Dans une mobilisation marquante en Finlande, l’activiste climatique Greta Thunberg dénonce les pratiques de Stora Enso, entreprise forestière européenne, soulignant l’impact écologique de ses activités en Uruguay. Les critiques fusent face à un modèle économique jugé extractif, remettant en question la durabilité proclamée par la compagnie.

La militante climática suédoise Greta Thunberg a remis en lumière le rôle des grandes entreprises forestières européennes en dénonçant spécifiquement Stora Enso et son modèle économique lié à la production de pâte à papier en Uruguay. Cette entreprise, aux capitaux suédois et finlandais, détient une part de Montes del Plata, l’un des projets industriels les plus significatifs du secteur dans l’hémisphère sud.
En Finlande, Greta Thunberg s’est jointe à des organisations environnementales pour dénoncer les conséquences que, selon elles, l’expansion des monocultures d’eucalyptus entraîne. Les critiques portent tant sur l’impact écologique du projet en Uruguay que sur le rôle des institutions européennes qui soutiennent financièrement ce modèle.
Mobilisations en Finlande contre Stora Enso et son modèle de pâte à papier
Des manifestations ont eu lieu en Finlande, un pays clé dans l’industrie forestière où Stora Enso est basé. Des militants et des organisations écologiques s’y sont rassemblés, affirmant que cet exemple illustre l’expansion de l’industrie de la pâte à papier dans le sud global, avec des répercussions qui vont au-delà des frontières de l’Uruguay.
Lors des manifestations, Greta Thunberg a soutenu les revendications des collectifs qui accusent Stora Enso et d’autres entreprises du secteur de se présenter comme durables et responsables tout en poussant, dans la pratique, un modèle d’exploitation intensive des terres. Les messages diffusés sur les réseaux sociaux insistaient sur le fait que l’image écologique de la multinationale est « loin de la réalité » vécue par la population locale dans les zones forestières d’Uruguay.
La plante de cellulose de Montes del Plata, située dans le département de Colonia, a été identifiée comme l’une des principales destinataires du bois des vastes plantations d’eucalyptus. Stora Enso détient 50% de ce complexe industriel, ce qui lui vaut les critiques de mouvements socio-environnementaux tant en Amérique Latine qu’en Europe.
Dans le cadre des actions de dénonciation, une campagne a été lancée sous le slogan « Stop pulp colonialism! », visant à remettre en question non seulement une entreprise spécifique, mais tout un modèle économique lié à l’exportation de cellulose des pays du sud vers les marchés du nord, soutenu par un discours de durabilité qui, selon les militants, ne correspond pas aux impacts réels.
Des collectifs de gauche et des médias alternatifs comme La Izquierda Diario soulignent que la critique ne se limite pas à l’aspect environnemental, mais touche aussi aux conditions sociales des communautés affectées par les plantations et à la concentration des terres entre les mains de grandes entreprises forestières.
Monoculture d’eucalyptus, biodiversité et crise de l’eau
Un des axes majeurs des dénonciations est l’impact du monoculture d’eucalyptus sur la biodiversité. Les organisations affirment que, ces trois dernières décennies et demie, l’Uruguay a connu une expansion constante des plantations d’eucalyptus et de pin pour alimenter trois grandes usines de pâte à papier, y compris celle de Montes del Plata.
Selon ces collectifs, la conversion de prairies de pampa en surfaces forestières implique la disparition d’écosystèmes caractéristiques du paysage uruguayen, entraînant la perte de flore et de faune endémiques. Les monocultures réduisent la diversité des espèces, homogénéisant le territoire et dérangeant l’équilibre écologique sur de larges régions.
Un autre point sensible est l’utilisation intensive des ressources en eau. Les dénonciations affirment que les plantations « assèchent cours d’eau et rivières », épuisant également le sol et compromettant sa fertilité à long terme. Dans un pays qui a récemment connu des épisodes de pénurie d’eau et des problèmes de qualité de l’eau potable, l’expansion forestière est désignée comme un facteur aggravant cette situation.
Les militants établissent une relation directe entre la crise de l’eau potable au Uruguay et l’expansion de ces monocultures, en considérant que la forte demande en eau des eucalyptus et la concentration des grandes surfaces forestières réduisent la disponibilité des ressources pour d’autres usages, incluant la consommation humaine et la production agricole traditionnelle.
Par ailleurs, les mouvements socio-environnementaux insistent sur le fait que le sol soumis à des rotations intensives d’eucalyptus perd sa capacité de régénération et est plus exposé à l’érosion. Cela suscite des inquiétudes parmi les organisations rurales et les habitants qui redoutent pour l’avenir de leurs terres et la viabilité d’autres modèles de production moins intensifs.
« Pulp colonialism » et responsabilité de l’État finlandais
La campagne « Stop pulp colonialism! » met en avant ce qu’elle considère comme un modèle de production de cellulose de type colonial, où des pays comme l’Uruguay fournissent terre, eau et matières premières, tandis que les principaux bénéfices économiques sont concentrés dans des entreprises et des centres financiers en Europe.
Dans ce contexte, les organisations signataires critiquent Stora Enso et le reste de l’industrie nordique de la pâte pour se présenter comme acteurs d’une « transition verte », alors qu’ils reproduisent des schémas d’extraction intensive de ressources dans des territoires éloignés de leurs marchés principaux. Pour les militants, le problème est non seulement environnemental, mais aussi politique et économique.
