À Bezannes, ViliaSprint² aligne 12 logements sociaux sur 3 étages et 800 m², imprimés sur site en 34 jours seulement. Porté par Plurial Novilia, dessiné par HOBO Architecture et réalisé par PERI 3D Construction, l’immeuble pose un jalon concret pour la construction 3D en France.
À Bezannes, l’impression 3D sort enfin du prototype
À Bezannes, dans la Marne, Plurial Novilia a livré ViliaSprint², un immeuble de 12 logements sociaux sur trois niveaux pour 800 m² habitables. Selon le communiqué officiel du bailleur, il s’agit du premier immeuble en France dont la structure porteuse et l’ensemble des murs ont été réalisés en impression 3D béton directement sur site. Le projet a été livré en 12 mois en TCE, hors infrastructure. Mon avis est simple : c’est moins une démonstration marketing qu’un test grandeur nature sur un vrai programme locatif.
La base technique est claire. L’ouvrage a été conçu par HOBO Architecture, imprimé sur site par PERI 3D Construction avec un portique COBOD BOD2, et réalisé avec un béton imprimable développé par Holcim à partir de son encre TectorPrint. Selon Plurial Novilia, 100 % des charges sont reprises par les murs imprimés. Ce point change la lecture du projet : il ne s’agit pas d’une enveloppe décorative autour d’une structure classique, mais bien d’un système constructif assumé.
Le chantier a aussi servi de comparatif direct. Selon Plurial Novilia, un bâtiment quasi identique a été construit en parallèle sur la même parcelle avec une méthode conventionnelle. Résultat : la version imprimée a réduit le délai global de trois mois. C’est la donnée la plus intéressante du dossier, parce qu’elle porte sur un cas réel, à programme voisin, porté par le même maître d’ouvrage.
34 jours d’impression sur site : le vrai chiffre à retenir
Selon Plurial Novilia, la phase d’impression lancée en mars 2025 s’est achevée en 34 jours effectifs, contre 50 jours prévus au départ. Cela représente un gain de 16 jours, soit une baisse de 32 % par rapport au planning initial. Cette métrique n’apparaissait pas comme telle dans la source d’origine, mais elle résume bien la trajectoire du chantier : l’outil n’a pas seulement fonctionné, il a fait mieux que la prévision.
Le bailleur précise aussi l’origine de cette baisse. L’enchaînement de la pose des dalles préfabriquées a permis de réduire de moitié le nombre de repositionnements du portique robotisé. Dit autrement, le progrès ne vient pas seulement de la machine. Il vient de la coordination entre impression, préfabrication et organisation de chantier. C’est exactement là que l’impression 3D béton joue sa crédibilité : dans l’exécution, pas dans les rendus.
Selon COBOD, ViliaSprint² est le plus grand immeuble résidentiel collectif imprimé en 3D en Europe, avec 800 m² et 12 appartements sur trois étages. La société rappelle aussi que le système BOD2 est pensé pour des bâtiments uniques jusqu’à trois niveaux. Mon avis est net : cette limite de hauteur montre que l’industrie reste à un stade de montée en charge progressive, mais elle sort déjà du terrain de la maison individuelle.
Un bâtiment social, pas un démonstrateur hors-sol
Le choix du logement social donne du poids au projet. Selon Plurial Novilia, l’immeuble compte 12 logements sociaux et le surcoût de construction, estimé à environ 30 %, n’est pas répercuté sur les loyers. L’investissement total atteint 4,5 millions d’euros. Cela permet de calculer deux ratios utiles absents de la source initiale : le coût moyen ressort à 375 000 € par logement et à 5 625 € par m² habitable.
Ces niveaux restent élevés. Il faut le dire sans détour. Mais selon Plurial Novilia, ce surcoût provient surtout des travaux de recherche et développement ainsi que de l’obtention de l’ATEx auprès du CSTB. En clair, on paye ici l’entrée dans l’industrialisation, pas un régime de croisière. Le bailleur affirme d’ailleurs que les coûts doivent baisser avec le déploiement de la méthode.
