Après un an de controverses, AES Andes a décidé de suspendre son méga projet INNA, un ambitieux programme visant à produire de l’hydrogène et de l’ammoniac vert à Taltal, dans la Région d’Antofagasta (Chili). Ce retrait, impliquant une transaction estimée à 9 milliards d’euros, soulève des questions sur l’avenir de l’hydrogène au Chili.

Décision d’AES Andes sur le Megaprojet INNA d’hydrogène vert à Taltal

AES Andes a récemment pris la décision de mettre définitivement en pause son megaprojet INNA, prévu pour la production d’hydrogène et d’ammoniac verts à grande échelle dans la commune de Taltal, située dans la région d’Antofagasta, au Chili. Ce projet, visant à transformer le nord chilien en un centre de combustibles renouvelables, représente une annonce d’arrêt qui implique un investissement estimé à environ 9 000 millions d’euros.

Cette décision intervient à un moment critique pour le développement de l’hydrogène renouvelable dans le cône sud, signifiant une posture plus prudente et sélective quant aux mégainvestissements complexes. De plus, cette situation a ravivé les débats sur la compatibilité entre l’expansion des énergies propres et la préservation de l’exceptionnelle astronomie qui se développe sous les cieux du désert d’Atacama. Ce sujet est également suivi de près en Europe, où plusieurs consortiums scientifiques sont impliqués.

Contexte du Projet INNA

Le projet INNA avait été conçu comme une immense plateforme industrielle dédiée à la production d’hydrogène vert et de ses dérivés, principalement de l’ammoniac. Il devrait s’implanter dans la commune de Taltal, une région reconnue pour son potentiel solaire et éolien, essentiel pour ce type d’initiatives.

Le projet a été introduit dans le Système d’Évaluation de l’Impact Environnemental (SEIA) chilien en décembre 2024, à travers une Étude d’Impact Environnemental (EIA) qui marquait le début de son traitement formel. Avec un investissement avoisinant les 9 000 millions d’euros, INNA figurait parmi les projets d’hydrogène vert les plus ambitieux d’Amérique latine, et constituait une référence importante pour les partenaires européens concernés par l’astronomie au Chili.

Dès sa présentation, ce projet a été perçu comme un élément clé pour la feuille de route du hydrogène au Chili, un pays qui aspire à exporter ces molécules vers l’Europe et d’autres marchés ayant besoin de décarboniser leur industrie lourde. Cependant, son ampleur a également suscité des inquiétudes dans d’autres secteurs, notamment parmi les communautés scientifiques se consacrant à l’observation du cosmos.

Initialement, INNA prévoyait la production massive d’hydrogène par électrolyse, suivi de sa conversion en ammoniac vert, avec des infrastructures associées de grande taille, incluant des installations industrielles, des réseaux électriques et un équipement auxiliaire qui, selon les critiques, pourraient significativement altérer l’environnement nocturne de la zone.

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Tension entre l’Hydrogène Vert et la Protection Astronomique

Le point le plus délicat du projet résidait dans sa proximité avec certains des observatoires astronomiques les plus importants au monde, comme l’Observatoire Paranal et le futur Extremely Large Telescope (ELT) sur le Cerro Armazones, tous deux opérés par l’Observatoire Européen Austral (ESO), qui a un ancrage solide et une présence significative provenant d’Europe.

Depuis janvier 2025, plusieurs membres de la communauté scientifique ont exprimé des préoccupations concernant les impacts potentiels sur la qualité des observations astronomiques. Les inquiétudes se focalisaient principalement sur la pollution lumineuse et les changements dans les conditions atmosphériques locales, des facteurs cruciaux pour la précision des instruments qui scrutent l’univers depuis le nord chilien.

L’Observatoire Européen Austral a intensifié ses avertissements tout au long de 2025, en présentant des analyses sur l’effet potentiel du complexe industriel sur le rendement de ses télescopes. D’après leurs arguments, le cumul d’infrastructures, d’éclairages associés et d’activités constantes risquait de compromettre l’un des ciels nocturnes les plus purs de la planète.

À ces préoccupations s’ajoutaient des préoccupations diplomatiques et politiques. Le ministère des Affaires Étrangères du Chili a adressé des communications soutenant les inquiétudes des astronomes, demandant une évaluation rigoureuse des impacts sur l’astronomie, conscient des enjeux scientifiques et économiques considérables, incluant les partenaires européens sur le long terme.

