À Brescia, le futur hôpital signé CRA-Carlo Ratti Associati, Park Associati et Politecnica Building for Humans prévoit 60 500 m², plus de 745 lits et un investissement d’environ 262 352 427 € pour réinventer le soin autour de la nature, selon le principe One Health.
À Brescia, le futur hôpital se pense comme un campus de santé ouvert sur la ville
Le projet lauréat du nouveau Main Hospital et du Children’s Hospital de Brescia ne cherche pas à rendre l’hôpital plus spectaculaire. Il cherche à le rendre plus supportable au quotidien. C’est une différence de taille. Porté par CRA-Carlo Ratti Associati, Park Associati et Politecnica Building for Humans, avec Openfabric, DOTDOTDOT, Eckersley O’Callaghan et Studio Mattioli, le projet a été officialisé début juillet 2026 à Brescia, dans un cadre très institutionnel, en présence du président de la Région Lombardie, Attilio Fontana, selon l’ASST Spedali Civili di Brescia.
L’idée directrice est simple : sortir du modèle de l’hôpital-bunker. Le groupement gagnant parle d’une approche One Health, qui relie santé humaine, environnement et organisation sociale. Sur le papier, beaucoup de projets de santé disent la même chose. Ici, ce principe est traduit en plan masse, en circulation, en lumière, en jardins et en logistique. Selon CRA-Carlo Ratti Associati, les patients, les soignants et les visiteurs traversent autant des paysages que des bâtiments.
Le plan repart de l’histoire du site au lieu de l’effacer
Le projet ne rase pas l’existant pour poser un objet autonome. Il reprend la logique du plan radial imaginé au début du XXe siècle par l’ingénieur Angelo Bordoni pour les Spedali Civili. Selon CRA-Carlo Ratti Associati, cette trame à noyau hexagonal sert de base à une relecture beaucoup plus poreuse du campus hospitalier.
C’est, à mon sens, le point le plus solide du dossier. Beaucoup d’hôpitaux neufs promettent de mieux fonctionner mais tournent le dos au tissu urbain. Ici, le schéma inverse domine : trois ailes principales s’ouvrent vers la ville, un lobby vitré crée un seuil public, et une nouvelle place relie l’équipement à son environnement immédiat. Le geste n’est pas décoratif. Il dit que l’hôpital reste une infrastructure publique, pas un monde à part.
Selon CRA-Carlo Ratti Associati, les pavillons historiques du site doivent aussi être reconvertis progressivement pour des usages académiques, de recherche et d’innovation. Ce point ajoute une couche absente de nombreux articles de reprise : le projet ne se limite pas à des lits et à des blocs, il recompose un écosystème associant soin, enseignement et recherche autour de l’Université de Brescia.
Des chiffres déjà lourds pour un projet encore en amont
Les données publiées donnent déjà une idée de l’échelle. Selon CRA-Carlo Ratti Associati, le nouveau complexe hospitalier doit livrer environ 60 500 m² d’espaces cliniques pour plus de 745 lits. La construction doit démarrer en 2028. Le coût annoncé dans la source initiale est d’environ 300 millions de dollars, soit 262 467 000 € au taux de référence de la Banque centrale européenne du 10 juillet 2026 (1 € = 1,1430 USD).
Deux métriques dérivées permettent de mieux lire ce budget. D’abord, le coût théorique ressort à environ 4 338 € par m² clinique, sur la base de 262 467 000 € pour 60 500 m². Ensuite, on obtient un ratio d’environ 352 305 € par lit, sur la base de 262 467 000 € pour 745 lits. Ces calculs restent indicatifs, car le budget détaillé et le périmètre exact des travaux annexes sont non communiqués.
Autre indicateur utile : le fameux CareRing, l’anneau de desserte et de paysage, dépasse un kilomètre selon CRA-Carlo Ratti Associati. Si l’on rapporte le budget global à cette seule longueur, on arrive à environ 262 467 € par mètre linéaire. Ce ratio n’a évidemment pas de valeur de devis, mais il rappelle une chose : ici, l’infrastructure de circulation est traitée comme une pièce centrale du projet, pas comme un simple appendice technique.
La nature n’est pas un décor, elle sert le fonctionnement du bâtiment
Le discours sur la nature dans l’architecture hospitalière peut vite tomber dans le cliché. Ce projet évite en partie cet écueil parce qu’il relie les espaces verts à des usages précis. Selon CRA-Carlo Ratti Associati, les chambres visent un meilleur rétablissement grâce à la lumière naturelle, au confort acoustique, à des proportions équilibrées et à des vues directes sur le paysage. Les extrémités des ailes intègrent aussi des jardins d’hiver vitrés qui prolongent l’expérience du dehors dans le bâtiment.
