Le géant énergétique Repsol s’apprête à porter plainte pour récupérer 125 millions d’euros perdus lors du grand apagón électrique du 28 avril, qui a gravement perturbé ses opérations en Espagne. Son PDG, Josu Jon Imaz, affirme que cette démarche est cruciale pour défendre les intérêts de l’entreprise.

Reclamations de Repsol suite au grand apagón électrique
Repsol a décidé de prendre les choses en main en engageant des procédures judiciaires pour obtenir des compensations financières liées aux dégâts causés par le grand apagón électrique survenu le 28 avril. Cet incident a eu un impact significatif sur le système industriel de la Péninsule Ibérique. Selon les estimations de la société, les pertes financières dans ses installations s’élèvent à 125 millions d’euros (environ 135 millions de dollars), montant qu’elle s’efforcera de récupérer par des voies légales.
Le directeur général de Repsol, Josu Jon Imaz, a précisé que la compagnie déposera sa réclamation avant l’échéance d’un an après l’incident, conformément au délai maximum prévu par la législation pour ce type de réclamations judiciaires. Repsol est convaincue que les pertes subies par ses installations peuvent être précisément quantifiées et qu’elle a des bases juridiques solides pour demander une indemnisation.
Contexte de la demande
La requête de Repsol se concentre spécifiquement sur le coupure d’électricité survenue le 28 avril, un blackout généralisé qui a interrompu l’activité dans plusieurs de ses complexes industriels pendant plusieurs heures. Imaz a indiqué que ce litige n’inclura pas d’autres pannes de courant qui se sont produites dans les jours précédents, notamment celles survenues à la raffinerie de Cartagena le 22 avril ou à Puertollano le 16 juin, celles-ci étant traitées séparément.
Le groupe possède cinq grandes raffineries en Espagne, situées à La Corogne, Bilbao (Petronor), Tarragona, Puertollano et Cartagena, ainsi que d’autres actifs industriels. Toutes ces installations ont été affectées, à divers degrés, par le blackout, ce qui a contraint Repsol à arrêter des processus, redémarrer des équipements et engager des coûts extraordinaires en matière d’opérations et de sécurité.
Lors de ses interventions avec les analystes concernant les résultats financiers de 2025, Imaz a réaffirmé que les 125 millions d’euros de dommages estimés sont considérés comme « récupérables ». Ce chiffre a été affiné au fil des derniers trimestres et est déjà intégré dans les réflexions financières de la société, associé à cet incident précis.
Préparation d’un dossier solide
Un des objectifs principaux est de constituer un dossier juridique robuste fondé sur des éléments techniques et une collecte exhaustive des données opérationnelles du jour de l’incident, tout en coordonnant le travail interne avec des experts externes. Repsol souhaite ainsi arriver au tribunal avec un dossier complet, comprenant des preuves, des estimations financières et des arguments concernant les responsabilités.
Bien que la compagnie soit déterminée à déposer sa plainte, Imaz a décidé d’éviter les controverses entourant les causes exactes du blackout et les responsabilités potentielles. Il a souligné qu’il ne souhaite pas alimenter un « débat public » tant que les conclusions officielles de l’enquête en cours ne sont pas rendues publiques.
En attente d’un rapport de la CNMC
La Comisión Nacional de los Mercados y de la Competencia (CNMC) enquête sur ce qui s’est passé le 28 avril, en se concentrant sur le fonctionnement du système électrique et des différents acteurs impliqués. Repsol attend ce rapport, qu’elle considère essentiel pour déterminer ce qui a mal tourné et qui pourrait être tenu responsable des dommages.
Cependant, la société doit agir : la loi impose un délai d’un an pour demander une compensation à des tiers, ce qui signifie que Repsol déposera son action avant la fin d’avril, qu’il y ait ou non un avis définitif de la CNMC. Imaz a reconnu que les délais réglementaires et judiciaires ne coïncident pas parfaitement, mais il estime que la compagnie ne peut pas courir le risque de perdre son droit à une compensation.
