Le Tratado de Biodiversidad en Alta Mar entre en vigueur, marquant un tournant décisif pour la conservation marine. Après près de vingt ans de négociations, ce cadre juridique est désormais contraignant pour 83 pays, redéfinissant la gestion des eaux internationales. Un pas crucial vers la protection de nos océans et de leur biodiversité.

Le Grand Pacte pour Protéger la Biodiversité en Haute Mer

Après presque vingt ans de négociations, le Traité de Biodiversité en Haute Mer est devenu une réalité juridique. Cet accord, officiellement désigné sous le nom de Accord sur la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique marine des zones situées en dehors de la juridiction nationale (BBNJ), est désormais la référence mondiale pour la régulation des eaux internationales.

Depuis le samedi 24 septembre 2025, ce pacte est juridiquement contraignant pour 83 parties (82 pays et l’Union Européenne), après l’atteinte des 60 ratifications nécessaires. Les États signataires doivent intégrer le traité dans leur législation nationale et appliquer ses mécanismes de protection et de gestion durable en haute mer.

Qu’est-ce que le Traité de Haute Mer et Pourquoi est-il Important ?

Le Traité de Haute Mer repose sur la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer, mais renforce considérablement le cadre juridique existant pour la biodiversité marine. Il s’étend aux eaux internationales et au fond océanique situés au-delà de 200 milles nautiques des côtes, des zones qui représentent plus de deux tiers de la surface marine et plus de 90 % de l’habitat de la planète si l’on mesure en volume.

En pratique, cet accord constitue le premier cadre global intégré pour gouverner la haute mer, un espace jusqu’à présent exécuté de manière fragmentée par des accords de pêche régionaux et des normes sectorielles éparses. Ce vide de gouvernance a conduit à ce que de vastes portions de l’océan fonctionnent comme un "Far West", où l’exploitation surpassait largement la protection.

Des organisations de protection de l’environnement telles que Greenpeace et WWF ont qualifié cet accord comme le plus important progrès environnemental depuis l’Accord de Paris sur le climat. Son potentiel réside dans sa capacité à protéger, pour la première fois, de vastes zones d’eaux internationales grâce à la création de sanctuaires marins et à des outils de gestion basés sur des zones.

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Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a décrit l’entrée en vigueur de ce traité comme un "jalon pour l’océan", établissant "le premier cadre juridique pour la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine dans les deux tiers de l’océan qui se trouvent en dehors des frontières nationales". Dans un contexte de crise climatique, de perte d’espèces et de pollution, l’ONU considère que ce traité comble un vide critique en matière de gouvernance pour garantir des mers saines et productives.

Comment et Quand le Traité est-il Entré en Vigueur ?

Le texte a été ouvert à la signature à l’ONU en septembre 2023, culminant des négociations formelles entamées en 2004. Le seuil décisif était de 60 ratifications par les États parties de la Convention sur le Droit de la Mer, condition essentielle pour mettre en œuvre le traité. Ce chiffre a été atteint le 20 septembre 2025, suivi de 120 jours supplémentaires avant que le traité n’acquière force juridique.

À la date d’entrée en vigueur, 83 parties ont ratifié ou adhéré au traité. Ces États auront le droit de vote à la première Conférence des Parties (COP BBNJ), où seront définis les détails de la mise en œuvre. Les pays ayant uniquement signé le texte, sans ratification, ne sont pas juridiquement liés, bien qu’il soit espéré qu’ils évitent d’agir contre ses objectifs.

Sur le plan diplomatique, le long processus n’a pas manqué de tensions, avec des discussions sur le partage des bénéfices des ressources génétiques marines, le financement, la transfert de technologie et l’équilibre entre conservation et usages économiques de l’océan.

Qui a Adhéré et Qui Manque à l’Appel ?

Parmi les économies ayant ratifié le Traité de Haute Mer figurent la Chine, l’Allemagne, le Japon, la France, le Brésil, la Norvège, la Corée du Sud, ainsi que plusieurs États insulaires en développement comme Palaos, les Maldivas, les Seychelles et Saint-Lucie. Des membres clés de l’Union Européenne, tels que la France, le Portugal et l’Espagne, se sont également joints, aux côtés de pays latino-américains comme le Chili, Cuba et Équateur.

La Chine est spécifiquement soulignée pour son soutien, compte tenu de l’importance de ses secteurs maritimes, notamment la construction navale et la pêche. En 2023, Pékin a exporté des biens liés à l’océan pour environ 155 milliards de dollars.

Cependant, des puissances telles que les États-Unis, l’Inde, le Royaume-Uni et la Russie restent absentes. Bien que l’administration Biden ait signé le traité, la ratification est en attente, créant ainsi une incertitude quant à l’impact réel du traité dans un avenir proche, surtout en matière de pêche et de transport maritime.

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Les Quatre Piliers du Nouveau Cadre Global

Le cœur du Traité de Haute Mer repose sur quatre axes d’action, destinés à combler les lacunes juridiques existantes et à fournir des outils opérationnels.

  1. Partage des Bénéfices : Le traité établit un régime pour partager équitablement les bénéfices dérivés des ressources génétiques marines trouvées en haute mer. Il s’agit notamment du matériel génétique de bactéries et d’organismes marins avec un potentiel considérable pour diverses industries.

  2. Outils de Gestion basés sur des Zones : Pour la première fois, des procédures seront mises en place pour désigner des sanctuaires et des zones de conservation dans les eaux internationales, avec une base scientifique solide.

