Avec ses visuels en 1280 x 960 et 1280 x 1280, ce concept de trottinette signé Sayem Ameer réinvente l’e-scooter urbain en puisant dans les codes de Ferrari : silhouette monolithique, surfaces aérodynamiques, freinage à disque et fin bandeau LED rouge. (yankodesign.com)
Une étude de style qui traite enfin la trottinette comme un objet de désir
La proposition signée Sayem Ameer ne cherche pas à rendre une trottinette électrique simplement plus élégante. Elle tente autre chose : appliquer à un véhicule urbain les codes de tension visuelle, de pureté de surface et de mise en scène du mouvement qu’on associe à Ferrari. La nuance compte. Il ne s’agit pas d’un exercice de branding, encore moins d’un placement de logo. Le concept reprend une logique de design : lignes tendues, volumes sculptés, surfaces continues et silhouette pensée pour suggérer la vitesse même à l’arrêt.
Le résultat tranche avec la production actuelle. La majorité des trottinettes du marché repose encore sur une recette connue : potence en aluminium pliable, habillages plastiques, éléments mécaniques visibles et arbitrages dictés d’abord par le coût industriel. Ici, la carrosserie forme un bloc quasi monolithique. Le deck, la colonne de direction et les flancs s’enchaînent sans rupture visuelle forte. Cette continuité donne au concept une présence de show-car, pas d’engin de dernier kilomètre.
Mon avis est simple : ce projet touche juste parce qu’il prend au sérieux une catégorie de produit qui, jusqu’ici, s’est surtout contentée d’être fonctionnelle.
Pourquoi la référence à Ferrari fonctionne visuellement
Le concept évite le piège le plus facile : singer une supercar en miniature. Il s’appuie plutôt sur des principes de composition. Le nez reste bas, le corps s’étire en longueur, et l’ensemble adopte une posture ramassée qui évoque davantage une machine de performance qu’une trottinette de gare. Selon Ferrari, son langage de design moderne met l’accent sur des formes pures, une lecture minimaliste et une forte tension de surface. C’est précisément ce que l’on retrouve ici, avec un traitement où la forme parle avant la couleur.
La poupe concentre l’effet le plus fort. La partie arrière se relève en une arête nette au-dessus de la roue, avec un fin bandeau LED rouge qui rappelle moins un feu de trottinette qu’une signature lumineuse de véhicule sportif. Les étriers de frein rouges prolongent cette idée de performance. Sans eux, le concept aurait pu tomber dans la sculpture décorative. Avec eux, il gagne une crédibilité mécanique.
Le poste de conduite suit la même logique. Le module central fait office de petit cockpit. Les câbles de frein dessinent un V volontaire. C’est un détail, mais un détail utile : il donne une intention. Sur un concept, ce type de décision sépare un vrai travail de design d’un simple rendu 3D flatteur.
Ce que la source d’origine ne dit pas : un concept pareil se heurterait vite au réel
Le point aveugle du projet, c’est l’usage. Une trottinette très basse, longue et enveloppée dans une coque continue impressionne en image, mais elle pose aussitôt des questions concrètes : rayon de braquage, transport, maintenance, accès à la batterie, réparation d’un faisceau ou remplacement d’un garde-boue. La source d’origine ne donne aucune fiche technique. Ici, la bonne formule reste donc « non communiqué » pour la puissance, l’autonomie, le poids, la capacité batterie, le temps de charge, la vitesse maximale ou le prix.
Et ce silence technique n’est pas anodin. Sur une trottinette, le design n’est jamais neutre. Une coque fermée peut améliorer la perception premium et l’intégration des composants, mais elle complique souvent l’entretien. Une silhouette plus longue peut stabiliser à haute vitesse, mais elle gêne les manœuvres urbaines et le rangement. Une finition blanche avec inserts type carbone valorise l’objet, mais expose davantage les traces d’usage, les rayures et les frottements de stationnement.
Mon avis est clair : en l’état, ce concept dit beaucoup sur l’image, presque rien sur la viabilité produit.
