En mai, le solaire a fourni 12,8 % de l’électricité des États-Unis, devant le charbon à 12,2 % : une première historique confirmée par Ember. Portée par l’essor des data centers, des batteries et des investissements, la photovoltaïque s’impose désormais comme un pilier du mix énergétique américain.
Le solaire passe devant le charbon aux États-Unis, et ce n’est pas un simple symbole
En mai 2026, le solaire a fourni 12,8 % de l’électricité américaine, contre 12,2 % pour le charbon, selon Ember. L’écart paraît faible. Il ne l’est pas. Rapporté à la part du charbon, le solaire fait mieux de 4,9 %. Surtout, c’est la première fois qu’une technologie photovoltaïque dépasse le charbon sur un mois complet dans le mix électrique des États-Unis. Selon Associated Press, cette bascule place aussi le solaire au rang de troisième source de production électrique du pays sur le mois, derrière le gaz et le nucléaire. Source
Le signal de marché est net. Pendant des décennies, le charbon a tenu le socle industriel américain. En 2026, il recule face à une filière solaire qui avance plus vite, coûte moins cher à déployer et s’adapte mieux aux nouveaux besoins du réseau. Le point clé n’est pas seulement environnemental. Il est industriel, financier et logistique.
Le basculement s’explique par une montée en puissance très rapide
Le bond du solaire ne sort pas de nulle part. Selon les données reprises par Ember, la part du solaire dans le mix électrique américain est passée de 5,4 % en mai 2021 à 12,8 % en mai 2026. Cela représente une hausse de 137 % en cinq ans. Dans le même temps, le charbon est tombé de 19,7 % à 12,2 %. La dynamique est limpide : le solaire double largement pendant que le charbon décroche.
Autre chiffre qui change la lecture du dossier : selon TechSpot, la production solaire américaine a atteint 45,5 TWh en mai 2026, un record mensuel, avec une hausse de 17 % sur un an. Ce point manque souvent dans les papiers de surface : on ne parle pas seulement d’une part relative qui progresse parce que le charbon baisse. On parle aussi d’un volume solaire réel qui grimpe fortement.
Le marché américain a en parallèle ajouté 7,8 GW de nouvelle capacité solaire au premier trimestre 2026, selon SEIA et Wood Mackenzie. Le pays a aussi franchi le cap des 6 millions d’installations solaires cumulées. Ce total mélange grandes centrales, projets commerciaux et installations résidentielles. C’est précisément ce mix qui fait la différence : une technologie capable de se déployer sur un toit, dans un parc logistique ou à l’échelle d’une centrale de plusieurs centaines de mégawatts avance forcément plus vite qu’un parc charbonnier vieillissant.
Le charbon ne s’effondre pas d’un coup, mais il perd la bataille économique
Le charbon reste présent. Il ne disparaît pas du jour au lendemain. Mais il recule dans un cadre qui lui est de moins en moins favorable. Selon Ember, les 12,2 % enregistrés en mai 2026 correspondent à l’une de ses plus faibles parts mensuelles jamais observées. Ce n’est pas un accident statistique. C’est le produit d’une érosion longue.
Selon la U.S. Energy Information Administration, la consommation de charbon du secteur électrique américain devrait encore baisser d’environ 7 % en 2026 par rapport à 2025. L’agence anticipe aussi une hausse de 17 % de la production solaire utility-scale en 2026, puis encore 23 % en 2027. L’idée d’un retour durable du charbon tient donc mal face aux chiffres officiels. Le combustible conserve une fonction de soutien dans certaines régions, mais il n’est plus la technologie qui attire le plus vite les capitaux ni les nouveaux projets.
Le contraste est encore plus net quand on regarde les nouvelles mises en service. Selon SEIA, le solaire et le stockage ont représenté 91 % de toute la nouvelle capacité électrique raccordée au réseau américain au premier trimestre 2026. Dit autrement, presque tout ce qui se construit aujourd’hui aux États-Unis pour produire de l’électricité relève du solaire ou des batteries. Quand une filière capte neuf dixièmes des ajouts, elle ne joue plus un rôle secondaire.
