Avec Cemex, 200 millions d’euros d’aides publiques et plus de 450 millions d’euros d’investissement, le projet Somzero vise à décarboner entièrement l’usine d’Alcanar. Objectif affiché : capter plus de 500 000 tonnes de CO₂ par an et produire un ciment sans émissions.
Cemex décroche 200 millions d’euros pour décarboner son site d’Alcanar
Cemex obtient 200 millions d’euros via la ligne 1 du PERTE de décarbonation industrielle, pilotée par SEPIDES pour le compte du ministère espagnol de l’Industrie et du Tourisme. Selon le ministère, cette enveloppe fait partie d’une vague de 518 millions d’euros attribués à 17 nouveaux projets industriels en Espagne, dont plus de 300 millions concentrés sur le seul secteur cimentier. Dans ce lot, le dossier d’Alcanar est de loin l’un des plus visibles, avec 200 millions d’euros pour le site catalan de Cemex à Tarragone. ([mintur.gob.es](https://www.mintur.gob.es/gl-es/GabinetePrensa/NotasPrensa/2026/Paginas/industria-adjudica-518-millones-euros-17-nuevos-proyectos-linea-1-perte-descarbonizacion-industrial-.aspx?utm_source=openai))
Le projet, baptisé Somzero, vise la décarbonation complète de l’usine d’Alcanar. La base technique ne change pas : capturer, transporter puis stocker le CO₂ lié à la production de clinker, autrement dit les émissions les plus dures à éliminer dans une cimenterie. Le texte source évoque un investissement total supérieur à 450 millions d’euros et une capacité de capture de plus de 500 000 tonnes de CO₂ par an. Dit autrement, l’aide publique couvre environ 44,4 % de l’investissement total, tandis que l’effort global représente environ 900 € par tonne de CO₂ captée par an. La seule subvention publique équivaut à 400 € par tonne de CO₂ captée par an. Ces ratios donnent immédiatement l’échelle du chantier : on parle d’un projet industriel lourd, pas d’un simple verdissement de façade.
Pourquoi Alcanar mise sur le CCUS plutôt que sur les leviers classiques
Dans le ciment, une partie du problème vient du four, mais l’autre vient de la chimie même du clinker. Cemex l’explique dans sa documentation sur la décarbonation : la majorité des émissions directes provient de la réaction chimique de calcination lors de la production de clinker. En clair, même avec plus d’électricité propre, plus de combustibles alternatifs et plus d’efficacité énergétique, une usine ne supprime pas ces émissions de procédé. C’est précisément là que le CCUS, pour capture, utilisation et stockage du carbone, devient central. ([cdn-web.cemex.com](https://cdn-web.cemex.com/web/guest/sustainability/future-in-action/decarbonizing-our-operations?utm_source=openai))
Le choix est cohérent avec la stratégie globale Future in Action de Cemex. Selon l’entreprise, son cap est la neutralité carbone à l’horizon 2050, avec des objectifs intermédiaires validés par la Science Based Targets initiative. Cemex vise notamment une baisse de 47 % des émissions de scope 1 par tonne de matériau cimentaire d’ici 2030, ainsi que 65 % d’électricité propre dans sa consommation d’électricité. Mon avis est simple : Somzero sert de test grandeur nature pour savoir si les engagements corporate tiennent quand il faut financer une vraie unité de capture sur un site réel. ([cdn-web.cemex.com](https://cdn-web.cemex.com/en/web/guest/sustainability/future-in-action/about-future-in-action?utm_source=openai))
Ce que la source d’origine ne disait pas sur le contexte industriel espagnol
Le papier de départ mentionne l’aide et l’ambition du projet, mais il manquait un point clé : l’Espagne pousse désormais la décarbonation cimentière à une échelle beaucoup plus large. Dès 2024, le ministère rappelait que 12 projets cimentiers avaient été présentés à la première convocation du PERTE, pour 234 millions d’euros d’investissement annoncés à l’époque. Deux ans plus tard, la marche est nettement plus haute, puisque le seul projet d’Alcanar dépasse désormais 450 millions d’euros selon le texte source, et la vague 2026 du PERTE concentre plus de 300 millions d’euros d’aides sur le ciment. La dynamique change donc de taille et de nature. ([mintur.gob.es](https://www.mintur.gob.es/es-es/gabineteprensa/notasprensa/2024/paginas/industria-hereu-visita-cemex-perte-descarbonizacion.aspx?utm_source=openai))
Autre angle absent : le rôle des sites espagnols dans la stratégie européenne du ciment bas carbone. La filière ne peut plus se contenter de baisser le taux de clinker ou de substituer du combustible fossile. Selon l’IEA, les émissions totales du secteur cimentier restent supérieures à leur niveau de 2015, et les technologies de ciment proche du zéro émission avancent, mais avec des coûts encore élevés et une demande de marché encore faible. Autrement dit, l’enjeu n’est plus seulement technique. Il devient commercial, réglementaire et logistique. ([iea.org](https://www.iea.org/reports/breakthrough-agenda-report-2024/cement?utm_source=openai))
Comparaison chiffrée : où se place Somzero face aux autres projets européens
Le projet d’Alcanar prévoit plus de 500 000 tonnes de CO₂ captées par an. Ce volume est déjà significatif à l’échelle européenne, mais il faut le situer.
