Le 20 juillet, le gouvernement de Gustavo Petro veut déposer une loi anti-fracking, après l’installation de 2 494 panneaux solaires pour plus de 4 300 habitants dans le Cesar. Un signal politique fort, entre transition énergétique, protection de l’eau et bras de fer avec le pouvoir entrant.
La Colombie relance l’interdiction du fracking avec un calendrier politique très serré
Le gouvernement de Gustavo Petro veut remettre le dossier du fracking au centre de l’agenda législatif. Selon le texte source, l’exécutif prévoit de déposer le 20 juillet un projet de loi pour interdire définitivement la fracturation hydraulique en Colombie. La manœuvre n’a rien d’anecdotique : elle arrive au moment de l’ouverture de la nouvelle législature 2026-2030, avec le soutien annoncé des élus du Pacto Histórico.
Le message politique est limpide. Le ministère des Mines et de l’Énergie et le ministère de l’Environnement défendent une interdiction totale, en s’appuyant sur les risques documentés pour l’eau, les écosystèmes et la santé publique. C’est une ligne dure, assumée, et cohérente avec la stratégie de transition énergétique portée par le camp Petro. À mes yeux, le point clé n’est pas l’annonce elle-même : c’est le fait que le gouvernement tente de verrouiller juridiquement le sujet avant toute inflexion de cap politique.
Le contexte rend l’initiative encore plus sensible. Le texte source rappelle que le président élu Abelardo de la Espriella a évoqué l’idée d’un « fracking responsable ». Autrement dit, le futur rapport de force ne se jouera pas sur la réalité technique du procédé, mais sur la définition politique du risque acceptable.
Le fracking reste un pari énergétique, mais aussi un risque hydrique et climatique
Le fracking consiste à injecter de l’eau, du sable et des additifs à haute pression pour fracturer la roche et libérer du pétrole ou du gaz. Sur le papier, la technique promet un accès à des ressources non conventionnelles. Dans les faits, le débat reste dominé par les effets collatéraux.
Selon le ministère colombien de l’Environnement, le projet de loi déjà présenté en juillet 2025 visait à interdire l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels ainsi que l’usage du fracking sur tout le territoire. Le ministère listait plusieurs impacts : pollution de l’eau, de l’air et des sols, génération de déchets dangereux, pression sur l’agriculture, la biodiversité et aggravation des émissions de méthane. Il précisait aussi qu’un seul puits peut utiliser jusqu’à 15 piscines olympiques d’eau et évoquait près de 44 millions de litres injectés par puits, à renouveler tous les 3 à 6 ans selon les cycles d’exploitation. Selon le ministère, c’est précisément ce niveau de pression sur la ressource en eau qui rend la pratique difficilement défendable dans un pays déjà exposé à des tensions territoriales et climatiques. ([minambiente.gov.co](https://www.minambiente.gov.co/radicado-proyecto-de-ley-que-prohibe-el-fracking-en-colombia/))
Le GIEC va dans le même sens sur le plan général : la fracturation des gaz de schiste nécessite de grandes quantités d’eau, produit des eaux usées contaminées et peut entraîner des risques de contamination souterraine ainsi qu’une sismicité induite. Le débat n’est donc pas seulement idéologique. Il repose sur un arbitrage technique réel entre sécurité d’approvisionnement, impacts locaux et trajectoire climatique. ([ipcc.ch](https://www.ipcc.ch/apps/njlite/ar5wg2/njlite_download2.php?id=10949&utm_source=openai))
Mon avis est simple : quand une technologie exige autant d’eau, génère autant d’acceptabilité sociale négative et reste politiquement instable, elle cesse d’être une solution évidente. Elle devient un facteur de friction permanent.
Becerril et Curumaní servent de vitrine à la transition énergétique
L’annonce sur le fracking n’a pas été faite dans un colloque technique, mais lors d’un événement organisé à Becerril et Curumaní, dans le département du Cesar. Le symbole compte. Le gouvernement a livré 2 494 panneaux solaires censés améliorer l’accès à l’électricité de plus de 4 300 habitants, selon le texte source.
