Avec ses 4 000 emplois, ses 7 % de la production électrique espagnole et une échéance de fermeture fixée à 2027-2028, Almaraz joue son avenir en juillet. Entre avis clé du CSN et décision du ministère, l’Espagne tranche un dossier stratégique pour sa sécurité énergétique.
Le dossier Almaraz entre dans sa zone de vérité
Le sort de la centrale nucléaire d’Almaraz ne se joue plus dans les déclarations d’intention. Il se joue maintenant dans une séquence réglementaire précise, avec un calendrier serré et des conséquences directes pour le système électrique espagnol. La source d’origine pose correctement l’enjeu politique. En revanche, elle reste trop générale sur les données techniques, le poids réel du nucléaire dans le mix et la place exacte d’Almaraz face aux autres actifs du parc. C’est là que le sujet devient intéressant.
Le point de départ est connu. Les deux réacteurs d’Almaraz restent visés par le calendrier de fermeture fixé en Espagne, avec une échéance d’autorisation actuelle allant jusqu’au 1er novembre 2027 pour l’unité 1 et au 31 octobre 2028 pour l’unité 2, selon le Consejo de Seguridad Nuclear. Cette base réglementaire cadre tout le débat sur une éventuelle prolongation. Selon le CSN, toute modification passe d’abord par une évaluation de sûreté. Sur ce point, la technique prime sur la politique.
Ce que dit réellement la fiche technique de la centrale
Parler d’Almaraz sans chiffres précis affaiblit l’analyse. La centrale compte deux réacteurs à eau pressurisée. Selon l’AIEA, l’unité Almaraz-1 affiche une capacité nette de référence de 1 011 MW, pour 1 049 MW bruts, tandis que Almaraz-2 atteint 1 006 MW nets et 1 044 MW bruts. La puissance nette combinée atteint donc 2 017 MW. La puissance brute cumulée monte à 2 093 MW. Dit autrement, la centrale perd environ 76 MW entre puissance brute et nette, soit un écart technique d’environ 3,6 % lié aux consommations internes et au fonctionnement de l’installation.
La source espagnole évoque un site majeur pour le pays. Les données sectorielles permettent de quantifier cette affirmation. Selon CNAT, la production brute cumulée d’Almaraz depuis l’origine dépassait 640 000 GWh au 31 décembre 2025. Selon Foro Nuclear, les deux unités ont produit ensemble 15 655,89 GWh bruts en 2025. Ce niveau confirme que l’installation reste l’une des plus productives du parc espagnol.
Autre donnée absente de la version d’origine : la surface du site. Selon Foro Nuclear, les terrains d’Almaraz couvrent 1 683 hectares. Rapportée à la puissance nette combinée de 2 017 MW, cela représente environ 1,20 MW net par hectare. Ce n’est pas un jugement de valeur sur l’occupation du sol, mais un indicateur utile quand le débat oppose nucléaire, solaire et éolien sur l’efficacité spatiale des moyens de production.
La procédure n’est pas symbolique : le CSN peut bloquer le dossier
Sur le fond, l’article source a raison sur un point central : l’avis du CSN n’est pas décoratif. Si l’autorité de sûreté considère qu’une installation ne remplit pas les conditions requises, le gouvernement ne peut pas transformer un problème de sûreté en arbitrage politique. Selon la documentation du CSN, les autorisations en vigueur d’Almaraz sont encadrées par ordre ministériel depuis le 23 juillet 2020, avec les dates d’échéance déjà fixées pour 2027 et 2028.
Mon avis est simple : dans ce dossier, la communication politique brouille souvent la hiérarchie réelle des décisions. La première question n’est pas “faut-il aimer le nucléaire ?”. La première question est “la centrale peut-elle continuer à fonctionner selon les critères de sûreté exigés ?”. Si la réponse technique est non, le reste tombe. Si la réponse est oui, le débat devient économique, industriel et stratégique.
Almaraz pèse plus lourd que ne le laisse entendre le débat public
La source parle d’environ 7 % de l’électricité consommée en Espagne. Ce repère est cohérent avec des publications sectorielles antérieures, mais il mérite une mise à jour plus large. Selon Red Eléctrica, le nucléaire a représenté 19 % de la production d’électricité en Espagne en 2025. Selon l’AIEA, l’Espagne exploite 7 réacteurs en service pour une capacité nette totale de 7 123 MW. Avec ses 2 017 MW nets, Almaraz représente donc à elle seule environ 28,3 % de la capacité nucléaire nette espagnole.
Cette métrique dérivée change la lecture du dossier. On ne parle pas d’un site secondaire. On parle d’un actif qui concentre plus d’un quart de la puissance nucléaire nette du pays. Si l’on raisonne en production brute 2025, les 15 655,89 GWh d’Almaraz pèsent aussi très lourd dans un parc nucléaire espagnol qui reste un pilier de la génération pilotable bas carbone.