En ce qui concerne les chances de succès, le dirigeant est resté prudent, indiquant qu’il « n’a pas de boule de cristal » pour prédire l’issue du procès, bien qu’il voit des éléments en faveur de sa cause. Parmi ceux-ci, l’ampleur du blackout, le caractère soudain de la coupure et le fait qu’elle ait touché simultanément plusieurs installations critiques en Espagne et au Portugal.
Références judiciaires et expériences passées
Un des arguments fréquemment évoqués par Imaz est le précédent établi par le Tribunal Suprême en 2022. À cette occasion, le tribunal a confirmé une indemnisation en faveur de Petronor, la filiale de Repsol au Pays Basque, pour des préjudices causés par une coupure de courant de seulement 12 minutes.
Dans ce cas, le tribunal a ratifié une compensation de 18 millions d’euros, reconnaissant à la fois les dommages directs à l’exploitation de la raffinerie et les coûts associés à l’arrêt et à la remise en marche des installations. Pour Repsol, cela démontre que le système judiciaire espagnol est prêt à évaluer les conséquences économiques des interruptions d’électricité dans de grands complexes industriels.
Imaz a précisé que, en termes de commande de magnitude, les 18 millions d’euros sont « très proches » de l’impact subi dans chacun de ses centres industriels lors du blackout. Ce point de repère souligne que les 125 millions d’euros demandés aujourd’hui ne sont, selon l’entreprise, pas une somme excessive, mais bien le total des pertes comparables déjà reconnues dans le cadre de l’affaire Petronor.
Il convient également de noter que chaque raffinerie et complexe pétrochimique fonctionne comme un système hautement intégré. Un blackout soudain impose l’application de protocoles de sécurité, le burn-out ou la déviation de produits, la révision des équipements, et parfois la réalisation d’un entretien non prévu.
Dans ce contexte, Repsol plaide que le critère établi par le Tribunal Suprême en 2022 fixe une norme claire : si un incident externe d’approvisionnement électrique cause des perturbations d’une telle ampleur, une compensation financière devrait être accordée. Le défi consistera maintenant à prouver que la coupure du 28 avril possédait des conditions encore plus graves que celle qui avait touché Petronor par le passé.
Autres litiges et enjeux fiscaux
En plus de sa réclamation relative au blackout, Repsol est engagée dans un autre conflit juridique concernant le segment autonome de l’Impôt Spécial sur les Hydrocarbures, appliqué entre 2013 et 2014. Dans ce domaine, la stratégie de l’entreprise s’aligne sur celle d’autres pétrolières telles que Galp ou BP.
Le Tribunal Suprême a déjà donné raison à ces concurrentes, ordonnant à l’Agencia Tributaria de rembourser les montants versés pour ce surcoût régional, avec les intérêts, en considérant que la conception de cet impôt violait le droit de l’Union Européenne. Ces décisions ont ouvert la voie à d’autres entreprises du secteur pour des revendications similaires.
Imaz a reconnu que la demande de Repsol dans ce domaine est « presque la même, ou très similaire » à celles qui ont déjà été gagnées par d’autres compagnies, sans pour autant garantir un résultat identique. Actuellement, la société attend également le prononcé du Tribunal suprême sur ce cas spécifique, bien qu’aucune date n’ait été fixée.
Le CEO a également noté, avec une pointe d’ironie, qu’il « n’est ni avocat ni chimiste », mais qu’il voit des parallèles évidents avec les recours qui ont déjà abouti. Quoi qu’il en soit, il a réitéré que la décision finale reviendra au Tribunal, et que Repsol respectera le verdict qui sera rendu.
Ce contentieux fiscal s’ajoute ainsi à la demande de 125 millions d’euros liée au blackout, établissant un cadre où Repsol cherche à récupérer, par la voie judiciaire, une partie importante des coûts et des charges qu’elle considère injustifiées. L’entreprise défend qu’intenter des actions en justice fait partie de la protection ordinaire de ses intérêts et de ceux de ses actionnaires.
Impact sur l’industrie et implications pour Moeve et Galp
Le blackout du 28 avril a eu des répercussions qui ont dépassé les frontières de Repsol. Moeve (l’ancienne Cepsa) a également été gravement touchée, avec du courant coupé durant plus de 12 heures dans certaines régions. La société a déjà évalué l’impact de cet épisode à environ 50 millions d’euros (environ 53 millions de dollars) sur ses comptes pour le premier semestre et prévoit également des actions légales pour les dommages.
