Urbaser lance à Cubillos del Sil la première usine ibérique de recyclage de batteries lithium, avec 40 millions d’euros d’investissement, 6,3 millions d’aides européennes, 60 000 à 200 000 batteries traitées par an et plus de 20 000 tonnes de capacité à terme.
Urbaser lance à León une usine clé pour fermer la boucle des batteries lithium
Urbaser a démarré à Cubillos del Sil, dans la comarque d’El Bierzo, la construction de ce qu’elle présente comme la première usine de recyclage de batteries lithium de cette taille sur la péninsule Ibérique. Selon l’entreprise, le site doit entrer en service au second semestre 2027 et traiter à terme plus de 20 000 tonnes par an, avec un flux compris entre 60 000 et 200 000 batteries annuelles issues aussi bien de l’électronique grand public que de la mobilité électrique.
Le projet change d’échelle pour l’Espagne. Jusqu’ici, le pays manquait d’un outil industriel dédié capable d’absorber localement un volume significatif de batteries en fin de vie. C’est le vrai point fort du dossier : il ne s’agit pas d’un simple centre logistique, mais d’une unité pensée pour capter une partie de la valeur industrielle liée aux matières premières critiques.
Selon Urbaser, l’investissement atteint 40 millions d’euros, dont 6,3 millions d’euros apportés par le programme RENOCICLA de l’IDAE via les fonds NextGenerationEU. Cela signifie que l’aide publique couvre 15,75 % du coût total du projet, tandis que 84,25 % restent à la charge de l’industriel. Autre ratio utile : rapporté à la capacité finale annoncée, l’investissement représente environ 2 000 € par tonne de capacité annuelle installée.
Une réponse industrielle à une pression réglementaire déjà en place
Le calendrier de Urbaser colle à une contrainte simple : l’Europe durcit vite les règles. Selon la Commission européenne, la méthode harmonisée de calcul du rendement de recyclage et de la récupération des matières est entrée en vigueur le 24 juillet 2025. Les recycleurs doivent atteindre au plus tard fin 2025 un rendement de recyclage de 65 % pour les batteries au lithium, puis 70 % d’ici fin 2030.
La pression est encore plus forte sur les métaux stratégiques. Selon la Commission européenne, les objectifs de récupération matière à atteindre d’ici le 31 décembre 2027 sont de 90 % pour le cobalt, le cuivre, le plomb et le nickel, et de 50 % pour le lithium. Ces seuils montent ensuite à 95 % pour le cobalt, le cuivre, le plomb et le nickel, et à 80 % pour le lithium d’ici le 31 décembre 2031.
Autrement dit, ouvrir une usine en 2027 n’a rien d’anecdotique. C’est la bonne fenêtre pour se positionner avant la phase de montée en charge réglementaire. Mon avis est clair : sans sites de traitement locaux, l’Espagne aurait continué à dépendre d’exportations de déchets complexes vers d’autres pays européens, avec moins de maîtrise industrielle et moins de valeur captée sur place.
Un procédé à sec, plus cohérent avec les enjeux de sécurité
Selon Urbaser, l’usine utilisera un procédé à sec pour traiter les batteries lithium. L’entreprise met en avant un double argument : sécurité accrue et niveaux de récupération supérieurs aux exigences européennes pour des métaux comme le lithium, le cobalt, le nickel, l’aluminium, le cuivre et le manganèse.
Ce point mérite d’être souligné. Dans le recyclage des batteries, le prétraitement est souvent la partie la plus sensible. Décharge, inertage, démontage, broyage, séparation des fractions et gestion des risques thermiques pèsent lourd dans la performance réelle du site. Le texte source restait vague sur la chaîne de traitement. La recherche permet au moins de replacer ce choix technique dans le bon cadre : l’Europe ne juge plus seulement le recyclage sur l’existence d’une usine, mais sur une méthode mesurable et vérifiable.
Selon Urbaser, le site recevra des batteries provenant de téléphones, d’ordinateurs portables, de trottinettes électriques et de véhicules électriques. Ce mix est industriellement logique. Il permet de lisser les approvisionnements entre petits formats, modules de mobilité légère et batteries plus lourdes issues de l’automobile, même si la composition chimique varie fortement d’un flux à l’autre.
