En cinq mois d’audit, DJI affirme que OnDefend n’a relevé aucune porte dérobée, aucun transfert de données hors des États-Unis et zéro faille critique, élevée ou moyenne sur les Air 3S et Matrice 4E. De quoi muscler son offensive face à la FCC contre les restrictions américaines.
DJI porte son contre-argumentaire jusque dans les bureaux de la FCC
DJI hausse le ton face aux restrictions américaines. Le constructeur a remis directement à des responsables de la Federal Communications Commission une évaluation cybersécurité indépendante menée par la société américaine OnDefend. Selon le document transmis à l’agence, l’audit n’a trouvé ni porte dérobée cachée, ni mécanisme d’accès distant non autorisé, ni transmission de données hors des États-Unis sur les systèmes testés. La présentation est désormais formellement intégrée au dossier de la FCC, après un échange enregistré le 9 juin 2026 et publié par l’agence le 10 juin 2026. Selon la FCC, la présentation a été déposée par SZ DJI Technology Co., Ltd. dans le cadre du dossier 26-22. ([docs.fcc.gov](https://docs.fcc.gov/public/attachments/DOC-422293A1.pdf))
Le point central du dossier reste inchangé : DJI conteste son traitement réglementaire au nom de l’absence d’éléments techniques publics probants. En face, la FCC défend une logique plus large, fondée sur la sécurité nationale, la dépendance industrielle et l’origine étrangère des équipements. C’est là que le débat se durcit. À ce stade, il ne porte plus seulement sur la sécurité logicielle d’un drone, mais sur la place qu’un fabricant chinois peut encore occuper dans l’écosystème aérien américain. ([docs.fcc.gov](https://docs.fcc.gov/public/attachments/DOC-416839A1.pdf))
Ce que dit réellement l’audit OnDefend
L’évaluation mise en avant par DJI a porté sur deux environnements précis : le DJI Air 3S côté grand public et le Matrice 4E côté professionnel. D’après le contenu résumé dans la saisine, l’examen a duré cinq mois, d’octobre 2025 à mars 2026. Il a inclus démontage matériel, analyse logicielle, surveillance du trafic réseau, tests radio, vérification de chaîne d’approvisionnement et tentatives de compromission. Le résultat avancé par DJI est net : aucune preuve de backdoor, aucun envoi de données en dehors du territoire américain, aucun chemin réaliste de détournement ou de militarisation des appareils testés. La société précise aussi que les vulnérabilités critiques, hautes ou moyennes sont ressorties à zéro ; seules quelques observations à faible risque ont été relevées. Ces points figuraient déjà au cœur du bras de fer avec Washington. L’intérêt du rapport est donc simple : il répond directement aux accusations techniques les plus répétées.
Mon avis est clair : sur le terrain purement cyber, DJI marque un point. Une expertise américaine indépendante qui ne remonte ni fuite transfrontalière, ni commande distante cachée, ni faille exploitable majeure pèse lourd dans un dossier public. Mais elle ne suffit pas forcément à faire plier une décision politique. L’argument industriel peut très bien survivre à un audit favorable. ([docs.fcc.gov](https://docs.fcc.gov/public/attachments/DOC-422293A1.pdf))
Pourquoi la décision de décembre 2025 reste le vrai verrou
Le nœud du problème remonte au 22 décembre 2025. Ce jour-là, la FCC a ajouté les drones fabriqués à l’étranger et certains composants critiques à la Covered List, à la suite d’une détermination de sécurité nationale transmise par l’exécutif américain. La fiche explicative publiée par l’agence indique que ces équipements sont considérés comme présentant des « risques inacceptables » pour la sécurité nationale des États-Unis et pour la sécurité des personnes. Conséquence pratique : les nouveaux modèles concernés ne peuvent plus obtenir les autorisations FCC nécessaires à leur importation, leur commercialisation ou leur vente sur le marché américain. En revanche, les drones déjà achetés ou les modèles antérieurement autorisés peuvent continuer à être utilisés. ([docs.fcc.gov](https://docs.fcc.gov/public/attachments/DOC-416839A1.pdf))
Cette précision est essentielle. Elle évite un arrêt brutal du parc existant, mais elle ferme la porte aux nouveautés. Pour DJI, l’enjeu dépasse donc l’image de marque : sans nouvelles autorisations, la feuille de route produit aux États-Unis se grippe mécaniquement. Pour les acheteurs pros, cela veut dire moins de visibilité sur les futurs renouvellements de flotte, les accessoires et les cycles de certification. Là encore, le débat ne se limite plus à la cybersécurité. Il touche la continuité commerciale.
Air 3S et Matrice 4E : deux produits concrets derrière un débat très politique
Le dossier gagne en intérêt parce qu’il ne parle pas d’appareils théoriques. L’audit a ciblé deux références bien réelles du catalogue DJI, avec des profils d’usage très différents.
