L’obtention de permis pour construire de nouvelles lignes et subestations électriques est devenée un sérieux frein au développement de la Red Eléctrica de España (REE). Malgré un volume record d’investissements dépassant 1,500 millions d’euros, la lenteur administrative bloque l’essor des projets renouvelables cruciaux pour la transition énergétique.

La gestion des permis de construire pour les nouvelles lignes et sous-stations électriques est devenu le principal obstacle au développement du réseau en Espagne. Red Eléctrica de España (REE), faisant partie de Redeia, insiste sur le fait qu’il ne manque ni de fonds ni de capacité technique, mais que ce sont les autorisations administratives qui font défaut pour mettre en œuvre la planification envisagée.
Selon l’entreprise, le système électrique espagnol accumule déjà un volume très élevé de permis d’accès et de connexion tant pour les nouvelles générations que pour les demandes accrues, une situation qui met en lumière l’énergie renouvelable non exploitée par le réseau. Une part importante de ces projets ne se concrétise pas en raison des délais liés aux licences de construction et à la gestion environnementale. Le résultat est un véritable goulot d’étranglement qui ralentit des investissements jugés critiques pour la transition énergétique.
REE désigne les permis comme le principal frein à l’investissement

Le directeur général de Redeia, Roberto García Merino, a réaffirmé dans différents forums sectoriels que Red Eléctrica n’allouait pas davantage de ressources aux nouvelles infrastructures simplement parce qu’elle “n’a pas les permis nécessaires pour investir davantage”. Autrement dit, la limite n’est pas dictée par le budget ou la force industrielle, mais par la vitesse à laquelle avancent les dossiers administratifs.
Le dirigeant souligne que tout projet ayant déjà reçu une autorisation de construction est actuellement en phase de réalisation. Selon lui, cela démontre que l’entreprise a la capacité de réaliser sa planification dès qu’elle reçoit le feu vert des administrations compétentes, sans goulots d’étranglement internes ni financiers.
García Merino a également demandé que le débat public concernant la capacité du réseau soit basé sur des données concrètes plutôt que sur des perceptions générales. À ses yeux, avec la configuration actuelle du réseau de transport en Espagne, “il n’est pas nécessaire de construire une sous-station de plus ou un kilomètre de circuit supplémentaire” pour absorber la série de projets déjà liés au réseau, tant que les critères techniques établis sont respectés.
La direction de REE souligne que le plan d’investissement de l’opérateur est directement lié à la Planification Nationale Énergétique, un document qui définit quelles infrastructures doivent être construites et selon quels délais. Ils réaffirment que la priorité de l’entreprise est de déployer cette planification “dès que possible”, mais que le rythme dépend en grande partie de l’agilité administrative.
Dans ce contexte, Redeia a souligné que l’année dernière a été un année record d’investissement dans le réseau de transport, avec plus de 1,500 millions d’euros (environ 1,450 millions de dollars) uniquement en tant qu’opérateur du système (TSO). L’entreprise défend que ce chiffre démontre son engagement en matière d’investissement et que les restrictions sont indépendantes de sa capacité de financement.
Un blocage des permis avec 130 GW en génération et 20 GW en demande

La pression sur le réseau se reflète dans les chiffres que l’opérateur du système traite. Actuellement, il existe des permis d’accès et de connexion déjà accordés totalisant environ 130 gigawatts (GW) de nouvelle génération électrique et 20 GW de demande, des chiffres qui approchent la taille du parc de génération existant en Espagne.
Ce volume de projets ayant des droits de connexion illustre à quel point le système est sous tension en raison de l’irruption massive des énergies renouvelables et de l’électrification de l’économie. Cependant, avoir un permis d’accès et de connexion ne signifie pas que l’installation soit réellement construite et en train de produire de l’énergie pour le réseau, car il reste à finaliser tout le cycle d’autorisations nécessaires.
García Merino a expliqué qu’avec le réseau de transport déjà déployé et la planification actuelle, l’infrastructure existante peut supporter une grande partie de cette nouvelle capacité sans nécessiter d’extensions immédiates, tant que les actions prévues sont exécutées. Ce n’est qu’après que, selon lui, il sera nécessaire d’actualiser la planification pour répondre à une demande supplémentaire.
Par ailleurs, le groupe rappelle qu’il existe des permis fermes pour intégrer jusqu’à 20,000 mégawatts (MW) supplémentaires de nouvelle demande dans les réseaux de transport et de distribution, dans un contexte où le pic de consommation hivernale tourne actuellement autour de 38,000-40,000 MW. Cette marge indique que le système a la capacité d’accueillir de nouvelles activités industrielles et d’électrifier les besoins.
Le diagnostic de REE est clair : le “goulot d’étranglement” ne se trouve pas dans la disponibilité des projets, ni dans la volonté de l’opérateur de construire, mais dans la lenteur à finaliser les permis de construction qui transforment ces droits sur le papier en infrastructures physiques connectées au réseau.
Délais de construction contre délais d’administration : où se trouve le goulot d’étranglement

