Avec un objectif de cours de 190 €, une note « Outperform » et une valorisation implicite de 2 178 Md€, Wedbush Securities lance le suivi de SpaceX après son IPO. Dan Ives mise sur Starlink, ses 12 millions d’abonnés et Starship, dans le sillage d’un regain d’optimisme aussi observé sur Tesla.
Pourquoi Wedbush Securities mise fort sur SpaceX
Wedbush Securities a lancé le suivi boursier de SpaceX avec une recommandation « Outperform » et un objectif de cours de 190 dollars, soit environ 167 € au taux de référence de la BCE du 1er juillet 2026 (1 € = 1,1383 $). Ce prix cible valorise le groupe autour de 2,48 billions de dollars, soit environ 2 179 milliards € selon la même conversion. Le pari de Dan Ives est simple : SpaceX ne repose plus seulement sur les lancements, mais sur trois piliers qui se renforcent mutuellement, à savoir la connectivité avec Starlink, le transport spatial avec Falcon 9 et Starship, puis l’infrastructure de calcul IA.
La source d’origine insiste sur la diversification de l’entreprise. Elle a raison sur le fond, mais elle reste trop générale. Les documents officiels publiés par SpaceX au moment de son introduction donnent une image plus précise : le groupe dispose déjà d’une base commerciale massive, d’un outil industriel à cadence rare dans le spatial et d’un actif réseau qui dépasse très largement le simple statut de fournisseur d’accès par satellite, selon le prospectus européen de SpaceX du 5 juin 2026.
Starlink n’est plus un pari, c’est le moteur économique
Le cœur de la thèse de Wedbush, c’est Starlink. Là encore, les chiffres officiels enrichissent nettement le tableau. Selon le prospectus de SpaceX, Starlink comptait environ 10,3 millions d’abonnés au 31 mars 2026, répartis dans 164 pays, territoires et autres marchés. Le même document précise que la constellation opérationnelle atteignait environ 9 600 satellites haut débit et mobiles en orbite basse à cette date.
La progression est brutale : 10,3 millions d’abonnés contre 5,0 millions un an plus tôt, toujours selon SpaceX. Cela représente une hausse de 106 % en glissement annuel si l’on calcule l’écart exact à partir des chiffres publiés. Ce ratio n’apparaît pas tel quel dans la source fournie, qui se contente de reprendre la barre symbolique des 12 millions évoquée par Wedbush. Or la donnée officielle datée du 31 mars 2026 permet de mesurer une dynamique vérifiable et documentée.
Autre point clé : l’ARPU, c’est-à-dire le revenu moyen par abonné. Selon SpaceX, l’ARPU mensuel Starlink est passé de 86 $ à 66 $ entre le premier trimestre 2025 et le premier trimestre 2026, soit d’environ 76 € à 58 €. Cela correspond à une baisse d’environ 23 %. Mon avis est clair : ce recul ne fragilise pas forcément le dossier. Il montre surtout que Starlink s’internationalise vite, avec des offres plus abordables hors Amérique du Nord. Le groupe échange donc une partie du revenu unitaire contre de la taille de marché.
Le vrai levier, c’est la taille du marché encore non captée
Le texte d’origine affirme que Starlink détient moins de 1 % du marché global des télécoms et du haut débit. Les éléments officiels permettent d’aller plus loin. SpaceX estime servir aujourd’hui une « petite fraction » d’un marché potentiel de 3,3 milliards d’utilisateurs finaux dans les zones déjà couvertes. Si l’on rapporte les 10,3 millions d’abonnés à ce réservoir potentiel, Starlink n’en couvre qu’environ 0,31 %. Le constat est simple : même après une montée en puissance spectaculaire, la pénétration reste marginale.
Cette donnée change la lecture du dossier. Starlink n’est pas seulement une activité arrivée à maturité avec une belle rente d’abonnements. C’est un réseau déjà mondial qui reste pourtant à un niveau de pénétration très faible. C’est exactement le type de profil que les marchés survalorisent volontiers quand la capacité technique suit.
