Le Ministère pour la Transition Écologique et le Reto Démographique (MITECO) lance une consultation publique pour établir la première enchère d’éolien marin en Espagne. Cette initiative, ouverte du 4 au 24 février 2026, vise à définir les conditions de déploiement des futurs parcs éoliens en eaux espagnoles.
Le Ministère pour la Transition Écologique et le Défi Démographique (MITECO) a lancé une consultation publique préalable pour concevoir la première enchère d’éolien en mer en Espagne. C’est l’étape administrative nécessaire pour commencer à définir comment, où et dans quelles conditions seront déployés les premiers parcs éoliens marins commerciaux dans les eaux espagnoles.
Cette initiative s’adresse aux entreprises, administrations, entités sociales et citoyens intéressés, qui pourront soumettre leurs propositions entre le 4 et le 24 février 2026 via un formulaire disponible sur le site du Ministère. Leurs contributions serviront à étoffer l’ordre ministériel qui établira les bases de la procédure de concurrence compétitive, c’est-à-dire le modèle d’enchère selon lequel les projets seront attribués.
Un cadre réglementaire novateur pour l’éolien en mer
La consultation s’inscrit dans le Décret Royal 962/2024, du 24 septembre, qui régule la production d’énergie à partir de sources renouvelables dans des installations situées en mer. Ce décret crée une procédure unique de concurrence compétitive qui permet de décider, lors d’un seul appel d’offres, de trois éléments clés : le régime économique des projets, la réservation de capacité d’accès au réseau de transport électrique et la priorité dans l’octroi de l’occupation du domaine public maritime-terrestre.
Avec ce schéma, le gouvernement vise à éviter des démarches dispersées et à apporter plus de certitude aux promoteurs, car l’attribution de l’enchère sera liée à l’accès au réseau et à l’utilisation de l’espace maritime. L’ordre ministériel actuellement soumis à consultation sera celui qui détaillera les règles particulières de la première enchère : zones où il sera possible de concourir, taille des parcs, délais et critères d’évaluation.
Le déploiement devra s’ajuster aux Plans d’Aménagement de l’Espace Maritime (POEM), approuvés en 2023, qui délimitent les zones dites à fort potentiel pour l’éolien en mer. En dehors de ces zones, il ne sera pas possible d’installer des infrastructures, rendant la planification spatiale centrale dans tout le processus.
Le décret royal ouvre également la voie à ce que jusqu’à 30 % du score des offres réponde à des critères non purement économiques. Parmi ceux-ci figurent l’impact environnemental, l’opportunité industrielle, la compatibilité avec d’autres usages de la mer, l’innovation ou le soutien social aux projets, conformément aux exigences du règlement européen Net Zero Industry Act sur la durabilité, la cybersécurité et la capacité d’exécution.
Objectifs de puissance et contexte européen
La Feuille de Route de l’Éolien en Mer et des Énergies Marines, ainsi que la mise à jour du Plan National Intégré de l’Énergie et du Climat (PNIEC) 2023-2030, stipulent que l’Espagne devrait atteindre entre 1 et 3 gigawatts (GW) d’éolien en mer installé d’ici 2030. Cet objectif est conçu à la fois comme un outil de réduction du carbone et comme un levier pour consolider une chaîne de valeur industrielle propre. La Feuille de Route de l’Éolien en Mer sert de cadre à ces estimations.
Dans le reste de l’Europe, l’éolien en mer a avancé beaucoup plus rapidement : le continent a déjà environ 37 GW de puissance installée offshore, la majorité provenant de parcs à fondation fixe situés dans des eaux relativement peu profondes, notamment en mer du Nord et dans la Baltique. Le cas espagnol est différent, car la plus grande partie de la côte présente des fonds marins très profonds à faible distance de la côte.
Cette réalité géographique exige d’opter pour la technologie éolienne marine flottante, qui est encore moins mature et plus coûteuse que celle à fond fixe, mais qui ouvre une fenêtre d’opportunité pour que les entreprises espagnoles se placent sur un segment à fort potentiel international. Chantiers navals, fabricants de structures flottantes, ports et entreprises d’ingénierie accumulent déjà de l’expérience dans des projets pilotes tant en Espagne qu’à l’étranger.
Le secteur réclame depuis des mois d’accélérer la réglementation pour ne pas se laisser distancer par d’autres pays européens qui ont un avantage. L’ouverture de cette consultation publique est interprétée comme un mouvement clé pour débloquer un déploiement longtemps attendu, bien que les délais restent serrés : même avec une enchère en cours, les premiers parcs commerciaux pourraient prendre entre huit et dix ans avant de débuter leur opération. Le gouvernement cherche à accélérer la réglementation sans compromettre la qualité technique ou environnementale.