  3. Évaluations de l’Impact Environnemental : Le traité impose des évaluations de l’impact obligatoire pour toute activité susceptible d’affecter significativement la haute mer, intégrant des projets émergents comme certaines techniques d’élimination du CO2 et des exploitations minières.

  4. Création de Capacité et Transfert de Technologie : Le but est de garantir que les États avec moins de ressources aient accès aux connaissances et aux équipements nécessaires pour participer à la gestion des ressources marines.

De plus, le traité inclut un mécanisme de résolution de conflits et des organes spécifiques de gouvernance : une Conférence des Parties (COP), un Organe Scientifique et Technique, et d’autres instances pour surveiller l’application de l’accord.

Gouvernance et Fonctionnement Pratique

La Conférence des Parties (COP BBNJ) sera l’organe politique principal du Traité. Ses premières réunions sont prévues pour fin 2026 et auront pour but d’évaluer les règles de procédure et d’établir les mécanismes financiers.

L’une des innovations du traité est que la COP pourra prendre des décisions par une majorité de trois quarts, ce qui vise à faciliter l’avancement même dans des contextes politiques complexes. L’Organe Scientifique et Technique apportera des données et recommandations cruciales pour le suivi des écosystèmes.

Objectifs Internationaux : De 1,5 % Protégé à 30 % en 2030

Actuellement, seulement 1,5 % de l’océan bénéficie d’une protection effective. Avec l’entrée en vigueur du BBNJ, l’objectif international est de protéger au moins 30 % de la surface marine d’ici 2030, conformément aux engagements pris dans le Cadre Global de Biodiversité Kunming-Montréal.

Des coalitions comme l’Alliance de Haute Mer ont déjà identifié plusieurs zones candidates pour établir des sanctuaires océaniques. Des organisations comme BirdLife International soulignent que les eaux internationales abritent des routes migratoires essentielles pour de nombreuses espèces marines.

Le Rôle de l’Espagne et de l’Union Européenne

L’Espagne a été l’un des pays les plus actifs dans la promotion de ce cadre international, ayant ratifié le traité le 4 février 2025, devenant ainsi le premier pays de l’Union Européenne à le faire. L’Espagne vise à étendre sa zone marine protégée à 25,7 % d’ici 2025, avec l’objectif de 30 % d’ici 2030.

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Malgré ces efforts, des ONG avertissent que le simple acte de déclarer des zones protégées ne suffit pas. De nombreuses zones actuellement protégées manquent de plans de gestion efficaces.

L’importance des ONG et des réseaux scientifiques dans la ratification du traité ne peut être sous-estimée. Des groupes comme Greenpeace appellent les gouvernements à agir rapidement pour établir de nouvelles zones marines protégées.

Perspectives pour la Gouvernance des Océans

L’entrée en vigueur du Traité de Haute Mer marque le début d’une nouvelle phase, mais soulève encore des questions sur la gestion des usages de l’océan.

Les discussions se poursuivent sur l’articulation entre le traité et les organisations de pêche régionales, ainsi que sur la création d’un système de financement durable. Le traité doit compléter les cadres existants, permettant aux organismes de pêche de continuer à réguler les quotas tout en s’alignant sur les critères environnementaux établis par le BBNJ.

Les obligations pour les États ratifiés commencent dès aujourd’hui, notamment en promouvant les objectifs du traité dans d’autres forums internationaux et en ajustant leurs procédures d’évaluation de l’impact environnemental.

Avec la haute mer désormais soumise à un cadre commun de conservation et d’utilisation durable, le défi consiste désormais à convertir cet accord en actions concrètes pour protéger les écosystèmes océaniques tout en garantissant une distribution équitable des bénéfices marins.

Mon avis :

Le traité de biodiversité en haute mer représente un progrès significatif dans la régulation des eaux internationales, créant un cadre juridique pour protéger 30% des océans d’ici 2030. Cependant, son efficacité dépendra de la ratification par des puissances maritimes comme les États-Unis et de la mise en œuvre rapide de ses mécanismes de gestion.

Les questions fréquentes :

Qu’est-ce que le Traité de Haute Mer ?

Le Traité de Haute Mer est un accord international visant à protéger la biodiversité marine dans les eaux internationales, au-delà des juridictions nationales. Il établit un cadre juridique pour la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine, renforçant ainsi la réglementation existante après près de vingt ans de négociations.

Pourquoi est-il important ?

Ce traité est essentiel car il vise à combler le vide de gouvernance qui a permis une exploitation non régulée des ressources océaniques. Il permet la création de zones marines protégées et d’outils de gestion, contribuant ainsi à la conservation de 30 % des océans d’ici 2030, dans un contexte de crise climatique et de perte de biodiversité.

Comment le traité a-t-il été mis en œuvre ?

Le traité a été ouvert à la signature en septembre 2023 après l’atteinte de 60 ratifications. Après un délai de 120 jours, il est devenu juridiquement contraignant pour 83 parties, dont 82 pays et l’Union européenne, qui doivent maintenant intégrer ses dispositions dans leur législation nationale.

Qui a ratifié le traité et qui manque à l’appel ?

Parmi les pays ayant ratifié le traité figurent la France, l’Allemagne, le Japon et la Chine. Cependant, de grandes puissances comme les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Inde ne l’ont pas encore ratifié, ce qui soulève des incertitudes quant à l’efficacité et à la portée réelle de cet accord dans les années à venir.

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