DJI a dégainé 2 plaintes le jour même du lancement de la Insta360 Luna Ultra, une caméra gimbal 8K co-développée avec Leica et vendue 666 €, avant qu’Insta360 ne riposte en 24 heures avec 2 actions en justice. Une guerre des brevets qui change d’échelle.
Le jour du lancement, DJI a choisi l’attaque frontale
Le lancement de la Insta360 Luna Ultra n’aura pas eu le temps de vivre une journée normale. Le 10 juin 2026, au moment même où la marque présentait sa nouvelle caméra gimbal 8K co‑développée avec Leica, DJI a dégainé deux plaintes pour contrefaçon de brevets aux États‑Unis. L’offensive vise clairement la famille Luna, que le groupe accuse de reprendre des éléments clés de la lignée Osmo Pocket.
Le fond du dossier est simple à résumer. Selon DJI, Luna Ultra ne se contente pas d’entrer sur le même segment : elle empiète sur des brevets de design et sur des brevets d’usage liés au suivi de sujet, au contrôle de la nacelle, à l’orientation de la caméra, aux comportements de stabilisation et aux fonctions de verrouillage. Le message est limpide : DJI veut défendre la catégorie qu’il estime avoir structurée depuis l’Osmo Pocket lancé en 2018.
Le timing, lui, ne doit rien au hasard. Quand une action judiciaire tombe le jour d’un lancement produit, elle vise aussi la perception du marché. Sur ce point, DJI a réussi son coup : le récit produit a immédiatement basculé vers un récit juridique.
Insta360 a répondu en moins de 24 heures
La réplique n’a pas traîné. Le 11 juin 2026, Insta360 a déposé à son tour deux plaintes devant le tribunal fédéral de l’Eastern District of Texas, avec demande de procès devant jury selon la plainte consultable. L’une des actions cible l’Osmo 360. L’autre vise plus largement l’écosystème Osmo et Ronin de DJI.
Selon la plainte d’Insta360, les produits visés exploiteraient des technologies couvertes par plusieurs brevets américains sur le contrôle d’une caméra stabilisée, l’ajustement de la direction de prise de vue, ainsi que l’imagerie géolocalisée. Le document cite notamment le brevet US 8,938,161, délivré le 20 janvier 2015, et détaille aussi des griefs autour de fonctions GPS et de stabilisation, d’après la copie de la plainte publiée par PetaPixel.
Autre point sensible : Insta360 affirme avoir notifié DJI par écrit le 4 juin 2026 avant d’attaquer. La plainte soutient aussi que DJI connaissait déjà certains brevets, au moins depuis 2017 pour une partie d’entre eux. Si cette ligne tient devant le juge, elle peut peser sur l’évaluation d’une éventuelle contrefaçon délibérée et donc sur les dommages réclamés.
Autrement dit, on n’est plus face à un simple échange de communiqués. On est déjà dans une guerre procédurale structurée, avec demandes d’injonction, dommages et jury.
Luna Ultra vise le cœur du terrain Osmo Pocket
Le vrai sujet, c’est le produit. D’après la description d’origine et les fiches relayées au lancement, la Luna Ultra combine un capteur 1 pouce, une optique signée Leica, une stabilisation mécanique sur 3 axes, le suivi IA, un écran OLED détachable de 2 pouces et l’enregistrement 8K. Des médias ayant eu accès au produit évoquent aussi une caméra principale ouvrant à f/1.8, une vidéo 4K jusqu’à 120 i/s et une plage dynamique de 14 stops.
Ce positionnement n’a rien d’accidentel. Chez DJI, l’Osmo Pocket 4 démarre à 499 €, selon la boutique officielle DJI, avec capteur 1 pouce, vidéo 4K jusqu’à 240 i/s, 14 stops de dynamique, stabilisation 3 axes, zoom 2x sans perte, 107 Go de stockage interne et débits de transfert jusqu’à 800 Mo/s. DJI précise aussi que l’ActiveTrack mis à jour fonctionne jusqu’à un zoom 4x.
En clair, Insta360 n’a pas lancé une variation périphérique. La marque a attaqué le produit le plus emblématique de DJI dans l’univers créateur portable. Mon avis est net : ce n’est pas un test de marché, c’est une déclaration de guerre commerciale.