Une des comparaisons les plus souvent évoquées par la direction de Red Eléctrica est celle qui oppose les délais de construction aux délais administratifs. Selon García Merino, construire une sous-station “normale” prend environ un an, tandis que construire une ligne de transport de longue distance peut nécessiter deux ans de travail effectif sur le terrain.
La situation change radicalement lorsque l’on examine la partie administrative. Le directeur général précise que la gestion d’une sous-station peut s’étendre entre trois et six ans, tandis qu’une ligne de moyenne ou longue distance peut mettre “de six à douze ans” pour obtenir toutes les autorisations nécessaires. En d’autres termes, les permis peuvent doubler ou même multiplier par cinq le temps nécessaire pour la construction.
Dans ce contexte, Redeia insiste sur le fait qu’il “n’existe aucune restriction financière ou chaîne d’approvisionnement” empêchant l’exécution des projets. Ils n’identifient pas non plus de problème de capacité d’exécution interne, car la majorité des travaux se réalisent dans des délais relativement courts une fois que l’administration donne son approbation définitive.
Selon la compagnie, le cœur du problème réside dans le fait que l’opérateur se voit contraint de “lutter contre l’ensemble du processus administratif”, qui comprend de multiples rapports sectoriels, l’évaluation environnementale, les recours, les expropriations et d’autres phases sujettes à des délais qui s’enchaînent. Bien que REE reconnaisse la nécessité de ces garanties, elle demande que le processus soit rendu plus prévisible et plus rapide.
Pour cela, l’entreprise est ouverte à des formules telles que l’introduction de “silences positifs” ou des déclarations responsables pour certaines phases d’autorisation, en accord avec les propositions discutées au niveau européen. L’idée est que, si l’administration ne répond pas dans un délai déterminé, le projet puisse avancer, toujours avec des mécanismes de contrôle ultérieurs.
Un débat européen : réseaux, énergies renouvelables et procédures à l’étude
La préoccupation de Red Eléctrica n’est pas un cas isolé au sein du continent. Au sein de l’Union Européenne, le déploiement de réseaux de transport et de distribution est devenu un sujet prioritaire face à la forte croissance des énergies renouvelables, l’électrification de l’industrie et l’essor des véhicules électriques, entre autres facteurs.
Un rapport récent du Parlement Européen place la durée moyenne totale des projets de réseaux de transport à environ une décennie, dont plus de la moitié de ce temps est liée aux permis et procédures administratives. Bruxelles souligne que cette dynamique ralentit l’intégration de nouvelles capacités renouvelables et le développement de grands consommateurs d’électricité.
La Commission Européenne a répondu avec un plan spécifique centré sur les réseaux, intitulé “Action Plan for Grids”, qui identifie la gestion des permis comme l’un des grands goulots d’étranglement pour atteindre les objectifs climatiques et de compétitivité industrielle. Le document appelle à simplifier les processus, raccourcir les délais, et renforcer la coordination entre pays et administrations.
En outre, la Commission elle-même a proposé une norme visant à accélérer les procédures d’autorisation, avec des délais maximaux plus stricts pour certains types de projets énergétiques. L’objectif est de réduire le coût de l’électricité, de débloquer des investissements et d’éviter que le retard dans les réseaux ne devienne le “talon d’Achille” de la transition verte européenne.
Espagne, un marché renouvelable en plein essor sous pression
Le goulot d’étranglement des permis survient à un moment où l’Espagne s’est affirmée comme l’un des marchés renouvelables les plus dynamiques d’Europe. La Péninsule Ibérique, selon Redeia, se trouve “devant une opportunité unique” de mener la transition énergétique grâce à l’abondance des ressources éoliennes et solaires et aux décisions prises les années précédentes.
Actuellement, près de 70% de la capacité installée dans le système électrique espagnol provient déjà de technologies renouvelables. En 2025, environ 55% de la demande électrique a été satisfaite par ce type de génération, ce qui représente une avancée soutenue vers un modèle plus décarboné et moins dépendant des combustibles fossiles.
La qualité des infrastructures de transport et de l’exploitation du système a permis d’intégrer environ 97% de l’énergie renouvelable disponible, un chiffre que REE cite fréquemment comme exemple de la solidité technique du réseau espagnol. Pour la compagnie, ce chiffre démontre que les renforcements effectués ces dernières années ont permis d’exploiter presque toute la production verte qui pénètre dans le réseau.
Le déploiement des énergies renouvelables a également un impact direct sur les prix. García Merino a signalé que le prix moyen de l’électricité en Espagne était récemment d’environ 65 euros par mégawattheure (MWh), l’un des niveaux les plus bas d’Europe. Des pays comme l’Allemagne ont enregistré des valeurs proches de 90 euros/MWh, ce qui, selon l’opérateur, envoie un signal clair de compétitivité au tissu industriel ibérique.
Toutefois, ce processus se déroule sur un réseau qui commence à montrer des tensions dans certains nœuds et corridors clés, en particulier là où il y a une coexistence de nouvelle génération renouvelable et forte demande industrielle. D’où l’importance cruciale d’accélérer l’exécution des infrastructures prévues, tout en respectant les exigences environnementales et sociales.
Alors que l’électrification de secteurs comme le transport, la climatisation ou certainsprocessus industriels augmente, la nécessité de renforcer et moderniser le réseau de transport devient de plus en plus ressentie. Pour les acteurs du secteur, ce qui se passera avec les délais de permis dans les prochaines années pourrait influencer la capacité à tirer parti de l’avantage compétitif actuel ou à prendre du retard par rapport à d’autres pays européens.
Tout indique que le grand défi pour l’Espagne et l’Union Européenne n’est pas tant de concevoir de nouvelles infrastructures ou de trouver des financements, mais d’isoler le goulot d’étranglement des permis dans le réseau électrique pour permettre aux projets de passer du papier au terrain dans des délais raisonnables. L’équilibre entre agilité administrative, protection de l’environnement et participation citoyenne sera clé pour que les investissements dans les réseaux suivent le rythme des énergies renouvelables et de l’électrification, tout en maintenant la sécurité de l’approvisionnement et la compétitivité économique.

