28,72 MW, 41 000 panneaux, 32 600 MWh par an et 6 000 tonnes de CO2 évitées: ISE Energía met en service pour Asturiana de Zinc la plus grande centrale photovoltaïque d’autoconsommation d’Espagne, sur un ancien site de déchets à Salinas, en Asturies.
La plus grande centrale photovoltaïque d’autoconsommation d’Espagne tourne désormais en Asturies
Asturiana de Zinc, filiale du groupe Glencore, a mis en service à Salinas, dans les Asturies, une centrale photovoltaïque d’autoconsommation de 28,72 MW développée par ISE Energía. Le projet est implanté sur les anciennes lagunes de déchets d’El Espartal, un site contraint qui impose des choix techniques précis. Selon ISE Energía, le chantier a démarré en novembre 2024 et l’installation a bouclé l’ingénierie, la construction, le commissioning et la mise en service.
Le gabarit du projet place directement l’installation hors norme pour le marché espagnol de l’autoconsommation. La centrale aligne environ 41 000 panneaux sur une emprise équivalente à 25 terrains de football, avec une production attendue de 32 600 MWh par an. Selon les données communiquées par le projet source, cette production doit éviter 6 000 tonnes de CO2 par an et couvrir environ 1,6 % de la consommation électrique du site de San Juan de Nieva.
Le point clé est ailleurs : à cette échelle, l’autoconsommation cesse d’être un simple outil d’optimisation énergétique. Elle devient un levier industriel. Dans le cas d’Asturiana de Zinc, on parle d’un site métallurgique parmi les plus électro-intensifs du pays, déjà engagé dans une stratégie d’approvisionnement bas carbone.
Un projet dimensionné pour un site industriel très énergivore
La production annuelle annoncée, soit 32 600 MWh, permet déjà de tirer deux indicateurs absents de la source initiale. D’abord, le rendement ramené à la puissance installée atteint environ 1 135 MWh par MW et par an. Ensuite, chaque panneau représente en moyenne près de 795 kWh produits par an, à partir des 41 000 modules annoncés. Ces deux métriques montrent un projet cohérent avec une installation industrielle située dans le nord de l’Espagne, donc moins favorisée en irradiation que l’Andalousie ou l’Estrémadure.
La réduction carbone annoncée permet aussi de calculer un troisième ratio utile : l’installation évite environ 184 kg de CO2 par MWh produit. Ce n’est pas un chiffre théorique sans intérêt. Il donne un ordre de grandeur concret de la valeur climatique du projet dans un mix électrique déjà largement décarboné par rapport à d’autres pays européens.
Autre lecture utile : selon UNEF, l’Espagne totalisait 9,3 GW d’autoconsommation photovoltaïque installée au 29 janvier 2026. À elle seule, la centrale asturienne représente donc environ 0,31 % de ce parc national. Pour une seule installation derrière compteur, la part est élevée. Cela confirme le statut exceptionnel du projet dans le segment industriel.
Une réponse technique à un terrain compliqué et à des vents à 140 km/h
Le site d’El Espartal n’avait rien d’un terrain simple. La zone subit des rafales de nord-est pouvant atteindre 140 km/h, selon la description du projet. Dans ce contexte, le choix d’une structure lestée avec inclinaison spécifique n’est pas un détail d’ingénierie. C’est la condition de faisabilité.
Cette solution présente un double intérêt. D’un côté, elle améliore la tenue mécanique face aux charges de vent. De l’autre, elle évite les perforations dans un sol marqué par l’historique industriel du site. Pour une ancienne zone de stockage de déchets, cette approche est logique : moins d’intrusion dans le terrain, moins de risques géotechniques, moins de complexité réglementaire et opérationnelle. Sur ce point, le projet montre une chose simple : la réutilisation de friches industrielles pour le solaire n’est pertinente que si l’ingénierie s’adapte au passif du site.
La centrale a en outre été énergisée puis synchronisée avec le réseau électrique interne d’Asturiana de Zinc. Cela confirme une logique d’autoconsommation réelle, directement adossée à la demande du site industriel, et non une simple centrale photovoltaïque voisine avec injection majoritaire sur le réseau public.
