénonciations d’abandon massif et la défense acharnée de la chasse, la nécessité d’une approche rigoureuse, fondée sur des statistiques vérifiables, des contrôles efficaces et une vision du bien-être animal qui ne repose pas sur le fait que le chien dorme sur un canapé ou dans un chenil de chasse se fait pressante.
Mon avis :
Le débat sur les chiens de chasse abandonnés en Espagne révèle des tensions entre organisations animalistes et le secteur de la chasse, exacerbées par le manque de données officielles et une réglementation floue. Bien que des améliorations réglementaires soient en cours, des zones de non-droit persistent, créant un risque pour le bien-être animal. Les chiffres officiels suggèrent des abandons moins fréquents que les estimations antérieures, mais les préoccupations sur les conditions de vie et le contrôle des élevages demeurent.
Les questions fréquentes :
Quel est le problème principal lié aux chiens de chasse abandonnés en Espagne ?
Le débat autour des chiens de chasse abandonnés en Espagne est marqué par des accusations contradictoires entre les groupes animalistes et le secteur de la chasse. Tandis que certains affirment que des dizaines de milliers de chiens sont abandonnés chaque saison, d’autres soutiennent que ce phénomène est ponctuel et que la plupart des chasseurs prennent soin de leurs animaux. Un manque de données officielles et de régulations claires complique encore la situation.
Quels sont les principaux obstacles réglementaires concernant les chiens de chasse ?
Actuellement, deux projets de décrets royaux coexistent, créant une “fragmentation normative” qui laisse les chiens de chasse dans une zone grise. Ces chiens ne sont pas clairement définis comme animaux de compagnie, ce qui les rend presque invisibles à l’administration, entraînant des denrées de protection inégales et une plus grande vulnérabilité aux abus et aux abandons.
Quelles sont les préoccupations relatives à l’identification des chiens de chasse ?
Un des principaux problèmes du projet de décret est la manière dont l’identification des chiens est reliée à la licence de chasse de leur propriétaire. Cela signifie qu’il n’y a pas de contrôle sur le nombre de chiens associés à chaque licence, et aucune obligation de signaler les changements de situation des animaux. Sans un système de traçabilité rigoureux, il est difficile de suivre et de protéger ces chiens tout au long de leur vie.
Comment les organisations pro-animaux réagissent-elles aux propositions actuelles ?
Des organisations comme AnimaNaturalis demandent des modifications aux projets de décrets afin d’améliorer la protection des chiens de chasse. Elles proposent, entre autres, de supprimer l’exclusion des installations avec moins de dix chiens et de créer un registre exhaustif pour tous les chiens de chasse. Elles insistent également sur la nécessité d’interdire les élevages non réglementés à domicile, afin d’assurer la traçabilité et la protection de ces animaux.