Les batteries changent le débat technique
Le vieux reproche contre le solaire reste le même : production variable, pic en journée, dépendance à la météo. Ce reproche devient moins décisif à mesure que les batteries progressent. Selon les éléments relayés par SEIA et Wood Mackenzie, l’essor du solaire s’appuie désormais sur le stockage, qui capte avec lui l’essentiel des nouvelles capacités installées.
Le point important ici est technique. Une centrale solaire seule réduit la production fossile quand le soleil brille. Une centrale solaire couplée à du stockage commence à déplacer de l’énergie vers les heures de pointe du soir, là où le réseau a le plus de valeur. Ce n’est pas encore une solution universelle à toutes les contraintes du système, mais c’est une réponse concrète à l’intermittence. Et c’est cette combinaison qui renforce la compétitivité du solaire face au charbon, dont les coûts fixes, l’entretien et les contraintes d’exploitation pèsent de plus en plus lourd.
L’IA et les data centers accélèrent la demande d’électricité
La deuxième force qui pousse le solaire est moins visible mais très concrète : l’explosion de la demande des centres de données. Selon EPRI, les data centers pourraient représenter entre 9 % et 17 % de la production électrique américaine d’ici 2030. Ce n’est pas marginal. C’est un choc de demande.
Dans ce contexte, les grands acheteurs d’électricité cherchent trois choses : des délais courts, des prix prévisibles et des volumes sécurisés. Le solaire coche ces cases plus facilement que d’autres filières. Selon SEIA, les contrats de solaire utility-scale ont progressé de 15 % sur un an au deuxième trimestre 2026, tirés notamment par des entreprises technologiques qui veulent couvrir leurs besoins liés à l’IA.
Mon avis est simple : le solaire ne gagne pas seulement parce qu’il est moins carboné. Il gagne parce qu’il se déploie vite au moment exact où la demande repart. Après des années de consommation électrique plutôt stable, le système américain doit absorber à la fois l’électrification, la réindustrialisation locale et l’appétit énergétique de l’IA. Dans ce cadre, la technologie la plus rapide à installer prend mécaniquement l’avantage.
Les États républicains profitent eux aussi du boom solaire
Le sujet est souvent raconté comme un clivage politique entre États côtiers progressistes et Amérique intérieure fossile. C’est trop simple. Selon les données relayées par la presse sectorielle à partir du rapport SEIA/Wood Mackenzie, les États remportés par Donald Trump ont concentré 74 % de la capacité solaire installée au premier trimestre 2026.
Appliqué aux 7,8 GW ajoutés sur la période, cela représente environ 5,77 GW installés dans ces États. Ce calcul change la perspective. Le solaire n’est pas seulement un marqueur politique ou culturel. C’est un investissement productif qui se déploie là où il y a du foncier, du raccordement, une demande locale et une promesse de rendement.
Selon pv magazine, le classement des États au premier trimestre 2026 est mené par le Texas avec 1 591 MWdc, devant la Floride avec 1 044 MWdc, puis l’Ohio avec 617 MWdc, l’Indiana et la Californie. Là encore, le message est clair : la croissance solaire traverse tout le territoire et dépasse largement les lignes partisanes.
Le soutien politique au charbon ne change pas la logique du marché
Le volontarisme politique en faveur du charbon existe, mais il ne suffit pas à inverser les arbitrages des investisseurs. Le dossier cité dans la source d’origine évoque 700 millions de dollars pour soutenir l’industrie charbonnière. Converti au taux de référence de la Banque centrale européenne du 1er juin 2026, soit 1 EUR = 1,1646 USD, cela représente environ 601 065 000 €.
La somme est élevée. Elle ne change pas la hiérarchie des projets. Quand une technologie attire la quasi-totalité des nouvelles capacités et répond à la hausse de la demande avec des délais de construction plus courts, elle capte naturellement le capital. Les fonds ne suivent pas une nostalgie industrielle. Ils suivent un rendement ajusté au risque.
