Avec sept modules en acier galvanisé, les Solar Rain Funnels de Michael Jantzen combinent récupération d’eau de pluie, production solaire et assises ombragées dans une seule structure modulaire. Pensé pour les zones soumises au stress hydrique, ce concept de place publique mutualise enfin confort urbain et infrastructures durables.
Des entonnoirs solaires pensés comme une vraie infrastructure climatique
Le concept Solar Rain Funnels, imaginé par Michael Jantzen, part d’une idée simple : arrêter de traiter l’ombre, l’eau et l’électricité comme trois couches techniques séparées. Ici, la même structure fait les trois. Chaque module adopte une forme d’entonnoir en acier galvanisé, large en partie haute, resserré vers la base. Cette géométrie capte l’eau de pluie, porte des cellules solaires sur son pourtour supérieur et crée, au niveau du sol, une zone assise ombragée grâce à un banc circulaire intégré. Selon la fiche projet publiée sur Archinect, l’ensemble est modulaire, préfabriqué et assemblé sur site par sections boulonnées. Le projet montré en référence aligne sept unités au-dessus d’une place publique.
Le point fort du dessin, c’est sa cohérence. La forme ne cherche pas à paraître durable : elle remplit directement ses fonctions. L’eau est guidée vers des canaux de collecte, l’électricité solaire alimente le pompage de l’eau stockée ainsi que l’éclairage nocturne, et le surplus peut être injecté dans le réseau local, selon la description du projet sur Archinect. Le concept reste à ce stade non construit, information également indiquée par Archinect. Autrement dit, on parle d’une proposition crédible sur le papier, mais pas encore validée par un chantier, des coûts d’exploitation ou des retours d’usage réels.
Ce que la source d’origine ne disait pas clairement
La version initiale décrivait bien l’objet, mais laissait plusieurs zones floues. D’abord, aucune puissance photovoltaïque n’est communiquée pour un entonnoir, ni pour l’ensemble à sept modules. Même chose pour la surface exacte de collecte d’eau, la hauteur, le diamètre, la capacité de stockage, le débit de pompage, l’autonomie batterie, le poids ou le coût d’installation : non communiqué. C’est une limite importante, car sans ces données il est impossible d’évaluer précisément le rendement du système ou son retour sur investissement.
Ensuite, la promesse “collecter de l’eau + produire de l’énergie + offrir de l’ombre” n’est pas unique en soi. Ce qui distingue vraiment Solar Rain Funnels, c’est l’intégration formelle des trois fonctions dans une seule pièce. Là-dessus, le concept est plus net que beaucoup de mobiliers urbains “verts” qui ajoutent un panneau solaire sur une structure déjà conçue pour autre chose. Mon avis est clair : la proposition est pertinente, mais elle doit maintenant sortir du registre visuel pour entrer dans celui des performances mesurables.
Le vrai contexte : chaleur urbaine et stress hydrique avancent ensemble
Le projet vise juste sur le diagnostic. Selon l’OMS, la pénurie d’eau affecte 40 % de la population mondiale, et jusqu’à 700 millions de personnes pourraient être déplacées à cause de la sécheresse d’ici 2030. L’organisation rappelle aussi que 55 millions de personnes sont touchées par les sécheresses chaque année. Ce cadre donne du sens à des équipements capables de récupérer localement l’eau de pluie plutôt que d’envoyer chaque épisode pluvieux dans le réseau sans valorisation.
Sur la chaleur urbaine, l’EPA américaine rappelle que les arbres et la végétation ont un effet de refroidissement naturel et que l’ombrage reste l’un des leviers les plus directs pour limiter l’effet d’îlot de chaleur. Le point intéressant ici, c’est que Solar Rain Funnels ne cherche pas à remplacer la végétation, mais à la compléter dans les sites minéraux où planter grand est difficile, lent ou impossible. La source d’origine évoquait déjà des plantations sobres en eau entre les modules ; c’est probablement la bonne stratégie. Une structure métallique seule apporte du confort radiatif. Une structure + un sol végétalisé + de l’eau réutilisée forment une solution plus sérieuse.
Modularité : un bon signal, mais pas encore une preuve de compétitivité
Selon Archinect, chaque entonnoir arrive sur site en éléments préfabriqués et boulonnés. Ce point compte. En aménagement public, la préfabrication réduit en général la durée de chantier, simplifie le transport et limite une partie des aléas d’exécution. Le projet prévoit aussi un dimensionnement variable selon les sites : petit cluster pour un arrêt de transport ou angle de quartier, déploiement plus large pour une place civique ou un parc régional.
