Cinq semaines après son IPO, SpaceX a chuté d’environ 30 % depuis un pic de 2 275 069 559 738 €, tandis que les vendeurs à découvert ont engrangé près de 7 610 834 441 € : Elon Musk leur promet pourtant une probabilité de survie « très faible ».
Elon Musk remet la pression sur les vendeurs à découvert de SpaceX
Elon Musk a relancé son bras de fer habituel avec les vendeurs à découvert. Sur X, le dirigeant affirme que « la probabilité de survie des entreprises qui maintiennent une position short significative sur SpaceX dans la durée est très faible ». Le message vise un marché déjà nerveux, alors que SpaceX, désormais coté sous le ticker SPCX, traverse une phase de volatilité marquée après son introduction en Bourse.
Le calendrier est parlant. Selon Reuters, l’action avait chuté d’environ 30 % à 33 % par rapport à ses sommets de juin 2026 quelques semaines seulement après l’IPO. Toujours selon Reuters et les données d’Ortex Technologies, les vendeurs à découvert affichaient déjà 8,7 milliards de dollars de gains latents au 16 juillet 2026. Converti en euros, cela représente environ 7 614 000 000 € (taux BCE : 1 € = 1,1426 $ au 20 juillet 2026, soit 1 $ = 0,8752 €).
Le fond du message de Musk n’a rien de nouveau. Il répète depuis des années que shorter ses entreprises revient à sous-estimer une dynamique technologique exponentielle. Cette fois, la cible n’est plus Tesla, mais SpaceX, une société qui se présente officiellement comme un groupe intégré mêlant espace, connectivité et IA, selon la communication investisseurs de l’entreprise publiée le 20 juillet 2026.
Une IPO record, puis un retour brutal sur terre
Le contraste est net. Selon le communiqué officiel de SpaceX, l’enregistrement de l’offre a été déclaré effectif par la SEC le 11 juin 2026. Dans la foulée, l’entreprise a bouclé une opération mondiale structurée pour plusieurs marchés, dont la France via un prospectus européen validé par la BaFin. Autrement dit, il ne s’agissait pas d’un simple test boursier réservé à Wall Street, mais d’une levée de fonds pensée d’emblée à grande échelle.
Le problème, c’est que le marché ne paie pas une histoire deux fois au même prix. Selon Reuters, l’euphorie des premiers jours a rapidement laissé place à un reflux du titre, avec un passage sous le prix d’introduction mi-juillet. Le mouvement a ouvert une fenêtre idéale aux fonds baissiers. Si l’on retient le chiffre de 8,7 milliards de dollars de profits latents cité par Reuters, cela équivaut à environ 7,6 milliards d’euros. C’est massif. Et c’est assez pour installer un récit inverse à celui de Musk : à court terme, le marché rémunère les sceptiques.
Une métrique dérivée résume bien la violence du repli : sur une baisse de 30 %, 1 000 € investis au pic ne valent plus que 700 €. Si l’on retient 33 %, ils tombent à 670 €. Ce n’est pas une correction mineure. C’est un rappel sec sur le prix du risque quand une entreprise porte déjà des anticipations extrêmes.
SpaceX ne vend pas seulement des fusées
L’article d’origine insiste sur la vision long terme liée à Starship, à la baisse des coûts d’accès à l’orbite et à l’ouverture d’une économie spatiale potentiellement gigantesque. L’idée n’est pas absurde. Mais elle reste trop abstraite si on ne regarde pas les actifs déjà en exploitation.
Premier point concret : selon le prospectus européen de SpaceX, l’entreprise comptait environ 9 600 clients haut débit et mobile Starlink au 31 mars 2026, pour environ 7,4 millions d’appareils actifs mensuels dans une trentaine de pays. Le même document indique aussi que l’ARPU mensuel Starlink est passé de 91 dollars en 2024 à 81 dollars en 2025. Converti au taux de la BCE, cela représente environ 80 € puis 71 €.
Deuxième métrique dérivée : la baisse d’ARPU entre 2024 et 2025 atteint 10 dollars, soit -10,99 %. Ce recul dit une chose simple : Starlink grossit, mais la monétisation moyenne par abonné se détend. C’est classique dans les phases d’expansion internationale, mais ce n’est pas neutre pour la valorisation. Un groupe très bien valorisé doit montrer qu’il sait convertir sa base installée en cash, pas seulement en couverture mondiale.
Deuxième point concret : l’activité institutionnelle reste solide. Selon l’AP, SpaceX a remporté environ 6 milliards de dollars de contrats auprès de la NASA, du Department of Defense et d’autres agences sur les cinq dernières années, d’après USAspending.gov. Cela représente environ 5 251 000 000 €. Là encore, le signal est clair : même si la narration autour de Mars domine la communication, le socle actuel repose encore largement sur des contrats publics, du lancement orbital et de la connectivité.
Starship est la pièce maîtresse, mais aussi le principal pari
Le dossier haussier sur SpaceX tient sur un mot : Starship. Sans ce lanceur, l’histoire reste forte. Avec lui, elle devient potentiellement hors norme. Selon le guide utilisateur officiel de SpaceX consacré à Starship, la fusée vise une capacité d’emport de 100 tonnes en orbite basse en version réutilisable et jusqu’à 150 tonnes en version consommable. Ce niveau place le programme dans une autre catégorie que les lanceurs commerciaux classiques.
L’écart avec Falcon 9 illustre le saut d’échelle. La page officielle des lancements SpaceX montre la domination opérationnelle de Falcon 9, mais Starship vise bien plus qu’une montée en cadence : il vise un changement de coût unitaire par tonne envoyée en orbite. C’est là que Musk bâtit son argument contre les shorts. Si le coût d’accès à l’espace baisse assez fortement, de nouveaux marchés deviennent finançables : constellations massives, logistique lunaire, énergie orbitale, infrastructures de données, voire exploitation de ressources.