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Mon avis :
La lenteur des démarches administratives pour les nouvelles lignes et subestations électriques en Espagne constitue un frein majeur à la transition énergétique, malgré un investissement record de plus de 1,500 millions d’euros en 2022. Environ 130 GW de permissions sont en attente, entravant l’intégration des énergies renouvelables, pourtant cruciales pour la durabilité économique.
Les questions fréquentes :
Quels sont les principaux obstacles à la construction de nouvelles lignes électriques en Espagne ?
Le principal obstacle à la construction de nouvelles lignes et sous-stations électriques en Espagne est le délai d’obtention des autorisations administratives. Bien qu’il n’y ait pas de manque de ressources financières ou techniques, les projets sont souvent ralentis par les démarches administratives nécessaires, créant un véritable goulot d’étranglement.
Quelle est l’ampleur du problème des permis en matière de production d’énergie renouvelable ?
Actuellement, environ 130 GW de nouvelles capacités de génération électrique et 20 GW de demande ont déjà obtenu des permis d’accès et de connexion. Ces chiffres représentent quasiment la taille du parc de génération actuel en Espagne, illustrant ainsi la pression sur le système en raison de l’essor massif des énergies renouvelables.
Combien de temps prend la procédure d’obtention d’un permis pour une sous-station électrique ?
La procédure d’obtention d’un permis pour construire une sous-station électrique peut prendre de trois à six ans, tandis qu’une ligne de transport peut nécessiter entre six et douze ans pour recevoir toutes les autorisations nécessaires. Ce délai administratif peut être beaucoup plus long que le temps de construction effectif, qui est généralement d’un an pour une sous-station et de deux ans pour une ligne de transport longue distance.
Quelles solutions sont envisagées pour accélérer le processus de délivrance des permis ?
Redeia propose d’introduire des mécanismes tels que des « silences positifs » ou des déclarations responsables pour certaines phases d’autorisation, afin que les projets puissent avancer en l’absence de réponse de l’administration dans un délai donné. Cela viserait à rendre la procédure plus prévisible et agile, tout en maintenant des mécanismes de contrôle postérieurs.