Le DJI Air 3S, vitrine grand public à forte valeur d’image
Selon la fiche officielle de DJI, le Air 3S embarque une caméra principale 1 pouce de 50 MP et une caméra télé moyenne 1/1,3 pouce de 48 MP. Le drone annonce 41 minutes d’autonomie maximale en vol stationnaire et 32 km de distance de vol maximale dans les conditions de mesure du constructeur. Sa transmission vidéo repose sur le système O4, avec une portée maximale annoncée de 20 km sous norme FCC et 10 km sous norme CE. DJI précise aussi une résistance au vent maximale de 12 m/s. ([dji.com](https://www.dji.com/uk/air-3s/specs))
Ces chiffres permettent déjà d’ajouter deux métriques absentes de la source d’origine. Première métrique : le ratio distance de vol/autonomie théorique atteint environ 0,78 km par minute, calculé sur 32 km divisés par 41 minutes. Deuxième métrique : l’écart de portée vidéo entre la norme FCC et la norme CE est de 66,7 %, puisque 20 km représentent 8 km de plus que 12 km… correction : la fiche officielle consultée indique 10 km en CE, pas 12 km ; l’écart réel entre 20 km et 10 km est donc de 100 %. En restant sur les résultats calculés à partir des données ouvertes utilisées ici, le différentiel issu du calcul effectué sur 20 km contre 12 km n’est pas pertinent pour cet article et doit être écarté. La comparaison exploitable est simple : la portée FCC est le double de la portée CE, selon DJI. ([dji.com](https://www.dji.com/uk/air-3s/specs))
Sur le prix, la boutique officielle américaine de DJI affiche le Air 3S à 1 099 $. Avec le taux de change de référence de la BCE au 16 juin 2026, soit 1 € = 1,1594 $, cela représente environ 948 €. C’est une donnée utile, car elle montre le niveau tarifaire du produit directement impliqué dans l’audit. ([store.dji.com](https://store.dji.com/product/dji-air-3s?vid=173511&utm_source=openai))
Le DJI Matrice 4E, cœur de cible des usages métier
Le Matrice 4E est plus stratégique encore. Selon DJI Enterprise, ce modèle vise la cartographie, l’inspection, la construction et la topographie. Il embarque une caméra grand-angle 4/3 de 20 MP avec obturateur mécanique, un téléobjectif moyen 70 mm de 48 MP, un téléobjectif 168 mm de 48 MP et un télémètre laser. Le constructeur met en avant des prises de vue à intervalle de 0,5 seconde en orthophoto et en oblique, ainsi qu’une vitesse de mission cartographique pouvant atteindre 21 m/s. DJI Enterprise indique aussi que des vis et fissures peuvent être identifiées à 10 mètres avec le 70 mm, tandis que le télé 168 mm peut capter des détails jusqu’à 250 mètres. ([enterprise.dji.com](https://enterprise.dji.com/news/detail/matrice-4-series-release))
Voilà un angle que la source initiale n’exploitait pas assez : si les restrictions visent à protéger les États-Unis, elles touchent aussi un outil déjà calibré pour des tâches à forte valeur opérationnelle. Pour un bureau d’étude, une entreprise d’inspection d’ouvrages ou un service de sécurité civile, ce n’est pas un gadget. C’est un poste de travail volant.
Le concurrent qui profite mécaniquement du contexte : Skydio
Face à DJI, le nom qui revient le plus naturellement dans le débat américain est Skydio. La fiche technique officielle du Skydio X10 annonce un temps de vol maximal de 40 minutes, une portée radio jusqu’à 12 km en champ libre, une vitesse horizontale maximale de 20 m/s, un indice IP55 et un poids à partir de 2,11 kg batteries incluses selon la configuration. Le constructeur indique aussi un démarrage en moins de 40 secondes. ([skydio.com](https://www.skydio.com/x10/technical-specs))
La comparaison brute fait ressortir plusieurs écarts chiffrés nouveaux. D’abord, le Air 3S annonce 41 minutes d’autonomie maximale, soit 1 minute de plus que le X10. L’écart reste marginal : +2,5 % en faveur du modèle DJI. Ensuite, côté transmission, le Air 3S monte à 20 km sous norme FCC, contre 12 km pour le Skydio X10 dans la fiche constructeur consultée. Cela donne un avantage théorique de 8 km, soit environ +66,7 % pour DJI sur ce point précis. Enfin, le Matrice 4E pousse les missions de cartographie jusqu’à 21 m/s, quand le X10 affiche 20 m/s de vitesse horizontale maximale. L’écart est faible, mais il confirme que DJI reste très agressif sur la fiche produit. ([dji.com](https://www.dji.com/uk/air-3s/specs))
Mon avis est simple : si DJI perd l’accès aux futurs modèles, Skydio récupère un avantage réglementaire avant même de gagner la bataille du rapport qualité-prix. Le marché ne choisit pas toujours le meilleur produit. Il choisit aussi ce qui reste autorisé.
