Le 16 juin 2026, une délégation de Santa Marta a visité la Zona Franca de Cádiz pour répliquer en Colombie son modèle d’économie bleue, structuré autour d’Incubazul, de Blue Core et de partenariats avec Navantia et CTAQUA.
Cádiz exporte son modèle d’économie bleue en Colombie, avec une méthode déjà structurée
La visite de la délégation de Santa Marta à Cádiz ne relève pas du simple échange institutionnel. Elle s’inscrit dans une logique de transfert de modèle. La Zona Franca de Cádiz veut démontrer qu’un territoire côtier peut organiser un écosystème complet autour de l’économie bleue, en combinant innovation, industrie, entrepreneuriat et usages durables de la ressource marine.
Le point de départ est clair. Selon la Zona Franca de Cádiz, les contacts noués lors d’Innovazul Caribe 2024 ont servi de base à cette coopération avec la Universidad del Magdalena, la Chambre de commerce de Santa Marta, la Zona Franca de Tayrona et les acteurs économiques du Magdalena. L’objectif n’est pas théorique : il s’agit de voir comment répliquer en Colombie un dispositif déjà opérationnel en Andalousie, avec ses outils d’incubation, d’accélération et de connexion industrielle.
Ce qui donne du poids à l’initiative, c’est que le modèle gaditan ne repose pas sur un seul bâtiment vitrine. Il repose sur une chaîne. D’abord l’incubation. Ensuite l’accélération. Puis l’accès à des espaces de transition et à des partenaires industriels. C’est précisément ce continuum qui manque souvent aux projets côtiers portés par des collectivités : beaucoup d’annonces, peu d’atterrissage économique. Cádiz essaie de corriger ce défaut structurel.
Le vrai atout de Cádiz : un écosystème, pas un slogan
L’article d’origine insistait sur le rôle d’Incubazul. Les recherches confirment que ce programme est bien plus qu’un label. Selon la Zona Franca de Cádiz, l’édition 2026 de Blue Accelerator, adossée à Incubazul – Blue Core, a intégré 16 projets liés à l’économie bleue. Les domaines couverts vont de la logistique portuaire à l’intelligence artificielle, de la robotique sous-marine à la biotechnologie appliquée à l’aquaculture, jusqu’aux énergies renouvelables et au tourisme nautique durable.
Autre donnée utile : selon la même source, le programme d’accélération s’étale sur quatre mois. Cela permet de calculer une première métrique absente de la source initiale : le rythme moyen d’intégration est de 4 projets par mois. Ce n’est pas un volume massif, mais c’est cohérent avec un accompagnement intensif. Mieux vaut un pipeline resserré et exploitable qu’un appel à projets surchargé sans débouché.
La Zona Franca de Cádiz ajoute aussi un élément chiffré intéressant : les projets étrangers, dont certains venus de Finlande, représentent près de 20 % du total de la promotion 2026. Sur une base de 16 projets, cela équivaut à environ 3 projets internationaux. C’est une deuxième métrique dérivée. Elle montre que Cádiz ne travaille plus seulement en logique locale. L’écosystème commence à jouer un rôle d’attraction externe, ce qui change l’échelle du sujet.
Incubazul : un bâtiment totem, mais surtout un outil industriel
Le bâtiment Zona Base-Incubazul, construit à partir de conteneurs maritimes recyclés, capte l’attention parce qu’il est visuellement fort. Mais le plus important est ailleurs : il matérialise une logique de sobriété constructive et de spécialisation sectorielle. Selon la Zona Franca de Cádiz, le chantier de cette incubatrice a été confié à Díaz Cubero pour un budget de 2 311 687,48 € hors TVA, avec un délai d’exécution de 14 mois.
Ces chiffres permettent un autre calcul absent du texte source : le budget moyen par mois de chantier ressort à environ 165 121 €. Ce ratio ne dit pas tout, mais il donne une idée du niveau d’investissement consenti pour transformer une ambition politique en infrastructure réelle. On est loin d’un simple espace de coworking repeint en bleu.
Le site a aussi déjà accueilli des projets concrets. Selon la Zona Franca de Cádiz, des startups comme Trahspeak, qui fabrique des planches de surf à partir de plastiques recyclés collectés sur le littoral, ou Productos La Salá, centrée sur la salicorne et ses dérivés, illustrent des cas d’usage tangibles. C’est un point fort du modèle : il mêle technologies avancées et valorisation de ressources locales. Mon avis est simple : c’est précisément ce mélange qui le rend exportable.