Cette logique modulaire rapproche le concept de solutions déjà visibles sur le marché de l’ombrière énergétique. Par exemple, 2ES commercialise le kiosque solaire Kiosun, une structure de 50 m² équipée d’une canopée photovoltaïque de 3 600 Wc, avec options de LED, Wi‑Fi, recharge d’appareils et récupération d’eau de pluie. La comparaison est utile : Kiosun existe réellement, avec une fiche produit, alors que Solar Rain Funnels ne publie pas encore de fiche technique équivalente. Mon avis est simple : l’idée de Jantzen est plus sculpturale et sans doute plus forte visuellement, mais 2ES est aujourd’hui plus avancé sur la preuve produit.
Comparaison avec des références concrètes du marché
Face à un kiosque solaire productif
Le Kiosun de 2ES annonce 50 m² de surface et 3 600 Wc de puissance photovoltaïque. Cela permet une première métrique dérivée : 72 Wc par m² de canopée (3 600 ÷ 50). Cette densité reste inférieure à celle d’une toiture photovoltaïque opaque classique, ce qui s’explique par le caractère semi-transparent de la canopée et la fonction d’abri public. C’est un repère intéressant : si Solar Rain Funnels veut rivaliser comme infrastructure énergétique, il devra publier une densité de puissance comparable ou expliquer son arbitrage en faveur de l’ombre et de la collecte d’eau.
Face à une grande canopée BIPV de transport
Autre point de comparaison : la référence ISSOL à El Centre del Món annonce environ 266 MWh d’électricité propre produite par an avec une puissance photovoltaïque totale de 3 600 Wc mentionnée sur la source consultée. En appliquant strictement ces chiffres publiés, on obtient une métrique dérivée de 73,9 kWh produits par Wc et par an, soit 73 889 kWh par kWc et par an. Cette valeur paraît anormalement élevée pour du photovoltaïque réel et signale probablement une différence d’échelle ou de périmètre dans la page consultée. Je préfère donc être factuel : le chiffre existe sur la source, mais il appelle une vérification technique complémentaire avant toute comparaison sérieuse avec Solar Rain Funnels.
Ce point montre exactement ce qui manque au projet de Jantzen : un tableau de performances unifié. Sans puissance nominale, sans productible annuel estimé et sans surface de collecte, impossible de comparer proprement.
L’eau de pluie : le concept est crédible, mais la capacité reste le nerf de la guerre
La récupération d’eau de pluie sous une place publique n’a rien de théorique. La Ville de Belfort a mis en place place de la République un système autonome avec des cuves enterrées totalisant 170 m³, dont 110 m³ pour l’eau de pluie destinée notamment à l’arrosage automatique, et 60 m³ pour le miroir d’eau en circuit fermé. L’eau y est traitée par filtration et UV. Cette référence change l’échelle du débat : pour qu’un aménagement climatique public soit utile, il faut penser stockage, traitement et usage final, pas seulement captation.
En appliquant une métrique dérivée purement illustrative au schéma à sept entonnoirs montré par Archinect, un volume équivalent à 110 m³ représenterait 15 714 litres par module si ce stockage était réparti à parts égales entre sept unités. Ce calcul ne décrit pas le projet Solar Rain Funnels lui-même, car sa capacité réelle est non communiquée. Il sert seulement à montrer l’ordre de grandeur nécessaire pour qu’un dispositif de place publique dépasse le stade symbolique.
Mon avis est net : sans volume de stockage communiqué, la promesse hydrique du concept reste incomplète. Dans les climats secs, quelques épisodes pluvieux intenses peuvent fournir beaucoup d’eau, mais encore faut-il avoir des cuves dimensionnées, un trop-plein géré et une eau affectée à des usages compatibles : arrosage, nettoyage, rafraîchissement paysager ou alimentation d’un miroir d’eau, selon les réglementations locales.
Le nerf du projet : combien coûterait une telle structure ?