Autre calcul utile : si l’on rapporte la production brute 2025 d’Almaraz à sa puissance brute totale de 2 093 MW, on obtient environ 7 480 heures équivalentes pleine puissance sur l’année. Cela traduit un usage intensif et régulier, bien différent des technologies intermittentes. Ce n’est pas un argument contre les renouvelables. C’est un rappel physique : toutes les capacités installées ne rendent pas le même service au réseau.
Le marché électrique espagnol a changé, mais pas au point de se passer facilement d’Almaraz
Le contexte 2026 est plus nuancé que le récit binaire “nucléaire contre renouvelables”. Selon Red Eléctrica, l’Espagne disposait au 31 décembre 2025 d’un parc de production de 142,5 GW, en hausse de 7,3 % sur un an, après l’ajout de 10 GW de nouvelles capacités renouvelables. En incluant l’autoconsommation, le total atteint 150,8 GW. La capacité de stockage, elle, s’élevait à 3 427 MW.
Ces chiffres montrent une accélération réelle des renouvelables. Mais ils montrent aussi une limite. Le stockage reste faible à l’échelle d’un système qui a atteint un pic de demande péninsulaire de 40 070 MW le 15 janvier 2025 à 20 h 57, toujours selon Red Eléctrica. La capacité de stockage représente donc à peine environ 8,6 % de ce pic. Même en simplifiant, cela suffit à comprendre pourquoi fermer trop vite des moyens pilotables reste un pari risqué.
Mon opinion est nette sur ce point : présenter Almaraz comme une survivance du passé est une lecture paresseuse. Dans un système électrique qui électrifie davantage l’industrie, les usages numériques et à terme la mobilité, la question n’est pas seulement la quantité de mégawatts installés. La vraie question est la disponibilité au bon moment.
Le poids social et industriel d’Almaraz ne se résume pas à l’emploi local
La version d’origine mentionne environ 4 000 travailleurs dépendant du site. Ce chiffre structure le débat territorial, mais il mérite d’être replacé dans une logique industrielle plus large. Almaraz n’est pas seulement un employeur local. C’est aussi un maillon de la chaîne de maintenance nucléaire, des arrêts de tranche, de la sous-traitance spécialisée, de la logistique de combustible, du contrôle réglementaire et de l’ingénierie d’exploitation.
Selon CNAT, Almaraz est la centrale qui a le plus contribué au système électrique national en production cumulée. Ce statut explique pourquoi sa fermeture ne serait pas un simple ajustement régional. Elle affecterait l’équilibre du parc, la charge reportée sur le gaz et la gestion des pointes hivernales. Elle poserait aussi une question de calendrier pour les autres centrales visées par la trajectoire espagnole.
Comparer Almaraz aux autres centrales espagnoles éclaire le débat
Le texte source cite Ascó et Vandellòs, mais sans comparaison chiffrée. Selon les données AIEA et les synthèses sectorielles de Foro Nuclear, l’Espagne conserve un parc concentré de sept réacteurs. Avec ses 2 017 MW nets, Almaraz affiche une taille comparable aux plus gros ensembles du parc national et se situe au-dessus de sites à réacteur unique comme Trillo ou Cofrentes en logique multi-unités.
Autre élément nouveau : selon Foro Nuclear, l’unité Almaraz II totalisait à elle seule 322 394 805 MWh de production brute cumulée au 31 mai 2026. Pour la seule période janvier-mai 2026, cette même unité affichait déjà 3 160 229 MWh cumulés. Cela illustre une réalité concrète : malgré son âge, l’installation continue à livrer des volumes massifs.
Si l’on additionne la puissance nette des deux unités, Almaraz fournit environ 16,5 % de la capacité nette de tout le parc de production nucléaire espagnol si l’on raisonnait par réacteur moyen de sept unités identiques, mais la meilleure métrique reste celle du site : 28,3 % de la capacité nucléaire nette nationale pour une seule centrale à deux unités. C’est considérable.
Le débat européen a déjà tourné : l’Espagne ne raisonne plus seule
Le texte d’origine évoque un changement de regard en Europe. Les faits vont dans ce sens. Selon la Commission européenne, l’acte délégué complémentaire de la taxonomie adopté en 2022 a intégré, sous conditions strictes, certaines activités liées au nucléaire dans le cadre des activités de transition applicables depuis le 1er janvier 2023. Cela ne règle pas toutes les questions industrielles, mais cela change le cadre de financement et la perception institutionnelle de la filière.
Le cas suédois, lui aussi, mérite d’être précisé. Selon la World Nuclear Association, le Parlement suédois a approuvé en mai 2025 un dispositif d’aide publique pour les entreprises voulant investir dans de nouveaux réacteurs, et le gouvernement a proposé en février 2026 un paquet de mesures pour faciliter la construction nucléaire. La Suède ne “revient” pas au nucléaire par nostalgie. Elle le fait parce que la sécurité d’approvisionnement et la compétitivité industrielle redeviennent prioritaires.
