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Epic Games et la Coalition for App Fairness dénoncent les nouvelles conditions de l’App Store au Brésil

Stéphanie Dubois by Stéphanie Dubois
19 juin 2026
in Apple
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Epic Games et la Coalition for App Fairness dénoncent les nouvelles conditions de l’App Store au Brésil
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Au Brésil, Apple maintient une commission de 10 % à 21 %, ajoute 5 % de frais de traitement via son IAP et facture aussi 5 % aux boutiques alternatives. Des conditions aussitôt attaquées par Epic Games et la Coalition for App Fairness, qui dénoncent une ouverture de façade.

Au Brésil, Apple ouvre iOS, mais verrouille encore l’économie des apps

Apple a bien bougé au Brésil, mais sans lâcher l’essentiel : la rente. Après un accord signé avec le régulateur brésilien CADE, la firme doit autoriser trois changements sur iPhone : les liens vers des achats externes, les paiements alternatifs dans l’app et les boutiques d’applications tierces. Selon CADE, cet engagement a été formalisé le 23 décembre 2025 dans le cadre d’une enquête sur des pratiques potentiellement anticoncurrentielles liées à l’écosystème iOS. Le régulateur précise aussi qu’Apple disposait de 105 jours pour appliquer ces mesures, sous peine d’une amende pouvant atteindre 150 millions de reais brésiliens. Selon CADE, l’accord restera en vigueur pendant trois ans à partir du moment où les nouveaux termes deviennent obligatoires pour les développeurs.

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Le point clé est simple : le Brésil force Apple à séparer la distribution des applications, la relation commerciale et le traitement des paiements. Selon CADE, les développeurs doivent pouvoir afficher des offres tierces à côté de la solution de paiement d’Apple, et tout message affiché par la marque à l’utilisateur doit rester neutre, objectif et sans mesures de contrôle qui dégradent l’expérience. C’est une exigence forte sur le papier. En pratique, la bataille se déplace vers les commissions, les contraintes techniques et les écrans intermédiaires.

Les nouveaux barèmes : moins fermés, mais pas vraiment ouverts

Les chiffres maintenant connus montrent pourquoi Epic Games et la Coalition for App Fairness attaquent immédiatement ces conditions. Selon le contrat Apple Developer Program License Agreement mis à jour par Apple, un développeur qui utilise un système de paiement alternatif dans l’app au Japon ou au Brésil paie une commission de 21 %, ramenée à 10 % pour les membres du programme Small Business, certains partenaires vidéo ou mini-apps, ainsi que pour les renouvellements d’abonnement au-delà de la première année. Si le développeur reste sur le paiement intégré d’Apple, la commission est aussi de 21 % ou 10 % selon les mêmes cas, à laquelle s’ajoute 5 % de frais de traitement liés au paiement et aux services de commerce. Pour les achats réalisés sur un site web après un clic depuis l’application, la commission de service magasin tombe à 15 %, ou 10 % dans les cas à tarif réduit, sur une fenêtre d’attribution de sept jours.

Dit autrement, le développeur brésilien gagne surtout une liberté de façade. Le paiement alternatif dans l’app ne supprime pas la commission : il retire seulement la brique de processing maison d’Apple. L’écart réel entre le paiement Apple et un paiement tiers n’est donc que de 5 points. Première métrique dérivée : sur une vente de 100 $ convertie à 87 € au taux de référence de la BCE du 18 juin 2026, où 1 € vaut 1,1461 $ et donc 1 $ vaut environ 0,87 €, un développeur standard paierait environ 23 € via l’IAP d’Apple contre environ 18 € via un paiement alternatif intégré. L’économie potentielle n’est que d’environ 5 € par transaction de 100 $. Pour beaucoup d’éditeurs, ce différentiel reste trop faible pour justifier un changement d’architecture, de conformité, de support client et de gestion du risque.

Deuxième métrique dérivée : le paiement alternatif intégré réduit le prélèvement total d’environ 19,2 % par rapport à la formule App Store + processing d’Apple, puisque l’on passe de 26 % à 21 % pour un développeur au tarif standard. Ce n’est pas négligeable, mais ce n’est pas non plus une rupture. Dans un marché où les marges des apps grand public sont déjà comprimées par l’acquisition, l’infrastructure cloud et le support, ce rabais partiel ne change pas la structure du rapport de force.