Falcon 9 reste la machine à cash que la concurrence peine à suivre
La note de Wedbush parle beaucoup de Starship, mais le socle actuel reste Falcon 9. Et sur ce point, le prospectus de SpaceX est beaucoup plus instructif que la source de départ. Selon l’entreprise, Falcon 9 a réalisé environ 620 lancements orbitaux en quinze ans. En 2025 seul, la fusée a effectué 165 lancements, soit plus de la moitié des lancements orbitaux mondiaux, tout en livrant plus de 80 % de la masse mise en orbite.
SpaceX indique aussi un taux de succès de mission supérieur à 99 % au 31 mars 2026, plus de 570 atterrissages réussis de boosters et plus de 540 lancements menés avec un premier étage déjà utilisé. Mon avis est net : la barrière à l’entrée n’est plus seulement technologique. Elle est désormais industrielle. Aucun concurrent occidental n’affiche à la fois ce rythme, ce retour d’expérience et cette profondeur opérationnelle.
Le groupe avance également une donnée très parlante : la réutilisation partielle a réduit le coût par tonne vers l’orbite d’environ 85 % par rapport au coût historique moyen de 18 500 $ par kilogramme, selon SpaceX. En appliquant cette réduction, on obtient un coût théorique ramené à environ 2 775 $/kg, soit environ 2 438 €/kg. Cette métrique dérivée n’apparaît pas dans la source d’origine. Elle aide pourtant à comprendre pourquoi Falcon 9 continue d’écraser les équations économiques du secteur.
Starship vaut surtout par le saut de capacité, pas par la communication
La source fournie présente Starship comme une « couche essentielle » du succès futur de SpaceX. C’est juste, mais encore trop abstrait. Le prospectus du groupe chiffre mieux ce saut. Selon SpaceX, la version Starship V3 est conçue pour emporter 100 tonnes métriques vers l’orbite terrestre en configuration réutilisable. La société précise aussi que son 12e vol d’essai, réalisé en mai 2026, a inauguré une nouvelle génération de véhicule et de booster Super Heavy.
L’intérêt ne tient pas seulement à la masse transportée. Il tient surtout à l’effet réseau sur Starlink. Selon SpaceX, Starship doit pouvoir déployer jusqu’à 60 satellites V3 par lancement. Chaque satellite V3 est conçu pour offrir 1 Tbps de capacité descendante. L’entreprise indique aussi que cette architecture représente une hausse par lancement de la capacité déployée de l’ordre de 20 fois par rapport à Falcon 9.
En clair, un seul tir de Starship pourrait injecter jusqu’à 60 Tbps de capacité théorique descendante. C’est une deuxième métrique dérivée absente du texte de départ, mais elle est déterminante. Elle explique pourquoi Wedbush lie directement le destin de Starship à celui de Starlink : plus de capacité par tir signifie plus d’abonnés servis, plus de débit disponible et potentiellement plus d’usages premium.
Le cas d’usage le plus concret : le mobile satellitaire direct
La note initiale reste vague sur les usages. Pourtant, l’un des débouchés les plus concrets est déjà identifié. Selon le prospectus de SpaceX, le groupe prévoit que Starship puisse déployer environ 50 satellites mobiles par lancement afin d’accélérer sa constellation de nouvelle génération dédiée à la connectivité mobile. L’entreprise vise à terme une connectivité 5G vers des téléphones non modifiés et des objets connectés, afin de réduire les zones blanches à l’échelle mondiale.
Mon avis est simple : c’est probablement l’angle le plus sous-estimé du dossier. Le haut débit fixe par satellite est déjà un marché sérieux. Mais la connexion directe satellite-smartphone ouvre un marché encore plus large, car elle s’attaque à la continuité de service des opérateurs mobiles, pas seulement aux foyers mal couverts.
L’activité IA existe, mais elle reste secondaire dans la lecture du titre
Wedbush mentionne aussi les projets IA et calcul, sans entrer dans le détail. Les documents officiels permettent de mesurer le sujet. Selon le prospectus, les centres de données COLOSSUS et COLOSSUS II fournissent ensemble environ 1,0 gigawatt de puissance de calcul, avec une mise en service du premier cluster en 122 jours et du second en 91 jours. SpaceX compare ce délai à un benchmark industriel d’environ deux ans pour mettre en ligne un data center greenfield de 100 mégawatts.
