Imaginé par Michael Jantzen, l’Internet Observatory place un utilisateur au centre d’une structure immersive aux panneaux mobiles et projections interactives. Repéré par Yanko Design, ce concept matérialise Internet en architecture, entre expérience individuelle, exposition publique et interaction à distance en temps réel.
Un concept d’architecture qui matérialise enfin l’idée d’internet
Michael Jantzen ne propose pas un simple pavillon sculptural. Avec Internet Observatory, il transforme une idée abstraite — l’accès au réseau — en expérience physique. Le projet repose sur une structure extérieure en grille, qui symbolise la matrice du web, et sur un noyau courbe capable d’entourer un seul occupant au centre. L’intention est claire : donner une forme habitable à un système que nous consommons d’ordinaire via un écran plat, un casque ou un clavier.
Le cœur du dispositif suit une logique très simple. L’utilisateur monte un escalier, atteint une plateforme surélevée, puis s’installe dans une coque courbe. Au centre, un poste de travail interactif émerge à travers un plancher vitré et peut pivoter. Les panneaux qui forment l’enveloppe peuvent ensuite se refermer, s’ouvrir ou adopter une position intermédiaire selon l’usage visé. Ce parti pris est fort. Il évite l’effet gadget et pose une question concrète : à quoi ressemblerait une interface réseau si elle devenait un lieu plutôt qu’un objet ?
Ce que la source montre, et ce qu’elle ne dit pas
La description d’origine expose bien la mécanique générale du projet : un utilisateur isolé au centre, des panneaux mobiles, de la projection image et son, une visibilité potentiellement publique depuis l’extérieur, et une interaction à distance via un site web dédié. En revanche, plusieurs angles restent absents ou peu développés.
Premier manque : aucune fiche technique détaillée n’est communiquée. Dimensions exactes, puissance de projection, matériaux précis des panneaux, protocole de pilotage, consommation électrique, niveau sonore, protection aux intempéries, accessibilité PMR, capacité de charge du plancher vitré : non communiqué. Sur un concept de ce type, cette absence compte. Elle empêche d’évaluer la faisabilité opérationnelle, le coût d’exploitation et les limites de déploiement.
Deuxième manque : le texte ne situe pas vraiment Internet Observatory face aux installations immersives qui existent déjà. Or le marché a fortement évolué. Selon l’UIT, environ 6 milliards de personnes utilisent internet en 2025, soit 74 % de la population mondiale. Selon DataReportal, la France comptait 63,4 millions d’internautes en janvier 2025. Dit autrement, le projet de Jantzen parle d’un objet devenu banal par l’usage, mais toujours massif par son échelle réelle. Cet écart entre banalité d’accès et gigantisme d’infrastructure donne de la pertinence au concept. ([itu.int](https://www.itu.int/en/ITU-D/Statistics/pages/stat/default.aspx?utm_source=openai))
Troisième manque : la source d’origine ne traite presque pas la question de la vie privée. Pourtant, le projet assume qu’une partie des contenus projetés à l’intérieur puisse aussi devenir visible à l’extérieur. C’est un choix architectural puissant, mais il change la nature même de l’usage. On ne parle plus d’une consultation privée du web ; on parle d’un acte semi-public, potentiellement scénarisé, qui rapproche ce pavillon d’une installation culturelle plus que d’un poste personnel.
Un pavillon interactif, à mi-chemin entre interface et scène publique
Le point le plus intéressant du concept est là : Internet Observatory ne cherche pas à mieux afficher le web, mais à mettre en scène la relation entre l’individu, la donnée et le regard des autres. Quand les panneaux internes reçoivent des images et des sons, l’occupant se retrouve littéralement encerclé par l’information. Quand une partie de ces projections glisse aussi sur les faces extérieures, l’expérience intime bascule vers l’exposition publique.
À mon sens, c’est la meilleure idée du projet. Elle force à voir le web comme un espace social traversé par des arbitrages constants entre retrait, diffusion et contrôle. En 2025 encore, OONI continue de documenter les blocages de plateformes, les restrictions d’accès et les coupures réseau selon les pays. Le “lieu internet” imaginé par Jantzen n’est donc pas neutre : il peut tout autant symboliser l’ouverture que la surveillance ou la mise en visibilité forcée. ([ooni.org](https://ooni.org/?utm_source=openai))
Des spécifications absentes, mais des besoins techniques faciles à cadrer
Faute de fiche officielle complète, il faut rester strict : de nombreuses données sont non communiquées. En revanche, on peut encadrer les besoins probables à partir de solutions réelles utilisées dans les environnements immersifs et la projection sur surfaces complexes.