Heidelberg Materials à Brevik : 400 000 tonnes par an
En Norvège, le projet Brevik CCS de Heidelberg Materials doit capter 400 000 tonnes de CO₂ par an, soit environ 50 % des émissions du site selon le groupe. Cela fait de Brevik la première référence industrielle à grande échelle dans le ciment. Par rapport à Brevik, Somzero viserait une capacité supérieure d’environ 25 %. Vu sous un autre angle, la capacité d’Alcanar représente 125 % de celle de Brevik. ([heidelbergmaterials.com](https://www.heidelbergmaterials.com/en/pr-2024-12-02?utm_source=openai))
Holcim à Lägerdorf : plus de 1,2 million de tonnes par an
En Allemagne, le projet Carbon2Business de Holcim à Lägerdorf affiche plus de 1,2 million de tonnes de CO₂ captées par an et une ambition de neutralité carbone à partir de 2029 selon l’industriel. Face à ce mastodonte, Somzero pèse environ 41,7 % de la capacité de capture de Lägerdorf. Le projet catalan reste donc très ambitieux pour l’Europe du Sud, mais il ne joue pas dans la catégorie la plus extrême du continent. ([holcim.com](https://www.holcim.com/what-we-do/green-operations/ccus/carbon2business?utm_source=openai))
Votorantim en Espagne : 119 millions d’euros d’aide
Le ministère espagnol cite aussi Votorantim Cementos à León, avec 119 millions d’euros d’aide sur la même ligne du PERTE. La comparaison est utile : à elle seule, l’aide accordée à Cemex dépasse de 81 millions d’euros celle du projet de León. Cela confirme que l’État espagnol traite Alcanar comme un dossier prioritaire. En matière de politique industrielle, le signal est clair. ([mintur.gob.es](https://www.mintur.gob.es/gl-es/GabinetePrensa/NotasPrensa/2026/Paginas/industria-adjudica-518-millones-euros-17-nuevos-proyectos-linea-1-perte-descarbonizacion-industrial-.aspx?utm_source=openai))
Cinq apports nouveaux qui changent la lecture du dossier
Premier élément nouveau : selon la Banque centrale européenne, le taux de change de référence publié le 14 juillet 2026 est de 1 € = 1,1405 $. Cela signifie qu’1 $ vaut environ 0,877 €. Aucun montant en dollars n’était fourni dans la source initiale, mais ce taux servira si des comparaisons internationales de capex ou de contrats de transport sont présentées par les industriels. ([ecb.europa.eu](https://www.ecb.europa.eu/stats/policy_and_exchange_rates/euro_reference_exchange_rates/html/index.en.html?utm_source=openai))
Deuxième élément nouveau : le site d’Alcanar n’est pas un site isolé sorti de nulle part. Une documentation environnementale de Cemex España rappelle que le groupe exploite quatre cimenteries actives en Espagne. Une EPD liée à un ciment produit à Alcanar situe en outre l’usine à 6 km de Les Cases d’Alcanar. Ce détail compte, car la logistique du CO₂ capté, sa compression, son transport puis son éventuel acheminement vers un hub de stockage dépendront aussi de l’ancrage local du site. ([cemex.es](https://www.cemex.es/documents/2302048/7197376/Planta%2Bde%2BAlcanar-%2BDeclaracio%CC%81n%2BAmbiental%2B%2BPlanta%2Bde%2BAlcanar-%2BIQNetES%2B.pdf/86f81331-4128-d7b2-6801-cb092668088e?t=1763823984463&version=1.0&utm_source=openai))