Sur la fiche technique, Insta360 joue la surenchère
Le premier écart mesurable, c’est la définition vidéo maximale. Luna Ultra monte en 8K quand l’Osmo Pocket 4 plafonne en 4K. En ratio pur, cela représente un multiplicateur de 2 sur l’intitulé de définition vidéo maximale. Ce chiffre ne dit pas tout sur la qualité finale, mais il dit beaucoup sur l’argument marketing.
Le deuxième écart, c’est le prix. La Luna Ultra est annoncée à 769,99 $ au lancement par plusieurs sources spécialisées ayant relayé la mise en vente officielle. Avec le taux de référence de la BCE au 12 juin 2026, soit 1 € = 1,1567 $, cela représente environ 666 €. Face aux 499 € demandés par DJI pour l’Osmo Pocket 4 standard, l’écart ressort à environ 167 €.
Deux métriques dérivées éclairent mieux ce positionnement :
- Luna Ultra coûte environ 54 % plus cher que l’Osmo Pocket 4 standard.
- Le rapport de prix est d’environ 1,54x en faveur de DJI : pour 1 € dépensé sur l’Osmo Pocket 4, il faut environ 1,54 € pour entrer chez Insta360 sur Luna Ultra.
Ce surcoût place d’emblée Luna Ultra sur une logique premium. Insta360 ne cherche pas le volume à prix cassé. La marque cherche à capter les créateurs qui veulent plus de définition, une signature Leica et un format pensé pour la captation mobile avancée.
Ce que l’article d’origine ne disait pas assez
Premier angle manquant : l’Osmo Pocket 4 apporte lui aussi un vrai saut produit. Selon DJI, il embarque un nouveau capteur CMOS empilé de 1 pouce, différent de celui de l’Osmo Pocket 3, et il peut enregistrer environ 220 minutes de vidéo 4K/60 fps grâce à ses 107 Go internes. Ce point compte, car la bataille ne se joue pas seulement sur les brevets, mais aussi sur l’endurance et le flux de travail.
Deuxième angle : l’Osmo 360, visé par Insta360, n’est pas un produit anecdotique dans la gamme DJI. Sur sa fiche officielle, DJI annonce jusqu’à 100 minutes d’enregistrement continu en 8K/30 i/s et jusqu’à 190 minutes en 6K 360°. La marque rappelle aussi qu’il s’agit de sa première caméra à deux capteurs carrés 4000 x 4000 capables de capturer de la 8K 360 native avec des pixels de 2,4 µm. Si Insta360 choisit ce produit comme cible, c’est parce qu’il représente l’entrée la plus directe de DJI sur son terrain historique.
Troisième angle : la relation entre Insta360 et Leica ne date pas de Luna Ultra. Selon Leica Camera AG, le partenariat stratégique entre les deux sociétés remonte à 2020. Leica rappelait déjà avoir co‑développé avec Insta360 la ONE R 1‑Inch Edition. Luna Ultra s’inscrit donc dans une continuité industrielle, pas dans un simple habillage marketing.
Quatrième angle : le contexte retail américain renforce mécaniquement l’intérêt du lancement. Insta360 vend déjà via des canaux comme Best Buy, tandis que DJI continue d’évoluer dans un environnement politique plus instable aux États‑Unis. Un document de la FCC publié le 6 mars 2026 rappelle d’ailleurs la modification de la Covered List intervenue le 22 décembre 2025 pour inclure l’ensemble des communications et fonctions de vidéosurveillance des drones DJI. Même si cela ne bloque pas à lui seul toute vente grand public, cela nourrit une incertitude durable autour de la marque sur le marché américain.
Cinquième angle : la guerre de brevets autour d’Insta360 ne commence pas avec DJI. Début 2026, l’entreprise est aussi sortie gagnante d’un dossier très suivi face à GoPro à l’ITC selon plusieurs médias spécialisés. Cela change la lecture du moment : Insta360 n’arrive pas comme un acteur fragile, mais comme une société déjà entraînée à défendre ses actifs techniques.
Une bataille de brevets, mais surtout une bataille d’écosystèmes
Le papier de départ avait raison sur un point central : les deux entreprises convergent. DJI est sorti du drone pur depuis longtemps. La marque vend aujourd’hui des caméras d’action, des micros, des stabilisateurs, des caméras 360 et tout un ensemble d’accessoires pour créateurs. Insta360 suit le chemin inverse : partie de la 360, elle s’est étendue vers l’action cam, les gimbals mobiles, les outils IA, les webcams et désormais la caméra gimbal premium.