Pour des usages de projection mapping ou de surfaces courbes à grande échelle, les fabricants du secteur montent très vite en puissance lumineuse. Panasonic Connect annonce par exemple 30 500 lumens pour son projecteur PT-RQ35K, un modèle 4K 3-Chip DLP pensé pour les grands environnements visuels. Epson mentionnait de son côté à l’ISE 2025 des démonstrations immersives avec des projecteurs allant jusqu’à 30 000 lumens. Cela ne prouve pas que le projet de Jantzen utiliserait ce niveau de puissance, mais cela donne un ordre de grandeur crédible pour des projections visibles sur des panneaux courbes, possiblement en usage semi-ouvert ou extérieur. ([eu.connect.panasonic.com](https://eu.connect.panasonic.com/fr/fr/videoprojecteurs/pt-rq35-series/pt-rq35k?utm_source=openai))
À partir de là, on peut calculer une première métrique dérivée utile : l’écart de luminosité entre les deux références citées. Entre 30 500 lumens pour le Panasonic PT-RQ35K et 30 000 lumens pour la démonstration Epson, l’écart n’est que de 500 lumens, soit environ 1,7 %. Cela montre qu’au très haut de gamme, la bataille ne se joue plus seulement sur la luminosité brute, mais aussi sur le contraste, l’optique, la maintenance et l’intégration logicielle. ([eu.connect.panasonic.com](https://eu.connect.panasonic.com/fr/fr/videoprojecteurs/pt-rq35-series/pt-rq35k?utm_source=openai))
Deuxième métrique dérivée : le poids par millier de lumens du PT-RQ35K. Selon la fiche Panasonic Connect, le projecteur affiche un poids brut de 84,5 kg. Rapporté à 30 500 lumens, cela représente environ 2,77 kg par tranche de 1 000 lumens. Ce ratio rappelle une réalité simple : rendre une architecture immersive mobile et réactive suppose une logistique lourde, même avant de parler structure, alimentation ou refroidissement. ([eu.connect.panasonic.com](https://eu.connect.panasonic.com/gb/en/projectors/pt-rq35-series/pt-rq35k?utm_source=openai))
Le vrai terrain concurrent, ce sont les espaces immersifs déjà industrialisés
Le projet de Jantzen se distingue par son format unitaire et cérémoniel, mais il arrive dans un paysage où l’immersion architecturale existe déjà sous des formes très concrètes.
Cosm : la voie industrielle de la coupole immersive
Cosm pousse une logique différente. Son système CX System remplace la projection par un dôme LED. L’entreprise cite par exemple la transformation de l’Omni IMAX du Fort Worth Museum of Science and History en dôme numérique de 23 mètres capable d’afficher en 8K, tandis que l’Arizona Science Center exploite un dôme LED de 18 mètres également en 8K. Le message est limpide : pour les acteurs institutionnels, la tendance est à l’immersion stable, calibrée et exploitable au quotidien. ([tech.cosm.com](https://tech.cosm.com/site/products/cx-system/cx-display?utm_source=openai))
La métrique dérivée la plus parlante ici est l’écart de diamètre entre les deux installations citées. Entre 23 mètres et 18 mètres, l’écart est de 5 mètres, soit environ 27,8 % de plus pour le site de Fort Worth par rapport à celui de Phoenix. Cette différence change immédiatement la capacité d’accueil, le budget structurel et la surface utile de diffusion. Jantzen, lui, prend le contrepied : un seul occupant au centre, au lieu d’un public massif. ([tech.cosm.com](https://tech.cosm.com/site/products/cx-system/cx-display?utm_source=openai))
Sphere : l’extrême opposé en taille et en logique économique
Autre repère, beaucoup plus spectaculaire : Sphere à Las Vegas. Selon Sphere Entertainment et les informations publiques associées, le site s’appuie sur un écran intérieur 16K et une capacité allant jusqu’à 20 000 personnes. Ici, l’immersion est collective, monumentale et pensée pour le divertissement de masse. Internet Observatory vise l’inverse : une expérience centrée sur une seule personne, avec une architecture capable malgré tout de devenir visible pour tous. ([sphereentertainmentco.com](https://www.sphereentertainmentco.com/sphere-and-7thsense-partner-to-power-content-on-spheres-interior-and-exterior-led-displays/?utm_source=openai))
On peut aussi calculer une métrique simple à partir de ces données publiques : si l’on compare la capacité maximale de Sphere à l’occupation nominale du concept de Jantzen, on obtient un rapport de 20 000 pour 1. Cette disproportion n’est pas un défaut. Elle montre juste que le projet ne joue pas dans la catégorie du spectacle événementiel. Il relève plutôt du manifeste architectural, voire de l’installation muséale expérimentale. ([venetianlasvegas.com](https://www.venetianlasvegas.com/entertainment/sphere-at-the-venetian.html?utm_source=openai))
Pourquoi l’idée fonctionne mieux comme équipement culturel que comme poste internet public
Je le dis franchement : comme borne d’accès au web, l’idée est discutable. Comme équipement culturel, elle est bien plus solide.
Un poste internet public doit être simple, robuste, accessible, peu coûteux à maintenir, et compatible avec des usages ordinaires. Or le concept de Jantzen met au premier plan l’exception, la scénographie et la théâtralisation. Escalier d’accès, plateforme surélevée, panneaux mobiles, projection intérieure et extérieure, interaction distante via un site dédié : tout pousse vers l’installation événementielle ou l’œuvre publique, pas vers un service de consultation standard.
