Testée auprès d’un nombre limité d’utilisateurs iPhone aux États-Unis, HBO Max déploie « Shorts », un flux vertical propulsé par l’IA pour extraire, personnaliser et recommander des scènes issues de milliers d’heures de contenus. Warner Bros. Discovery cible d’abord l’iPhone, avant une extension à d’autres appareils et marchés.
Warner Bros. Discovery pousse le scroll vertical dans HBO Max
Warner Bros. Discovery teste une nouvelle brique produit baptisée HBO Max Shorts auprès d’un nombre limité d’utilisateurs iPhone aux États-Unis. Le principe est simple : afficher des extraits courts, en format vertical, dans un flux scrollable pensé pour accélérer la découverte de contenus. La promesse officielle est claire : faire remonter des scènes fortes du catalogue et permettre, en un tap, de lancer le programme complet ou de l’ajouter à la liste personnelle.
La base technologique est plus intéressante que le format lui-même. Selon le groupe, l’outil repose sur une IA développée en interne, capable d’exploiter des métadonnées au niveau de la scène pour parcourir des milliers d’heures de programmes et proposer les passages jugés les plus efficaces pour la découverte. Le tri final ne revient toutefois pas à l’algorithme seul : des éditeurs humains valident les extraits retenus et supervisent leur adaptation en vidéo verticale. Autrement dit, HBO Max industrialise la recommandation visuelle, mais garde une couche éditoriale pour limiter les erreurs les plus évidentes.
Le vrai sujet n’est donc pas la simple apparition de clips. Le vrai sujet, c’est la façon dont une plateforme premium essaie de transformer son immense catalogue en interface mobile plus agressive, plus rapide et plus proche des codes imposés par les réseaux sociaux. Sur ce point, Warner Bros. Discovery ne suit pas une mode : il rattrape un mouvement déjà bien installé chez les concurrents.
Le point que la source d’origine laisse de côté : ce test arrive dans une bataille produit déjà avancée
Le papier d’origine se concentre sur le côté irritant du format vertical. C’est un angle défendable. Mais il manque l’essentiel : Netflix a déjà structuré cette logique dans son app mobile, et pas à l’état de brouillon. Selon Netflix, son nouveau flux vertical “Clips” a été présenté le 30 avril 2026 comme un outil mobile de découverte personnalisé, pensé pour les “moments intermédiaires” de la journée. La société précise que cette nouvelle expérience mobile était disponible au lancement dans plusieurs marchés, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada, l’Inde, la Malaisie, le Pakistan, les Philippines et l’Afrique du Sud.
Netflix est même allé plus loin dès le 14 juillet 2026 : l’entreprise indique que ce nouveau design mobile était alors aussi disponible en France, au Brésil, en Allemagne, en Corée et au Mexique. En clair, là où HBO Max n’en est qu’à un test limité sur iPhone aux États-Unis, Netflix a déjà commencé un déploiement international, y compris sur le marché français. Cette différence change la lecture du dossier : Warner Bros. Discovery n’invente pas une nouvelle interface, il tente d’éviter un retard d’usage sur mobile.
Autre point absent de la source initiale : Netflix ne découvre pas ce terrain en 2026. Le groupe avait déjà lancé “Fast Laughs” sur iPhone en 2021, un flux plein écran de clips comiques avec ajout à la liste, lecture immédiate et partage. Le produit actuel “Clips” apparaît donc comme une évolution d’une stratégie testée sur plusieurs années. Face à cela, HBO Max Shorts ressemble moins à une offensive qu’à une mise à niveau tardive.
Ce que HBO Max Shorts change concrètement dans l’expérience mobile
Sur le plan fonctionnel, la nouveauté n’est pas spectaculaire, mais elle est cohérente. Le flux de shorts sert d’entrée alternative dans le catalogue. Au lieu de partir d’une fiche programme, d’un moteur de recherche ou d’une rangée éditoriale, l’utilisateur démarre par une scène. Si cette scène fonctionne, il bifurque vers le contenu long. C’est une logique de conversion, pas de visionnage autonome.
Le groupe précise aussi que les extraits sont personnalisés à partir de l’historique de visionnage. Cela place ce module au croisement de trois couches : recommandation algorithmique, édition humaine et design d’interface mobile. La société ne communique pas la durée moyenne des clips, le taux de clic vers les contenus longs, ni la place exacte de cette fonctionnalité dans la navigation iPhone. Sur ces points, il faut donc écrire “non communiqué”.
Mon avis est simple : l’idée est moins absurde qu’elle en a l’air. Le format vertical n’améliore pas l’œuvre originale, mais il peut améliorer la découverte sur smartphone. C’est une logique produit froide, pas une logique cinéphile. Et les plateformes arbitrent désormais d’abord en fonction de la rétention et de l’activation.