Cette controverse a finalement atteint le Congrès et la sphère publique, où la tension entre le développement de l’hydrogène et la protection des cieux sombres du nord chilien est devenue l’un des débats les plus visibles sur l’aménagement du territoire et la transition énergétique dans la région.

Ascension Politique et Réglementaire

En février 2025, le Service d’Évaluation Environnementale (SEA) d’Antofagasta a choisi de ne pas mettre fin prématurément à l’évaluation de l’EIA d’INNA. Au lieu de fermer le dossier, l’organisme a signalé que les commentaires techniques et citoyens pouvaient être traités par un Rapport Consolidé d’Aclarations, Rectifications ou Amplifications (ICSARA), ce qui obligeait l’entreprise à répondre plus en détail aux critiques.

Cela a alimenté un intense débat public. En mars 2025, les pressions de chercheurs, d’organisations scientifiques et d’acteurs locaux se sont intensifiées, demandant le repositionnement du projet ou, dans certains cas, son abandon total en raison des risques qu’il présentait pour les observatoires environnants.

Au fur et à mesure que l’année avançait, la question a fait un bond vers le terrain législatif. En octobre 2025, des parlementaires de la majorité ont présenté un projet de loi visant à protéger les cieux astronomiques du nord, y compris la création de zones d’exclusion de 70 kilomètres autour de Paranal et Armazones. Une telle mesure, si elle se concrétisait, aurait considérablement limité le développement d’INNA à son emplacement initial.

La discussion a même été évoquée lors d’un débat présidentiel télévisé, où le candidat José Antonio Kast a exprimé son opposition au mégaprojet, le plaçant au centre des débats politiques sur le modèle de développement pour le nord chilien. Peu après, la Commission de l’Environnement de la Chambre des Députés a approuvé, de manière générale, une initiative destinée à restreindre l’établissement de projets industriels et énergétiques dans des zones d’une haute valeur pour l’observation astronomique.

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Cette dynamique politique et sociale a contribué à faire du dossier INNA un baromètre des limites que la société chilienne est prête à accepter lorsqu’il s’agit de concilier de grands investissements énergétiques avec la préservation d’actifs scientifiques stratégiques, dont beaucoup sont liés à des centres de recherche européens.

La Décision d’AES Andes

Dans ce contexte, AES Andes a annoncé qu’elle renonçait à exécuter le mégaprojet INNA, après avoir réévalué son portefeuille d’investissements et les priorités de sa maison mère située aux États-Unis. L’entreprise a précisé qu’au cours des prochaines années, elle concentrerait ses ressources sur des projets de production d’énergie renouvelable et sur des systèmes de stockage d’énergie par batteries, qu’elle considère comme plus clairs en termes de compétitivité, de valeur pour les actionnaires et de complexité opérationnelle.

L’entreprise a souligné que cette décision ne signifiait pas un changement de vision sur l’hydrogène vert, qu’elle considère toujours comme un vecteur pertinent dans la transition énergétique globale. La renonciation touche davantage ce projet spécifique, qui avait engendré un niveau de controverses, de risques réglementaires et d’attentes publiques particulièrement élevés.

Après l’annonce, le dossier du projet sur le site du SEA a signalé la clôture de la Participation Citoyenne Active, redirigeant l’attention vers les étapes suivantes du processus d’évaluation. Cependant, l’entreprise doit encore finaliser les démarches formelles pour matérialiser la renonciation auprès des autorités environnementales.

Du point de vue commercial, le retrait d’INNA est perçu comme un signe de sélectivité accrue concernant les mégainvestissements à haut risque. Dans un scénario où les délais d’obtention de permis se prolongent et où la légitimité sociale est primordiale, renforcer l’engagement envers les parcs éoliens, photovoltaïques et les solutions de stockage est considéré comme une méthode pour s’assurer que le portefeuille avance de manière plus fluide.

Perspectives Européennes

Du point de vue de l’Union Européenne, ce mouvement est également observé de près, car le Chili est un potentiel exportateur d’hydrogène vert vers le Vieux Continent. La modération de projets à grande échelle comme INNA invite à envisager un déploiement plus progressif, combinant des initiatives de taille réduite et une planification territoriale plus fine pour éviter des conflits avec d’autres utilisations stratégiques des terres.

