Des chiens extraordinaires transforment notre compréhension de l’intelligence canine et de l’apprentissage linguistique. Des recherches menées en Europe révèlent que certains d’entre eux peuvent mémoriser jusqu’à 300 mots, associant des noms d’objets à leur contexte, tout comme les enfants humains. Découvrez ces résultats fascinants et leurs implications.

Chiens surdoués qui apprennent des mots en écoutant des conversations

Certains chiens domestiques défient les normes de l’intelligence canine et de l’apprentissage du langage humain. Un petit groupe d’animaux a prouvé qu’il pouvait mémoriser les noms de dizaines, voire de centaines de jouets, et, fait encore plus étonnant, incorporer de nouveaux mots simplement en écoutant des conversations entre humains, sans qu’on leur parle directement.

Quels chiens participent et pourquoi sont-ils si spéciaux ?

Les protagonistes de cette recherche ne sont pas des chiens ordinaires qui obéissent à des ordres basiques comme "assis", "couché" ou "au parc". Ce sont des animaux à qui leur famille a appris, de manière informelle et ludique, le nom d’une vaste collection de jouets et d’objets domestiques.

Parmi les cas les plus remarquables, on trouve Finja, une chienne berger allemande qui reconnaît environ 160 jouets ; Shira, une chienne croisée secourue qui distingue près de 300 noms ; et Miso, un border collie de six ans capable d’identifier près de 200 objets par leur nom. S’ajoutent également d’autres chiens comme Augie, Harvey, Oscar, Mugsy ou Squall, tous ayant un vocabulaire largement supérieur à celui de la plupart des chiens de compagnie.

Ces animaux ont été classés par les scientifiques comme des "chiens surdoués pour l’apprentissage des mots" ou "Gifted Word Learner dogs". Bien qu’ils ne représentent pas une race spécifique, beaucoup d’entre eux appartiennent à des races reconnues pour leur intelligence, comme le border collie et le berger allemand. Des représentants d’autres races, telles que le labrador ou le berger australien miniature, montrent que ce phénomène repose davantage sur des individus exceptionnels qu’une prédisposition raciale généralisée.

Les chercheurs soulignent que cette capacité est extrêmement rare. La majorité des chiens, même parmi ces races, n’atteint pas un tel niveau de vocabulaire ou d’association précise des noms d’objets.

L’équipe scientifique et le projet Genius Dog Challenge

La recherche a été coordonnée par Shany Dror et une équipe de spécialistes en comportement animal de l’Université Eötvös Loránd (ELTE) à Budapest et de l’Université de Médecine Vétérinaire de Vienne. Les résultats ont été publiés dans la revue scientifique Science, l’une des plus prestigieuses au monde.

Ce travail fait partie du projet international Genius Dog Challenge, dédié à l’étude des chiens présentant un talent exceptionnel pour apprendre les noms d’objets. L’objectif est de mieux comprendre les processus cognitifs qui permettent à certains chiens de gérer un vocabulaire aussi large et comment cela pourrait être lié à la manière dont les humains développent leur langage.

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Les chercheurs ont sélectionné une dizaine de chiens pour ces expériences, qui avaient déjà démontré dans des études précédentes qu’ils connaissaient des dizaines, voire des centaines de noms de jouets. Ce ne sont pas des chiens "blancs" mais plutôt des animaux ayant une mémoire verbale très développée.

Comment apprennent-ils des mots : comparaison avec les jeunes enfants

Chez les humains, aux alentours de 18 mois, les enfants commencent à incorporer de nouveaux mots non seulement quand quelqu’un leur parle directement, mais aussi en écoutant des conversations entre adultes. Ils observent les personnes qui parlent, suivent leur regard, détectent des gestes et des signaux communicatifs, et en déduisent quelle parole correspond à quel objet ou action.

Les études révèlent que quelque chose de très similaire se produit avec ces chiens surdoués. Les auteurs concluent que leurs compétences sociocognitives leur permettent d’apprendre des étiquettes verbales à partir d’interactions directes tout comme de dialogues entre tiers, où l’animal n’est pas le destinataire direct du message.

Les expériences montrent que, tout comme les jeunes enfants, ces chiens sont capables d’extraire des informations pertinentes de la scène sociale : ils prêtent attention à ce que font leurs propriétaires, aux objets qu’ils manipulent et aux mots qui se répètent, pour ensuite les associer correctement.

Cette capacité place les chiens étudiés à un niveau d’apprentissage similaire à celui d’enfants de 18 à 23 mois. Bien qu’évidemment, les chiens n’ont pas de langage complexe ni de grammaire comme les humains, ils semblent partager certains mécanismes de base pour lier les mots aux objets.