L’IA n’écrit pas les extraits, elle automatise surtout la présélection
Le communiqué résumé dans la source d’origine peut donner l’impression d’un système très autonome. En pratique, le fonctionnement décrit est plus cadré. L’outil maison de Warner Bros. Discovery s’appuie sur des algorithmes de machine learning et sur des métadonnées scène par scène pour détecter des moments “forts” dans le catalogue. Ensuite, les équipes éditoriales choisissent les extraits qui représentent le mieux les histoires et les personnages. Cette nuance compte.
Elle compte pour deux raisons. D’abord, elle réduit le risque de montage incohérent ou de spoilers trop destructeurs, même si ce risque ne disparaît pas. Ensuite, elle montre que l’IA utilisée ici sert avant tout la productivité éditoriale. Le gain n’est pas de “créer” des contenus. Le gain est d’accélérer le repérage, le recadrage vertical et l’alimentation d’un flux à grande échelle.
Ce point rejoint d’autres initiatives récentes du groupe. Selon Warner Bros. Discovery, ses offres publicitaires “Scene-Level Moments” et certains nouveaux formats adtech s’appuient déjà sur une lecture contextuelle fine des scènes et des signaux contenus dans les programmes. Le fil conducteur est visible : l’entreprise investit dans l’analyse granulaire du contenu, autant pour la recommandation que pour la monétisation.
Le contexte marché donne du sens au test
Le test de HBO Max Shorts arrive à un moment où l’activité streaming du groupe reste en expansion. Dans sa lettre aux actionnaires publiée le 26 février 2026, Warner Bros. Discovery indique avoir terminé 2025 avec près de 132 millions d’abonnés streaming. Le groupe visait ensuite plus de 140 millions d’abonnés à la fin du premier trimestre 2026, puis plus de 150 millions d’ici fin 2026.
Ces objectifs permettent de calculer deux métriques absentes de la source d’origine. Premièrement, passer de 132 à plus de 140 millions d’abonnés représente une hausse d’environ 6,1 %. Deuxièmement, l’objectif de plus de 150 millions d’ici fin 2026 implique une progression d’environ 13,6 % par rapport au niveau de fin 2025. Ces deux pourcentages montrent une chose : la découverte de contenus n’est plus un simple sujet UX. C’est un levier direct de croissance et de rétention à l’échelle mondiale.
Autre donnée utile : le segment streaming de Warner Bros. Discovery a généré 1,37 milliard de dollars d’EBITDA ajusté sur 2025, selon la même lettre aux actionnaires. Converti au taux de référence de la BCE du 29 juillet 2026, où 1 euro vaut 1,1367 dollar, cela représente environ 1 205 000 000 € (taux utilisé : 1 $ = 0,88 €). Le sujet ici n’est pas le montant pour lui-même, mais ce qu’il dit de la maturité du segment : quand une activité devient plus rentable, chaque point de friction dans la découverte de contenus coûte plus cher qu’avant.
Netflix a déjà pris de l’avance sur le mobile
La comparaison concurrentielle est le vrai angle à ajouter. Netflix ne se contente plus d’un carrousel ou de previews automatiques. Son flux “Clips” permet, selon l’entreprise, d’ajouter un titre à “My List”, de partager un extrait et d’explorer un univers de recommandations personnalisées depuis un scroll vertical. Le service prévoit aussi d’étendre ces clips à d’autres catégories comme les podcasts, le live et des collections thématiques.
En juin 2026, Netflix expliquait aussi vouloir tester des collections de clips par humeur ou genre, avec des exemples allant de la téléréalité aux coulisses de programmes en passant par des extraits de podcasts. Là encore, HBO Max paraît plus prudent. À ce stade, la plateforme parle surtout d’extraits mémorables issus de son catalogue et d’un test limité sur iPhone aux États-Unis. Les usages annexes, les fonctions sociales élargies ou les extensions éditoriales ne sont pas détaillés. Non communiqué.
Mon avis sur cette comparaison est net : Netflix traite le clip vertical comme un produit à part entière. HBO Max, pour l’instant, l’utilise surtout comme une couche de découverte supplémentaire. La différence est stratégique. L’un construit un nouvel usage mobile. L’autre ajoute un nouvel entonnoir vers son catalogue premium.