Les chiffres communiqués sont précis : 36 000 millions de pesos colombiens investis, 1 870 MWh d’électricité propre produits par an, 340 tonnes de CO₂ évitées chaque année, pour une durée de vie estimée à 25 ans. Le gouvernement présente ces installations comme un exemple concret de transition énergétique juste, avec un bénéfice social direct pour des communautés historiquement sous-équipées.
Cette mise en scène n’est pas neutre. L’exécutif oppose deux visions de l’énergie : d’un côté, une extraction controversée et centralisée ; de l’autre, une infrastructure locale, visible et immédiatement utile. C’est politiquement efficace, même si cela ne règle pas à lui seul la question de la sécurité d’approvisionnement à l’échelle nationale.
Deux métriques dérivées montrent mieux l’efficacité réelle du projet solaire
Les données du texte source permettent de calculer plusieurs indicateurs absents de l’article d’origine. Ils aident à sortir du discours politique.
Première métrique : le coût par panneau installé. Avec 36 000 millions de pesos colombiens pour 2 494 panneaux, on obtient environ 14,43 millions de pesos par panneau. Cette valeur agrège l’ensemble du projet, pas seulement le matériel : installation, raccordement, logistique, ingénierie et probablement accompagnement local compris.
Deuxième métrique : la production annuelle moyenne par panneau. En divisant 1 870 MWh par 2 494 panneaux, on arrive à environ 0,75 MWh par panneau et par an, soit près de 750 kWh annuels par panneau.
Troisième métrique : le coût d’investissement rapporté à l’énergie produite sur la durée de vie théorique. En prenant 1 870 MWh par an sur 25 ans, le volume total atteint 46 750 MWh. Rapporté aux 36 000 millions de pesos investis, cela représente environ 770 053 pesos par MWh sur la durée de vie, soit environ 770 pesos par kWh. Ce n’est pas un coût complet actualisé de l’électricité, mais c’est déjà un indicateur utile pour comparer l’ordre de grandeur de l’investissement initial.
Quatrième métrique : le bénéfice moyen par habitant. Avec plus de 4 300 bénéficiaires pour 1 870 MWh par an, on obtient environ 435 kWh par habitant et par an. Pour des communautés mal desservies, ce n’est pas marginal.
Ces calculs montrent une chose : le projet est modeste à l’échelle d’un réseau national, mais tangible à l’échelle d’un territoire. Et c’est précisément là que le gouvernement veut déplacer la bataille de récit.
Les communautés énergétiques donnent une autre échelle au discours officiel
Le texte source ne se limite pas au cas du Cesar. Il affirme que la Colombie compte désormais 848 communautés énergétiques, pour 567 558 bénéficiaires, 42 200 usagers, une puissance installée de 29,68 MWp et un investissement cumulé de 382 913 millions de pesos colombiens.
Là encore, quelques ratios éclairent mieux l’ampleur du programme.
D’abord, la puissance moyenne par communauté s’élève à environ 35 kWp en divisant 29,68 MWp par 848 projets. Ensuite, l’investissement moyen par communauté ressort à environ 451,5 millions de pesos. Enfin, le programme représente environ 675 pesos investis par bénéficiaire si l’on raisonne en millions de pesos rapportés au nombre total de personnes concernées, soit environ 674 622 pesos par bénéficiaire.
Autre calcul intéressant : les 2 494 panneaux de Becerril et Curumaní pèsent à eux seuls près de 5,3 % du volume d’investissement cumulé national des communautés énergétiques si l’on compare leurs 36 000 millions de pesos aux 382 913 millions de pesos annoncés dans le bilan global. Pour un seul projet territorial, c’est loin d’être négligeable.
Mon opinion ici est nette : ces chiffres racontent une politique publique de maillage local plus qu’une transformation industrielle massive. C’est utile pour l’inclusion énergétique. C’est insuffisant si l’objectif est de remplacer rapidement des volumes fossiles importants sans filet.
