En Fuerteventura, l’absence d’un service de urgences vétérinaires 24 heures suscite de vives inquiétudes parmi les familles et les professionnels. Malgré les demandes croissantes des associations comme Majoreros Solidarios, le Colegio de Veterinarios de Las Palmas souligne les défis structurels qui rendent cette exigence complexe à mettre en œuvre.
Le débat sur le service d’urgences vétérinaires 24 heures à Fuerteventura
La question de l’absence de service de vétérinaires d’urgence opérationnel 24 heures à Fuerteventura suscite de nombreuses inquiétudes parmi les familles avec animaux de compagnie, les associations de protection animale et les professionnels du secteur. Tandis que les organisations citoyennes demandent la mise en place d’un système de soins continus, le Collège des Vétérinaires de Las Palmas souligne qu’avec la structure actuelle, il est impossible d’exiger des cliniques qu’elles assurent des gardes permanentes sans mettre en péril leur viabilité économique.
Actuellement, environ vingt cliniques demeurent ouvertes sur l’île, avec un effectif d’environ 88 vétérinaires, dont beaucoup ne travaillent pas dans des centres dédiés aux animaux de compagnie, mais dans des domaines tels que l’élevage. Ce contexte, associé à des problèmes de logement et aux coûts liés au maintien d’un centre ouvert en dehors des heures habituelles, a créé un conflit entre les demandes populaires pour un service 24h et les avertissements des professionnels sur les limites humaines et économiques du système présent.
Ce que réclament les associations : un service 24 heures et un soutien pour les familles en difficulté
L’Association Majoreros Solidarios a lancé une collecte de signatures à travers Fuerteventura pour exiger l’instauration d’un service vétérinaire d’urgence actif 24 heures sur 24. Cette initiative découle d’une réalité connue de toutes les familles : durant les nuits, les week-ends et les jours fériés, il n’existe pas de ressource publique ou coordonnée garantissant des soins immédiats pour les animaux malades ou blessés.
L’association dénonce que cette carence pourrait entraîner la mort ou des blessures irréversibles chez des animaux de compagnie ne recevant pas d’aide à temps, y compris pour les premiers secours chez les chiens. Au-delà de l’impact direct sur le bien-être des animaux, cela a des répercussions sociales telles que l’angoisse des propriétaires, l’abandon forcé de compagnons en raison d’une urgence insurmontable, ainsi qu’une sensation générale de vulnérabilité sur l’île par rapport à d’autres zones de l’archipel où des dispositifs plus stables existent.
Majoreros Solidarios demande aux municipalités, au Cabildo de Fuerteventura et au Gouvernement des Canaries de mettre en place, sous leurs compétences respectives, un système insulaire d’urgences opérationnel 24 heures. Parmi les mesures suggérées figurent la signature de conventions avec des cliniques vétérinaires, la fourniture de ressources économiques suffisantes et l’établissement d’un protocole clair d’intervention en cas d’urgence animale, afin que cela ne dépende pas uniquement de la bonne volonté d’un professionnel de garde.
La campagne appelle également à l’établissement d’un numéro de téléphone unique pour les urgences vétérinaires, accessible à tout moment, pour centraliser les appels et éviter que les familles ne soient obligées de contacter chaque clinique une à une sans certitude d’être prises en charge. En outre, des aides financières pour les familles en difficulté sont également demandées, permettant de faire face à des urgences avec leurs animaux sans avoir à supporter le coût à ce moment-là.
L’association insiste sur le fait que le bien-être animal ne peut être subordonné aux horaires commerciaux ni à la capacité économique immédiate des personnes confrontées à une situation d’urgence. À son avis, les soins vétérinaires d’urgence doivent être considérés comme une responsabilité publique, en accord avec les valeurs sociales contemporaines et le cadre normatif de protection animale en vigueur en Espagne.
Arguments légaux et inégalités territoriales dans l’archipel
Les demandes citoyennes trouvent aussi leur fondement dans la législation. Majoreros Solidarios rappelle que tant la réglementation nationale que régionale reconnaissent les animaux comme êtres sensibles, ce qui entraîne des obligations précises pour les administrations publiques, notamment celle d’éviter des situations de souffrance inutile et de mettre en place des ressources minimales pour garantir leur protection.
À cet égard, l’association évoque expressément la Loi 7/2023 sur la protection des droits et du bien-être des animaux. Selon elle, l’absence d’un service d’urgences vétérinaires continu à Fuerteventura contredit l’esprit de cette loi, qui laisse de nombreux animaux sans assistance pendant des périodes critiques telles que les nuits ou les week-ends.
Cette situation est également perçue comme une inégalité territoriale par rapport à d’autres îles où une couverture d’urgence plus étendue existe. Du point de vue des groupes de défense des animaux, il est inacceptable qu’une famille dépende de son lieu de résidence pour que son animal puisse être soigné de nuit ou pendant les jours fériés.
