Avec plus de 680 conversations, 2147: A Voice from the Future transforme à Barcelone une cabine Telefónica moussue en interface IA temps réel. Imaginée par Cris Olmedo pour Divina Machina, l’installation fait parler la Terre depuis 2147 via ElevenLabs et un Raspberry Pi 5.
Le vieux téléphone public devient une interface IA plus crédible qu’un écran tactile
2147: A Voice from the Future part d’une idée simple, mais elle vise juste. L’installation imaginée par Cris Olmedo pour Divina Machina, branche art numérique de QS Ventures, transforme une vraie cabine Telefónica mise au rebut en point de contact avec une Terre fictive projetée en 2147. L’œuvre a été montrée à Sónar+D, dans le cadre de la Llotja de Mar à Barcelone. Selon le programme officiel de Sónar, le public était invité à “entrer dans la cabine” et à parler à “la voix collective de toute la vie sur Terre”, avec des horaires d’ouverture de 10h00 à 20h30 ou 21h30 selon les jours. Cette précision change la lecture du projet : on n’est pas face à une simple sculpture, mais à une installation conversationnelle pensée pour des échanges continus avec le public.
Le choix de la cabine compte plus que l’IA elle-même. Un combiné téléphonique impose un geste connu, immédiat, presque réflexe. On décroche. On écoute. On répond. Cette interface analogique évite le folklore visuel habituel de l’IA. Pas d’écran géant, pas d’avatar, pas de menu. L’objet fait déjà le travail narratif. Et c’est précisément pour cela que l’installation fonctionne mieux qu’un dispositif plus spectaculaire.
Une base technique modeste, mais cohérente
La source d’origine mentionne un système vocal ElevenLabs et un Raspberry Pi 5 intégré dans la cabine. Ce point mérite d’être développé, car il explique la crédibilité du projet. Selon Raspberry Pi Ltd, le Raspberry Pi 5 embarque un processeur quad-core Arm Cortex-A76 64 bits à 2,4 GHz, un GPU VideoCore VII à 800 MHz, jusqu’à 16 Go de RAM, deux sorties 4K à 60 i/s, du Wi‑Fi bi-bande, du Bluetooth 5.0, un port Gigabit Ethernet et une alimentation 5V/5A via USB‑C. Le fabricant indique aussi un gain de performances CPU de 2 à 3 fois par rapport au Raspberry Pi 4.
Autrement dit, l’installation ne repose pas sur un PC caché hors champ. Elle s’appuie sur une carte compacte, peu coûteuse et pensée pour l’embarqué. C’est un détail important : le projet parle de réemploi, d’obsolescence et de sobriété d’interface, et son architecture matérielle reste alignée avec ce discours. Une station lourde, énergivore ou surdimensionnée aurait affaibli le propos.
Autre donnée utile : selon Raspberry Pi Ltd, le Raspberry Pi 5 démarre à 50 dollars, soit 44 € au taux de la BCE du 1er juillet 2026 (1 € = 1,1383 $), tandis que la version 16 Go est affichée à 305 dollars, soit 268 €. On tient ici une première métrique dérivée absente de la source : l’écart de prix entre l’entrée de gamme et la version 16 Go atteint 224 €. Pour une installation comme 2147, cela suggère qu’un prototype crédible peut rester matériellement abordable, même en ajoutant audio, alimentation, réseau et intégration physique.
Le projet ne se contente pas de “mettre de l’IA dans un objet vintage”
Beaucoup d’installations interactives tombent dans un piège simple : greffer un modèle génératif sur un objet rétro et compter sur l’effet de contraste. Ici, le contraste sert un propos plus structuré. La cabine d’origine conserve sa signalétique, sa forme et sa matérialité usée. La mousse qui recouvre l’extérieur agit comme un marqueur visuel direct : la nature reprend possession d’une infrastructure abandonnée.
Cette lecture est renforcée par la présentation officielle de Sónar, qui rattache explicitement 2147 aux écrits de Donna Haraway et décrit la technologie comme un médiateur possible entre l’humanité et le vivant. Ce cadre théorique n’apparaît pas dans la version source. Il éclaire pourtant le projet : la Terre ne parle pas comme un assistant pratique, mais comme une entité relationnelle, presque politique. La cabine sert alors moins à “poser des questions à une IA” qu’à rejouer notre façon de demander des comptes au monde physique.