Bien que l’annonce publique d’AES Andes ait reçu un large écho médiatique, la renonciation annoncée ne se traduit pas automatiquement par l’annulation juridique du projet. Pour clore définitivement le projet, l’entreprise doit engager le processus correspondant auprès du Service d’Évaluation Environnementale, ce qui inclut la précision quant à sa décision de retirer complètement l’EIA ou d’opter pour d’autres solutions disponibles dans la réglementation chilienne.

Des sources du secteur suggèrent que l’entreprise solliciterait une réunion avec les autorités environnementales pour convenir des prochaines étapes. Parmi les options à l’ordre du jour figurent le retrait intégral du dossier ou la possibilité de laisser ouverte l’évaluation pour qu’éventuellement, une autre entreprise puisse reprendre l’initiative dans des conditions différentes, bien que cela semble peu probable au vu des restrictions en discussion au niveau législatif.

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Conséquences Générales

Le cas du projet INNA s’est transformé en un modèle des défis auxquels font face les grands projets d’hydrogène vert : la complexité technique, les montants d’investissement élevés, le besoin d’infrastructures connexes et les difficultés à s’intégrer dans des territoires déjà dédiés à des activités scientifiques, touristiques ou environnementales d’une grande valeur.

Pour les concepteurs de politiques publiques, tant au Chili qu’en Europe, la conclusion de ce mégaprojet s’accompagne de leçons importantes sur la planification spatiale, l’implication précoce de la communauté scientifique et la nécessité de disposer de cadres réglementaires clairs qui anticipent les conflits d’usage avant que les investissements n’arrivent à un stade avancé.

Du point de vue des affaires, ce retrait envoie également un signal au marché que les entreprises sont prêtes à abandonner des projets qui, malgré leur potentiel, accumulent trop d’incertitudes. Ce changement vers des portefeuilles plus gérables pourrait définir le ton des années à venir dans le secteur de l’hydrogène vert, tant en Amérique latine qu’en Europe.

Avec le retrait d’AES Andes de l’INNA, le nord du Chili conserve son statut de sanctuaire privilégié pour l’astronomie mondiale. Le développement de l’hydrogène vert devra désormais explorer des solutions plus compatibles avec ce patrimoine scientifique. Cette décision souligne l’importance d’une approche intégrée entre la transition énergétique et la protection des cieux clairs, et indique que les futurs mégaprojets devront être conçus avec un niveau de dialogue et d’évaluation beaucoup plus approfondi pour éviter de se retrouver dans une impasse similaire.

Mon avis :

La décision d’AES Andes de suspendre le projet INNA, estimé à environ 9 milliards d’euros, reflète une prudence accrue dans un contexte de controverses sur l’impact environnemental et astronomique. Bien que cela préserve l’intégrité des cieux du désert d’Atacama, cela souligne les défis de concilier développement énergétique et protection scientifique.

Les questions fréquentes :

Qu’est-ce que le projet INNA et pourquoi suscite-t-il autant d’attention ?

Le projet INNA était prévu comme une plateforme industrielle massive pour produire de l’hydrogène vert et de l’ammoniaque, utilisant de l’électricité provenant de sources renouvelables. Situé à Taltal, dans la région d’Antofagasta au Chili, il représentait un investissement estimé à environ 9 000 millions d’euros, le plaçant parmi les projets les plus ambitieux d’hydrogène vert en Amérique Latine.

Pourquoi AES Andes a-t-elle décidé de mettre le projet INNA en pause ?

Après une longue période de controverses techniques et de débats publics, AES Andes a choisi de suspendre le projet INNA. Cette décision répond à une demande de plus de prudence dans les investissements complexes et à un focus sur des projets de génération d’énergie renouvelable et de stockage, jugés plus compatibles avec les exigences de durabilité et un cadre réglementaire incertain.

Quels impacts le projet INNA aurait-il eu sur l’astronomie ?

Le projet INNA a suscité des préoccupations quant à ses effets potentiels sur la qualité des observations astronomiques, en raison de sa proximité avec des observatoires de renommée mondiale tels que l’Observatoire Paranal. Les risques de pollution lumineuse et de modifications des conditions atmosphériques auraient pu nuire à la précision des observations astronomiques.

Quelle est l’importance de la décision d’AES Andes pour l’avenir de l’hydrogène vert au Chili ?

La décision d’AES Andes de renoncer à INNA est perçue comme un signal de responsabilité face aux enjeux environnementaux et scientifiques. Cela souligne la nécessité d’équilibrer le développement de projets d’hydrogène vert avec la préservation des ciels clairs, invitant à des solutions plus adaptées qui minimisent les conflits d’utilisation du territoire.

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