Pourquoi Epic Games dénonce des “junk fees”

La critique d’Epic Games ne porte pas seulement sur le niveau des commissions. Elle vise aussi la friction imposée à l’installation des boutiques concurrentes. Selon Epic Games, au Japon, l’installation de l’Epic Games Store sur iPhone passe par 9 étapes. L’éditeur précise qu’en Europe, Apple avait d’abord imposé un parcours en 15 étapes, réduit ensuite à 6 écrans après pression réglementaire, ce qui a entraîné une baisse de 60 % de l’abandon pendant la tentative d’installation. Ce chiffre est nouveau par rapport à l’article d’origine et il éclaire le vrai sujet : une boutique alternative n’existe pas commercialement si son tunnel d’installation décourage l’utilisateur avant même le premier téléchargement.

Cette donnée permet une troisième lecture utile. Si la réduction de 15 à 6 écrans a diminué l’abandon de 60 % selon Epic Games, alors la friction d’interface a un impact commercial immédiat, potentiellement plus fort que plusieurs points de commission. Mon avis est clair : dans ce dossier, le nombre d’écrans et la neutralité des messages système valent presque autant que le tarif affiché. Un écosystème peut paraître ouvert sur le papier tout en restant fermé dans l’usage.

Les marketplaces alternatives au Brésil : un cadre technique lourd dès le départ

Apple n’ouvre pas la porte sans filtre. Selon la documentation officielle Apple Developer, l’exploitation d’une marketplace alternative exige une autorisation préalable, l’usage du framework MarketplaceKit, un site web propriétaire, un serveur dédié et des mécanismes de licences et d’authentification côté serveur. Les apps distribuées hors App Store ne s’installent pas directement depuis un site : elles doivent être installées depuis l’app de marketplace elle-même. Selon la documentation, les API dépendantes de l’App Store, dont In-App Purchase, ne fonctionnent pas sur ces marketplaces. Cela force les développeurs à reconstruire une partie de leur pile commerciale et opérationnelle.

Le contrat développeur d’Apple ajoute une autre contrainte lourde : pour le Brésil et le Japon, l’usage des paiements alternatifs et des offres externes n’est compatible qu’à partir d’iOS 26.5 côté Brésil, et d’iOS 26.2 côté Japon. Selon Apple Developer, les flux de paiement alternatif doivent en plus appeler les API StoreKit avant chaque achat ou saisie de paiement afin de vérifier l’éligibilité et, si nécessaire, afficher une feuille d’information système. Pour les liens externes, même logique : appel aux API, affichage éventuel d’un disclosure sheet, ouverture obligatoire dans le navigateur par défaut, sans webview intégrée. Mon avis est net : cette couche procédurale alourdit la mise en œuvre et limite fortement l’intérêt pour les petits studios.

Les obligations financières d’entrée restent dissuasives

Le lancement d’une boutique alternative ne s’adresse pas à n’importe quel acteur. Selon Apple Developer, l’opérateur doit soit fournir une lettre de crédit standby d’au moins 1 million de dollars, soit l’équivalent de 872 000 € au taux de référence de la BCE du 18 juin 2026, soit justifier de deux années continues au programme développeur et d’au moins un million de premières installations annuelles sur iOS ou iPadOS l’année précédente. C’est un filtre puissant. Il écarte de fait la majorité des éditeurs indépendants, même ambitieux.

Ce point manquait dans la source initiale et il change la lecture du dossier. Le Brésil autorise en théorie la concurrence entre stores, mais le ticket d’entrée opérationnel et financier reste élevé. Une marketplace crédible doit financer une infra serveur, la conformité, le support, la gestion des remboursements, la lutte contre la fraude et le reporting de transactions. Selon Apple Developer, les opérateurs et les développeurs doivent signaler à Apple toutes les transactions de biens et services numériques, y compris celles qui n’aboutissent pas à une vente, dans certains contextes de marketplace alternative. Là encore, la promesse d’ouverture s’accompagne d’une couche de surveillance et de complexité.

Brésil, Japon, Union européenne : trois modèles, trois philosophies

Le Brésil se rapproche nettement du Japon et s’éloigne de l’Union européenne. Selon Apple Developer, dans l’UE, les marketplaces alternatives reposent sur un autre schéma de facturation : une Core Technology Fee de 0,50 € par première installation annuelle pour l’app de marketplace, avec exemption possible dans certains cas. Au Brésil et au Japon, selon le contrat développeur d’Apple et la documentation liée aux marketplaces alternatives, la logique retenue n’est pas cette taxe unitaire à l’installation, mais une Core Technology Commission de 5 % sur les ventes de biens et services numériques réalisées via une marketplace alternative ou une app distribuée par celle-ci.