Ce parti pris est cohérent avec la littérature scientifique récente. Une revue rapide publiée en 2026 dans Frontiers in Public Health conclut que les stratégies biophiliques en milieu hospitalier — vues sur la végétation, jardins de soin, lumière du jour, matériaux naturels — sont associées à une baisse du stress, à une meilleure récupération émotionnelle, à une amélioration du sommeil et à une meilleure satisfaction des patients. Une revue de portée publiée sur PubMed souligne aussi que les jardins de santé sont utilisés dans des configurations variées, du jardin thérapeutique au jardin sensoriel, avec des bénéfices documentés pour les patients, les visiteurs et le personnel.
Autrement dit, Brescia ne vend pas seulement une image verte. Le projet s’inscrit dans une tendance plus large de l’architecture hospitalière fondée sur des preuves, même si l’impact final dépendra de l’exécution, de l’entretien et de l’accessibilité réelle de ces espaces.
Le Children’s Hospital cherche une autre grammaire spatiale
Le pôle pédiatrique ne copie pas le bâtiment principal. Selon CRA-Carlo Ratti Associati, il adopte trois volumes cylindriques interconnectés, de hauteurs différentes, autour de terrasses, de cours et de jardins. L’argument avancé est clair : une géométrie plus douce, plus facile à lire, plus adaptée à la perception des enfants.
Je trouve ce choix plus pertinent que les solutions pédiatriques qui misent uniquement sur la couleur ou le décor. Ici, la forme sert l’orientation et l’ambiance. L’atrium d’entrée regroupe des aires de jeu, des espaces de consultation et des zones de rassemblement pour les familles. Le bâtiment veut ressembler moins à un service fermé qu’à un lieu partagé, plus lisible et moins anxiogène.
Ce n’est pas un détail. Dans les établissements pédiatriques les plus avancés, la qualité d’usage repose autant sur la gestion du stress familial que sur la technique médicale. Le fait d’intégrer des cours intérieures, des terrasses et des zones communes dans la structure même du projet va dans ce sens.
Le CareRing est la vraie pièce maîtresse du projet
L’élément le plus singulier reste le CareRing. Selon CRA-Carlo Ratti Associati, cet anneau extérieur de plus d’un kilomètre unifie l’ensemble du campus. En sous-sol, il accueille les flux logistiques, les infrastructures techniques et les services hospitaliers. Au niveau du sol, il devient un paysage public planté qui relie places, jardins thérapeutiques et corridors verts.
C’est sans doute la meilleure idée du projet parce qu’elle règle plusieurs problèmes en une seule opération. Elle sépare les flux critiques des usages publics. Elle améliore potentiellement la sécurité et l’efficacité interne. Elle donne aussi une continuité lisible au site. Enfin, elle apporte une réponse urbaine : le parc n’est pas ajouté après coup, il est posé sur l’infrastructure.
Selon CRA-Carlo Ratti Associati, cette couche paysagère doit aussi soutenir la biodiversité et améliorer le microclimat du site. L’affirmation est crédible dans son principe, mais les performances détaillées restent non communiquées à ce stade : essences plantées, surfaces désimperméabilisées, volumes d’eau gérés sur site, ou objectifs thermiques précis.
Une structure hybride pensée pour évoluer, pas seulement pour être livrée
Le futur hôpital mise sur une structure mixte bois-acier avec des techniques d’assemblage à sec, selon la source de départ et la présentation de CRA-Carlo Ratti Associati. L’intérêt est double. D’un côté, le chantier peut théoriquement réduire une partie du carbone incorporé et gagner du temps de montage. De l’autre, la modularité facilite les reconfigurations futures.
C’est une approche plus lucide que les projets figés sur vingt ans. Les plateaux hospitaliers vieillissent vite, surtout côté imagerie, chirurgie, logistique et numérique. Un bâtiment qui accepte la transformation part avec un avantage structurel. Selon CRA-Carlo Ratti Associati, cette modularité a été pensée pour suivre l’évolution des technologies médicales et des modèles de soin.
Un autre point nouveau absent de nombreux papiers de reprise mérite d’être noté : la façade a été développée avec Eckersley O’Callaghan pour combiner contrôle solaire, réduction de l’éblouissement, vues extérieures et apport de lumière naturelle, selon CRA-Carlo Ratti Associati. Ce n’est pas un gadget de façade. Dans un hôpital, la qualité lumineuse conditionne autant le confort que la charge thermique.
Une couche numérique discrète, mais stratégique
Le projet n’affiche pas une surenchère techno. C’est plutôt une bonne nouvelle. Selon CRA-Carlo Ratti Associati, DOTDOTDOT développe une couche numérique discrète pour le guidage intelligent, la gestion des flux et le suivi environnemental sur le campus.
Dit autrement, le numérique n’est pas présenté comme une vitrine. Il sert trois tâches concrètes : orienter, fluidifier, mesurer. Dans un ensemble de cette taille, c’est crucial. Un hôpital mal signalé perd du temps médical, crée du stress et dégrade l’expérience patient. Si cette promesse est tenue, la valeur ne viendra pas d’un écran de plus, mais d’une baisse des frictions dans le parcours quotidien.