Blue Core comble le trou que beaucoup d’incubateurs ignorent
Un incubateur peut faire émerger des idées. Il ne garantit pas leur passage à l’échelle. C’est là que Blue Core entre en scène. Selon la Zona Franca de Cádiz, ce dispositif 4.0 sert d’espace relais entre la phase d’incubation et l’installation autonome dans des locaux d’entreprise plus classiques. L’idée est pragmatique : éviter que des startups techniquement prêtes mais encore fragiles ne décrochent juste après la phase d’accompagnement initiale.
Le projet bénéficie en outre d’un financement FEDER à 85 %, toujours selon la Zona Franca de Cádiz. Cette donnée compte, car elle montre que le modèle n’est pas seulement localement désiré ; il a aussi réussi à capter des financements européens structurants. C’est exactement le type d’architecture financière qu’un territoire comme Santa Marta cherchera à reproduire, même avec des instruments différents.
Autre point nouveau par rapport à la source de départ : le programme ne se limite pas à l’accélération pure. Selon la Zona Franca de Cádiz, l’écosystème inclut aussi Blue Exterior pour l’internationalisation, Blue Financiación pour l’accès au capital et Blue Core 360º comme bon de services sans coût pour renforcer la compétitivité des entreprises. Autrement dit, le modèle gaditan commence à couvrir plusieurs maillons d’une chaîne de croissance. C’est rare dans les politiques locales d’innovation.
Pourquoi la Colombie regarde ce modèle maintenant
Le rapprochement entre Cádiz et Santa Marta tient d’abord à une proximité de profil. Les deux territoires vivent au contact de la mer. Les deux doivent concilier activité portuaire, biodiversité, industrie, tourisme et pression sur les écosystèmes. Mais le contexte colombien ajoute un argument plus large : selon la Banque mondiale, plus d’un tiers de la population mondiale vit à moins de 100 kilomètres des côtes. Cela rappelle une réalité simple : l’économie bleue n’est pas un secteur de niche, c’est une question d’aménagement, de résilience et d’emploi.
Le positionnement de CAF – Banque de développement de l’Amérique latine et des Caraïbes renforce cette lecture. Selon CAF, l’institution a financé et mobilisé 952 millions de dollars pour des projets liés à la santé des océans et à une économie bleue durable depuis 2021, soit 830 191 000 € au taux de la BCE du 19 juin 2026, où 1 € = 1,1467 $, donc 1 $ = 0,8721 €. Ce montant donne une idée de l’ampleur des moyens disponibles dans la région pour des projets crédibles.
À partir de cette donnée, on peut établir une nouvelle métrique dérivée : réparti sur la période 2021-2026, cela représente environ 190,4 millions de dollars par an, soit 166 038 000 € par an au même taux. Ce n’est pas une promesse abstraite. C’est un signal de marché et de financement.
L’économie bleue espagnole donne du contexte, et il est massif
Pour comprendre pourquoi le modèle de Cádiz intéresse au-delà de l’Andalousie, il faut regarder les ordres de grandeur nationaux. Selon l’Observatoire européen de l’économie bleue, les secteurs établis de l’économie bleue en Espagne employaient 937 000 personnes en 2022 et généraient environ 36,5 milliards d’euros de valeur ajoutée brute. L’économie bleue représentait alors 2,9 % de l’économie nationale et 4,6 % de l’emploi.
Deux enseignements s’en dégagent. D’abord, l’économie bleue est déjà une base productive de premier plan en Espagne. Ensuite, elle s’est redressée après le creux post-Covid, avec une part de valeur ajoutée passée de 2,2 % en 2021 à 2,9 % en 2022. Cela correspond à une hausse de 0,7 point, soit environ 31,8 % d’augmentation relative. Voilà une autre métrique utile pour mesurer la reprise du secteur.
L’Observatoire européen précise aussi que le tourisme côtier domine encore l’ensemble, avec 70 % des emplois et 64 % de la valeur ajoutée de l’économie bleue espagnole en 2022. Mon point de vue est net : c’est justement la limite que des projets comme Incubazul cherchent à dépasser. Miser uniquement sur le tourisme rend les littoraux vulnérables. Créer des briques industrielles, biotech, logistiques et énergétiques diversifie la base économique.
Navantia, CTAQUA, salines : le modèle tient parce qu’il relie des mondes différents
Le texte de départ mentionnait la visite de Navantia San Fernando, du CTAQUA et de la Salina Santa Teresa. C’est l’une des dimensions les plus intelligentes du dossier. Le modèle de Cádiz ne sépare pas brutalement industrie lourde, R&D appliquée et savoir-faire traditionnels. Il les met en réseau.
