Wedbush Securities lance le suivi de SpaceX avec un objectif de 165 € pour l’action, une valorisation implicite de 2 155 milliards €, un titre autour de 145 € et un repli de plus de 2 %. Pour Dan Ives, Starlink, Starship et l’IA soutiennent le potentiel du groupe.
Wedbush Securities mise sur SpaceX, mais le vrai dossier se joue sur trois moteurs de valeur
Wedbush Securities a lancé le suivi boursier de SpaceX avec une recommandation « Outperform » et un objectif de cours à 190 dollars, soit 167 € au taux de référence de la BCE publié le 1er juillet 2026 (1 € = 1,1383 $). D’après la note attribuée à l’analyste Dan Ives, la thèse repose sur trois piliers : la connectivité via Starlink, les lancements avec Starship, et les projets liés à l’IA et au calcul. La valorisation implicite avancée atteint 2,48 billions de dollars, soit environ 2 178 688 000 000 € selon le même taux de change. Le titre évoluait autour de 167 dollars au moment de la publication de la source initiale, soit 147 €, ce qui laisse un potentiel théorique de 13,8 % jusqu’à l’objectif de Wedbush.
Cette lecture a le mérite d’être claire, mais elle reste incomplète. Elle insiste sur le récit boursier et beaucoup moins sur les actifs industriels qui soutiennent ce récit. Or c’est précisément là que le dossier devient plus solide, ou plus risqué selon l’angle choisi.
Starlink porte déjà la rentabilité, et l’échelle change la nature du business
Le point le plus concret de la note, c’est Starlink. Wedbush évoque environ 12 millions d’abonnés au 5 juin. Ce chiffre a bien circulé dans l’écosystème public à cette date, avec une communication reprise comme émanant de SpaceX indiquant plus de 12 millions de clients actifs dans plus de 160 pays et territoires. Ce seul volume change la lecture du dossier : on n’est plus face à une activité expérimentale, mais à un service mondial avec une base récurrente massive.
Ma lecture est simple : si Wedbush a raison sur un point, c’est ici. Le cœur du modèle n’est plus seulement le lancement spatial, mais un abonnement mondial qui finance une partie du reste. En ramenant le seuil de 12 millions de clients à plus de 160 marchés, on obtient une moyenne théorique de 75 000 clients par pays ou territoire. Ce calcul ne décrit pas la réalité de chaque zone, mais il donne un ordre de grandeur du maillage commercial déjà atteint.
Autre élément nouveau absent de la source initiale : selon un suivi largement repris par la presse spécialisée en juin 2026, la constellation compte plus de 10 400 satellites en orbite, dont plus de 10 300 opérationnels. Cela éclaire mieux la promesse de Wedbush sur la connectivité : la traction commerciale n’est pas séparée de l’infrastructure, elle en découle directement. Plus la constellation grossit, plus la capacité réseau augmente, et plus la barrière à l’entrée se renforce.
Starship reste le pari majeur, mais la machine à cash aujourd’hui s’appelle Falcon 9
Wedbush insiste sur Starship comme couche essentielle du succès futur de SpaceX. C’est juste sur le plan stratégique, mais encore trop tôt sur le plan opérationnel. Le lanceur qui fait tourner la boutique au quotidien reste Falcon 9. Selon la documentation technique officielle de SpaceX, Falcon 9 est un lanceur réutilisable à deux étages de 70 mètres de haut. La société met aussi en avant la cadence : la presse spécialisée rapportait fin juin que SpaceX avait déjà réalisé sa 75e mission Falcon 9 de 2026 au 28 juin.
Ce point compte plus que le storytelling. Une cadence de 75 missions en moins de six mois signifie que l’avantage compétitif n’est pas théorique. Il est industriel. Il repose sur la réutilisation, la standardisation et l’intégration verticale. C’est exactement ce que la source initiale suggère lorsqu’elle parle de boucle de retour et de réduction des coûts matériels, mais sans l’illustrer avec des éléments tangibles de cadence.