Comment Brescia se situe face à d’autres hôpitaux centrés sur le paysage
Pour juger le projet, il faut le sortir de sa communication. Deux comparaisons aident à le positionner. D’abord, Khoo Teck Puat Hospital à Singapour, souvent cité pour son modèle de “hospital in a garden”. Selon NHG Health, l’établissement compte 795 lits et revendique lui aussi un environnement de soin fortement adossé à la végétation. Brescia, avec plus de 745 lits selon CRA-Carlo Ratti Associati, se place donc quasiment au même ordre de grandeur en capacité, avec un écart d’environ 6,3 % seulement par rapport à Khoo Teck Puat.
Deuxième comparaison : New Karolinska Solna en Suède. Selon une présentation de projet diffusée par Skanska, le complexe représente 330 000 m² de surface brute totale pour environ 730 lits d’hospitalisation. Brescia reste bien plus compact sur la partie clinique annoncée, avec 60 500 m² pour plus de 745 lits selon CRA-Carlo Ratti Associati. La comparaison n’est pas strictement homogène, car les périmètres de surface diffèrent, mais elle montre un point : Brescia ne joue pas la carte du gigantisme démonstratif. Il mise davantage sur une compacité clinique articulée à un campus paysager.
On peut aussi regarder le cas d’Alder Hey Children’s Hospital au Royaume-Uni. Selon la Care Quality Commission, l’hôpital dispose de 246 lits. Le futur ensemble pédiatrique de Brescia n’annonce pas, à ce stade, de capacité autonome détaillée pour son seul bâtiment enfants : non communiqué. En revanche, la comparaison rappelle que la stratégie “hôpital-parc” n’est plus marginale en Europe, surtout dans les projets pédiatriques et universitaires.
Ce que le projet ajoute au marché hospitalier italien
Le dossier de Brescia arrive dans un contexte où les systèmes de santé doivent à la fois moderniser leur bâti, réduire leur empreinte carbone et absorber des parcours de soin plus complexes. En Italie, ce triptyque est particulièrement délicat : une partie du parc hospitalier reste ancienne, les contraintes énergétiques augmentent, et les attentes autour de la qualité d’accueil progressent.
Selon l’ASST Spedali Civili di Brescia, l’établissement s’est classé 14e en Italie dans le palmarès World’s Best Hospitals 2026 de Newsweek. Ce n’est pas une donnée de performance architecturale, mais elle éclaire le niveau d’exposition du projet : il ne s’agit pas d’un petit centre local, mais d’un acteur hospitalo-universitaire déjà visible.
Le vrai enjeu sera moins de “faire nature” que de tenir la promesse d’un hôpital plus lisible, plus flexible et moins stressant. Sur ce point, Brescia coche plusieurs cases rarement réunies : une structure évolutive, une dissociation nette des flux, un campus relié à la ville, un pôle pédiatrique distinct, et une intégration explicite de la recherche et de l’enseignement.
Ce qu’on sait déjà, et ce qui reste non communiqué
Les éléments confirmés sont solides : lancement public du projet le 2 juillet 2026 selon l’ASST Spedali Civili di Brescia, démarrage des travaux annoncé pour 2028 selon plusieurs sources institutionnelles et de presse, environ 60 500 m² cliniques, plus de 745 lits, une logique One Health, une structure hybride bois-acier, et un anneau fonctionnel et paysager de plus d’un kilomètre selon CRA-Carlo Ratti Associati.
En revanche, plusieurs données manquent encore pour une lecture technique complète : coût total confirmé en euros côté maître d’ouvrage, ventilation entre bâtiment principal et hôpital pédiatrique, cible énergétique détaillée, certification environnementale éventuelle, calendrier de phasage fin, nombre de blocs opératoires, capacité des urgences, part exacte des surfaces de recherche, et budget affecté à la reconversion des pavillons historiques. Sur tous ces points, il faut écrire les choses proprement : non communiqué.
Pourquoi ce projet mérite de l’attention
Ce futur hôpital de Brescia ne se distingue pas parce qu’il ajoute des arbres sur des rendus. Il intéresse parce qu’il traite l’architecture hospitalière comme une question de flux, de climat, de lisibilité et de fatigue mentale. C’est plus concret. C’est aussi plus difficile à réussir.
Si le chantier tient ses promesses, Brescia pourrait livrer un cas d’école européen : un hôpital qui ne cherche pas seulement à mieux soigner, mais à réduire une partie de la violence ordinaire que les bâtiments hospitaliers imposent encore trop souvent à leurs usagers.
Source autoritative : la fiche projet officielle de CRA-Carlo Ratti Associati
Mon avis :
Concept fort et crédible : le CareRing sépare flux logistiques et usages publics tout en créant un parc continu, ce qui améliore lisibilité et expérience. Ma réserve porte sur la promesse budgétaire : 300 000 000 $ valent environ 262 352 941 €, un montant tendu pour 60 500 m², 745 lits et une construction hybride aussi ambitieuse.