C’est la vraie limite des plans de soutien au charbon : ils peuvent ralentir certaines fermetures ou sécuriser temporairement quelques actifs, mais ils ne recréent pas une trajectoire de croissance structurelle. À l’inverse, le solaire cumule baisse des coûts, contrats privés de long terme, modularité et compatibilité avec les batteries.
Ce que l’article d’origine ne dit pas assez
1. Le record porte aussi sur les volumes, pas seulement sur les parts
Le chiffre de 45,5 TWh de solaire en mai 2026, selon TechSpot à partir des données Ember, montre que la filière produit désormais à une échelle qui compte vraiment pour le réseau national.
2. La croissance du solaire reste forte malgré un trou d’air trimestriel
Selon pv magazine, les 7,8 GWdc installés au premier trimestre 2026 sont en baisse de 27 % sur un an et de 42 % par rapport au trimestre précédent. Ce n’est pas anodin. Cela rappelle que le marché reste sensible aux délais de permis, aux files d’attente de raccordement et au financement. Le mouvement de fond reste haussier, mais la trajectoire n’est pas parfaitement linéaire.
3. La demande des data centers devient un facteur système
Le papier espagnol évoque l’IA. Les chiffres d’EPRI permettent de mesurer l’ampleur du sujet : jusqu’à 17 % de l’électricité américaine d’ici 2030 pour les data centers. À ce niveau, il ne s’agit plus d’un segment tech. Il s’agit d’un paramètre central pour la planification du réseau.
4. Le solaire utility-scale domine, mais le résidentiel pèse aussi dans le total
Le cap des 6 millions d’installations, selon SEIA, prouve que la croissance vient de plusieurs couches du marché. La force du solaire américain tient à cette diversité : grands parcs, projets commerciaux, autoconsommation résidentielle. Le charbon, lui, n’a aucune souplesse comparable.
5. Le solaire s’impose parce qu’il colle mieux au calendrier industriel
Mon point est tranché : la vitesse d’exécution vaut presque autant que le coût. Entre une technologie qui peut se déployer rapidement par tranches successives et une autre qui demande des actifs lourds, anciens et plus coûteux à maintenir, le marché choisit vite.
Le contexte mondial renforce encore la tendance
La dynamique américaine s’inscrit dans un mouvement plus large. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la production mondiale d’électricité issue des renouvelables est en train de dépasser celle du charbon, après avoir quasiment fait jeu égal en 2025. L’agence ajoute que les renouvelables et le nucléaire devraient représenter 50 % du mix mondial d’ici la fin de la décennie.
Il faut toutefois rester précis. Selon l’IEA, le charbon pourrait encore rester la première source individuelle au niveau mondial à l’horizon 2030, même si sa part recule. Ce détail compte : les États-Unis montrent une bascule forte sur certains mois et sur les nouvelles capacités, mais la transition globale reste asymétrique selon les pays, les réseaux et la disponibilité des infrastructures.
Pourquoi ce cap compte aussi pour l’Europe
Pour un lecteur français, ce record américain n’est pas une curiosité lointaine. Il confirme trois points utiles pour l’Europe. D’abord, le solaire peut dépasser plus vite que prévu une technologie fossile historiquement dominante quand les coûts baissent et que le cadre d’investissement tient. Ensuite, la combinaison solaire plus batteries devient un outil crédible pour absorber une demande plus volatile. Enfin, la politique peut freiner ou accélérer, mais elle ne remplace pas l’économie réelle des projets.
Le fond du dossier est donc simple. Aux États-Unis, le solaire ne se contente plus de progresser. Il commence à déplacer le charbon dans les faits, dans les volumes, dans les ajouts de capacité et dans les choix des acheteurs d’électricité. C’est là que se joue la vraie bascule.
Mon avis :
Avis d’expert : le fond est solide, car il pointe une bascule crédible du marché américain vers le solaire, appuyée par des chiffres précis et un soutien croissant du stockage. Sa limite est claire : le texte force le trait, mélange analyse et militantisme, et avance 602 € sans assez contextualiser l’efficacité réelle du soutien public.