Moeve gère deux grandes raffineries dans le sud de l’Espagne : La Rábida, à Huelva ainsi que celle de Gibraltar-San Roque, dans la province de Cádiz. Ces installations, essentielles pour l’approvisionnement en combustibles sur la péninsule et pour l’exportation, ont dû faire face à des arrêts obligés en raison de la coupure de courant, engendrant des coûts opérationnels et des frais de sécurité considérables.
Le blackout a également eu des répercussions au Portugal, où Galp possède un important complexe de raffinage à Sines. Ce site fait partie d’un réseau industriel que la compagnie portugaise envisage d’intégrer avec celui de Moeve, dans le cadre d’une opération également envisagée pour fusionner leurs réseaux de stations-service en Espagne et au Portugal.
Concernant cette possible manœuvre corporative, Imaz s’est montré ouvert : il estime que l’intégration entre Moeve et Galp serait bénéfique pour le marché, ce qui représenterait de « bonnes nouvelles pour Repsol ». Il considère que cette opération met en lumière l’attrait des marchés ibériques du carburant et du raffinage, tout en témoignant du dynamisme du secteur.
Interrogé sur un éventuel intérêt de Repsol pour les actifs qui pourraient être mis en vente si les autorités de la concurrence exigeaient des désinvestissements pour autoriser la fusion, le directeur général a opté pour la prudence. Il a indiqué qu’il est « trop tôt » pour spéculer, les projets étant encore à un stade préliminaire et nécessitant encore tout un parcours réglementaire.
Parallèlement à ces considérations stratégiques, il est clair que le blackout du 28 avril a poussé plusieurs grandes pétrolières à envisager des réclamations coordonées ou, du moins, similaires tant en Espagne qu’au Portugal. Les résultats de ces litiges pourraient marquer un précédent important dans la relation entre les grands consommateurs industriels et le système électrique ibérique.
En somme, la stratégie juridique de Repsol témoigne d’un impératif de prudence alliée à une détermination affirmée pour récupérer les frais supportés. Dans l’attente du rapport de la CNMC et du jugement du Tribunal suprême sur l’impôt sur les hydrocarbures, la société a clairement indiqué qu’elle n’abandonnera aucune des voies légales qui se présentent à elle pour protéger ses intérêts.
Mon avis :
Repsol poursuit une action en justice pour récupérer 125 millions d’euros suite à un grand apagón en avril, impactant ses installations industrielles. Bien que le précédent de Petronor (indemnisation de 18 millions pour 12 minutes de coupure) semble prometteur, le succès dépendra des conclusions de la CNMC et de l’argumentation technique solide de Repsol.
Les questions fréquentes :
Quels sont les montants demandés par Repsol après le grand apagón électrique ?
Repsol a décidé de réclamer 125 millions d’euros en raison des dommages causés par le grand apagón électrique du 28 avril, qui a affecté significativement son système industriel sur la Péninsule Ibérique.
Quels types de dommages ont été subis par Repsol pendant l’apagón ?
La société a subi des dommages considérables en raison de l’interruption de l’activité de ses principaux complexes industriels, entraînant l’arrêt de processus, le redémarrage d’équipements et des coûts extraordinaires en opérations et en sécurité.
Quand Repsol prévoit-elle de soumettre sa réclamation en justice ?
Repsol prévoit de soumettre sa réclamation avant l’anniversaire de l’événement, c’est-à-dire avant fin avril, afin de respecter le délai légal d’un an pour de telles actions. Cela se fera indépendamment des conclusions de l’enquête en cours par la CNMC.
Quel est le précédent judiciaire dont Repsol s’inspire pour sa demande ?
Repsol s’appuie sur un précédent établi par le Tribunal suprême en 2022, où Petronor a obtenu une indemnisation de 18 millions d’euros pour des dommages causés par une coupure de courant de seulement 12 minutes. Cela démontre que le système judiciaire espagnol reconnaît les conséquences économiques des interruptions électriques sur de grandes installations industrielles.