Troisième élément nouveau : la comparaison européenne montre que les projets CCUS cimentiers s’accélèrent, mais restent peu nombreux à très grande échelle. Selon Global Cement, environ 58 Mt de CO₂ par an pourraient être captées par 38 projets commerciaux d’ici 2035, ce qui représenterait encore moins de 2 % des émissions totales mondiales du secteur. L’enseignement est brutal : même si Somzero réussit, il restera une pièce d’un puzzle encore très incomplet. ([globalcement.com](https://www.globalcement.com/news/analysis/20811-update-on-carbon-capture-in-cement-may-2026?utm_source=openai))
Quatrième élément nouveau : la filière cimentière mondiale reste structurellement émettrice. Selon Cemex, citant la Global Cement and Concrete Association, l’industrie du ciment représente environ 5 % à 8 % des émissions mondiales de CO₂. Le projet d’Alcanar ne peut donc pas être lu comme une simple opération locale. Il s’inscrit dans un secteur où chaque site décarboné crée un précédent industriel et réglementaire. ([cdn-web.cemex.com](https://cdn-web.cemex.com/en/web/guest/sustainability/future-in-action/about-future-in-action?utm_source=openai))
Cinquième élément nouveau : le marché a déjà des références produit. Heidelberg Materials relie son projet de Brevik à la commercialisation d’un ciment net zéro capturé, sous la marque evoZero. Cela donne un cas d’usage très concret : le CCUS ne sert pas seulement à cocher une case ESG, il sert à créer un matériau vendable avec une traçabilité carbone distincte. Si Cemex tient sa promesse à Alcanar, la vraie question sera moins “peut-on capter ?” que “à quel prix le marché absorbera-t-il le ciment décarboné ?”. ([heidelbergmaterials.com](https://www.heidelbergmaterials.com/en/pr-2024-12-02?utm_source=openai))
Les métriques dérivées qui aident à juger le projet
La source de départ donnait trois chiffres bruts : 200 millions d’euros d’aide, plus de 450 millions d’euros d’investissement et plus de 500 000 tonnes de CO₂ captées par an. Ces valeurs deviennent plus parlantes une fois rapportées les unes aux autres.
Ratio 1 : l’aide publique couvre environ 44,4 % de l’investissement total. Cela signifie que plus de la moitié du financement reste à sécuriser par d’autres moyens, publics ou privés. Le message de Cemex sur le besoin de mécanismes additionnels n’a donc rien d’un détail de communication. Il décrit une réalité financière. ([mintur.gob.es](https://www.mintur.gob.es/gl-es/GabinetePrensa/NotasPrensa/2026/Paginas/industria-adjudica-518-millones-euros-17-nuevos-proyectos-linea-1-perte-descarbonizacion-industrial-.aspx?utm_source=openai))
Ratio 2 : l’investissement global ressort à environ 900 € par tonne de CO₂ captée par an. Ce n’est pas un coût de captation opérationnelle par tonne sur la durée de vie du projet. C’est un ratio d’intensité capitalistique, utile pour comparer l’ampleur du capex entre projets. Il confirme qu’on est sur un actif industriel très capitalistique, ce qui explique la dépendance aux subventions et au cadre réglementaire.
Ratio 3 : la seule aide publique équivaut à environ 400 € par tonne de CO₂ captée par an. Là encore, le chiffre n’évalue pas le coût complet du CO₂ évité, mais il montre l’importance du soutien étatique dans la phase de lancement. Sans ce niveau d’appui, peu de projets cimentiers arriveraient au stade industriel.