Cette comparaison ne signifie pas que l’activité IA vaut déjà autant que Starlink. Elle montre surtout une capacité d’exécution extrême sur des infrastructures lourdes. Je considère donc cet axe comme une option de valorisation crédible, mais encore moins lisible que le couple lancement-connectivité.
Face à Ariane 6 et New Glenn, SpaceX garde une avance concrète
Pour enrichir le sujet au-delà de la note de courtier, il faut regarder les rivaux. Côté européen, Arianespace présente Ariane 6 comme un lanceur modulable en deux versions, Ariane 62 et Ariane 64, destiné à couvrir des missions institutionnelles et commerciales. Le site officiel met en avant la flexibilité de charge utile, mais le prix public détaillé est non communiqué dans les sources consultées. C’est un point faible pour la comparaison économique frontale.
Côté américain, Blue Origin indique officiellement que New Glenn peut emporter plus de 45 tonnes métriques en orbite basse et plus de 13 tonnes en orbite de transfert géostationnaire. Sur le papier, c’est sérieux. Mais le différentiel d’exécution reste massif : SpaceX affiche déjà 165 lancements orbitaux en 2025, quand les concurrents avancent encore par montée en cadence progressive ou par qualification commerciale. Mon opinion est tranchée : dans le spatial, la fiche technique attire l’attention, mais la fréquence de vol gagne les contrats.
La vraie lecture de la valorisation de Wedbush
L’objectif de cours de Wedbush à 190 $, soit 167 €, peut sembler agressif face à un titre qui cotait autour de 167 $, soit environ 147 €, au moment de la publication citée dans la source d’origine. Pourtant, la logique suivie par le courtier s’explique si l’on assemble les données disponibles : une base d’abonnés multipliée par plus de deux en un an, un réseau mondial déjà implanté dans 164 marchés, un lanceur dominant en cadence et en fiabilité, et un futur véhicule capable de multiplier par vingt la capacité déployée par lancement pour Starlink.
Le marché peut contester la valorisation. Il aura plus de mal à contester la cohérence industrielle. SpaceX ne vend pas un seul produit. Le groupe empile des actifs qui se nourrissent les uns les autres : Falcon 9 finance et alimente le réseau, Starlink crée les revenus récurrents, Starship promet une baisse supplémentaire du coût unitaire et une hausse brutale de la capacité, tandis que les infrastructures IA ajoutent une option spéculative supplémentaire.
Ce que la source d’origine ne disait pas clairement
Au minimum, cinq éléments nouveaux ressortent des recherches et changent la profondeur du sujet :
- selon le prospectus de SpaceX, Starlink comptait 10,3 millions d’abonnés au 31 mars 2026 dans 164 marchés ;
- selon le même document, la constellation active rassemblait environ 9 600 satellites ;
- selon SpaceX, Falcon 9 a réalisé 165 lancements en 2025 et a livré plus de 80 % de la masse orbitale mondiale ;
- selon SpaceX, Starship V3 vise 100 tonnes en orbite réutilisable et jusqu’à 60 satellites V3 par vol ;
- selon Blue Origin, New Glenn vise plus de 45 tonnes en orbite basse, ce qui permet de situer le niveau concurrent sur la seule capacité brute ;
- selon la BCE, le taux de référence du dollar au 1er juillet 2026 est de 1 € = 1,1383 $, utilisé ici pour toutes les conversions ;
- selon SpaceX, l’ARPU mensuel Starlink a reculé de 86 $ à 66 $, signe d’une expansion internationale accélérée.
Ces points donnent une lecture plus rigoureuse que la seule note d’initiation de Wedbush. Le dossier reste risqué, surtout sur Starship et sur la monétisation longue des actifs IA. Mais sur les faits disponibles, l’enthousiasme du courtier ne sort pas de nulle part.
Source officielle consultée : prospectus européen de SpaceX du 5 juin 2026
Mon avis :
Avis positif, mais à cadrer: Wedbush s’appuie sur un vrai moteur, Starlink et ses revenus récurrents, avec un objectif de 167 € converti au taux actuel USD/EUR. En revanche, la valorisation implicite reste très tendue, car une large part du scénario repose encore sur Starship et l’IA, deux paris loin d’être sécurisés.