Mon avis est clair : l’Espagne peut défendre une trajectoire renouvelable ambitieuse sans s’enfermer dans un calendrier nucléaire rigide fixé avant la crise énergétique européenne. Les hypothèses de 2019 ne valent plus automatiquement en 2026.
Le signal prix compte aussi, même sans coût détaillé public réacteur par réacteur
La source d’origine affirme qu’un abandon d’Almaraz pourrait “coûter très cher”. La formule est politique. Pour la rendre utile, il faut l’ancrer dans le contexte marché. Selon les projections macroéconomiques de la BCE publiées en juin 2026, le prix de gros de l’électricité en zone euro est attendu à 89,3 €/MWh en 2026, contre 78,2 €/MWh en 2027 dans le scénario central. Cela confirme un environnement encore tendu, loin d’une électricité structurellement bon marché.
Les coûts complets réacteur par réacteur, de prolongation ou de fermeture, sont non communiqué dans les sources primaires consultées ici. Il serait donc malhonnête d’inventer un “coût de la prolongation” précis. En revanche, on peut rappeler qu’en cas de remplacement par des moyens thermiques, l’exposition au gaz et au CO₂ augmente mécaniquement. C’est précisément ce que le débat public élude trop souvent.
Le sujet des déchets et du démantèlement reste central, mais il ne tranche pas seul la question
Prolonger un réacteur ne supprime ni la facture des déchets ni celle du démantèlement. Selon Enresa, le 7e Plan général des déchets radioactifs reste aligné sur le protocole de fermeture ordonnée signé en mars 2019 entre Enresa et les propriétaires des centrales. La logique actuelle du financement repose sur des contributions dédiées pour couvrir la gestion du combustible usé, des déchets radioactifs et le futur démantèlement.
Il faut donc éviter deux caricatures. Non, prolonger Almaraz n’efface pas les charges futures. Non, fermer plus tôt ne rend pas ces charges indolores. Le vrai arbitrage porte sur le coût système global, sur le rythme de substitution par des moyens bas carbone pilotables ou stockés, et sur la robustesse du réseau pendant la transition.
Ce que l’article d’origine ne disait pas, et qui change la lecture du dossier
Voici les cinq apports factuels nouveaux qui modifient réellement l’analyse :
1. Une puissance nette combinée de 2 017 MW
Selon l’AIEA, Almaraz additionne 1 011 MW nets pour l’unité 1 et 1 006 MW pour l’unité 2. Ce seul chiffre montre le poids national du site.
2. Environ 28,3 % de la capacité nucléaire nette espagnole
En croisant les données de l’AIEA sur Almaraz et le total espagnol de 7 123 MW, la centrale pèse à elle seule plus d’un quart du nucléaire national.
3. Une production brute 2025 de 15 655,89 GWh
Selon Foro Nuclear, les deux unités ont encore livré en 2025 un volume massif, cohérent avec une centrale utilisée en base.
4. Un stockage encore limité face au pic de demande
Selon Red Eléctrica, l’Espagne disposait de 3 427 MW de stockage fin 2025, à comparer à un pic péninsulaire de 40 070 MW. Le rapport est d’environ 8,6 %.
5. Un cadre européen moins hostile au nucléaire qu’en 2019
Selon la Commission européenne, certaines activités nucléaires sont intégrées depuis le 1er janvier 2023 dans la taxonomie européenne, sous conditions. Le signal réglementaire a changé.
Pour aller à la source réglementaire la plus utile sur le calendrier et les autorisations, voir le Consejo de Seguridad Nuclear : https://www.csn.es/documents/10182/2643286/1746%2B-%2BII.01.%2BWeb_CSN_ITC_SG_AL1_25_02%2BentregablesDCEX_88962%2B%28Acuerdo%29.pdf/37f3f3d3-2b1d-bda6-df86-c069462cd4e3
Le gouvernement devra trancher entre cohérence industrielle et rigidité politique
Une fois l’avis technique stabilisé, la décision reviendra bien au ministère. Mais elle ne pourra pas se cacher derrière une rhétorique abstraite sur la transition. Soit l’exécutif considère qu’Almaraz reste compatible avec la sûreté, l’économie du système et la sécurité d’approvisionnement, et il assume une prolongation. Soit il maintient la trajectoire de fermeture, et il devra expliquer par quels moyens pilotables, à quel coût et avec quel calendrier il compensera la perte d’un site de 2 017 MW nets capable de produire plus de 15 TWh par an.
À ce niveau, le débat devient enfin adulte. Pas idéologique. Pas sentimental. Juste énergétique.
Mon avis :
Article crédible sur l’enjeu stratégique d’Almaraz : il relie bien sûreté, calendrier 2027-2028 et poids réseau/emploi. Mais il force le trait sur le risque de pénurie et avance des chiffres peu sourcés, notamment les 4 000 emplois et les 7 % de production, ce qui affaiblit la solidité factuelle.