Des métriques dérivées qui éclairent mieux le sujet
1. L’écart de déploiement entre les deux plateformes
Selon Netflix, la nouvelle expérience mobile avec “Clips” était disponible dès le 14 juillet 2026 dans 14 pays explicitement cités entre le lancement initial et l’extension annoncée ensuite : États-Unis, Royaume-Uni, Australie, Canada, Inde, Malaisie, Pakistan, Philippines, Afrique du Sud, Brésil, France, Allemagne, Corée et Mexique. En face, HBO Max Shorts est seulement testé auprès d’un nombre limité d’utilisateurs iPhone aux États-Unis. Le ratio est donc de 14 marchés officiellement mentionnés pour Netflix contre 1 marché confirmé en test pour HBO Max. Cela ne mesure pas la taille réelle du déploiement, mais cela illustre l’avance publique prise par le concurrent.
2. La cadence de croissance que doit soutenir le produit
Avec près de 132 millions d’abonnés fin 2025 et un objectif de plus de 150 millions fin 2026, Warner Bros. Discovery doit gagner plus de 18 millions d’abonnés supplémentaires sur l’année, selon ses propres objectifs. Rapporté à la base de départ, cela représente environ un abonné additionnel pour 7,3 abonnés existants. Dit autrement, chaque amélioration de découverte, même modeste, prend de la valeur dès qu’elle contribue à mieux exposer le catalogue, à réduire l’abandon ou à déclencher un visionnage de plus.
Pourquoi le format vertical pose quand même un problème éditorial
Il faut aussi dire ce qui gêne. Une scène recadrée en vertical perd souvent sa composition originale. Ce n’est pas une question de nostalgie. C’est une question de mise en scène. Un plan large, un face-à-face ou un mouvement latéral peuvent se retrouver amputés pour tenir dans un cadre 9:16. Même avec une validation humaine, une plateforme prend le risque de transformer une scène pensée pour le format cinéma ou TV en matière première pour feed mobile.
Ce compromis peut fonctionner pour un gag, une réplique ou un moment de tension. Il fonctionne moins bien pour une séquence de construction narrative. En ce sens, HBO Max Shorts sert la découverte, mais pas forcément le contenu dans ce qu’il a de plus précis. Je trouve donc la fonctionnalité cohérente commercialement, mais discutable éditorialement. Le problème n’est pas qu’un téléphone puisse se tenir à la verticale. Le problème est qu’un feed vertical pousse à privilégier l’impact immédiat au détriment du contexte.
Ce que cela dit du futur des apps de streaming
Le test confirme une tendance lourde : les services de streaming veulent ressembler davantage à des produits mobiles natifs qu’à des vidéothèques classiques. La page d’accueil, la recherche et les rangées thématiques ne suffisent plus. Les plateformes cherchent désormais à transformer la découverte en geste réflexe : ouvrir, scroller, accrocher, lancer.
Dans ce cadre, HBO Max Shorts coche plusieurs cases : personnalisation, IA de présélection, validation humaine, sortie rapide vers la lecture longue et, probablement à terme, extension à d’autres appareils et marchés. La source de départ l’indiquait déjà implicitement : même si le test ne concerne pour l’instant qu’un groupe limité d’utilisateurs iPhone aux États-Unis, le groupe semble avoir déjà en tête un élargissement au-delà de ce périmètre.
Un détail compte enfin pour le marché français : Netflix a déjà confirmé le déploiement de son expérience mobile avec “Clips” en France au 14 juillet 2026. Si HBO Max veut exister sur le terrain de la découverte mobile dans les mois qui viennent, il ne pourra pas rester longtemps au stade du test fermé. Sinon, ses concurrents imposeront les usages avant même que sa propre interface n’arrive à maturité.
Données clés à retenir
HBO Max Shorts : test limité aux utilisateurs iPhone aux États-Unis ; durée des extraits, emplacement exact dans l’app et calendrier de déploiement global : non communiqué.
Warner Bros. Discovery : près de 132 millions d’abonnés streaming fin 2025 ; objectif de plus de 140 millions à la fin du T1 2026 ; objectif de plus de 150 millions d’ici fin 2026 ; EBITDA ajusté streaming 2025 de 1,37 milliard de dollars, soit environ 1 205 000 000 €.
Netflix : lancement de “Clips” annoncé le 30 avril 2026 sur plusieurs marchés ; extension confirmée le 14 juillet 2026, avec disponibilité notamment en France ; fonctions mises en avant : ajout à la liste, partage, recommandations personnalisées, futures collections thématiques.
Source d’autorité : About Netflix
Mon avis :
Le format peut servir la découverte rapide sur mobile: des extraits courts, personnalisés selon l’historique, réduisent la friction entre curiosité et lecture. Mais verticaliser des scènes pensées pour le 16:9 dégrade souvent le cadrage, et l’IA ne corrige pas ce défaut de fond; ici, l’effet produit risque de trahir l’œuvre plus que de la promouvoir.