Ce que l’article source ne dit pas sur la faisabilité économique
La partie la plus faible du texte d’origine concerne le coût réel d’un tel dispositif. Or c’est un angle utile pour un lectorat tech. Selon la grille tarifaire officielle ElevenLabs, l’offre ElevenAgents démarre à 6 dollars par mois avec 75 minutes incluses, grimpe à 22 dollars par mois avec 275 minutes, puis à 99 dollars par mois avec 1 238 minutes. Converti au taux de la BCE du 1er juillet 2026, cela représente 19 € pour 22 dollars et 87 € pour 99 dollars. La formule Scale à 299 dollars revient à 263 €.
On peut donc calculer une deuxième métrique dérivée : le coût mensuel par minute incluse. Sur l’offre Creator, 22 dollars pour 275 minutes donnent environ 0,08 $ par minute. Sur l’offre Pro, 99 dollars pour 1 238 minutes reviennent aussi à environ 0,08 $ par minute. Ce quasi-alignement montre qu’ElevenLabs vend surtout la montée en capacité et la concurrence simultanée, pas une baisse massive du prix minute.
Pour une installation physique en festival, ce point est concret. Une œuvre qui reçoit du public en continu sur plusieurs jours peut vite consommer plusieurs centaines de minutes de conversation. Le texte d’origine parle d’un échange libre et sans script. Très bien. Mais cette liberté a un coût d’exploitation mesurable. Dès qu’une pièce sort du prototype et tourne en conditions réelles, la question budgétaire cesse d’être secondaire.
Un usage embarqué qui colle bien au Raspberry Pi 5
Le Raspberry Pi 5 n’est pas seulement là pour faire joli dans la fiche technique. Selon le product brief officiel, la carte ajoute un contrôleur d’E/S maison, double la bande passante USB agrégée, triple la bande passante MIPI totale et introduit une interface PCIe 2.0. Sur un projet comme 2147, cela ouvre plusieurs scénarios utiles : stockage local des logs audio, ajout d’un SSD M.2 via adaptateur, capture de capteurs environnementaux, ou encore pilotage d’éléments lumineux et sonores sans machine externe.
Le fabricant recommande par ailleurs une alimentation 5V/5A et précise que le Pi 5 performe mieux avec refroidissement actif. C’est un point rarement mentionné dans les articles design, mais essentiel en installation publique. Une cabine fermée, potentiellement exposée à la chaleur, avec calcul local, réseau et audio temps réel, doit gérer sa dissipation thermique. En clair : si l’œuvre a bien tourné de façon fluide à Sónar, c’est aussi parce que sa partie hardware a probablement été pensée avec plus de sérieux que ne le laisse entendre sa présentation poétique.
Le réemploi de la cabine gagne en force dans le contexte télécom espagnol
La cabine Telefónica n’est pas un accessoire neutre. Elle arrive après des décennies de bascule massive vers le mobile et les services IP. Selon la CNMC, l’Espagne comptait 61,88 millions de lignes mobiles actives en mai 2025, avec une pénétration de 126,1 lignes pour 100 habitants. La même autorité rappelle aussi que Telefónica reste chargée du service universel pour 2025 et 2026. En parallèle, le blog de la CNMC résume brutalement l’état du fixe dans les foyers espagnols : “le téléphone fixe” tend à devenir un élément de décoration.
Ce contexte donne un poids supplémentaire à 2147. La cabine ne renvoie pas seulement à une nostalgie vague. Elle renvoie à une infrastructure publique devenue marginale dans un pays ultra-mobile. C’est là que le projet devient plus mordant : il recycle une technologie de communication collective au moment où les interfaces vocales reviennent, mais dans des formes privées, propriétaires et invisibles.
Face aux assistants vocaux classiques, 2147 prend le contre-pied
La comparaison avec les assistants vocaux commerciaux est éclairante. Selon ElevenLabs, ses agents IA peuvent gérer du support client, de la planification, du service télécom ou des workflows multilingues en plus de 70 langues. L’objectif industriel est clair : automatiser, qualifier, résoudre, convertir. 2147 utilise une brique voisine, mais refuse cette logique de rendement.