Questions posées lors de la consultation : zones, puissance et conception des parcs
Le questionnaire lancé par le MITECO aborde en premier lieu la sélection des zones de fort potentiel définies dans les POEM. Il demande aux participants d’indiquer quelles zones ils estiment les plus appropriées pour cette première procédure et s’il est préférable de choisir plusieurs zones concourant entre elles ou de concentrer l’effort sur une seule localisation.
L’ordre ministériel devra également établir la puissance à attribuer lors de cette première enchère et le design même du concours. Le Ministère interroge sur l’opportunité de mettre aux enchères un seul parc de grande taille dans une zone spécifique ou de répartir la puissance entre plusieurs parcs de plus petite taille. Cette décision soulève des questions telles que celle du signal envoyé à la chaîne d’approvisionnement, de la capacité réelle d’exécution et de l’impact sur le territoire.
Une autre question ouverte concerne la délimitation des exigences minimales que devront respecter les promoteurs pour participer. L’objectif affiché est d’augmenter au maximum le taux d’exécution des projets attribués, afin d’éviter que des installations gagnantes ne soient jamais construites pour des raisons de viabilité technique, financière ou de retards accumulés.
La consultation demande également des opinions sur la taille optimale des parcs, la puissance cible de chaque installation et la pertinence de structurer l’enchère en plusieurs lots. Ce design peut avoir un impact sur la concurrence entre entreprises, l’entrée de nouveaux acteurs et la distribution territoriale des projets à moyen terme.
Critères d’évaluation : au-delà du prix de l’énergie
Au-delà de la décision sur où et quelle puissance sera mise aux enchères, le Ministère propose également un débat sur les critères d’évaluation des offres. Dans le formulaire, il est demandé aux acteurs de classer par priorité des aspects tels que le prix offert de l’énergie, la minimisation de l’impact environnemental, l’opportunité industrielle, la compatibilité des usages avec des activités telles que la pêche, le soutien social et institutionnel et l’innovation technologique.
Le Décret Royal 962/2024 permet que jusqu’à 30 % du score total réponde à des critères non économiques. La consultation demande également si l’un de ces critères devrait devenir une condition obligatoire pour pouvoir participer, plutôt que d’être uniquement un élément qui ajoute des points à l’évaluation.
Conformément au Net Zero Industry Act, le document rappelle que les enchères de renouvelables dans l’Union Européenne doivent inclure des exigences concernant la conduite responsable des entreprises, la cybersécurité, la résilience de la chaîne d’approvisionnement, la capacité d’exécution et la contribution aux objectifs de durabilité. L’Espagne doit adapter son design des enchères à ce cadre, de sorte que l’opinion de l’industrie et d’autres acteurs puisse influencer la mise en œuvre de ces exigences.
Une autre question soumise à consultation est celle de la possibilité d’inclure des mécanismes d’investissement citoyen dans les projets attribués. Cela explorerait la possibilité que des parties du financement et des retours économiques puissent être distribuées entre des investisseurs locaux ou de petits épargnants, quelque chose qui a déjà été essayé dans d’autres pays pour augmenter l’acceptation sociale de grandes infrastructures renouvelables.
Il est également invité à proposer des exigences technologiques spécifiques qui pourraient être avantageuses pour des raisons environnementales ou industrielles : normes minimales d’efficacité, conditions sur la recyclabilité des composants, solutions pour réduire le bruit sous-marin ou d’autres mesures qui améliorent l’intégration avec l’environnement marin.
Régime économique, risques de marché et délais
Le bloc économique du questionnaire se concentre sur la façon de structurer le régime de soutien aux parcs éoliens marins. Il questionne sur les délais maximaux pour la mise en service des installations après l’attribution, ainsi que la durée du régime économique, un paramètre qui détermine l’énergie minimale et maximale mise aux enchères exigée des projets.
Dans ce contexte, le Ministère interroge sur la pertinence de indexer le prix d’attribution à des variables telles que le prix de l’acier ou du cuivre pendant la période allant de la résolution de l’enchère à l’entrée en opération des parcs. L’objectif serait de mieux gérer les risques liés à la volatilité des coûts des matériaux clés dans un secteur intensif en investissement.
Un autre sujet de préoccupation tant pour le régulateur que pour les promoteurs est celui des heures à prix nul sur le marché électrique, de plus en plus fréquentes dans les systèmes à forte pénétration renouvelable. La consultation demande des suggestions sur des stratégies pour minimiser l’impact de ces heures sur la viabilité économique des projets, par exemple, à travers certaines conceptions contractuelles ou des mécanismes complémentaires.