Le problème, c’est que ce raisonnement reste suspendu à l’exécution technique. Au 23 juillet 2026, Space.com rapporte que SpaceX prépare le vol d’essai 13 de Starship, avec des satellites Starlink V3 de démonstration. Cela confirme un point essentiel : le programme avance, mais reste encore dans une logique de validation progressive. Le marché peut croire au potentiel sans accepter de le payer plein tarif dès maintenant.
Le vrai angle mort de la source d’origine : la monétisation réelle
La source initiale déroule une thèse ambitieuse sur une future économie spatiale de plus de 100 000 milliards de dollars. Elle ne traite presque pas le sujet le plus concret : à quel rythme SpaceX transforme déjà ses actifs en revenus, et avec quelle rentabilité potentielle.
Selon la note Reuters du 16 juillet 2026, après son repli, SpaceX se traitait encore autour de 49 fois le chiffre d’affaires attendu. C’est une valorisation de croissance extrême, même pour une société jugée unique. Le point n’est pas de dire que le multiple est absurde. Le point est qu’il laisse peu de marge à l’erreur. À ce niveau, le marché n’achète pas l’activité actuelle. Il achète des décennies de domination présumée.
Autre angle mort : la structure du flottant. Toujours selon Reuters, environ 30 % des actions librement échangeables étaient vendues à découvert mi-juillet, avec un risque supplémentaire lié à l’augmentation du flottant lors des expirations de lock-up à partir d’août 2026. C’est un facteur technique majeur. Il peut alimenter une poursuite de la baisse, ou au contraire provoquer un short squeeze si un catalyseur positif surgit. Dans les deux cas, la violence des mouvements reste probable.
Les vendeurs à découvert ne parient pas seulement contre Elon Musk
Présenter les shorts comme des ennemis de l’innovation est une formule efficace, mais elle simplifie à l’excès. En pratique, les vendeurs à découvert parient contre plusieurs éléments précis : un multiple très élevé, un calendrier industriel incertain, une dilution potentielle du récit par la volatilité boursière, et une dépendance persistante à des promesses de rupture pas encore complètement industrialisées.
Leur lecture n’est pas forcément anti-technologie. Elle peut être purement financière. Si une action perd 33 % peu après une IPO, la position short n’a pas besoin d’avoir raison sur Mars ou sur l’avenir du spatial. Elle doit juste avoir raison sur le timing et sur le prix payé aujourd’hui.
Musk, lui, répond sur un autre horizon. Il suggère que les bears évaluent SpaceX comme une entreprise classique, alors que la société chercherait à devenir une infrastructure centrale. Selon la communication officielle investisseurs de SpaceX, le groupe se décrit lui-même comme le seul acteur construisant une infrastructure intégrée dans l’espace, la connectivité et l’IA. Cette présentation n’est pas neutre. Elle sert à justifier une lecture de plateforme, pas de simple industriel.
Cinq éléments nouveaux qui changent la lecture du dossier
1. Le marché ne juge pas seulement une fusée, mais un portefeuille d’actifs
Le prospectus 2026 montre que SpaceX agrège fusées, Starlink et activités IA/connectivité. La valorisation repose donc sur plusieurs jambes, pas seulement sur les lancements.
2. Starlink affiche déjà une base active mondiale mesurable
Selon le prospectus européen, 7,4 millions d’appareils actifs mensuels étaient recensés au 31 mars 2026 dans environ 30 pays. Ce n’est plus un projet. C’est une activité de masse.
3. L’ARPU baisse malgré l’expansion
Le passage de 91 à 81 dollars entre 2024 et 2025, selon SpaceX, traduit un arbitrage clair : accélérer la diffusion, au prix d’une recette moyenne par abonné en recul de 10,99 %.
4. Les contrats publics restent un pilier
Selon l’AP s’appuyant sur USAspending.gov, environ 6 milliards de dollars de contrats publics ont été remportés sur cinq ans. La dépendance au spatial institutionnel reste donc forte malgré le récit d’économie privée extra-atmosphérique.
5. Le titre reste exposé à un facteur technique massif
Selon Reuters, les expirations de lock-up prévues à partir d’août 2026 peuvent accroître fortement le flottant. Pour un titre déjà très shorté, ce point compte presque autant que les résultats opérationnels.
Mon avis section par section : la thèse haussière existe, mais le marché exige désormais des preuves
Sur le fond, Musk n’a pas tort sur un point : si Starship atteint réellement son objectif industriel et économique, les modèles classiques de valorisation seront trop étroits. Mais à ce stade, son message ressemble moins à une démonstration qu’à un rappel de doctrine.
La meilleure réponse aux vendeurs à découvert ne viendra pas d’un post sur X. Elle viendra de trois chiffres : cadence de lancement, revenus monétisés et amélioration des marges. Le reste relève encore d’une foi de marché. Une foi qui peut enrichir les haussiers sur dix ans, mais qui laisse aussi beaucoup d’espace aux baissiers sur dix semaines.
Pour suivre la documentation officielle investisseurs de SpaceX, la source d’autorité la plus pertinente reste : https://ir.spacex.com/updates/
Mon avis :
Musk maîtrise le récit et rappelle un vrai point fort: SpaceX domine encore l’accès orbital et Starship peut comprimer drastiquement les coûts, ce qui nourrit la thèse long terme. Mais cet article verse dans la promotion: valorisation à 2,6 billions $ soit environ 2 273 000 000 000 € et projections à 100 billions $ restent hautement spéculatives. (xe.com)