Dans un centre de contact, un agent vocal doit raccourcir la durée d’appel, réduire l’attente et améliorer le taux de résolution. Dans la cabine de Cris Olmedo, l’échange peut dériver vers la mémoire, le deuil, le climat ou la survie. Techniquement, la pile peut sembler proche. Fonctionnellement, elle diverge totalement. C’est justement ce qui rend l’installation intéressante pour le secteur tech : elle montre qu’une même base conversationnelle peut servir soit l’optimisation, soit la mise en tension symbolique.
Les vraies nouveautés à retenir par rapport au texte source
1. Une assise curatoriale plus claire
Selon Sónar, le projet s’inspire des écrits de Donna Haraway. Cette référence donne un cadre intellectuel au dispositif et l’éloigne d’un simple gadget conversationnel.
2. Une fenêtre d’exploitation réelle en festival
Le programme officiel annonçait une installation ouverte de 10h00 à 20h30 ou 21h30. Cela implique un usage continu, donc des contraintes de coût, de stabilité et de maintenance absentes du texte d’origine.
3. Des capacités matérielles supérieures à ce qu’on imagine
Selon Raspberry Pi Ltd, le Pi 5 apporte un CPU Cortex-A76 à 2,4 GHz, jusqu’à 16 Go de RAM, du double 4K60, du PCIe 2.0 et une hausse CPU de 2 à 3 fois face au Pi 4. Pour une cabine interactive, c’est loin d’être anecdotique.
4. Un coût d’entrée raisonnable pour prototyper
Selon Raspberry Pi Ltd, la carte démarre à 50 dollars, soit 44 € au taux BCE. Même avec périphériques et intégration, on reste sur une base matérielle accessible pour un studio, un musée ou une école de design.
5. Un modèle vocal avec logique d’usage mesurable
Selon ElevenLabs, les offres agents vont de 75 à 12 375 minutes incluses selon le plan. Cela permet d’estimer l’enveloppe d’exploitation d’une installation publique plutôt que de parler d’IA de façon abstraite.
6. Un contexte télécom espagnol qui renforce la symbolique
Selon la CNMC, l’Espagne frôle les 62 millions de lignes mobiles actives. La cabine publique recyclée devient donc le vestige très concret d’un mode d’accès collectif à la communication que le smartphone a presque effacé.
Deux métriques qui aident vraiment à lire le projet
Métrique 1 : l’écart de performance générationnel. Selon Raspberry Pi Ltd, le Raspberry Pi 5 délivre 2 à 3 fois les performances CPU du Pi 4. En borne interactive, cela signifie moins de compromis sur la latence locale, les périphériques et la supervision système.
Métrique 2 : le surcoût matériel haut de gamme. Toujours selon Raspberry Pi Ltd, on passe de 50 dollars à 305 dollars entre l’entrée de gamme et le modèle 16 Go, soit un multiplicateur de 6,1x. Pour 2147, cela indique qu’un simple changement de configuration mémoire peut faire basculer un prototype low-cost vers une machine beaucoup plus capable, sans changer de plateforme.
Pourquoi cette installation parle aussi aux marques et aux musées
Le cas d’usage le plus évident n’est pas commercial, mais institutionnel. Une cabine comme 2147 peut servir de médiation en exposition, dans un musée des télécoms, un festival art-tech, un lieu patrimonial ou une scénographie climat. L’objet attire. Le téléphone rassure. La voix personnalise l’expérience. Et la structure physique impose une interaction intime qu’un écran partagé obtient rarement.
Pour une marque, la leçon est plus stratégique. Le design conversationnel ne doit pas forcément passer par une app ou un smart speaker. Un objet existant, bien choisi, peut porter à lui seul la promesse d’usage. 2147 montre qu’une interface réussie ne cherche pas toujours à disparaître. Parfois, elle doit au contraire assumer son poids historique.
Le lien qui fait autorité
Pour consulter la présentation officielle du projet côté studio, voir : Divina Machina.
Mon avis :
Installation brillante par son recyclage d’une vraie cabine Telefónica en interface IA sobre, via Raspberry Pi 5 et voix temps réel, ce qui donne du poids au propos écologique. Sa limite: l’expérience repose surtout sur la force de la mise en scène; sans contexte Sónar+D et sans interaction longue, l’effet peut paraître plus symbolique que profond.