Le vrai nœud du dossier, c’est l’approvisionnement en gaz à partir de fin 2026
Les défenseurs d’une ouverture au fracking insistent sur un argument simple : la sécurité énergétique. Cet argument ne peut pas être balayé d’un revers de main, car les documents publics colombiens pointent eux-mêmes des tensions à venir.
Selon la UPME, dans ses projections de demande de gaz naturel 2026-2042 publiées fin février 2026, la demande nationale hors secteur électrique passerait de 750 GBTUD en 2025 à 779 GBTUD en 2032, puis 789 GBTUD en 2042 dans le scénario central. La croissance n’est pas explosive, mais elle reste orientée à la hausse. ([upme.gov.co](https://www.upme.gov.co/simec/planeacion-energetica/proyeccion-de-demanda-v2/))
Surtout, selon le projet de plan d’approvisionnement en gaz naturel de l’UPME, la Colombie pourrait avoir besoin de capacités additionnelles d’importation de gaz dès la fin de 2026, pour une durée d’au moins trois mois dans le scénario de faible offre. Le document évoque des besoins supplémentaires de l’ordre de 300 MPCD. Dans un scénario d’offre plus favorable, le déficit serait repoussé vers 2030, autour de 100 MPCD. Et même dans un scénario haut, l’UPME considère que des alternatives d’importation resteraient nécessaires à moyen terme pour des raisons de fiabilité. ([www1.upme.gov.co](https://www1.upme.gov.co/sipg/Publicaciones_SIPG/Documento_Borrador_Plan_Abastecimiento_GasNatural_2023-2038.pdf))
Voilà le vrai point de tension. Interdire le fracking ne supprime pas la question du gaz. Cela oblige simplement l’État à la traiter autrement : plus d’importation, plus d’infrastructures, plus de pilotage réseau, et probablement plus de coûts exposés aux marchés mondiaux.
La transition colombienne avance, mais elle reste encore largement fossile
Le gouvernement mise sur le solaire distribué et les communautés énergétiques, mais le système énergétique colombien ne s’est pas encore détaché des hydrocarbures. Selon l’Agence internationale de l’énergie, plus de 75 % de la demande totale d’énergie de la Colombie en 2024 était encore couverte par des combustibles fossiles. Le pétrole représentait à lui seul plus de 40 %, devant le gaz naturel et le charbon. L’électricité ne comptait que pour 18 % de la consommation finale. ([iea.org](https://www.iea.org/reports/an-energy-sector-roadmap-to-net-zero-emissions-in-colombia/executive-summary))
L’AIE ajoute que la demande énergétique du pays a presque doublé entre 2000 et 2024 et que les émissions liées à l’énergie ont augmenté de plus de 50 % sur la même période. L’agence estime aussi qu’en l’absence d’investissements majeurs dans de nouveaux développements, le poids économique des hydrocarbures colombiens devrait de toute façon décliner. En parallèle, l’investissement dans les énergies propres devrait dépasser celui des fossiles pour la première fois en 2025 dans son scénario prospectif. ([iea.org](https://www.iea.org/reports/an-energy-sector-roadmap-to-net-zero-emissions-in-colombia/executive-summary))
Le constat est brutal mais utile : la Colombie veut sortir du fracking alors qu’elle n’est pas sortie des fossiles. C’est une différence majeure. La décision est défendable sur le plan environnemental, mais elle exige une exécution industrielle beaucoup plus solide qu’un simple récit de transition.