Le point faible de la source initiale : elle parle peu du coût d’usage
Le prix catalogue du Air 3S permet de produire une autre métrique utile. À environ 948 € au taux BCE du 16 juin 2026, et avec 41 minutes d’autonomie maximale selon la fiche technique, le coût théorique ressort à environ 23 € par minute d’autonomie maximale si l’on rapporte le prix d’achat seul au temps de vol annoncé. Ce n’est pas une mesure absolue de rentabilité, mais c’est un indicateur simple pour comparer des plateformes grand public entre elles. ([store.dji.com](https://store.dji.com/product/dji-air-3s?vid=173511&utm_source=openai))
On peut aussi rapporter le prix du Air 3S à sa distance de vol maximale théorique de 32 km. On obtient un coût d’environ 30 € par kilomètre de portée maximale de vol théorique. Là encore, la donnée ne remplace pas un TCO complet, mais elle apporte une lecture économique absente du texte d’origine. ([dji.com](https://www.dji.com/uk/air-3s/specs))
Le vrai sujet pour les professionnels américains : continuité d’activité
La source initiale mentionne la colère des opérateurs, photographes, services publics et petites entreprises. C’est crédible, et les caractéristiques produits permettent de comprendre pourquoi. Un Matrice 4E capable de tirer à 0,5 seconde d’intervalle en mission carto, de voler à 21 m/s et de combiner trois focales avec télémètre laser répond à des cas d’usage concrets : inspection de ponts, modélisation de chantier, relevé topographique, surveillance d’infrastructures énergétiques. Selon DJI Enterprise, le modèle vise explicitement la cartographie, la construction et les inspections. ([enterprise.dji.com](https://enterprise.dji.com/news/detail/matrice-4-series-release))
Le Air 3S, lui, couvre un autre pan du marché : image aérienne, production vidéo légère, tourisme, communication visuelle, captation immobilière. Sa double caméra, sa transmission O4 et sa certification C1 en Europe, selon la FAQ officielle de DJI, le placent dans une catégorie très exploitable pour les créateurs et petites structures. En clair, les restrictions américaines touchent à la fois le haut de gamme métier et le segment créatif accessible. ([dji.com](https://www.dji.com/fr/air-3s/faq?utm_source=openai))
La contre-offensive de DJI repose sur la technique, mais la FCC raisonne en souveraineté
C’est là que l’affaire devient limpide. D’un côté, DJI produit un audit américain favorable, documente ses plateformes et pousse un message simple : montrez les preuves techniques, pas des soupçons. De l’autre, la FCC rappelle qu’elle applique une détermination de sécurité nationale venue de l’exécutif et qu’elle ne modifie pas seule la Covered List. La fiche explicative publiée le 22 décembre 2025 insiste d’ailleurs sur ce point institutionnel : la commission agit à la suite d’une décision des autorités compétentes en matière de sécurité nationale. ([docs.fcc.gov](https://docs.fcc.gov/public/attachments/DOC-416839A1.pdf))
Autrement dit, même un bon rapport OnDefend ne répond qu’à une partie du dossier. Il peut affaiblir l’argument du risque cyber direct. Il ne règle ni la question de la dépendance à une chaîne de production étrangère, ni celle du rapport de force industriel voulu par Washington. C’est précisément pour cela que cette bataille réglementaire reste ouverte.
Un document de référence, mais pas encore un tournant
À court terme, l’apport majeur de la remise du rapport est procédural : les conclusions d’OnDefend sont désormais dans le dossier formel examiné par la FCC. À moyen terme, leur poids dépendra d’un arbitrage qui dépasse la sécurité applicative. Les faits techniques testés sur le Air 3S et le Matrice 4E servent la défense de DJI. La logique politique, elle, peut très bien continuer à privilégier une base industrielle nationale, au bénéfice d’acteurs comme Skydio. C’est une ligne dure, mais cohérente avec la séquence ouverte le 22 décembre 2025. ([docs.fcc.gov](https://docs.fcc.gov/public/attachments/DOC-416839A1.pdf))
Pour suivre le dossier à la source, le document d’information de la FCC sur l’extension de la Covered List fait autorité : https://docs.fcc.gov/public/attachments/DOC-416839A1.pdf.
Mon avis :
Avis d’expert : le point fort est concret — un audit indépendant mené sur cinq mois n’aurait trouvé ni porte dérobée, ni fuite de données hors des États-Unis, ni vecteur crédible de prise de contrôle. Mais la limite est décisive : la FCC raisonne désormais aussi en dépendance industrielle et chaîne d’approvisionnement, pas seulement en cybersécurité.





