Blackstone et EQT s’emparent d’Urbaser : une opération de capital risque marquante en Espagne

La récente acquisition de Urbaser par Blackstone et EQT marque un tournant majeur dans le secteur des infrastructures en Espagne, avec une valorisation d’environ 5,600 millions d’euros. Cette opération, surnommée Projet Sun, confirme Urbaser comme un leader européen en gestion des déchets, en réponse à l’essor mondial de la durabilité.

Blackstone et EQT achètent Urbaser

L’acquisition d’**Urbaser** par **Blackstone** et **EQT** représente une opération majeure qui marque un tournant dans le marché espagnol des fusions et acquisitions. Après plus d’un an de négociations, ces deux géants de l’investissement en infrastructure ont finalisé un accord avec **Platinum Equity** qui valorise le groupe espagnol de services environnementaux à environ **5,600 millions d’euros**, dette incluse.

Cette transaction, désignée en interne comme le **Projet Sun**, est considérée comme la plus grande opération de capital-investissement en Espagne depuis la vente de **Cepsa** et renforce la position d’Urbaser en tant que l’une des principales **plateformes de gestion des déchets et de services urbains** en Europe. Cette acquisition intervient à un moment où les actifs liés à la durabilité et à l’économie circulaire sont très recherchés par les grands fonds d’investissement.

Un consortium à 50 % et une négociation de longue haleine

L’accord stipule que **Blackstone Infrastructure** et **EQT Infrastructure** partageront la propriété d’Urbaser à parts égales, chaque entité contrôlant **50 % de la société**, avec une gestion conjointe. Ce co-contrôle a été retenu après un processus où les deux firmes ont initialement compétitif séparément avant de s’allier pour obtenir l’accord du vendeur.

Les négociations avec **Platinum Equity** ont duré près d’un an, avec plusieurs blocages notables. Bien qu’un accord ait été envisageable durant la première moitié de l’année précédente, des facteurs tels que la **volatilité macroéconomique**, la refinancement de la dette, et le versement de dividendes extraordinaires par l’actionnaire actuel ont conduit à des ajustements qui ont retardé le processus.

Au cours de l’été, Platinum a initié une refinancement de la société, permettant à Urbaser de signer un **prêt syndiqué TLB** d’environ **1,500 millions d’euros** et d’émettre des **obligations** pour environ **800 millions** d’euros. Une partie de ces fonds a servi au versement d’un premier dividende extraordinaire de **1,000 millions d’euros**. Quelques semaines plus tard, via la société mère **Luna 1.5 Sàrl**, le fonds a effectué deux émissions supplémentaires d’obligations pour plus de **1,000 millions** d’euros, permettant le versement d’un autre dividende du même montant.

Ce recours intensif à l’effet de levier a fait grimper la **dette d’Urbaser**, offrant à Platinum une marge de manœuvre pour exiger une **valorisation plus élevée**, soutenue par de bons résultats opérationnels. Selon des sources financières, l’endettement a dépassé **six fois l’EBITDA**, comparé à **4,7 fois** auparavant, bien que l’entreprise ait pu se financer à des **taux compétitifs** grâce à la solidité et à la stabilité de son profil réglementé.

Le résultat final de ce long processus est une transaction qui évalue Urbaser à environ **5,600 millions d’euros**, soit moins de **dix fois son EBITDA ajusté** (hors activité en Argentine). Cela correspond à la fourchette de **5,000 à 6,000 millions** d’euros que le marché avait envisagée depuis le début des négociations.

Opération d'achat d'UrbaserOpération d'achat d'Urbaser

Qu’est-ce qui est acheté et qu’est-ce qui reste en dehors : le périmètre de l’opération

L’accord entre **Blackstone**, **EQT** et **Platinum** n’inclut pas tous les segments d’activité actuels du groupe. L’actif le plus significatif laissé en dehors du périmètre est la filiale de **gestion des déchets en Argentine**, où Urbaser exerce depuis plus de trente ans et génère un EBITDA annuel d’environ **80-90 millions d’euros**. Platinum conservera le contrôle de cette activité, qui continuera à opérer indépendamment du nouveau capital européen.