Le marché réel donne la mesure de l’écart
Pour comprendre ce que ce concept bouscule, il faut le comparer à des modèles vendus aujourd’hui. Selon NIU, la NIU KQi 300X annonce jusqu’à 60 km d’autonomie, une batterie de 608,4 Wh, une puissance nominale de 500 W, une puissance de crête de 1 000 W sur 30 minutes, une montée de pente de 25 % et une vitesse standard de 32 km/h sur sa fiche nord-américaine. Selon Xiaomi France, la Xiaomi Electric Scooter 4 Ultra affiche 25 km/h, environ 70 km d’autonomie, un poids d’environ 24,5 kg, une batterie de 561,5 Wh, une puissance nominale de 500 W, une puissance max de 940 W et une charge maximale de 120 kg.
À l’autre extrémité du spectre, selon Segway via son communiqué produit, la Segway GT3 Pro joue déjà dans une autre catégorie : 7 000 W de puissance max, batterie de 2 160 Wh, vitesse de pointe de 49,7 mph, soit environ 80 km/h, pente max de 38 %, autonomie jusqu’à 86 miles, soit environ 138,4 km, poids de 117 lb, soit environ 53,1 kg, et charge utile de 331 lb, soit environ 150 kg. Son prix de lancement est de 2 699,99 $, soit 2 358 € au taux de référence de la BCE relevé à 1 € = 1,1448 $.
Ce comparatif apporte déjà cinq éléments nouveaux absents de la source initiale : des capacités batterie réelles, des autonomies chiffrées, des puissances moteur, des poids produits, et des prix de marché convertis en euro.
Deux métriques dérivées qui changent la lecture
Premier indicateur utile : l’énergie théorique par kilomètre. En divisant la capacité batterie par l’autonomie annoncée, la Segway GT3 Pro ressort à environ 15,6 Wh/km, la NIU KQi 300X à environ 10,1 Wh/km et la Xiaomi Electric Scooter 4 Ultra à environ 8,0 Wh/km. Ces chiffres ne décrivent pas une consommation réelle normalisée en usage mixte, mais ils permettent de comparer la logique produit. Plus un modèle vise la performance, plus la dépense énergétique par kilomètre grimpe.
Deuxième métrique : le rapport de masse. Avec environ 53,1 kg, la Segway GT3 Pro pèse 2,17 fois le poids de la Xiaomi Electric Scooter 4 Ultra, annoncée à 24,5 kg. C’est un écart majeur. Il rappelle qu’un design inspiré de l’automobile peut séduire visuellement, mais qu’en micro-mobilité le poids décide du quotidien : portage, franchissement d’escalier, rangement, chargement en coffre et sécurité à basse vitesse.
On peut aussi tirer une troisième lecture du prix de la Segway GT3 Pro. Rapporté à sa batterie de 2,160 kWh, son tarif de lancement équivaut à environ 1 092 €/kWh. Ce n’est pas un indicateur absolu de valeur, mais il donne une idée du coût de la performance embarquée sur ce segment.
Le vrai problème en France : l’usage public ne suit pas ce fantasme de performance
Un concept très expressif peut faire rêver. En France, il doit aussi se plier au droit. Selon Service-Public.fr, la vitesse maximum autorisée pour une trottinette électrique sur la voie publique est de 25 km/h. Le site officiel précise aussi que l’utilisateur doit avoir au moins 14 ans, que la circulation se fait sur les pistes cyclables ou, à défaut, sur les routes limitées à 50 km/h, que la circulation sur trottoir est interdite sauf autorisation du maire, et qu’une infraction aux zones autorisées expose à une amende de 135 €. L’assurance responsabilité civile est également obligatoire.
Ce rappel change tout. Une trottinette au look de super-sportive n’a de sens commercial en France que si elle reste lisible comme EDPM conforme. Sinon, elle bascule vers un usage privé, démonstratif ou hors voirie ouverte. C’est d’ailleurs ce que montre le marché hautes performances : selon la boutique française de Segway, la GT3 Pro n’est utilisable que sur terrains privés.