Le contexte de marché rend ce test pertinent. Selon l’Insee, la région Grand Est comptait 773 logements sociaux pour 10 000 habitants au 1er janvier 2025, avec un loyer moyen de 6,17 € par m². À l’échelle de la France métropolitaine, le parc social représente 785 logements pour 10 000 habitants, pour un loyer moyen de 6,76 € par m². Mon avis est clair : quand on travaille sur du logement aidé, le sujet central n’est pas l’effet vitrine, mais la capacité à livrer plus vite sans sortir du cadre économique du secteur.
Des choix architecturaux que la méthode rend enfin rationnels
La forme du bâtiment n’a rien d’anecdotique. Les courbes, les façades arrondies et la compacité du volume ne relèvent pas d’un geste gratuit. Selon Plurial Novilia, cette géométrie a permis une économie de 10 % de béton par rapport à un chantier traditionnel. L’intérêt de l’impression 3D apparaît ici dans sa version la plus crédible : elle rend viables des formes qui coûteraient plus cher en coffrage classique, tout en réduisant la matière.
Le projet évite aussi l’écueil du bloc monolithique. Les balcons en bois allègent visuellement l’ensemble et introduisent une logique hybride là où elle a du sens. Selon Plurial Novilia, la conception s’appuie également sur la perlite fournie par Knauf pour l’isolation et sur le bois pour les structures de balcons. Mon avis est simple : la bonne stratégie n’est pas de tout imprimer, mais d’imprimer ce qui gagne à l’être.
Cette liberté formelle a une conséquence pratique. Selon Plurial Novilia, l’impression 3D permet de réaliser des géométries complexes sans surcoût. C’est un argument souvent surjoué dans le secteur. Ici, il devient crédible parce qu’il est appliqué à un immeuble collectif réel, pas à un pavillon manifeste ou à un module d’exposition.
Bas carbone : des gains réels, mais encore encadrés
Sur le plan environnemental, le projet avance plusieurs données précises. Selon Plurial Novilia, les déchets prévisibles ont été réduits de moitié, de 10 % à 5 %. Le chantier a aussi limité les rotations quotidiennes de toupies, car la matière était livrée puis transformée directement sur site. Ce sont des gains concrets, et ils comptent davantage que les promesses vagues sur la “construction durable”.
Le matériau lui-même pèse dans le bilan. Selon Plurial Novilia, le béton imprimable appartient à la gamme bas carbone ECOPact et offre une réduction d’émissions de CO₂ d’au moins 30 % par rapport à un béton traditionnel. Holcim confirme de son côté que l’encre TectorPrint utilisée sur ViliaSprint² a atteint une réduction de CO₂ de 30 % par rapport à un béton standard de résistance équivalente. Mon avis est direct : 30 % reste un progrès tangible, mais on reste dans l’optimisation du béton, pas dans sa disparition.
Selon Holcim, TectorPrint réduit aussi l’usage de matière grâce à une formulation pensée pour l’impression 3D. Et selon le rapport de durabilité du groupe, cette technologie peut réduire l’usage de matériau jusqu’à 50 % dans certains cas d’application. Je reste prudent sur ce dernier point : ce chiffre concerne le potentiel de la technologie en général, pas spécifiquement ViliaSprint². Pour ce chantier précis, la donnée vérifiée reste l’économie de 10 % de béton communiquée par Plurial Novilia.
Énergie : un bâtiment qui vise 60 % d’autonomie
Selon Plurial Novilia, le programme associe 500 m² de panneaux photovoltaïques à une pompe à chaleur hybride gaz collective fournie par Atlantic Systèmes. L’implantation du bâtiment a été définie à partir d’études d’ensoleillement menées par le professeur Timo Leukefeld afin d’optimiser les apports solaires naturels. L’objectif annoncé est d’atteindre environ 60 % d’autonomie énergétique.
Cette donnée permet un autre calcul utile. Rapportée aux 800 m² habitables, la surface photovoltaïque représente 0,625 m² de panneaux par m² de surface de logement. Rapportée aux 12 appartements, on arrive à environ 41,7 m² de panneaux par logement. Ce ratio ne dit pas toute la performance énergétique, mais il aide à mesurer l’effort d’équipement.