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L’**EBITDA consolidé d’Urbaser**, sans inclure l’Argentine, s’élève à environ **580 millions d’euros**, ce qui établit la base de valorisation de la transaction. La société emploie plus de **50,000 personnes**, gère plus de **150 usines de traitement des déchets** et fournit des services à environ **60 millions de personnes** dans plus de quinze pays.

Son modèle économique associe **services de nettoyage urbain**, collecte des déchets, **traitement et valorisation des déchets**, ainsi que gestion du **cycle intégral de l’eau** et entretien des espaces verts. Une part importante des revenus provient de **contrats à long terme avec des municipalités** et des entités publiques, complétés par des accords avec des clients industriels, ce qui crée une base de revenus large, récurrente et ajustable à l’**inflation**.

La feuille de route convenue avec les nouveaux actionnaires prévoit de maintenir le **cœur du métier en Espagne, au Portugal et en France**, où Urbaser a une position particulièrement importante sur le marché des services urbains. Aucune **desinvestissement significatif** dans ces pays n’est prévu, ces derniers continuant d’être le principal axe de l’activité d’Urbaser sous le contrôle de Blackstone et EQT.

De **ACS** à **Blackstone** et **EQT** : un actif en constante revalorisation

Le parcours d’**Urbaser** au cours de la dernière décennie illustre comment un actif industriel réglementé peut être **transféré plusieurs fois** en peu de temps. L’origine du groupe remonte à l’ancien secteur environnemental d’**ACS**, qui a vendu l’entreprise en **2016** au groupe chinois **CNTY** (via **Firion Investments**) pour une valeur d’entreprise comprise entre **2,200 et 2,460 millions d’euros**, y compris la dette.

Après quelques années sous contrôle chinois, l’actif est revenu sur le marché. Début **2020**, une **introduction en Bourse** a même été envisagée, mais les exigences des régulateurs chinois ont empêché le projet, entraînant un processus de vente directe. En **2021**, **Platinum Equity** a pris le relais en acquérant Urbaser pour environ **3,500 millions d’euros** (soit environ 3,450 millions en espèces), ce qui représentait déjà une revalorisation significative par rapport à l’étape sous ACS.

Depuis, le fonds basé à Los Angeles a réorganisé le portefeuille d’actifs du groupe. Au cours des cinq dernières années, Urbaser, en collaboration avec Platinum, a investi plus de **1,600 millions d’euros** en **acquisitions et CAPEX**, mené environ **20 opérations complémentaires** et vendu **13 divisions non stratégiques** pour simplifier sa structure et concentrer ses efforts sur les domaines clés.

Parmi les désinvestissements les plus notables figurent la vente de la **division nordique** au fonds **Cube** pour environ **390 millions d’euros**, le transfert de la **filiale britannique** à **FCC Servicios Medio Ambiente** (un partenariat entre FCC et le fonds de pension canadien **CPP**) pour environ **460 millions**, et la cession de l’activité **eau Socamex** au fonds suisse **Quaero** pour près de **100 millions** d’euros. En outre, il y a eu la sortie de sa participation dans la société portugaise **Suma** (Serviços Urbanos e Meio Ambiente), reprise par **Mota-Engil**.

Ces opérations, ainsi que d’autres désinvestissements mineurs — comme celui du secteur de la mobilité urbaine —, ont permis à Urbaser de récolter environ **800-1,000 millions d’euros** grâce à la vente d’actifs. Une part significative de ces ressources a été dédiée à la **distributions de dividendes** à Platinum, l’autre partie ayant été consacrée à réduire la dette et à financer la croissance sur des marchés prioritaires.

Résultats solides et un secteur en pleine effervescence

L’appétit des **grands fonds d’infrastructure** pour Urbaser ne s’explique pas seulement par sa taille, mais également par les évolutions récentes de l’entreprise. Depuis **2020**, la société a vu ses **revenus** augmenter d’environ **70 %** et son **EBITDA** de plus de **60 %**, selon des sources sectorielles. Dans les derniers comptes déposés au *Registre du Commerce*, relatifs à **2024**, la société a enregistré **2,400 millions d’euros de chiffre d’affaires**, un bénéfice d’exploitation avoisinant **190 millions** et un résultat net de plus de **63 millions d’euros**.