Ce que la centrale change vraiment pour Asturiana de Zinc
Pris isolément, 1,6 % de couverture de la consommation du site peut sembler modeste. C’est pourtant une erreur de lecture fréquente. Sur un site aussi énergivore, déplacer même une faible fraction de la demande vers une production captive et renouvelable a un effet industriel réel : baisse partielle de l’exposition au marché, meilleure prévisibilité des coûts, et signal concret envoyé aux clients et aux financeurs sur la trajectoire de décarbonation.
Le site de San Juan de Nieva s’inscrit d’ailleurs dans une stratégie énergétique plus large. Selon EDP, un accord signé avec Asturiana de Zinc prévoit la fourniture de 237 GWh par an d’électricité issue de parcs éoliens d’EDP Renováveis pendant 19 ans. Rapportée à ce volume, la nouvelle production photovoltaïque de 32,6 GWh représente environ 13,8 % de cet approvisionnement annuel sous contrat. Autrement dit, la centrale solaire ne remplace pas les autres briques du mix bas carbone du site ; elle les complète.
Cette combinaison est la bonne approche. Pour un industriel lourd, l’autoconsommation seule ne suffit pas. Elle réduit une partie du risque, mais elle doit s’additionner à des PPA, à l’optimisation des procédés, à l’efficacité énergétique et, à terme, au stockage ou à d’autres flexibilités.
Le marché espagnol de l’autoconsommation ralentit, mais l’industrie tient le rythme
Le lancement de cette centrale intervient dans un marché moins euphorique qu’en 2022 ou 2023. Selon UNEF, l’Espagne a installé 1 139 MW d’autoconsommation en 2025, soit 3,7 % de moins qu’en 2024. Le parc cumulé a atteint 9,3 GW. Toujours selon UNEF, l’industrie a ajouté 679 MW en 2025, en légère hausse de 0,7 % par rapport à 2024, alors que le résidentiel et le commercial ralentissent davantage.
Le message est clair : le marché domestique s’essouffle plus vite que le segment industriel. Ce n’est pas surprenant. Quand les aides fiscales baissent et que la valeur des surplus devient moins attractive, les petits projets reportent les décisions. L’industrie, elle, regarde d’abord le coût complet de l’énergie, la sécurité d’approvisionnement et la compétitivité export. Le calcul reste favorable pour les grands consommateurs.
APPA Renovables dresse un constat voisin, avec une base de données légèrement différente : 1 214 MW installés en 2025 et 9 590 MW cumulés, pour une contribution équivalente à 4,1 % de la demande électrique nationale. L’association estime aussi que 10 550 GWh d’électricité d’autoconsommation ont été effectivement valorisés en 2025, tandis que 2 183 GWh supplémentaires n’ont pas été exploités à cause de limites de réseau et de restrictions opérationnelles. Selon APPA, cette énergie perdue représenterait environ 82 millions d’euros.
À ce stade, mon avis est simple : le vrai frein n’est plus la technologie photovoltaïque. Le verrou se déplace vers le réseau, la valorisation des surplus et l’intégration du stockage.
Un projet plus grand que les références récentes de l’autoconsommation industrielle
Le qualificatif de “plus grande centrale d’autoconsommation photovoltaïque d’Espagne” mérite d’être remis en perspective par des comparaisons chiffrées. C’est là que le projet prend du relief.
Selon Prosolia, la centrale photovoltaïque sur toiture développée pour Stellantis à Vigo affiche 18,3 MWp pour une production annuelle attendue de 22,7 GWh et environ 15 % de la consommation électrique du processus de production du site. Face à cette référence, le projet d’Asturiana de Zinc affiche une puissance supérieure d’environ 56,9 %. L’écart de production annuelle atteint, lui, près de 43,6 %.
Autre comparaison utile : selon Quantica, l’ensemble de ses opérations d’autoconsommation structurées sous contrat a représenté 19,6 MW vendus en 2025. La seule centrale d’Asturiana de Zinc dépasse donc ce volume annuel d’environ 46,5 %. Cela donne une idée de l’échelle du dossier.
Ces comparaisons montrent que le projet asturien ne se contente pas de prendre la première place symbolique. Il agrandit franchement le plafond de puissance du marché espagnol de l’autoconsommation industrielle.
Réemploi d’une friche : l’un des points les plus solides du dossier
Le choix d’implanter la centrale sur les anciennes lagunes de déchets d’El Espartal est probablement l’aspect le plus convaincant du projet. Trop de centrales solaires consomment encore du foncier qui pourrait servir à d’autres usages. Ici, le photovoltaïque s’insère sur un terrain déjà marqué par l’activité industrielle.