Premier expérience : enseignement direct contre écoute passive

Lors d’une phase initiale, les chercheurs ont voulu déterminer dans quelle mesure ces chiens pouvaient apprendre de nouveaux noms dans deux contextes différents : l’un basé sur une interaction directe et l’autre sur l’écoute passive de conversations humaines.

Pour cela, les propriétaires ont présenté à leurs chiens deux jouets inconnus, leur attribuant un nom à chacun. Au cours de plusieurs sessions courtes, ils ont parlé de ces objets et répété leurs noms tout en interagissant directement avec l’animal, comme cela se fait généralement lors de l’enseignement d’un commandement ou d’un tour.

Chaque chien a entendu le nom de chaque nouveau jouet pendant environ huit minutes au total, réparties en petites sessions semblables à un jeu quotidien. Puis, les jouets ont été placés dans une autre pièce et les chiens ont été invités à aller chercher un objet spécifique par son nom, comme par exemple "Peux-tu apporter Teddy ?".

En parallèle, un protocole similaire a été répété, mais cette fois en mode écoute passive. Les propriétaires discutaient avec une autre personne au sujet des mêmes jouets, les nommant à plusieurs reprises sans se tourner ni s’adresser au chien. Dans certains cas, l’animal était même séparé physiquement dans une autre partie de la maison, n’entendant que la conversation sans y participer.

Le résultat fut surprenant : sept des dix chiens ont été capables d’apprendre les nouveaux noms enseignés, avec un taux de réussite élevé dans les deux scénarios. Lorsqu’ils ont appris directement, ils ont réussi environ 80 % du temps ; lors de l’écoute passive, leurs succès ont atteint les 100 % dans ce petit groupe d’animaux.

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Deuxième expérience : mots sans voir l’objet et séparation temporelle

Pour aller plus loin, l’équipe a conçu un second type de test où il y avait une séparation temporelle entre le nom et le jouet. C’est-à-dire que le chien voyait l’objet à un moment donné, mais le nom n’était prononcé que lorsqu’il n’était plus dans son champ de vision.

Dans ce cas, les propriétaires montraient préalablement le jouet aux chiens, permettant de le sentir ou de le regarder brièvement. Ensuite, l’objet était placé à l’intérieur d’un cube ou hors de la vue de l’animal. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’ils commençaient à prononcer le nom de l’objet pendant une conversation avec une autre personne.

Ce procédé imitait les situations courantes de la vie humaine, où les gens parlent de choses qui ne sont pas physiquement présentes. C’était un test plus exigeant, car le chien devait garder en mémoire l’objet qu’il avait vu auparavant et le relier à un mot qu’il entendait plus tard.

Malgré cette difficulté, la plupart de ces chiens surdoués ont réussi à associer correctement le nouveau mot avec le jouet correspondant. Après quelques jours, lorsque l’on leur demandait d’aller chercher l’objet par son nom, beaucoup d’entre eux l’apportaient sans hésitation.

Dans certains cas, les chercheurs ont également constaté que les animaux se souvenaient de ces associations deux semaines après, indicatif d’un apprentissage stable.

Apprentissage passif à domicile sans entraînement formel

Une caractéristique clé de cette étude est que les tests n’ont pas été réalisés dans un laboratoire traditionnel, mais dans les propres maisons des chiens. Les familles ont suivi les instructions des scientifiques, mais dans des environnements quotidiens, sans protocoles d’entraînement complexes ni sessions intensives de récompense.

Les interactions étaient conçues comme des jeux habituels entre le propriétaire et le chien, ou des conversations normales entre personnes, où les noms des jouets à évaluer étaient répétés. Ainsi, l’expérience ressemblait beaucoup à la dynamique de tout foyer où l’on parle fréquemment à un chien.

Pour s’assurer que l’apprentissage provenait réellement de l’écoute passive et non de gestes ou de signaux involontaires, les propriétaires devaient éviter de regarder le chien, de pointer les objets, ou de lui parler** pendant qu’ils mentionnaient les jouets dans les conversations privées.

Les chercheurs ont répété les tests avec différentes combinaisons de mots et de jouets pour exclure que les résultats soient dus au hasard. La constance des succès a renforcé la conclusion que ces chiens intégraient réellement les nouvelles étiquettes de manière authentique.

De plus, leur performance a été comparée à celle d’autres chiens de la même race, en particulier les border collies, qui n’avaient pas acquis un vocabulaire étendu. Chez ces chiens "non surdoués", il n’y avait pas de preuves claires d’apprentissage des mots dans les mêmes conditions, soulignant ainsi l’exceptionnalité des individus sélectionnés.