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Ces résultats surviennent dans un contexte de dynamisme fort du **secteur du traitement des déchets** au niveau européen, stimulé par l’agenda climatique, les politiques d’**économie circulaire** et des exigences réglementaires croissantes en matière de recyclage, de réduction des déchets et d’efficacité énergétique. Pour des fonds comme Blackstone et EQT, Urbaser présente un profil actif semblable à celui des **infrastructures traditionnelles** : des revenus prévisibles, des contrats à long terme, une protection partielle face à l’**inflation** et une demande relativement découplée du cycle économique.

Il n’est pas surprenant que, lors des premières phases du processus, des noms tels que **KKR**, **Macquarie**, **Cinven**, **I Squared** ou encore le véhicule public d’Abou Dabi **ADQ** aient manifesté de l’intérêt pour la société, en plus de groupes industriels comme **Itochu**. Plusieurs de ces prétendants ont abandonné le projet à mesure que le prix grimpait et que le modèle de vente s’éclaircissait, concluant finalement à transmettre le **noyau d’activité dans son intégralité**, tout en conservant l’actif argentin sous le contrôle de Platinum.

Urbaser est ainsi bien positionnée pour tirer parti de la **transition vers des modèles urbains plus durables**, grâce à son réseau d’installations de **valorisation énergétique des déchets**, ses usines de recyclage avancé et ses projets d’optimisation du cycle de l’eau. Cela s’inscrit parfaitement dans les stratégies d’investissement de Blackstone et EQT, de plus en plus axées sur des actifs ayant un impact positif sur l’environnement.

Continuité dans la gestion et engagement pour l’Espagne et l’Europe

Un des aspects centraux de l’accord est la **continuité de l’équipe dirigeante**. Le PDG, **Fernando Abril-Martorell**, et le directeur des opérations, **Carlos Albi**, garderont leurs postes et réinvestiront aux côtés des nouveaux actionnaires, conservant une **part significative dans le capital**. L’objectif est que le projet continue sur la même feuille de route, sans changements brusques dans les marchés clés.

Dans diverses déclarations, Abril-Martorell a souligné que l’entrée de Blackstone et EQT **renforce le potentiel de création de valeur** d’Urbaser et consolide le travail accompli avec Platinum, tant en matière de simplification de la structure qu’en termes de croissance inorganique. L’exécutif — avec une longue expérience au sein de grandes entreprises espagnoles, incluant des responsabilités chez **Telefónica**, **Prisa** et **Indra** — a insisté sur le fait qu’ils abordent cette nouvelle étape “avec enthousiasme”, tout en veillant à maintenir la stabilité des emplois et des contrats avec les administrations.

Les nouveaux propriétaires visent à renforcer particulièrement le secteur des **déchets industriels**, une verticale à forte croissance en Europe, tout en consolidant les **opérations municipales**, qui demeurent le cœur de l’activité du groupe. L’Espagne, le Portugal et la France resteront des marchés prioritaires, avec l’intention de **croître également dans d’autres pays européens** où Urbaser est déjà implantée ou voit des opportunités.

De la part d’EQT, son partenaire en infrastructure, **Guillermo García-Barrero**, a mis en avant la “longue expérience” d’Urbaser dans sa collaboration avec des administrations publiques et des clients privés. La firme suédoise, active en Espagne depuis 2015, dépasse, grâce à cette opération, les **7,000 millions d’euros investis** dans le pays, après avoir réalisé des opérations sur des actifs tels que **Idealista** ou **Parques Reunidos**. Pour **Blackstone Infrastructure**, l’entrée dans le secteur européen des déchets via Urbaser vient compléter une présence déjà significative sur le marché immobilier et des services en Espagne.

De son côté, **Adam Kuhnley**, co-directeur des investissements en Europe chez Blackstone Infrastructure Partners, a mis l’accent sur l’**expertise technique** d’Urbaser, ses “décennies d’expérience” et ses relations de long terme avec ses clients municipaux. Son message vise à consolider la société comme un **partenaire stratégique** des municipalités à long terme, dans un domaine — la gestion des déchets et le nettoyage urbain — où la stabilité et la qualité du service sont essentielles pour les villes.

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Un vaste réseau de conseillers financiers et juridiques

Compte tenu de l’ampleur de l’accord, cette opération a mobilisé un vaste dispositif de **conseillers**. Du côté vendeur, **Citi** et **Banco Santander** ont agi en tant que conseillers financiers pour Platinum Equity, tandis que le cabinet d’avocats **Latham & Watkins** a pris en charge le conseil juridique principal, soutenu par des entreprises telles que **Pérez-Llorca** sur certains aspects.