Deux métriques qui éclairent vraiment le projet
Les chiffres bruts existent déjà. Les métriques dérivées disent davantage.
Capex par batterie traitée
Selon Urbaser, l’usine traitera entre 60 000 et 200 000 batteries par an pour 40 millions d’euros investis. Si l’on rapporte cet investissement à cette fourchette annuelle, on obtient un équivalent théorique de 667 € d’investissement par batterie au point bas de cadence, contre 200 € par batterie au point haut. Ce calcul ne donne pas le coût réel de traitement unitaire, mais il montre à quel point la rentabilité dépendra du remplissage industriel du site.
Intensité emploi/capacité
Selon Urbaser, l’usine doit générer 50 emplois directs et près de 200 indirects à plein régime pour plus de 20 000 tonnes annuelles de capacité. Cela représente environ 2,5 emplois directs et 10 emplois totaux par tranche de 1 000 tonnes de capacité annuelle. Pour un territoire en reconversion comme El Bierzo, ce n’est pas un détail : la valeur du projet dépasse la seule question environnementale.
Le marché justifie l’usine, pas seulement la communication
Selon la Commission européenne, la demande mondiale de batteries doit être multipliée par 14 d’ici 2030, et l’Union européenne pourrait représenter 17 % de cette demande. Cette donnée change tout. Plus de batteries mises sur le marché aujourd’hui signifie mécaniquement plus de déchets à collecter, diagnostiquer, réemployer partiellement ou recycler demain.
Le recyclage n’est donc plus un segment marginal. Il devient un maillon de sécurité d’approvisionnement. L’Europe a besoin de récupérer localement du lithium, du nickel, du cobalt et du cuivre, faute de quoi elle restera exposée aux importations et à la volatilité des chaînes mondiales.
Selon Urbaser, la vocation du site est précisément de réinjecter ces matières premières critiques dans la chaîne d’approvisionnement. L’angle est juste. Une usine de recyclage n’efface pas la dépendance minière, mais elle réduit la fuite de valeur et améliore la résilience industrielle.
Ce que la source d’origine ne disait pas assez sur la concurrence
Le texte initial insistait sur le caractère pionnier du projet. C’est exact sur le plan ibérique à cette échelle annoncée, mais il manquait un point de comparaison européen. Le marché ne part pas de zéro.
Selon Ecobat, le groupe exploite déjà trois usines de recyclage lithium-ion aux États-Unis et en Europe, situées à Casa Grande en Arizona, Hettstedt en Allemagne et Birmingham en Angleterre. Ecobat affirme aussi proposer une chaîne européenne intégrée de recyclage lithium en plusieurs étapes. Cela montre que Urbaser n’arrive pas sur un terrain vide : l’entreprise entre dans une course où des acteurs ont déjà une base opérationnelle.
Autre exemple, selon Stellantis et Orano, les deux groupes ont annoncé en 2023 un projet commun visant le recyclage des batteries de véhicules électriques en Europe élargie et en Amérique du Nord, avec un schéma articulé autour du prétraitement puis d’un raffinage hydrométallurgique à Dunkerque. Même si les trajectoires industrielles peuvent évoluer, ce type d’annonce confirme un point simple : la bataille se joue à la fois sur la collecte, le prétraitement et la revalorisation métallurgique.
Mon avis ici est net : le vrai avantage de Urbaser n’est pas d’être seul en Europe, mais d’être tôt en Espagne avec un ancrage territorial fort et une logistique déjà en place.
Une logistique déjà structurée pour alimenter l’usine
Selon Urbaser, l’entreprise assure déjà des services de stockage et de gestion via un réseau logistique transfrontalier et une flotte de plus de 1 300 camions. Cette donnée compte davantage qu’elle n’en a l’air. Dans le recyclage des batteries, la difficulté ne réside pas uniquement dans l’usine. Elle se situe aussi dans la collecte, le transport sécurisé, le regroupement et la conformité réglementaire.