Autre donnée utile : le guide utilisateur officiel de SpaceX renvoie vers sa grille tarifaire standard pour les services de lancement. Cette documentation publique affiche un prix catalogue de 67 millions de dollars pour Falcon 9. En appliquant le taux de la BCE, cela représente environ 58 860 000 €. En face, la capacité LEO généralement associée à Falcon 9 dans les documents commerciaux récents de SpaceX atteint 22 800 kg. On obtient donc une métrique dérivée utile : environ 2 939 $/kg, soit 2 579 €/kg, au prix catalogue. Ce ratio ne reflète ni les remises commerciales ni la réalité de chaque mission, mais il donne une base propre pour comparer.
Pourquoi Ariane 6 reste un repère utile face à SpaceX
Comparer SpaceX à d’autres acteurs n’a de sens que si l’on reste sur des données vérifiables. Côté européen, Arianespace et ArianeGroup fournissent justement un bon point de comparaison. Dans un dossier de mission officiel publié pour le vol VA267, Arianespace indique que la première mission d’Ariane 64 en 2026 devait placer 32 satellites Amazon Leo en orbite basse avec une charge utile totale d’environ 20 tonnes. Le même document précise une orbite basse autour de 465 km, une masse au décollage de 800 tonnes et une poussée au décollage de 15 000 kN.
Cette fiche permet deux lectures. D’abord, Ariane 64 sait emporter très lourd en LEO. Ensuite, le positionnement n’est pas celui de la réutilisation rapide à l’américaine. Le système européen mise davantage sur la modularité, la souveraineté d’accès à l’espace et la montée en cadence progressive.
On peut aussi extraire une métrique dérivée simple à partir du document VA267 : avec environ 20 tonnes pour 32 satellites, la charge moyenne embarquée représente environ 625 kg par satellite. Là encore, ce chiffre ne décrit pas la masse exacte de chaque satellite utile, car il peut intégrer des structures et équipements de mission. Mais il donne une idée du format industriel de cette génération de lancements de constellation.
Autre fait nouveau : Arianespace a annoncé en 2026 trois vols Ariane 64 liés à la constellation Amazon Leo, avec 32 satellites en février, 32 autres en avril, puis 36 supplémentaires en juin. Cela montre que la concurrence ne se résume plus à une opposition symbolique entre SpaceX et l’Europe. Elle se joue désormais sur le terrain des constellations à répétition, où la cadence et la fiabilité logistique deviennent aussi importantes que la performance brute.
Le vrai avantage de SpaceX n’est pas seulement le lanceur, c’est l’intégration complète
La note de Wedbush mentionne les « connectivity projects », les lancements et les clusters IA. C’est pertinent, mais trop abstrait si on ne relie pas ces briques entre elles. SpaceX a un profil rare : l’entreprise conçoit les satellites, opère le réseau, lance ses propres charges, amortit ses infrastructures sur ses missions internes, puis transforme l’ensemble en revenus récurrents côté abonnements.
À mon avis, c’est là que la comparaison avec un pur acteur du lancement devient vite insuffisante. Un opérateur de lancement vend des tirs. SpaceX vend aussi un service internet mondial, sécurise ses propres besoins orbitaux, et peut ensuite valoriser cette base dans d’autres marchés, y compris l’entreprise, la mobilité, la défense ou l’IA. La source initiale évoque même une « enterprise AI monetization » potentielle que Wedbush n’intègre pas à sa valorisation. En clair : la banque choisit déjà une lecture agressive, mais elle laisse encore du hors-bilan stratégique de côté.
Le sujet IA/compute reste prometteur, mais c’est la partie la moins documentée du dossier
Sur l’IA, il faut rester strict. La source initiale parle de projets récents liés au calcul et cite les « Colossus clusters », mais sans détail chiffré exploitable. À ce stade, la bonne formule est donc : non communiqué pour la capacité installée, les revenus associés, le taux d’utilisation ou les marges propres à cette activité. C’est précisément la zone où beaucoup de contenus spéculent trop vite.
