Michael Jantzen découpe sa Interactive Sliced House en 8 tranches verticales, dont 6 cadres coulissants en acier blanc, pour transformer une simple silhouette de maison en installation publique modulable, traversable et reconfigurable par les visiteurs, loin de l’art figé traditionnel.
Une maison découpée qui transforme enfin le public en acteur
The Interactive Sliced House reprend une forme que tout le monde reconnaît en une seconde : une maison, avec toit à deux pans et porte centrée. Le principe est simple sur le papier, mais beaucoup plus fort à l’usage. L’installation imaginée par Michael Jantzen fragmente cette silhouette en huit tranches verticales. Deux extrémités pleines en acier peint restent fixes sur une dalle béton. Entre elles, six cadres ouverts coulissent sur des rails au sol. Le visiteur ne contemple donc pas seulement l’œuvre : il la recompose, la densifie, l’étire ou la disperse.
C’est là que le projet gagne en intérêt face à une sculpture publique classique. Quand les six cadres sont poussés d’un côté, la figure redevient presque compacte. Quand ils sont écartés, la maison se transforme en séquence de seuils successifs. On ne regarde plus un objet. On traverse une syntaxe spatiale. Cette idée était déjà présente dans la source d’origine, mais elle mérite d’être formulée plus franchement : le vrai matériau ici, ce n’est pas l’acier, c’est le comportement des passants.
Selon le site officiel de Michael Jantzen, son travail est exposé ou présenté depuis des années dans des institutions comme le Museum of Modern Art, le National Building Museum ou encore la Harvard School of Design. Ce point compte, car il situe le projet dans une pratique à la frontière de l’art, de l’architecture et de l’installation publique, et non dans un simple exercice de rendu conceptuel. Le designer revendique d’ailleurs sur son site une démarche qui fusionne art, architecture, technologie et design durable. ([michaeljantzen.com](https://www.michaeljantzen.com/?utm_source=openai))
Ce que la source ne disait pas clairement : une œuvre mobile, mais pas nomade
La description d’origine donne le fonctionnement général, mais elle laisse plusieurs zones floues. D’abord, rien n’indique des dimensions, un poids total, une épaisseur d’acier, un système de verrouillage, ni une charge admissible par élément mobile. Sur ces points, la seule formulation honnête reste : non communiqué. C’est important de le préciser, car une installation manipulable dans un parc ne se juge pas seulement sur son intention artistique. Elle se juge aussi sur sa résistance aux usages répétés, au vandalisme, aux intempéries et aux obligations d’accessibilité.
En revanche, la logique constructive permet déjà de déduire un point utile : l’œuvre n’est pas mobile au sens logistique, mais configurable in situ. Les deux tranches pleines ancrées à la dalle béton servent de points fixes. Les six cadres intermédiaires glissent sur des rails encastrés. Cela implique un chantier plus lourd qu’une sculpture posée sur platines, avec fondations, alignement des rails et tolérances de coulissement à maintenir dans le temps. Cette contrainte n’apparaît pas dans le texte source, mais elle change le regard sur le projet : l’expérience est ludique pour le visiteur, l’ingénierie l’est beaucoup moins.
Autre angle absent du texte de départ : la maintenance. Selon le Department of Local Government, Sport and Cultural Industries d’Australie-Occidentale, l’entretien courant d’une œuvre d’art public relève en général du propriétaire du terrain ou du bâtiment. Selon le Gouvernement du Québec, la conservation doit être pensée dès la conception de l’œuvre. Pour une installation à pièces coulissantes, cette remarque n’a rien d’abstrait : rails, points de friction, peinture, drainage et sécurité doivent être anticipés dès l’amont. ([prodomi.dlgsc.wa.gov.au](https://prodomi.dlgsc.wa.gov.au/culture-and-the-arts/public-art?utm_source=openai))
Huit tranches, six éléments mobiles : les premières métriques utiles
La source fournit assez d’éléments pour calculer deux métriques simples mais parlantes, absentes du texte original.
Première métrique : 75 % des tranches sont mobiles. L’installation compte huit tranches au total, dont six cadres ouverts coulissants. Le calcul est direct : 6 ÷ 8 = 0,75. Ce ratio est élevé. Il montre que la variabilité de l’œuvre ne repose pas sur un détail interactif, mais sur la majorité de sa structure.
Deuxième métrique : 25 % des tranches sont structurellement fixes et pleines. Les deux éléments d’extrémité représentent 2 ÷ 8 = 0,25, soit 25 %. Ce quart fixe joue un rôle critique. Il donne la stabilité visuelle et physique à l’ensemble. En d’autres termes, un quart de l’œuvre immobilise les trois quarts restants. C’est peu en proportion, mais décisif en fonction.