Ce recyclage foncier améliore la lecture du projet sur trois plans. D’abord, il limite la pression sur des sols vierges. Ensuite, il redonne une utilité économique à une zone dégradée. Enfin, il renforce l’acceptabilité locale, à condition que le suivi environnemental soit à la hauteur. Pour un industriel historique comme Asturiana de Zinc, ce type d’opération compte autant que la puissance installée : il montre une capacité à transformer une contrainte patrimoniale en actif énergétique.
Le poids local du site et la logique industrielle derrière l’investissement
Le projet photovoltaïque s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation du complexe de San Juan de Nieva. La source fournie mentionne de nouveaux entrepôts couverts aux quais de Raíces ainsi qu’un investissement autour de la nef E d’électrolyse. Le solaire n’est donc pas un geste isolé. Il accompagne une mise à niveau industrielle.
Les comptes annuels 2024 d’Asturiana de Zinc indiquent par ailleurs une production de 516 216 tonnes de zinc vendable sur le site de San Juan de Nieva. À cette échelle, toute baisse du coût énergétique unitaire a un impact direct sur la compétitivité. L’électricité pèse trop lourd dans la métallurgie du zinc pour être traitée comme un simple poste variable.
Selon des sources relayées en 2025, le coût de l’électricité a d’ailleurs pesé sur la performance industrielle récente du site. La mise en service de la centrale photovoltaïque ne change pas toute l’équation, mais elle réduit une partie de cette dépendance. C’est peu spectaculaire à l’échelle du mix total, mais c’est rationnel.
Stockage, réseau, surplus : les prochains sujets que ce type de projet devra affronter
Le projet d’Asturiana de Zinc prouve que les très grandes installations derrière compteur avancent en Espagne. Il montre aussi leurs limites futures. Sans stockage, sans plus de flexibilité tarifaire et sans cadre plus efficace pour la gestion des surplus, une partie de la valeur de ces actifs reste sous-exploitée.
Selon APPA Renovables, le stockage derrière compteur a atteint 339 MWh installés en 2025, soit une hausse de 119 % sur un an. Selon UNEF, l’intérêt pour ces solutions a nettement progressé après la panne majeure d’avril 2025. Le signal est net : l’autoconsommation industrielle entre dans une deuxième phase, où produire localement ne suffit plus. Il faut aussi piloter, décaler et valoriser mieux.
Dans ce contexte, la centrale asturienne sert de cas d’école. Elle montre ce que le solaire peut déjà faire pour un grand site électro-intensif. Elle montre aussi ce qu’il ne peut pas encore faire seul.
Données clés à retenir
Selon ISE Energía et la source d’origine du projet, la centrale d’Asturiana de Zinc affiche 28,72 MW, environ 41 000 panneaux, une production attendue de 32 600 MWh/an, une économie de 6 000 tCO2/an et une couverture de 1,6 % de la consommation du site.
Selon UNEF, l’autoconsommation photovoltaïque en Espagne atteignait 9,3 GW fin janvier 2026, avec 1 139 MW installés en 2025, dont 679 MW dans l’industrie.
Selon APPA Renovables, le parc cumulé atteignait 9 590 MW en 2025, pour 10 550 GWh valorisés, 2 183 GWh non exploités et 339 MWh de stockage derrière compteur installés.
Selon EDP, le site de San Juan de Nieva bénéficie en parallèle d’un contrat de fourniture de 237 GWh/an d’électricité éolienne pendant 19 ans.
Pour consulter la référence institutionnelle sur le marché espagnol de l’autoconsommation, voir le site de UNEF : https://www.unef.es/es/comunicacion/comunicacion-post/el-autoconsumo-fotovoltaico-en-espana-alcanza-los-9-3-gw-instalados
Mon avis :
Projet industriel solide : 28,72 MW, 41 000 panneaux et 32 600 MWh/an sur une friche montrent un vrai savoir-faire d’intégration. Mon avis est positif mais sans naïveté : couvrir seulement 1,6 % de la consommation d’AZSA rappelle que, pour l’industrie électro-intensive, le solaire d’autoconsommation reste un levier utile, pas une solution suffisante.