Cela ne veut pas dire que le sujet est secondaire. Cela veut dire qu’il faut distinguer potentiel narratif et valeur démontrée. Aujourd’hui, la partie la plus documentée reste Starlink. La partie la plus spéculative reste l’IA. Et la partie la plus décisive pour faire le lien entre les deux reste Starship, à condition qu’il passe du statut de programme stratégique à celui d’outil opérationnel régulier.
Le prix cible de Wedbush dit surtout une chose : le marché paie déjà l’exécution future
Un objectif à 190 dollars, soit 167 €, n’est pas anodin quand le titre vaut autour de 167 dollars, soit 147 €. Le potentiel calculé est de 13,8 %, ce qui n’a rien d’extrême pour une valeur de croissance. Le vrai point, c’est ailleurs : la valorisation implicite de 2,48 billions de dollars, soit près de 2 179 milliards d’euros, suppose que le marché continue de créditer à SpaceX plusieurs années d’avance technologique, une montée en puissance de Starlink, et une conversion réussie de Starship en machine économique.
Autrement dit, l’action ne se paie pas sur la seule base de ses revenus actuels. Elle se paie sur une promesse d’écosystème. Cette promesse peut tenir, car peu d’acteurs cumulent à la fois la base clients, les actifs orbitaux, la cadence de lancement et la marque. Mais elle rend aussi le titre sensible à tout retard visible sur Starship ou à tout tassement de croissance de Starlink.
Ce que la source initiale oublie de dire sur le marché des constellations
Le texte de départ présente Starlink comme un service encore sous 1 % du marché mondial des télécoms et du haut débit. L’idée est juste, mais elle manque de relief. Le marché réel se joue moins contre les opérateurs fixes urbains que sur des cas d’usage précis : zones blanches, maritime, aviation, sites industriels isolés, secours, défense, réseaux résilients et connectivité de secours pour entreprises distribuées.
Le cas Amazon Leo le confirme. Si Amazon multiplie les lancements avec Arianespace, c’est parce que la bataille n’est plus conceptuelle. Elle est industrielle et commerciale. Chaque acteur cherche à verrouiller des orbites, des terminaux, des fréquences, des contrats et des usages avant la phase de maturité.
En ce sens, le pari de Wedbush ne repose pas seulement sur une belle histoire autour d’Elon Musk. Il repose sur un constat plus froid : SpaceX avance déjà sur plusieurs couches de la chaîne de valeur pendant que beaucoup de concurrents n’en contrôlent qu’une seule.
Données clés à retenir
Selon la note citée dans la source de départ, Wedbush Securities initie le suivi de SpaceX avec un objectif de 190 $, soit 167 €, et une valorisation implicite de 2,48 billions de dollars, soit environ 2 178 688 000 000 €. Selon la communication publique reprise début juin 2026, Starlink dépasse 12 millions de clients actifs dans plus de 160 pays et territoires. Selon la documentation officielle de SpaceX, Falcon 9 reste le socle industriel du groupe, avec un prix catalogue public de 67 millions de dollars, soit environ 58 860 000 €, et un coût théorique d’environ 2 579 €/kg si l’on rapporte ce prix à une capacité LEO de 22 800 kg. Selon Arianespace et ArianeGroup, la mission VA267 d’Ariane 64 emportait environ 20 tonnes pour 32 satellites Amazon Leo, soit une moyenne de 625 kg par satellite.
Pour la fiche officielle d’ArianeGroup utilisée dans cette analyse : source
Mon avis :
L’argument fort, c’est Starlink: avec 12 millions d’abonnés récurrents, SpaceX dispose d’un moteur de cash crédible. La limite, c’est la valorisation: 190 $ visés, soit 167 €, pour 2,48 trillions $ implicites paraît très tendu face à des activités IA et Starship encore spéculatives. (usd.currencyrate.today)