On peut pousser plus loin avec une troisième lecture dérivée : parmi les huit tranches, 100 % des éléments pleins sont fixes et 100 % des éléments mobiles sont ajourés, d’après la description fournie. Cela crée une hiérarchie de lecture nette entre masse et vide, permanence et variation. L’œuvre est donc plus rigoureuse qu’elle n’en a l’air. Elle ne laisse pas tout au hasard.
Une grammaire spatiale plus forte que le symbole de la maison
Le texte d’origine insiste sur la charge symbolique de la maison : abri, famille, appartenance, propriété. C’est juste, mais un peu attendu. À mon sens, le projet est plus convaincant ailleurs. Sa vraie force n’est pas le symbole lui-même. C’est la façon dont il transforme ce symbole en outil de cadrage du paysage.
Chaque cadre fonctionne comme un viseur grandeur réelle. Quand les tranches sont resserrées, le visiteur perçoit un couloir serré, presque un intérieur abstrait. Quand elles sont éloignées, l’installation produit des plans successifs qui découpent le parc, le ciel et les autres visiteurs. Cette variation rappelle davantage des dispositifs d’architecture éphémère ou de scénographie urbaine que la sculpture monumentale traditionnelle.
Le projet a aussi un mérite rare : il évite l’effet gadget numérique. Aucun écran, aucun capteur, aucune interface à apprendre. Le geste suffit. On pousse. On tire. On traverse. Ce minimalisme est un avantage concret pour l’espace public, où la robustesse compte souvent plus que la sophistication.
Le contexte de marché montre que l’idée est crédible pour une commande publique
Pour juger la faisabilité d’une pièce comme celle-ci, il faut regarder comment les commandes publiques financent l’art dans l’espace urbain. En France, selon le Ministère de la Culture, le dispositif du 1 % artistique impose depuis 1951 de consacrer 1 % du coût de certaines constructions publiques à la commande ou à l’acquisition d’œuvres d’art originales. Le ministère rappelle aussi que l’objectif est de mettre l’art au contact d’un public large, pas nécessairement familier des lieux d’exposition. Ce cadre colle parfaitement à une installation de seuils manipulables implantée dans un équipement ou un parc public. ([culture.gouv.fr](https://www.culture.gouv.fr/regions/drac-grand-est/services/creation/arts-visuels/soutien-a-la-creation-contemporaine/1-artistique?utm_source=openai))
À l’international, les programmes comparables existent aussi. Selon la ville de New York, son programme Percent for Art impose depuis 1982 que 1 % du budget des projets municipaux éligibles finance une œuvre publique. Selon la ville de Raleigh, son ordonnance réserve 0,5 % des budgets municipaux de construction à l’art public. Selon le gouvernement d’Australie-Occidentale, les projets de plus de 2 millions de dollars peuvent allouer jusqu’à 1 % du budget de construction à l’art, avec des commandes allant typiquement de 20 000 à 400 000 dollars, soit environ 17 493 € à 349 860 € au taux de la Banque centrale européenne du 6 juillet 2026, 1 USD = 0,875 EUR, arrondi (taux utilisé : 1 USD = 0,875 EUR). ([nyc.gov](https://www.nyc.gov/site/dcla/publicart/percent-for-art.page?utm_source=openai))
Cette fourchette apporte un repère concret absent de la source d’origine. Non, le projet de Michael Jantzen n’a pas de prix public communiqué. Mais oui, il s’inscrit dans une échelle budgétaire réaliste pour une commande d’art public en acier, surtout si l’on ajoute fondations, rails, fabrication, transport et installation.
Deux comparaisons chiffrées qui aident à situer le projet
Première comparaison utile : selon le gouvernement d’Australie-Occidentale, les projets d’art public se situent typiquement entre 20 000 et 400 000 dollars. L’écart entre le bas et le haut de cette fourchette est de 380 000 dollars, soit environ 332 367 €. Dit autrement, le plafond typique est 20 fois supérieur au plancher. Cette amplitude montre qu’un projet comme The Interactive Sliced House pourrait basculer rapidement d’une œuvre relativement accessible à une installation beaucoup plus coûteuse dès qu’on complexifie les fondations, les mécanismes ou la finition. ([prodomi.dlgsc.wa.gov.au](https://prodomi.dlgsc.wa.gov.au/culture-and-the-arts/public-art?utm_source=openai))
Deuxième comparaison : à Raleigh, la part allouée à l’art public est de 0,5 % du budget de construction, contre 1 % pour le 1 % artistique français ou le programme de New York. Cela représente un écart de 50 % par rapport à un dispositif à 1 %. Le différentiel n’est pas théorique. Sur un projet public important, il change immédiatement la taille, la complexité et le niveau de finition d’une commande artistique. ([raleighnc.gov](https://raleighnc.gov/arts/services/public-art/percent-public-art?utm_source=openai))
Ce qu’un maître d’ouvrage devrait demander avant de signer
Si cette œuvre devait passer du concept au parc public, cinq informations techniques manquent encore et devraient figurer dans une fiche sérieuse.