La déclaration diffusée, soutenue par 95 organisations uruguayennes comprenant des collectifs sociaux, environnementaux et ruraux, exige que l’entreprise prête attention aux voix des communautés locales et mette fin à ses pratiques d’expansion forestière, considérées par les signataires comme extractives et socialement régressives.
En outre, le texte cible directement l’État finlandais pour son rôle de facilitateur financier. Les militants demandent que la Finlande cesse de subventionner l’expansion de l’industrie de la cellulose en Uruguay, arguant que ces soutiens publics renforcent un modèle qui favorise de grandes corporations au détriment des territoires où s’implante les plantations.
La critique des subventions étatiques s’inscrit dans un débat plus large sur l’utilisation des fonds publics en Europe pour soutenir des projets qualifiés de durables ou alignés sur la lutte contre le changement climatique, malgré les dénonciations d’impacts locaux négatifs dans les pays où sont situées les plantations.
Le rôle de Greta Thunberg et la portée internationale du conflit
La présence de Greta Thunberg dans ces manifestations a contribué à donner une plus grande ampleur au sujet sur la scène internationale. Depuis son émergence dans le débat public, la militante s’est positionnée pour interroger directement les gouvernements et les grandes entreprises sur leur responsabilité dans la crise climatique, et son soutien à cette campagne renforce la visibilité des dénonciations contre Stora Enso.
Cependant, sur les réseaux sociaux, il a été souligné que « le point n’est pas elle, mais la revendication pour les territoires ». De nombreuses voix ont rappelé que les communautés affectées par l’expansion forestière se sont organisées pendant des années pour dénoncer les impacts en Uruguay, et que l’écho international se fait souvent lorsque des figures notables, comme Thunberg, mettent en lumière ces conflits.
L’articulation entre organisations locales uruguayennes et collectifs européens permet de faire transcender la discussion sur le modèle forestier au-delà du cadre national et de l’installer dans des espaces de débat sur la justice climatique, la souveraineté territoriale et la responsabilité des entreprises transnationales.
Greta Thunberg, en rejoignant ces initiatives, renforce un message qu’elle a répété dans différents forums : les solutions à la crise climatique ne peuvent pas reposer sur des « lavages écologiques » ni sur des discours de durabilité qui masquent des pratiques extractives ou le déplacement d’impacts vers des régions avec moins de pouvoir politique et médiatique.
Pour l’heure, Stora Enso n’a pas émis d’énoncés publics détaillés en réponse aux accusations récentes diffusées sur les réseaux sociaux, au-delà des défenses habituelles de ses activités comme faisant partie d’une bioéconomie à faible émission de carbone alignée avec les objectifs climatiques européens.
Ce débat met en évidence comment un conflit localisé autour des plantations en Uruguay est devenu une problématique de portée européenne, où se mêlent les politiques de subventions, les stratégies de responsabilité des entreprises et les exigences croissantes des mouvements climatiques qui demandent une cohérence entre les discours officiels et les impacts réels sur le terrain.
Mon avis :
Greta Thunberg soulève un enjeu majeur concernant Stora Enso, soulignant les conséquences écologiques des monocultures d’eucalyptus en Uruguay, comme la perte de biodiversité et la crise de l’eau. Bien que l’entreprise se positionne comme durable, des mouvements dénoncent des pratiques extractives, appelant à une réévaluation des politiques de financement européennes.
Les questions fréquentes :
Quelle est la raison des protestations menées par Greta Thunberg contre Stora Enso ?
Les protestations dirigées par Greta Thunberg visent à dénoncer les impacts environnementaux négatifs associés à l’expansion des monocultures d’eucalyptus, en particulier celles liées à la production de cellulose en Uruguay. Les activistes estiment que Stora Enso, en tant qu’entreprise majeure dans ce secteur, contribue à un modèle d’exploitation qui nuit à la biodiversité et dégrade les ressources en eau.
Comment les monocultures d’eucalyptus affectent-elles la biodiversité en Uruguay ?
Les organisations environnementales soutiennent que l’expansion des plantations d’eucalyptus entraîne la disparition d’écosystèmes naturels, rendant ainsi le paysage uruguayen homogène et réduisant la diversité des espèces. Cela perturbe l’équilibre écologique régional, avec des conséquences dramatiques sur la faune et la flore indigènes.
Quel est le lien entre la crise de l’eau et l’expansion des plantations en Uruguay ?
Les activistes affirment que l’expansion des plantations d’eucalyptus contribue à la sécheresse des cours d’eau et à l’épuisement des sols en raison de l’utilisation intensive des ressources hydriques. Cette situation est particulièrement critique dans un pays qui a récemment souffert de crises de qualité de l’eau potable, aggravée par les besoins en eau des monocultures.
Que représente la campagne « Stop pulp colonialism » dans ce contexte ?
La campagne « Stop pulp colonialism » critique le modèle économique qui favorise l’exploitation des ressources des pays du Sud, comme l’Uruguay, au profit d’entreprises et d’institutions financières situées en Europe. Les activistes appellent à une prise de conscience sur les pratiques extractives et demandent que les voix des communautés locales soient entendues, remettant en question la durabilité du modèle industriel de la cellulose.