Le projet se positionne aussi dans le cadre réglementaire français. Selon Holcim, la formulation développée pour ViliaSprint² s’aligne avec le seuil 2025 de la RE2020. Et selon les services de l’État, la RE2020 fonctionne bien par paliers successifs, avec un renforcement des exigences carbone sur la période 2025-2027. Mon avis est simple : ici, l’impression 3D ne contourne pas la norme, elle essaie de devenir compatible avec elle. C’est bien plus utile.
Une réponse partielle, mais sérieuse, à la pénurie de main-d’œuvre
Le sujet social du chantier ne se limite pas au logement produit. Il touche aussi à la fabrication. Selon l’article de COBOD, l’érection des murs n’a nécessité que trois opérateurs sur la version imprimée, contre six sur la construction conventionnelle voisine. Cela représente une baisse de 50 % de la main-d’œuvre mobilisée sur cette tâche. Dans un secteur en tension, ce n’est pas un détail.
Selon la fiche produit officielle de COBOD, un système BOD2 n’a besoin que de trois à quatre opérateurs pendant l’impression. Le constructeur précise aussi que sa gamme est modulaire et que le BOD2 cible des bâtiments jusqu’à trois étages, tandis que le BOD3 vise la production sérielle de logements et que le BOD XL monte sur des projets résidentiels multi-étages plus ambitieux. Mon avis est clair : le matériel existe déjà en plusieurs formats, ce qui montre que la filière cherche moins à prouver un concept qu’à segmenter ses usages.
Sur le plan technique, la documentation de COBOD fait aussi état d’une vitesse maximale de déplacement de 250 mm/s sur les axes X et Y, de 50 mm/s sur l’axe Z, d’une alimentation en 380-480 V triphasé, d’une puissance de 1 000 W en fonctionnement normal et jusqu’à 8 000 W en pic. Ces chiffres ne disent pas la vitesse réelle d’impression du mur, mais ils éclairent le niveau d’industrialisation de l’équipement.
La suite est déjà lancée, avec un objectif de cadence
Le point le plus stratégique est peut-être ailleurs : le projet suivant est déjà dans les cartons. Selon Plurial Novilia, les partenaires visent désormais un programme d’environ 40 logements, mêlant habitat individuel et collectif, avec des imprimantes 3D déployées directement sur le chantier. L’objectif annoncé est de réduire encore les délais d’impression, probablement par quatre, afin de faire baisser les coûts travaux au niveau de la construction traditionnelle.
Ce passage permet un dernier indicateur utile. Si l’on applique strictement l’objectif “probablement par 4” au temps d’impression observé de 34 jours sur ViliaSprint², on aboutit à un ordre de grandeur d’environ 8,5 jours d’impression pour un chantier comparable. Ce n’est pas une promesse officielle de délai final sur le prochain programme, seulement une projection mécanique à partir de la cible communiquée. Mais elle montre bien le cap industriel : moins de temps machine, plus de volume produit.
À ce stade, mon avis est tranché. ViliaSprint² n’a pas encore prouvé que l’impression 3D béton est moins chère. En revanche, il a déjà montré autre chose de plus rare : un immeuble collectif social, structurellement imprimé sur site, livré plus vite, avec moins de déchets, moins de main-d’œuvre sur certaines phases, et un cadre réglementaire français respecté. Pour un secteur qui promet beaucoup et livre souvent peu, c’est déjà un signal fort.
Source d’autorité
Communiqué officiel de Plurial Novilia : https://www.plurial-novilia.fr/sites/default/files/2026-04/cp-02042026-plurial-novilia-livraison-viliasprint-bat-2.pdf
Mon avis :
ViliaSprint² prouve que l’impression 3D béton dépasse le démonstrateur: 12 logements, 800 m² et des murs porteurs imprimés sur site en 34 jours, avec trois ouvriers seulement, c’est un vrai gain industriel. Mais le béton reste central; 10% de matière économisée ne règle ni l’empreinte carbone globale ni la difficulté de massifier.





