La Central Nucleaire de Almaraz a officiellement soumis sa demande pour étendre son fonctionnement jusqu’en 2023. Sous la supervision du Conseil de Sécurité Nucléaire, cette démarche a pour but d’évaluer la conformité de la centrale aux exigences techniques en vue de son avenir énergétique dans l’Espagne.
La demande de la Central nucléaire de Almaraz pour continuer son activité jusqu’en juin 2030 a été formellement remise au régulateur. L’entreprise Centrales Nucleares Almaraz-Trillo (CNAT), opérateur de la centrale située à Cáceres, a envoyé au Conseil de sécurité nucléaire (CSN) un dossier technique complet. Ce dossier permettra d’évaluer si l’installation respecte les conditions nécessaires pour rester opérationnelle au-delà des dates d’autorisation en cours.
Ce transfert a été effectué dans les délais impartis par le CSN, après un travail minutieux que la société qualifie de rigoureux, en collaboration avec ses partenaires habituels. Une phase d’analyse est maintenant ouverte, durant laquelle le régulateur devra rendre son avis, dont le résultat sera ensuite soumis au Ministère de la Transition écologique et du Défi démographique (MITERD), qui prendra la décision finale concernant la prolongation.
Un pas crucial dans le calendrier nucléaire de l’Estremadura

Le document envoyé par CNAT a été requis par le CSN le 18 décembre dernier, dans le but de collecter des informations détaillées sur l’état des équipements, les mesures de sécurité, les plans de maintenance et les investissements réalisés dans la centrale. Selon l’entreprise, les rapports ont été élaborés avec la plus grande diligence, après un intense travail de ses équipes techniques et des entreprises partenaires.
Le processus actuel fait partie d’une procédure amorcée le 30 octobre 2025, lorsque l’opérateur a présenté au Ministère pour la Transition écologique la demande de modification de l’autorisation d’exploitation des deux unités d’Almaraz, afin qu’elles puissent fonctionner jusqu’au 30 juin 2030. Tant qu’aucune décision adverse n’est prise, les dates d’expiration actuelles demeurent valables : l’Unité 1 est autorisée jusqu’au 1er novembre 2027 et l’Unité 2 jusqu’au 31 octobre 2028.
Une fois la révision de l’information effectuée par le CSN, il émettra un avis technique. Bien que cet avis ne soit pas contraignant, il est obligatoire pour que le MITERD puisse trancher sur la poursuite de l’activité. Le président de l’organisme régulateur, Juan Carlos Lentijo, a indiqué que l’objectif est de disposer du rapport d’ici l’été, à condition que les documents présentés soient suffisants et ne nécessitent pas d’analyses complexes supplémentaires. Cet avis technique sera donc crucial pour évaluer toute éventualité technique et réglementaire.
Jusqu’à la conclusion de ce processus, la centrale continuera de fonctionner dans les limites de ses licences actuelles, tandis que les administrations, le secteur énergétique et les acteurs sociaux surveillent de près un dossier qui déterminera l’avenir nucléaire de l’Estremadura pour les années à venir. En parallèle, des mesures et des plans locaux sont analysés pour atténuer les effets d’une éventuelle décision, incluant un possible arrêt, dans le cadre des propositions visant à protéger la région d’Almaraz.
Pilier du système électrique espagnol

Chaque décision prise concernant Almaraz a des implications qui dépassent le cadre local. L’entreprise souligne que la centrale est une infrastructure stratégique pour l’approvisionnement électrique en Espagne, fournissant un peu plus de 7 % de l’électricité consommée dans le pays. Cette production équivaut, en termes de demande, à la consommation d’environ quatre millions de foyers, soulignant ainsi son importance dans le mix énergétique national.
Sur le plan économique et de l’emploi, la centrale représente un moteur socio-économique majeur pour son environnement immédiat et constitue une des plus grandes industries de l’Estremadura. Selon CNAT, environ 4 000 personnes travaillent directement ou indirectement au sein de cette installation, auxquelles s’ajoutent environ 1 200 professionnels supplémentaires lors des arrêts pour recharges de combustible, où les travaux de maintenance et de révisions sont intensifiés.
La société insiste sur le fait que ces emplois sont pour la plupart des postes de haute qualification et de nature stable, contribuant ainsi à ancrer la population et à renforcer le tissu économique des régions autour du réservoir d’Arrocampo. De plus, l’activité de la centrale exerce un effet d’entraînement sur d’autres industries et services locaux qui dépendent en grande partie de son fonctionnement continu.