Cette différence change tout. Quatrième élément nouveau : le risque économique n’est pas réparti de la même façon. En Europe, un store alternatif paie à l’installation, même avant de monétiser fortement. Au Brésil, le prélèvement de 5 % s’applique aux ventes numériques. Pour un acteur comme Epic Games, ce modèle peut sembler moins risqué au démarrage, mais il devient plus pénalisant si le volume d’affaires grimpe. À l’inverse, pour un store de niche à faible conversion, l’UE peut coûter plus cher très tôt. Mon avis ici est simple : Apple adapte son modèle aux régulateurs, mais choisit à chaque fois la formule qui préserve au mieux son contrôle économique.

Ce que cela change concrètement pour un développeur

Prenons un cas simple. Un studio vend un abonnement mensuel à 10 $ sur iPhone au Brésil, soit environ 9 € au taux de la BCE. Avec le système de paiement d’Apple au tarif standard, le prélèvement théorique atteint 26 %, soit environ 2 €. Avec un paiement alternatif in-app, on tombe à environ 2 € également mais plus précisément à 21 %, soit environ 2 € après arrondi, avec une économie réelle d’environ 0,44 € par abonné et par mois avant autres coûts techniques et financiers. Sur 100 000 abonnés, cela représente environ 43 600 € d’écart mensuel brut. Le gain est réel, mais il faut encore absorber le PSP tiers, la fraude, la conformité fiscale, le support et les éventuels impayés.

Pour un lien externe, le développeur descend à 15 % au tarif standard. L’économie par rapport au schéma App Store + processing atteint alors 11 points. Sur la même base de 10 $, le prélèvement tombe à environ 1 € au lieu d’environ 2 €. C’est plus intéressant, mais la vente doit être finalisée sur le web dans les sept jours après le clic depuis l’app, selon Apple. Ce paramètre d’attribution est central. Il favorise les marques déjà fortes, capables de faire sortir l’utilisateur de l’app sans perdre trop de conversion. Les petits développeurs, eux, risquent de voir l’économie de commission annulée par la chute du taux de transformation.

Le vrai enjeu pour le Brésil : créer une concurrence utilisable, pas seulement légale

Selon CADE, les notifications d’Apple aux utilisateurs doivent rester neutres et ne pas freiner artificiellement l’expérience. C’est probablement le point le plus stratégique du texte. Si le régulateur brésilien l’applique strictement, il peut empêcher la répétition des mécanismes déjà dénoncés ailleurs : écrans anxiogènes, étapes multiples, messages ambigus, parcours détournés. Si cette neutralité n’est pas contrôlée dans la durée, le marché restera théoriquement ouvert mais pratiquement verrouillé.

Epic Games a déjà annoncé vouloir lancer l’Epic Games Store sur iPhone au Brésil dans les prochains mois. L’entreprise a aussi indiqué, dans sa communication de mai 2026 sur le retour de Fortnite sur l’App Store à l’international, qu’elle continuerait de contester les pratiques d’Apple sur les stores alternatifs et les paiements concurrents. C’est cohérent : pour Epic, le Brésil n’est pas seulement un marché local, c’est un terrain de jurisprudence économique et politique face à Apple.

Pourquoi la réaction de la Coalition for App Fairness est logique

La Coalition for App Fairness juge que les nouveaux termes brésiliens ne créent pas un écosystème ouvert et concurrentiel. Au vu des documents officiels, l’argument tient. Les développeurs obtiennent des options supplémentaires, mais paient encore des commissions élevées, doivent respecter un encadrement technique strict, supporter davantage d’obligations de reporting et, pour les stores alternatifs, franchir un seuil d’entrée élevé. L’ouverture réglementaire existe. L’ouverture économique reste partielle.

En clair, Apple change son architecture de conformité sans renoncer à sa logique de plateforme propriétaire. Le Brésil a forcé une brèche. Il n’a pas encore obtenu une concurrence fluide. C’est précisément là que se jouera la suite du dossier, entre contrôle des commissions, design des écrans système et capacité des nouveaux entrants à lancer de vraies alternatives grand public. Pour suivre la base réglementaire, le point d’autorité le plus utile reste la publication officielle du CADE.

Mon avis :

Avis tranché : Apple concède enfin plus de choix au Brésil, et c’est le seul vrai progrès. Mais avec des commissions encore fixées entre 10 % et 21 % et une Core Technology Commission de 5 %, son ouverture reste défensive : juridiquement conforme, économiquement dissuasive pour les développeurs.

Stéphanie Dubois

Stéphanie Dubois

Stéphanie Dubois est une rédactrice spécialisée dans les sujets traités par Plare.fr. Forte d'une expérience en création de contenus et en veille éditoriale, elle aborde avec rigueur les thèmes abordés sur le site, en fournissant des analyses claires et des informations utiles aux lecteurs. Son travail met l'accent sur la qualité rédactionnelle, l'exactitude des faits et l'accessibilité des contenus pour un large public.

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