Sur le volet aquaculture, la coopération est documentée. Selon CTAQUA, un protocole signé le 5 mai 2025 avec la Zona Franca de Cádiz prévoit la création d’une commission mixte de suivi et l’appui technique et scientifique de CTAQUA aux projets accélérés dans Incubazul. L’incubateur, de son côté, ouvre son programme aux projets du centre technologique. Cette articulation est précieuse. Elle évite le piège classique de l’innovation hors-sol.
Du côté industriel, la visite à Navantia a du sens parce que la décarbonation maritime, l’éolien en mer et l’hydrogène créent de nouveaux besoins en ingénierie, maintenance, chaînes d’approvisionnement et services portuaires. Même sans chiffres détaillés supplémentaires dans la source disponible, l’intérêt est évident : brancher des startups sur un acteur industriel établi accélère les débouchés, les tests et la crédibilité commerciale.
Enfin, la Salina Santa Teresa rappelle une vérité trop souvent oubliée : l’économie bleue ne se résume pas à la haute technologie. L’exploitation artisanale du sel, si elle protège les marais et entretient la biodiversité, entre aussi dans une logique productive durable. C’est un bon signal pour la Colombie. Tous les territoires n’ont pas besoin de copier un hub deeptech complet. Certains peuvent commencer par valoriser des filières humides, halieutiques ou lagunaires déjà présentes.
Ce que Santa Marta peut réellement copier, et ce qu’elle devra adapter
La tentation serait de résumer l’opération à un copier-coller. Ce serait faux. Santa Marta peut reprendre la méthode, pas la reproduire à l’identique. La méthode comprend au moins cinq briques visibles dans les sources consultées.
1. Une spécialisation claire
Cádiz a choisi l’économie bleue comme axe lisible. Selon la Zona Franca de Cádiz, les projets accompagnés couvrent déjà la logistique portuaire, l’IA, la robotique sous-marine, la biotech, les renouvelables et le tourisme nautique durable. Cette clarté sectorielle évite la dispersion.
2. Une infrastructure dédiée
Incubazul n’est pas un programme sans lieu. Le bâtiment existe, avec un budget identifié de 2,31 millions d’euros hors TVA selon la Zona Franca de Cádiz. Pour un territoire partenaire, cette matérialité compte autant que la stratégie.
3. Une chaîne d’accompagnement complète
L’enchaînement Incubazul puis Blue Core, complété par Blue Exterior, Blue Financiación et Blue Core 360º, crée un parcours de croissance. C’est probablement le point le plus transférable du modèle.
4. Des appuis scientifiques et industriels
Avec CTAQUA, Navantia et l’ancrage universitaire issu notamment des liens avec la Universidad del Magdalena et CEIMAR, le dispositif relie recherche, marché et industrie. Sans cette triangulation, beaucoup de programmes d’innovation côtière restent au stade des bonnes intentions.
5. Un montage financier crédible
Le recours aux fonds FEDER côté européen et l’intérêt de CAF côté latino-américain donnent une piste robuste. Selon CAF, l’institution a déjà mobilisé 952 millions de dollars pour l’économie bleue durable dans la région. Le sujet n’est donc pas l’absence totale d’argent, mais la capacité à structurer des projets finançables.
Un signal plus large pour les ports et les zones franches
Le cas de Cádiz montre enfin une évolution de fond : une zone franche ne se limite plus à l’avantage logistique ou fiscal. Elle peut devenir un opérateur d’innovation territoriale. C’est sans doute la dimension la plus intéressante du dossier. La Zona Franca de Cádiz utilise son statut, ses fonciers, ses réseaux et ses partenariats pour construire une offre productive spécialisée autour de la mer.
Dans un pays comme l’Espagne, où l’économie bleue pèse déjà 36,5 milliards d’euros de valeur ajoutée brute selon l’Observatoire européen de l’économie bleue, cette stratégie est cohérente. Dans une ville comme Santa Marta, ouverte sur le Grand Caraïbe et dotée d’un fort capital bioculturel, elle peut devenir un levier de transformation, à condition d’éviter deux erreurs : copier l’esthétique sans copier la gouvernance, et parler d’écosystème sans financer les étapes intermédiaires.
Le projet andalou apporte au moins une leçon utile. L’économie bleue fonctionne quand elle connecte des startups, des chercheurs, des ports, des industriels, des financeurs et des filières traditionnelles dans un même circuit. Le reste relève surtout de l’exécution.
Mon avis :
Cádiz montre un vrai savoir-faire: Incubazul, Blue Core et l’appui de partenaires comme Navantia ou CTAQUA prouvent qu’un écosystème bleu peut relier startups, industrie et recherche. Ma réserve est nette: le récit reste institutionnel; sans objectifs chiffrés, emplois créés ou preuves d’impact, la réplication à Santa Marta reste une promesse.