Cette proximité produit explique la brutalité du conflit. Quand deux fabricants vendent des objets voisins, le brevet sert souvent de levier tactique. Il protège, bien sûr. Mais il ralentit aussi l’adversaire, perturbe ses revendeurs, fragilise ses campagnes marketing et peut peser sur ses stocks si une injonction tombe.
À mon sens, c’est là que le dossier devient majeur : l’enjeu ne porte plus seulement sur une silhouette de produit ou sur un algorithme de suivi. Il porte sur la place de plateforme de référence pour les créateurs mobiles.
Les usages concrets montrent pourquoi le segment vaut désormais si cher
Le format pocket gimbal n’est plus un gadget de niche. Il répond à des usages très précis : vlog face caméra, captation verticale pour TikTok et Reels, plans marchants stabilisés, interviews légères, travel content, backstage événementiel et production quasi instantanée pour les créateurs solo. C’est exactement pour cela que l’écran rotatif ou détachable, le suivi automatique et l’audio multicanal comptent autant.
DJI pousse cet angle avec son Osmo Pocket 4 via l’ActiveTrack, le zoom 2x sans perte et la sortie audio 4 canaux. Insta360, de son côté, pousse la différenciation via la 8K, le design modulaire avec écran détachable et l’image co‑signée Leica. Les deux approches répondent au même métier : produire vite, seul, avec un niveau d’image exploitable sans rig lourd.
Vu sous cet angle, la guerre judiciaire n’est pas abstraite. Elle touche au produit que de nombreux créateurs utilisent comme caméra principale de terrain.
Le marché donne du poids à Insta360
Le rapporté marché manque souvent dans ce type de sujet, alors qu’il change tout. D’après des chiffres relayés après publication du rapport mondial 2025 d’IDC par 36Kr et repris par Longbridge, les ventes mondiales de caméras panoramiques auraient dépassé 1,212 milliard de dollars en 2025, en hausse de 88 % sur un an. Le même ensemble de données attribue à Insta360 une part de 66 % sur le segment des caméras panoramiques et 57 % sur les thumb cameras.
Ces chiffres doivent être lus avec prudence car ils nous parviennent via une reprise de presse financière, pas directement depuis un PDF IDC ouvert ici. Mais ils confirment au minimum une chose : Insta360 n’est plus un outsider exotique. C’est un acteur déjà dominant sur plusieurs sous‑segments, avec les moyens d’attaquer la poche créateur haut de gamme de DJI.
Le plus frappant, finalement, c’est que chaque société attaque l’autre là où elle veut croître. DJI vise la caméra gimbal pocket d’Insta360. Insta360 vise l’Osmo 360 et des systèmes de stabilisation DJI. Personne ne tire au hasard.
Les chiffres qui résument le duel à ce stade
Luna Ultra : 8K, capteur 1 pouce, stabilisation 3 axes, écran OLED détachable de 2 pouces, prix de lancement d’environ 666 € après conversion au taux BCE du 12 juin 2026.
Osmo Pocket 4 : 4K/240 i/s, capteur 1 pouce, 14 stops, zoom 2x sans perte, 107 Go internes, transfert jusqu’à 800 Mo/s, prix public de 499 € selon DJI.
Osmo 360 : 8K/30 pendant jusqu’à 100 minutes, 6K 360 jusqu’à 190 minutes, double capteur carré 4000 x 4000, pixels de 2,4 µm selon DJI.
Écart de prix Luna Ultra vs Osmo Pocket 4 : +54 %.
Écart de positionnement vidéo maximal Luna Ultra vs Osmo Pocket 4 : 2x sur la définition annoncée.
Le reste se jouera au tribunal. Mais sur le terrain produit, le constat est déjà clair : DJI et Insta360 ne se croisent plus à la marge. Ils se disputent désormais le même utilisateur, au même moment, avec des machines de plus en plus proches.
Source d’autorité : DJI Store
Mon avis :
La Luna Ultra frappe juste sur le fond produit : capteur 1 pouce, 8K, optique Leica et écran détachable forment une vraie alternative premium au Pocket, à un tarif élevé mais cohérent d’environ 670 € pour 769,99 $. Sa limite est immédiate : le lancement est parasité par une guerre de brevets qui fragilise sa lisibilité commerciale.