Concernant les investissements, CNAT fait remarquer qu’elle consacre chaque année environ 50 millions d’euros à l’amélioration, la mise à jour et la modernisation des équipements et des systèmes. Cette politique d’investissements permanents vise à maintenir l’installation aux normes en matière de sécurité, de fiabilité opérationnelle et de conformité aux exigences internationales les plus strictes, un aspect sur lequel le régulateur accorde une attention particulière lors de ses évaluations.
Sécurité, normes internationales et centrale jumelle aux États-Unis
Sur le plan technique, la centrale revendique d’être au niveau 1 d’excellence de l’industrie nucléaire selon l’Association mondiale des opérateurs nucléaires (WANO), la plus haute catégorie de performance accordée par cet organisme. Atteindre et maintenir cette position exige de passer régulièrement des audits internes et des évaluations externes indépendantes, contrôlant tant les procédures opérationnelles que la culture de sécurité de la centrale. Ce label s’inscrit dans le nouveau souffle que connaît le secteur en Espagne et en Europe.
CNAT souligne que Almaraz dispose d’un système de contrôle et de supervision très rigoureux, fondé sur des révisions systématiques, des tests périodiques et des programmes d’amélioration continue. Le dossier d’informations soumis au CSN inclut justement les résultats de nombre de ces analyses, dans le but de prouver que la centrale est en conditions adéquates pour prolonger sa durée de vie sans compromettre les marges de sécurité établies par la réglementation.
À titre de référence internationale, l’entreprise mentionne fréquemment la centrale de North Anna, en Virginie (États-Unis), considérée comme une installation « jumelle » d’Almaraz en raison de ses caractéristiques de conception. Cette installation américaine a déjà obtenu l’autorisation de fonctionner jusqu’à 80 ans, ce qui est interprété dans le secteur nucléaire comme un précédent pertinent pour évaluer les extensions de fonctionnement dans des installations similaires d’autres pays.
Cette comparaison n’est pas anodine, car elle cherche à montrer que techniquement, il existe des expériences de centrales avec des conceptions proches qui ont pu prolonger leur service sous le contrôle de leurs régulateurs respectifs. Quoi qu’il en soit, le cadre réglementaire européen et la politique énergétique espagnole influenceront toute décision concernant Almaraz, indépendamment de ce qui se passe dans d’autres systèmes électriques.
Débat énergétique, emploi et transition écologique
La procédure de prorogation concernant Almaraz se déroule dans un contexte de débat intense sur le calendrier de fermeture des centrales nucléaires en Espagne et sur le rôle que cette technologie devrait jouer dans la transition vers un modèle énergétique plus renouvelable. Tandis que le gouvernement central maintient une feuille de route visant à établir des dates pour déconnecter progressivement le parc nucléaire, les communautés abritant des installations en fonctionnement, comme l’Estremadura, mettent en avant l’impact que ces fermetures auraient sur l’emploi et la stabilité économique de leurs territoires.
Dans le cas de l’Estremadura, la discussion oscille entre deux niveaux. D’une part, celui de la planification d’État de la transition écologique, visant à accroître la part des énergies renouvelables et à réduire les émissions associées à la production d’électricité. D’autre part, celui de la souveraineté énergétique et de la sécurité d’approvisionnement, des questions qui ont pris de l’importance en Europe à la suite des tensions sur les marchés énergétiques internationaux ces dernières années.
La centrale d’Almaraz se trouve ainsi au centre d’une dualité qui n’est pas seulement technique, mais également politique et sociale : prolonger sa durée de vie jusqu’en 2030 signifierait maintenir pendant quelques années un volume significatif de production stable et exempt d’émissions de CO2 dans le système électrique, mais impliquerait également de revoir le calendrier nucléaire convenu et d’adapter la planification énergétique pour intégrer cette production.
Par ailleurs, le débat inclut des éléments tels que la fiscalité applicable à l’énergie nucléaire en Espagne, que divers acteurs du secteur jugent élevée par rapport à d’autres pays européens, ainsi que la nécessité de coordonner toute décision avec les objectifs climatiques fixés par l’Union européenne. Tout cela transforme la décision concernant Almaraz en un élément d’une discussion de plus grande envergure sur le futur modèle énergétique.
Les prochains mois seront déterminants pour l’avenir de la Central nucléaire de Almaraz et pour son environnement ainsi que pour le système électrique espagnol : si le CSN valide la documentation envoyée par CNAT et si le MITERD autorise la poursuite de l’activité de la centrale jusqu’en 2030, son rôle de grand producteur et moteur économique de l’Estremadura sera consolidé pour quelques années supplémentaires .
En revanche, si le calendrier actuel de fermeture est maintenu, un scénario différent axé sur le remplacement de sa production et la recherche d’alternatives professionnelles dans la région sera activé.