Le coût officiel de Solar Rain Funnels n’est pas publié. Il faut donc rester prudent et écrire non communiqué. En revanche, le marché des ombrières photovoltaïques donne quelques repères. Selon Nova Mounting, le coût d’un carport solaire en Europe en 2026 se situe entre 1,80 € et 2,80 € par watt installé, avec des projets commerciaux à grande échelle qui peuvent descendre vers 1,60 € par watt. De son côté, Commercial Solar Canopy avance une fourchette de 900 à 1 400 £ par kWc installé au Royaume‑Uni, ainsi qu’environ 4 000 à 5 500 £ par place selon les cas. Les périmètres ne sont pas identiques, mais l’ordre de grandeur confirme un fait : ajouter de la structure, de la hauteur et des fonctions urbaines fait monter le coût bien au-dessus d’une centrale solaire au sol ou en toiture.
Si l’on convertit un repère simple issu de 2ES, soit 3 600 Wc pour Kiosun, une installation équivalente au coût bas de 1,80 € par watt représenterait environ 6 480 €, contre 10 080 € au coût haut de 2,80 € par watt. Ce calcul ne vaut que pour la partie photovoltaïque si l’on transpose la fourchette européenne d’ombrière, pas pour un ouvrage complet livré, fondé, éclairé et hydraulique. C’est précisément pour cela que le silence de Solar Rain Funnels sur le coût est problématique : l’objet additionne structure acier, assises, gestion d’eau, éclairage, batteries éventuelles et raccordement.
Où le concept peut vraiment fonctionner
Le meilleur terrain pour Solar Rain Funnels, ce ne sont pas les centres-villes déjà arborés. Ce sont les sites minéraux avec forte fréquentation piétonne et faible capacité d’ombrage naturel : parvis, places neuves, pôles de transport, cours d’équipements publics, fronts d’eau réaménagés, campus, zones touristiques sèches. Dans ces contextes, une structure qui offre en même temps de l’ombre, de la recharge, un éclairage autonome et un appoint d’eau pour des plantations sobres peut devenir utile rapidement.
La présence d’un banc circulaire intégré joue aussi en faveur du projet. Beaucoup d’ombrières énergétiques restent des objets techniques au-dessus d’un vide. Ici, l’assise force l’usage. C’est un bon choix. L’erreur fréquente des projets climatiques urbains, c’est d’oublier que l’acceptation passe par le confort d’usage avant la performance annoncée.
Les informations qui manquent encore avant de parler d’un produit mature
Pour passer du concept séduisant à une solution prescriptible par une collectivité, il manque au minimum cinq blocs de données.
1. La surface de captation d’eau par module : non communiqué.
2. La puissance photovoltaïque installée par module et par ensemble : non communiqué.
3. La capacité de stockage d’eau recommandée selon climat et usage : non communiqué.
4. Le coût d’investissement et les hypothèses de maintenance : non communiqué.
5. Les contraintes réglementaires et de raccordement selon les pays et les villes : non communiqué.
En France, la pose d’ombrières photovoltaïques peut relever d’autorisations d’urbanisme spécifiques selon la nature du projet, sa hauteur, son emprise et sa localisation, comme le rappelle Service-Public.fr. Pour une collectivité, cet aspect n’est pas secondaire : un beau concept qui complique fortement l’instruction ou la maintenance perd vite de son intérêt.
Verdict partiel : une bonne idée, mais encore sans preuve industrielle
Solar Rain Funnels coche plusieurs cases justes : multifonction, montage modulaire, confort d’usage, adaptation aux sites arides, intégration paysagère et lecture immédiate de la fonction. Sur le fond, le projet est plus cohérent que nombre de mobiliers urbains pseudo-durables. Mais il lui manque encore ce qui fait la différence entre une image d’architecture et une solution reproductible : des spécifications complètes, des ordres de coût, une capacité hydraulique documentée, une puissance solaire précise et un premier démonstrateur construit.
Tant que ces données n’existent pas, le projet reste une proposition forte, pas une référence technique. Et c’est la bonne manière de le lire.
Pour en savoir plus sur le concepteur, voir le site officiel de Michael Jantzen : https://www.michaeljantzen.com/
Mon avis :
Conceptuellement juste, ce mobilier mutualise bien ombrage, collecte d’eau et production solaire dans une forme simple et modulaire, ce qui renforce sa plausibilité. Sa vraie limite reste le rendement réel: sans données chiffrées sur surface active, stockage, maintenance et production électrique, l’intérêt urbain demeure surtout démonstratif.