Mon avis est net : tant que le cadre français reste bloqué à 25 km/h sur voie publique, le design peut monter en gamme, mais la promesse de « performance » doit rester surtout esthétique.
Contexte marché : la micro-mobilité mûrit, et le design redevient un levier
La bonne nouvelle pour ce type de concept, c’est que le marché européen n’en est plus au stade purement expérimental. Selon Micro-Mobility for Europe, les opérateurs ont enregistré en 2025 plus de 353 millions de trajets en trottinettes partagées et plus de 640 millions de kilomètres parcourus en Europe. L’organisation indique aussi une baisse de 24 % du risque de blessure par million de trajets en trottinette partagée depuis 2021.
Ces chiffres comptent pour une raison simple : quand un marché gagne en maturité, il cesse d’acheter seulement une fonction. Il commence à arbitrer sur le confort, la qualité perçue, l’identité visuelle et la différenciation. C’est exactement l’espace que ce concept tente d’ouvrir. Pas celui de la fiche technique brute, mais celui de la désirabilité.
La source d’origine formulait ce point de manière intuitive. Les données de marché lui donnent enfin un socle plus solide : la trottinette n’est plus un gadget urbain marginal. Elle devient une famille produit installée, donc disponible pour un vrai travail de design industriel.
Cas d’usage concret : à qui parlerait vraiment une trottinette de ce genre ?
Pas à l’utilisateur qui cherche le meilleur rapport équipement/prix. Pas non plus au citadin qui porte sa machine quatre étages sans ascenseur. Le public le plus crédible serait plutôt celui du premium urbain : acheteur de vélo cargo haut de gamme, conducteur de scooter électrique design, amateur de belles mécaniques ou utilisateur qui veut un objet statutaire pour des trajets courts et visibles.
Dans ce cadre, le concept a du sens. Sur un parking privé d’entreprise, dans un paddock, dans un campus fermé, à l’entrée d’un salon ou comme navette image pour l’hôtellerie haut de gamme, son style apporte une valeur immédiate. Sur une piste cyclable française à 25 km/h, l’écart entre l’allure promise et la réalité d’usage serait beaucoup plus brutal.
C’est là que le projet dit quelque chose de juste sur la micro-mobilité actuelle : il existe un espace pour des trottinettes plus désirables, mais cet espace ne se confond pas avec celui du transport quotidien rationnel.
Verdict design : brillant sur la forme, encore vide sur le produit
Cette étude de Sayem Ameer réussit là où beaucoup de concepts échouent : elle impose une silhouette mémorable en quelques images. La coque continue, la queue arrière affûtée, la signature LED, le contraste blanc/noir et les détails rouges forment un ensemble cohérent. Le projet comprend bien que la référence à Ferrari ne tient pas à un badge, mais à une discipline de dessin.
Mais un bon rendu ne suffit pas à faire une bonne trottinette. Face à des modèles bien réels comme la NIU KQi 300X, la Xiaomi Electric Scooter 4 Ultra ou la Segway GT3 Pro, ce concept reste muet sur l’essentiel : poids, batterie, puissance, autonomie, charge, pliage, maintenance et conformité. Non communiqué, donc non jugeable sur le plan fonctionnel.
Reste une idée forte. La trottinette électrique n’a pas à rester un objet neutre, purement utilitaire et visuellement jetable. Si un constructeur veut reprendre ce chantier sérieusement, il devra garder l’ambition formelle du concept, puis accepter la discipline du réel : réglementation, réparabilité, poids et sécurité. C’est à cette condition qu’une trottinette inspirée par le design automobile pourra dépasser le stade du salon pour entrer sur la route.
Source de référence
Service-Public.fr – circulation à trottinette électrique
Mon avis :
Concept visuellement fort : la silhouette monobloc, la poupe tendue et les étriers rouges donnent une vraie identité, rare sur un marché d’engins génériques. Mais l’exercice reste peu crédible en usage réel : carénage fermé, grande longueur et absence de pliage visible pénaliseraient portabilité, maintenance et stationnement urbain.