1. Dimensions hors tout
Longueur totale, largeur des cadres, hauteur au faîtage : non communiqué. Sans ces données, impossible d’évaluer l’emprise réelle au sol ni la lisibilité à distance.
2. Matériaux précis
La source parle d’acier peint en blanc. Nuance d’acier, traitement anticorrosion, type de peinture, qualité des rails : non communiqué. Pour un usage extérieur, ce n’est pas un détail.
3. Sécurité d’usage
Système anti-pincement, effort nécessaire pour déplacer les cadres, blocage en position, résistance aux tentatives de soulèvement : non communiqué. Une installation interactive ouverte au public doit documenter ces points.
4. Accessibilité
Largeur de passage, planéité de la dalle, compatibilité avec fauteuil roulant ou poussette : non communiqué. Or l’expérience de traversée est le cœur même du projet.
5. Maintenance et durée de vie
Fréquence de révision des rails, protocole de nettoyage, reprise peinture, remplacement des pièces d’usure : non communiqué. Selon les guides publics consultés, ces sujets doivent être anticipés dès la commande, pas après l’inauguration. ([quebec.ca](https://www.quebec.ca/culture/patrimoine-archeologie/proteger/conserver-restaurer/conservation-preventive/art-public?utm_source=openai))
Des usages concrets bien au-delà du parc de sculptures
Le texte initial mentionne une implantation possible en multiples exemplaires dans un parc. C’est pertinent, mais un peu limité. En pratique, le concept peut servir au moins quatre scénarios concrets.
Premier cas d’usage : un parc urbain ou un jardin public. Ici, l’œuvre fonctionne comme repère visuel, aire de déambulation et outil de socialisation légère. Elle ne demande pas d’explication longue pour activer l’usage.
Deuxième cas : le parvis d’un équipement culturel ou éducatif. Le symbole de la maison prend alors un sens plus programmatique : accueil, seuil, entrée, communauté.
Troisième cas : une commande liée au logement, à l’habitat ou à la mémoire d’un quartier. La forme domestique, fragmentée puis recomposable, devient un support de médiation très lisible.
Quatrième cas : un parcours temporaire d’exposition en plein air. Selon le site d’ArtsQuest, certaines programmations de sculpture publique fonctionnent sur des prêts annuels, avec une rémunération dédiée ; l’organisme indique par exemple 7 500 dollars pour le prêt annuel d’une œuvre dans son programme Sculpture at SteelStacks, installation et désinstallation incluses, soit environ 6 561 €. Ce n’est pas une comparaison stricte avec une commande permanente, mais cela rappelle qu’une version temporaire ou itinérante du concept pourrait aussi avoir du sens économiquement. ([artsquest.org](https://www.artsquest.org/visual-arts/sculpture-at-steelstacks/?utm_source=openai))
Pourquoi cette proposition se distingue malgré l’absence de fiche technique complète
Beaucoup d’installations publiques misent sur l’échelle, la couleur ou le selfie. Celle-ci parie sur une mécanique spatiale élémentaire. C’est plus sobre, et surtout plus durable sur le plan de l’expérience. Une œuvre qui change selon la position laissée par le visiteur précédent introduit une mémoire d’usage sans technologie ni collecte de données. C’est rare, et plutôt bien vu.
Il reste néanmoins une limite nette : sans données officielles sur les dimensions, le budget, la masse, la sécurité et l’entretien, le projet reste plus solide comme idée curatoriale que comme dossier de consultation prêt à produire. La valeur de la proposition n’en disparaît pas pour autant. Elle tient dans ce déplacement précis : faire passer l’art public du statut d’objet immobile à celui de structure à configurer.
Pour consulter la présentation officielle du designer, la source la plus pertinente reste le site de Michael Jantzen : https://www.michaeljantzen.com/
Mon avis :
Installation intelligente et lisible : le découpage en huit tranches mobiles transforme un symbole banal en expérience participative concrète, sans gadget numérique. Sa vraie force est l’usage actif du visiteur. Sa limite est tout aussi claire : rails au sol, pièces coulissantes et acier peint impliquent maintenance, usure et contraintes d’accessibilité en espace public.