Ce que cette étude nous dit sur la cognition canine et humaine

Les résultats de l’étude, publiés dans Science et relayés par des agences comme Europa Press et EFE, indiquent que les humains ne sont pas la seule espèce capable d’apprendre de nouvelles étiquettes verbales en observant des interactions extérieures. Dans des conditions adéquates, certains chiens peuvent également y parvenir.

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Selon les auteurs, cela suggère que les bases sociocognitives permettant l’apprentissage des mots — telles que prêter attention ensemble, interpréter l’intention communicative et extraire des informations de conversations tierces — pourraient ne pas être exclusives à notre espèce.

Dans les humains, ces mécanismes ont été raffinés jusqu’à développer un langage complexe, tandis qu’ils semblent s’exprimer de manière limitée chez les chiens, mais restent néanmoins surprenants.

Limitations et possibilités : peut-on généraliser ces résultats ?

Les auteurs de l’étude soulignent que les chiens impliqués dans la recherche avaient un historique très particulier : ils connaissaient déjà des dizaines ou des centaines de noms de jouets avant de participer aux expériences. Cela signifie qu’ils avaient montré pendant des années un intérêt et une aptitude exceptionnels à associer des mots à des objets.

Des essais parallèles avec des chiens sans ce bagage, même au sein des mêmes races, n’ont pas révélé le même niveau de performance. Les scientifiques parlent donc de "capacité extrêmement rare", qui émerge de manière isolée dans différentes familles, pays et contextes, probablement influencée par une combinaison de génétique, d’environnement et de motivation.

À ce jour, il reste à déterminer si ce talent peut être développé chez des chiens jugés "normaux" par le biais de programmes d’entraînement spécifiques, ou s’il est limité à ces cas exceptionnels. Ce qui paraît cependant évident, c’est que la majorité des chiens peuvent apprendre un certain nombre de mots et de commandes, surtout lorsqu’ils sont utilisés de manière cohérente au quotidien.

Sur le plan pratique, l’équipe suggère que, pour les chiens présentant un intérêt particulier pour les jouets et les mots, il peut être bénéfique de continuer à jouer à nommer des objets, alterner les jeux de recherche et renforcer positivement lorsqu’ils réussissent. Ainsi, on stimule une capacité qui, dans certains cas, pourrait dépasser nos attentes.

Mon avis :

Des études récentes montrent que certains chiens, tels que Finja et Shira, peuvent apprendre des centaines de mots en écoutant des conversations humaines, ce qui suggère une intelligence comparable à celle d’un enfant de 18 mois. Cependant, cette capacité est exceptionnelle et ne s’applique pas à la majorité des chiens, soulignant à la fois le potentiel cognitif limité et l’importance de l’interaction sociale dans l’apprentissage canin.

Les questions fréquentes :

Quels types de chiens participent à l’étude ?

Les chiens impliqués dans cette étude sont des animaux qui ont été formés par leurs familles à mémoriser le nom de nombreux jouets et objets du quotidien. Parmi eux, des exemples marquants incluent Finja, qui reconnaît environ 160 jouets, et Shira, qui en distingue environ 300. Ces chiens ne se limitent pas à des obéissances de base et sont considérés comme des "chiens superdotés pour l’apprentissage de mots".

Pourquoi certains chiens sont-ils capables d’apprendre de nouveaux mots ?

La capacité d’apprentissage de ces chiens est semblable à celle des enfants humains de 18 à 23 mois. Ils apprennent non seulement par des interactions directes, mais aussi par l’écoute des conversations entre humains. Leur aptitude à associer des mots à des objets est due à des compétences sociocognitives développées.

Qu’est-ce que le projet Genius Dog Challenge ?

Le projet Genius Dog Challenge est une initiative internationale dédiée à l’étude des chiens capables d’apprendre des noms d’objets de manière exceptionnelle. Il a été coordonné par des chercheurs de l’Université Eötvös Loránd en Hongrie et de l’Université de Médecine Veterinaire de Vienne. L’objectif est de mieux comprendre les processus cognitifs qui permettent à certains chiens de maîtriser un vocabulaire étendu.

Tous les chiens peuvent-ils apprendre de cette manière ?

Non, tous les chiens ne peuvent pas acquérir ces compétences. Les animaux de l’étude avaient déjà un intérêt marqué pour apprendre des mots. Des tests réalisés sur d’autres chiens n’ayant pas ce bagage n’ont pas montré le même niveau de performance. Ainsi, cette capacité semble être exceptionnellement rare et dépend de divers facteurs, notamment la génétique et l’environnement.

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