Une batterie lithium usagée ne voyage pas comme un déchet banal. Il faut gérer le risque d’endommagement, l’état de charge, l’emballage, la traçabilité et les règles de transport de matières dangereuses. Disposer d’une base logistique en amont peut accélérer la montée en cadence et réduire les goulets d’étranglement à l’ouverture du site.
Le texte source évoquait aussi des pratiques irrégulières sur le marché. Là encore, l’argument tient. Plus la filière se professionnalise, plus les opérateurs industriels capables d’absorber des volumes en conformité gagnent du terrain face aux solutions opportunistes.
León et El Bierzo misent sur la réindustrialisation, pas sur un symbole
Selon Urbaser, le site créera 50 emplois directs et près de 200 emplois indirects. Le projet s’inscrit dans une zone historiquement liée au charbon. C’est précisément ce qui le rend crédible politiquement. L’usine sert de vitrine à une transition dite juste, mais elle a aussi un contenu industriel concret : bâtiment, équipements, exploitation, maintenance, sécurité, logistique et gestion de flux complexes.
Autre élément nouveau apporté par la recherche : selon Urbaser, la construction du site a démarré en janvier 2026, avant même la cérémonie de pose de première pierre du 2 juillet 2026. Ce détail compte, car il montre que le projet était déjà engagé en phase travaux et pas seulement en communication institutionnelle.
Expansion ibérique : le vrai test viendra après Cubillos del Sil
Selon Urbaser, l’usine de Cubillos del Sil n’est que la première étape d’un réseau ibérique. L’entreprise travaille déjà sur l’ingénierie de trois autres sites : à Zaragoza, avec une mise en service visée pour 2030, dans le sud de l’Espagne et au Portugal. Cette ambition donne de la cohérence au projet actuel.
Un seul site peut traiter une partie du gisement. Un réseau, lui, peut réduire les distances de collecte, mieux spécialiser les flux et sécuriser les volumes. C’est là que se jouera la crédibilité industrielle de Urbaser dans les prochaines années.
Il faut aussi garder un œil sur la dynamique du marché européen. Selon la Commission européenne, les nouvelles règles de 2025 ont justement été conçues pour éviter la concurrence déloyale entre recycleurs via des méthodes de calcul harmonisées. En clair, l’époque où chaque acteur pouvait valoriser sa performance avec ses propres indicateurs touche à sa fin. C’est une bonne nouvelle pour les industriels sérieux, et une contrainte forte pour les autres.
Financement public, autonomie stratégique et discipline économique
Le montage financier du dossier mérite mieux qu’une simple mention de subvention. Selon Urbaser, le projet a été le mieux noté en Espagne dans le programme RENOCICLA de l’IDAE. C’est un signal politique fort. L’État et l’Union européenne ciblent clairement les maillons de l’économie circulaire capables de réduire la dépendance extérieure sur les matières critiques.
Le projet reste toutefois majoritairement financé par le privé. C’est sain. Une usine de recyclage de batteries doit tenir sur ses flux, ses rendements et ses débouchés matières. Sans cela, la subvention ne suffit jamais.
Enfin, aucune conversion dollar-euro n’était nécessaire dans ce dossier, car les montants cités sont tous communiqués en euros. À titre de référence pour toute conversion éventuelle, le taux de la BCE au 10 juillet 2026 est de 1 € = 1,1430 USD, soit 1 USD = 0,87 €.
Le seul lien utile à conserver
Pour consulter la source primaire la plus solide sur le projet, le lien d’autorité à retenir est celui du communiqué officiel de Urbaser : https://www.urbaser.com/urbaser-impulsa-reindustrializacion-verde-bierzo-primera-planta-reciclaje-baterias-litio-peninsula-iberica/
Mon avis :
Projet industriel crédible et stratégiquement pertinent : 40 M€ investis pour traiter jusqu’à plus de 20 000 tonnes par an, avec 50 emplois directs dans une zone en reconversion. Mon avis est positif. Ma réserve est nette : l’impact réel ne se jugera qu’en 2027, à l’ouverture, sur les volumes effectivement captés et recyclés.