En revanche, pour un musée des médias, un festival d’art numérique, un campus orienté recherche-création ou un centre d’interprétation sur les réseaux, le potentiel est réel. Le visiteur pourrait vivre une séance pilotée : cartographie de flux, visualisation de données, archives sonores, interactions pédagogiques, performance en téléprésence, ou dialogue en temps réel entre plusieurs pavillons situés dans des villes différentes. C’est précisément sur ce point que l’idée dépasse l’article d’origine : le projet n’est pas seulement une métaphore de l’internet, c’est aussi un outil possible de médiation culturelle sur la matérialité du réseau.
Cinq apports concrets absents de la source d’origine
Voici les éléments nouveaux que la source initiale ne donnait pas :
- Selon l’UIT, environ 6 milliards de personnes utilisent internet en 2025, soit 74 % de la population mondiale. Cela replace le projet dans un contexte d’adoption quasi planétaire. ([itu.int](https://www.itu.int/en/ITU-D/Statistics/pages/stat/default.aspx?utm_source=openai))
- Selon DataReportal, la France comptait 63,4 millions d’internautes en janvier 2025, ce qui donne un ancrage local concret au sujet. ([datareportal.com](https://datareportal.com/reports/digital-2025-france?utm_source=openai))
- Selon Panasonic Connect, un projecteur grand format comme le PT-RQ35K monte à 30 500 lumens, avec un poids brut de 84,5 kg. Cela éclaire les contraintes matérielles qu’un projet immersif de ce type pourrait rencontrer. ([eu.connect.panasonic.com](https://eu.connect.panasonic.com/fr/fr/videoprojecteurs/pt-rq35-series/pt-rq35k?utm_source=openai))
- Selon Cosm, les dômes immersifs institutionnels récents montent déjà à 18 mètres et 23 mètres de diamètre, en 8K. Le concept de Jantzen arrive donc face à des solutions déjà structurées et exploitables. ([tech.cosm.com](https://tech.cosm.com/site/products/cx-system/cx-display?utm_source=openai))
- Selon Sphere Entertainment et les données publiques associées, le modèle ultra-massif de l’immersion repose déjà sur du 16K et jusqu’à 20 000 personnes. Cela permet de situer clairement Jantzen sur un créneau opposé : l’immersion individuelle symbolique. ([sphereentertainmentco.com](https://www.sphereentertainmentco.com/sphere-and-7thsense-partner-to-power-content-on-spheres-interior-and-exterior-led-displays/?utm_source=openai))
- Selon la Banque centrale européenne, le taux de référence observé récemment est de 1 EUR = 1,1715 USD, soit environ 1 USD = 0,8536 EUR. Aucun prix n’étant communiqué pour Internet Observatory, aucune conversion budgétaire fiable n’est possible à ce stade. ([ecb.europa.eu](https://www.ecb.europa.eu/stats/exchange/eurofxref/html/index.en.html?utm_source=openai))
Le prix reste le grand angle mort
Sur le coût de construction, d’intégration ou d’exploitation, la réponse sérieuse tient en deux mots : non communiqué. Aucun budget officiel n’a été trouvé pour Internet Observatory, ni sur le site de Michael Jantzen, ni dans les sources consultées. Impossible donc de chiffrer proprement l’investissement initial, la maintenance, le coût par visiteur ou le coût par heure d’exploitation sans tomber dans l’approximation.
Le seul point monétaire objectivable ici concerne le change. Selon la BCE, la référence consultée donne 1 EUR = 1,1715 USD, soit environ 1 USD = 0,854 € après arrondi. Comme aucun prix officiel en dollars n’est communiqué pour ce concept, aucune conversion en euro ne doit être inventée. ([ecb.europa.eu](https://www.ecb.europa.eu/stats/exchange/eurofxref/html/index.en.html?utm_source=openai))
Ce qu’il faut retenir du projet, au-delà de l’image
Internet Observatory vaut moins pour ses promesses techniques actuelles que pour la question qu’il pose. Que devient internet quand on le sort de la poche, du bureau et du smartphone pour en faire un lieu traversable ? Michael Jantzen répond par une architecture rituelle, isolante, mobile et potentiellement publique.
Je trouve le projet juste quand il cesse de vouloir singer un terminal informatique et assume sa vraie nature : un pavillon de médiation sur le réseau, ses flux, sa visibilité et sa dimension collective. C’est là qu’il peut devenir pertinent. Pas comme substitut à l’écran personnel, mais comme machine à faire sentir physiquement ce que l’internet a d’immense, de partagé et parfois de contradictoire.
Source d’autorité
Site officiel de Michael Jantzen
Mon avis :
Conceptuellement fort : Jantzen matérialise enfin l’invisible avec une scénographie immersive, interactive et publiquement lisible. Mais en produit réel, l’idée reste faible : usage limité à une personne, complexité mécanique élevée, et conflit structurel entre immersion, sécurité d’accès et confidentialité, surtout avec projections visibles depuis l’extérieur.