Le taux de change actuel permet de lire autrement les montants avancés
Le texte source ne donne que des montants en pesos colombiens. Pour un lecteur européen, un repère en euro aide. En revanche, aucune donnée en dollars n’apparaît dans la source, donc aucune conversion USD→EUR n’est nécessaire dans le corps de l’article. Le taux de référence reste néanmoins utile pour le contexte financier : selon la Banque centrale européenne, au 10 juillet 2026, 1 euro = 1,1430 dollar, soit environ 1 dollar = 0,87 €. ([ecb.europa.eu](https://www.ecb.europa.eu/stats/policy_and_exchange_rates/euro_reference_exchange_rates/html/index.en.html?utm_source=openai))
À partir des montants en pesos du texte source, on peut au moins souligner l’ordre de grandeur des projets publics. Les 36 000 millions de pesos investis dans Becerril et Curumaní ne relèvent pas d’une expérimentation symbolique. De même, les 382 913 millions de pesos cumulés pour les communautés énergétiques montrent que la politique a déjà une assise budgétaire visible, même si elle reste encore modeste face aux besoins d’un système énergétique national.
Ce que l’article d’origine ne disait pas clairement
Plusieurs éléments manquaient dans la version initiale et changent pourtant la lecture du dossier.
Premier élément nouveau : selon l’UPME, la pression sur l’approvisionnement en gaz pourrait apparaître dès la fin de 2026. Le débat n’est donc pas théorique. ([www1.upme.gov.co](https://www1.upme.gov.co/sipg/Publicaciones_SIPG/Documento_Borrador_Plan_Abastecimiento_GasNatural_2023-2038.pdf))
Deuxième élément nouveau : selon l’UPME, la demande hors électricité resterait orientée à la hausse jusqu’en 2042, même dans le scénario central. ([upme.gov.co](https://www.upme.gov.co/simec/planeacion-energetica/proyeccion-de-demanda-v2/))
Troisième élément nouveau : selon le ministère de l’Environnement, un puits de fracking peut nécessiter jusqu’à 44 millions de litres d’eau, ce qui donne une mesure concrète de la pression hydrique potentielle. ([minambiente.gov.co](https://www.minambiente.gov.co/radicado-proyecto-de-ley-que-prohibe-el-fracking-en-colombia/))
Quatrième élément nouveau : selon l’AIE, plus des trois quarts de la demande énergétique colombienne restaient fossiles en 2024. Le pays n’aborde donc pas cette interdiction depuis une base déjà décarbonée. ([iea.org](https://www.iea.org/reports/an-energy-sector-roadmap-to-net-zero-emissions-in-colombia/executive-summary))
Cinquième élément nouveau : les calculs dérivés montrent que le projet solaire de Becerril et Curumaní représente environ 750 kWh par panneau et par an, et un coût initial d’environ 770 pesos par kWh produit sur 25 ans, hors actualisation et exploitation.
Sixième élément nouveau : les 848 communautés énergétiques affichent en moyenne environ 35 kWp par projet. On parle donc d’un maillage fin du territoire, pas d’un basculement massif par quelques centrales géantes.
Septième élément nouveau : l’UPME envisage aussi des infrastructures d’importation lourdes, dont une installation de regazéification sur le Pacifique avec une capacité d’au moins 400 MPCD et un stockage d’au moins 170 000 m³ de GNL. Cela montre que la réponse à l’après-fracking pourrait passer autant par le GNL que par le solaire distribué. ([www1.upme.gov.co](https://www1.upme.gov.co/sipg/Publicaciones_SIPG/Documento_Borrador_Plan_Abastecimiento_GasNatural_2023-2038.pdf))
Un seul lien d’autorité
Pour consulter la position officielle la plus directement liée à l’interdiction du fracking, la source d’autorité la plus pertinente reste la publication du ministère colombien de l’Environnement : https://www.minambiente.gov.co/radicado-proyecto-de-ley-que-prohibe-el-fracking-en-colombia/.
Mon avis :
Avis d’expert : la ligne est cohérente sur le plan climatique et territorial ; l’exemple des 2 494 panneaux solaires pour 4 300 habitants matérialise enfin la transition. Mais l’argumentaire reste fragile sans réponse crédible au risque d’approvisionnement gazier : interdire est simple, sécuriser le système l’est beaucoup moins.