Du côté de l’acheteur, **JP Morgan** et **UBS** ont conseillé **Blackstone Infrastructure**, alors que **Morgan Stanley** et **BBVA** ont assisté **EQT Infrastructure**. Sur le plan juridique, Blackstone et EQT ont bénéficié du soutien de **Simpson Thacher & Bartlett, Linklaters, Kirkland & Ellis et Uría Menéndez**, parmi d’autres, illustrant la complexité réglementaire et contractuelle de la transaction.

De plus, des sociétés comme **PwC** ont effectué la **due diligence** financière et fiscale pour les acheteurs, en examinant en détail la santé économique, les risques et les prévisions d’affaires de l’entreprise. La coordination de tous ces acteurs a été cruciale pour la fermeture d’un accord combinant des éléments de **financement par effet de levier**, de transmission de contrats publics, de transfert de dette et d’exclusion de certains actifs.

Comme c’est habituel dans ce type d’opérations, la clôture effective de la vente est conditionnée par l’obtention des autorisations réglementaires nécessaires, incluant celles en matière de concurrence et, le cas échéant, des superviseurs sectoriels dans les différents pays où Urbaser exerce. Bien qu’aucun veto de fond ne soit anticipé, le processus d’autorisation pourrait prendre plusieurs mois, de sorte que la société restera, pour l’instant, sous le contrôle de Platinum jusqu’à ce que cette étape soit finalisée.

Avec l’entrée de **Blackstone** et **EQT** dans le capital d’Urbaser, la dynamique de la **gestion des déchets en Espagne et en Europe** évolue de manière significative : un acteur aux racines dans **ACS**, ayant été transféré au chinois puis au américain, se constitue maintenant en plateforme européenne soutenue par deux des plus grands investisseurs mondiaux dans le secteur des infrastructures. L’opération cristallise des années de croissance, de refinancements et de réorganisation d’actifs, ouvrant une nouvelle phase où l’accent sera mis sur l’expansion des activités dans le secteur des déchets industriels, la sécurisation des contrats municipaux et le renforcement de la position d’Urbaser dans la transition vers une économie plus circulaire et durable.

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Mon avis :

L’acquisition d’Urbaser par Blackstone et EQT pour 5,600 millions d’euros, bien que marquée par des réflexions sur la dette élevée et le parcours complexe de la société, souligne un intérêt croissant pour les infrastructures durables. Cela renforce la position d’Urbaser en tant qu’acteur clé en Europe tout en posant des défis en matière de régulation.

Les questions fréquentes :

Qu’est-ce qui a motivé l’achat d’Urbaser par Blackstone et EQT ?

L’achat d’Urbaser, réalisé pour environ 5,600 millions d’euros, a été motivé par l’intérêt croissant pour les actifs liés à la durabilité et à l’économie circulaire. Cette transaction marque la plus grande opération de capital risque en Espagne depuis la vente de Cepsa et consolide Urbaser comme un leader dans la gestion des déchets en Europe.

Quelles sont les modalités de l’accord entre Blackstone, EQT et Platinum Equity ?

L’accord stipule que Blackstone Infrastructure et EQT Infrastructure contrôleront chacun 50% d’Urbaser, et la gestion de la société sera conjointe. La négociation a duré près d’un an, avec des moments de blocage, mais a abouti à un consensus sur une valorisation élevée malgré une dette importante.

Quels actifs ne sont pas inclus dans la transaction d’Urbaser ?

La transaction n’inclut pas la filiale de gestion de déchets en Argentine, qui génère un EBITDA annuel de 80-90 millions d’euros. Platinum Equity conservera cette activité, tandis qu’Urbaser se concentrera sur ses opérations en Espagne, au Portugal et en France.

Quelle est la vision d’avenir pour Urbaser sous la direction de Blackstone et EQT ?

Sous la direction de Blackstone et EQT, Urbaser vise à renforcer ses opérations existantes tout en se concentrant sur la croissance dans le secteur des déchets industriels en Europe. L’équipe dirigeante actuelle maintiendra ses postes, et l’approche stratégique inclut la continuité des contrats avec les administrations publiques et l’expansion des services en milieu urbain durable.

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