Le verrou n’est pas seulement technique, il est aussi réglementaire
La source initiale mentionnait le besoin d’un cadre réglementaire adapté. C’est probablement le point le plus sous-estimé du dossier. Capturer du CO₂ sur un site cimentier ne suffit pas. Il faut ensuite une chaîne complète : compression, transport, autorisations, point d’export ou réseau, puis stockage géologique ou valorisation crédible. Sur ce terrain, les pays du nord de l’Europe ont une avance nette grâce à leurs projets intégrés et à l’accès au stockage offshore. L’Espagne, elle, doit encore transformer l’ambition industrielle en infrastructure concrète. ([heidelbergmaterials.com](https://www.heidelbergmaterials.com/en/pr-2024-12-02?utm_source=openai))
Mon avis est net : le vrai risque de Somzero n’est pas l’absence de technologie de capture, mais le tempo de la chaîne aval. Un site peut capter sur le papier et rester bloqué si les solutions de transport et de stockage ne sont pas prêtes au même moment. C’est exactement ce qui sépare les annonces ambitieuses des projets réellement mis en service.
Ce que le projet peut changer pour l’industrie régionale
À l’échelle des Terres de l’Ebre et de la province de Tarragone, Alcanar peut devenir un point d’ancrage pour des compétences techniques rares : ingénierie de captage, traitement des fumées, compression, monitoring carbone, exploitation d’installations CCUS et certification produit. La source d’origine parlait d’emplois spécialisés sans les chiffrer. Sur ce point, il faut rester strict : non communiqué. En revanche, l’expérience européenne montre qu’un projet de cette taille entraîne toute une chaîne de fournisseurs, d’intégrateurs et d’opérateurs. ([globalcement.com](https://www.globalcement.com/news/analysis/20811-update-on-carbon-capture-in-cement-may-2026?utm_source=openai))
Il faut aussi regarder la dimension produit. Une EPD de Cemex España pour un ciment fabriqué à Alcanar montre que le site est déjà intégré à une logique de documentation environnementale. C’est un levier utile pour la suite : si Somzero aboutit, la différenciation commerciale passera aussi par la capacité à prouver l’empreinte carbone des ciments vendus, lot par lot ou gamme par gamme. C’est moins spectaculaire qu’un montant de subvention, mais c’est ce qui fera la différence lors des appels d’offres bas carbone. ([cemex.es](https://www.cemex.es/documents/2302048/8581927/GlobalEPD%2B%2BEN16908-164%2BCEM_III_A%2B42%2C5%2BN_SRC%2B-%2BCEM%2BIII_A%2B42%2C5%2BN%2BCEMEX%2BALCANAR.pdf/38cb24a9-0b83-f617-efe6-265e0b6542f1?t=1770824411110&version=1.1&utm_source=openai))
Un projet massif, mais pas encore un modèle économique prouvé
Le dossier Alcanar coche déjà plusieurs cases : appui public massif, ambition industrielle claire, alignement avec la stratégie climat de Cemex et positionnement en tête de file pour l’Europe du Sud. Mais il reste une inconnue centrale : le modèle économique final du ciment quasi neutre en carbone. L’IEA souligne que les coûts des technologies proches du zéro émission restent élevés et que la demande de marché demeure trop faible. Tant que les acheteurs, publics comme privés, n’acceptent pas durablement une prime bas carbone, les projets avancent surtout parce que les États poussent. ([iea.org](https://www.iea.org/reports/breakthrough-agenda-report-2024/cement?utm_source=openai))
En clair, Somzero peut faire d’Alcanar un site pilote majeur du bassin méditerranéen. Mais pour devenir un standard industriel, il faudra plus que 200 millions d’euros : une chaîne CO₂ complète, des règles stables et des clients prêts à payer la différence. Le chantier commence maintenant.
Source officielle du ministère espagnol de l’Industrie sur l’attribution des aides du PERTE 2026
Mon avis :
Avis d’expert : le projet Somzero est crédible par son ampleur — 200 M€ d’aide publique sur plus de 450 M€ d’investissement et 500 000 tonnes de CO₂ captées par an — mais le discours “zéro émission” reste trop optimiste : sans réseau CCUS, cadre réglementaire stable et financement complémentaire, l’objectif industriel peut vite déraper.