En ce qui concerne les délais procéduraux, le MITECO a précisé que les commentaires doivent être envoyés exclusivement via le formulaire en ligne et dans les vingt jours impartis, du 4 au 24 février 2026. En général, les contributions pourront être rendues publiques, sauf si l’expéditeur limite clairement quelles parties sont confidentielles.
Tout ce design s’articule dans le cadre d’une procédure de concurrence compétitive qui cherche à équilibrer le coût pour le système électrique, la sécurité juridique et la capacité d’exécution réelle des projets, dans un contexte où l’expérience internationale montre à la fois des succès et des difficultés dans le domaine de l’éolien en mer.
Impact industriel, emploi et rôle de l’Espagne dans l’éolien flottant
Au-delà du design réglementaire, la consultation est interprétée comme un coup d’envoi pour activer un secteur qui prépare le terrain depuis des années. Des études élaborées pour l’industrie estiment que l’éolien en mer flottant pourrait mobiliser des investissements de plusieurs milliards d’euros dans la prochaine décennie et générer des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects, notamment dans les chantiers navals, ports, fabrication de composants et services techniques spécialisés.
L’Espagne dispose déjà d’une chaîne de valeur notable dans l’éolien en mer flottant. Des entreprises publiques et privées ont participé à la conception et la construction de plates-formes, à la fabrication d’éoliennes et à des projets internationaux. De plus, des aides européennes ont été accordées pour adapter les infrastructures portuaires et soutenir des projets pilotes permettant de valider la technologie dans des conditions réelles d’exploitation.
Parallèlement, le gouvernement a alloué des fonds provenant de programmes tels que le PERTE des énergies renouvelables pour soutenir la R&D, les prototypes et les adaptations logistiques. De nombreuses demandes préliminaires et consultations d’impact environnemental pour des projets répartis sur différents littoraux sont également sur la table, bien que tout développement effectif dépendra des résultats des futures enchères.
Dans le contexte européen, l’engagement espagnol envers l’éolien flottant intervient à un moment où certains marchés montrent des signes de saturation ou d’incertitude. Le gouvernement cherche à positionner l’Espagne comme un destination attrayante pour les investissements offshore, en s’appuyant sur des ressources éoliennes abondantes, une expérience industrielle et un alignement avec les objectifs climatiques et énergétiques de l’Union Européenne.
Avec l’ouverture de cette consultation publique préalable, le MITECO fait un pas décisif pour organiser l’expansion de l’éolien en mer dans les eaux espagnoles, en définissant des règles du jeu qui allient compétitivité économique, protection de l’environnement, acceptation sociale et retour industriel. Ce qui sera résolu maintenant en termes de zones, de puissance à attribuer, de critères d’évaluation et de régime économique marquera le rythme auquel pourra progresser la première génération de parcs offshore en Espagne et, en grande partie, le rôle que le pays jouera dans l’éolien marins européen dans les années à venir.
Mon avis :
La consultation publique initiée par MITECO pour les subventions d’éolien marin en Espagne représente une avancée significative, favorisant la structuration d’un secteur à fort potentiel. Cependant, la complexité des nouvelles régulations et la nécessité d’une technologie flottante, encore émergente, posent aussi des défis pour les investisseurs face à la concurrence européenne.
Les questions fréquentes :
Quelle est l’objectif de la consultation publique sur l’éolien marin en Espagne ?
Le ministère pour la Transition Écologique et le Reto Démographique (MITECO) a lancé une consultation publique pour concevoir la première enchère d’éolien marin en Espagne. Cette initiative vise à déterminer les modalités, emplacements et conditions pour l’implantation des premiers parcs éoliens marins commerciaux en eaux espagnoles.
Qui peut participer à la consultation publique ?
La consultation est ouverte aux entreprises, administrations, entités sociales et aux citoyens intéressés. Ils pourront soumettre leurs propositions entre le 4 et le 24 février 2026 via un formulaire en ligne sur le site du ministère.
Quelles nouvelles régulations sont introduites pour l’éolien marin ?
La consultation s’inscrit dans le cadre du Real Decreto 962/2024, qui établit un processus unique de concurrence compétitive pour l’attribution des projets d’éolien marin. Ce décret vise à simplifier les démarches administratives et à offrir plus de certitude aux promoteurs concernant l’accès au réseau électrique et l’utilisation de l’espace maritime.
Quels critères seront pris en compte pour évaluer les projets ?
Le MITECO propose d’évaluer les offres non seulement sur le prix de l’énergie, mais aussi sur des critères tels que l’impact environnemental, la compatibilité avec d’autres activités maritimes, et l’innovation technologique. Jusqu’à 30 % des points pourraient être attribués à ces critères non économiques, renforçant l’importance de la durabilité dans le choix des projets.