La collecte de signatures se déroule dans plusieurs établissements, associations et commerces disséminés à travers l’île, allant des animaleries à de petites entreprises locales, en passant par des entités sociales et culturelles. L’objectif est d’obtenir le plus large soutien possible pour présenter la demande aux administrations, soulignant qu’il ne s’agit pas d’un problème isolé, mais d’un appel social partagé par des résidents de différents municipalités.
L’association exprime sa gratitude envers les entreprises, associations et particuliers impliqués, ainsi que le soutien des plateformes d’indépendants de Fuerteventura et des Canaries, qui facilitent la diffusion de la campagne. Toute entité désireuse de collaborer peut participer, avec pour objectif de renforcer la demande d’un service d’urgences 24 heures considéré par les promoteurs comme “nécessaire, viable et urgent”, dès lors qu’il soit conçu avec un financement et une coordination appropriés.
La position du Collège des Vétérinaires : pourquoi il est impossible aujourd’hui d’exiger des gardes 24 heures
Face à cette pression sociale, le Collège Officiel de la Profession Vétérinaire de Las Palmas a déclaré qu’actuellement, il n’est pas possible d’exiger des cliniques de Lanzarote et de Fuerteventura qu’elles s’occupent d’urgences vétérinaires 24 heures sur 24. L’institution souligne que le problème n’est pas le manque de volonté des professionnels, mais plutôt une carence structurelle en ressources humaines, économiques et logistiques qui persiste depuis longtemps.
Dans des îles comme Fuerteventura, la majorité des cliniques fonctionnent avec des équipes très réduites, voire unipersonnelles. Les vétérinaires subissent de longues journées, souvent sous une pression élevée et une forte charge émotionnelle liée au traitement quotidien d’animaux malades et de leurs familles. Imposer continuellement des gardes nocturnes, de week-end et de jours fériés sans renforts suffisants entraîne, selon le Collège, un risque réel tant pour la santé des professionnels que pour la qualité des services fournis.
L’organisation précise que maintenir un centre ouvert 24 heures implique bien plus qu’avoir un téléphone opérationnel. Cela requiert de faire face à des coûts fixes élevés — personnel, fournitures, loyer, équipement, énergie — même lors de gardes où peu de patients se présentent. À cela s’ajoutent des avis qui peuvent ne pas se concrétiser, des impayés potentiels et une activité irrégulière qui complique l’équilibre financier sans un système approprié de compensations.
Le Collège insiste sur le fait qu’imposer aux cliniques de fournir un service d’urgences continues sans soutien externe entraîne des pertes économiques directes et peut mettre en péril la viabilité même des centres. Pour cette raison, l’entité a exprimé qu’elle ne soutiendra ni ne promovra des solutions qui contraignent les professionnels à travailler à perte ou qui imposent un sacrifice personnel et économique excessif.
L’institution réaffirme que les urgences vétérinaires sont nécessaires, mais qu’elles doivent être mises en place selon un modèle durable, équitable et respectueux de ceux qui les fournissent. Selon leur point de vue, veiller à l’attention des animaux implique également d’assurer des conditions raisonnables pour les vétérinaires qui soutiennent le système jour après jour.
Pénurie de personnel et crise du logement : les principaux goulots d’étranglement
Un des points que souligne le Collège des Vétérinaires de Las Palmas est l’impossibilité pratique de renforcer les équipes dans des îles comme Lanzarote et Fuerteventura. Même si, en théorie, on pourrait envisager d’attirer des professionnels d’autres régions, la réalité est que cela se heurte à un obstacle difficile à franchir : la crise du logement dans les îles orientales.
Les prix élevés des loyers et le manque d’offre rendent très compliqué d’offrir des conditions minimales pour convaincre de nouveaux vétérinaires de s’installer de manière durable. L’organisation résume la situation avec une phrase percutante : « Sans logement abordable, il n’y a pas de possibilité de recruter du personnel ». Ce manque de relève maintient de nombreux centres en fonctionnement avec des structures très ajustées.
Le problème ne se limite pas à la quantité de professionnels, mais aussi à la qualité : avec des équipes restreintes, la charge des gardes se concentre sur très peu de personnes, ce qui accroît le risque d’épuisement et d’erreurs, et complique la garantie d’une attention continue avec des normes de qualité. La combinaison de longues journées, de tournées morcelées et d’urgences imprévues engendre une fatigue préoccupante pour le Collège.
À cela s’ajoutent les coûts de maintien d’une clinique ouverte même lorsqu’aucune urgence n’est traitée. Des gardes où personne ne se présente, des appels qui ne se concrétisent pas, et les coûts fixes habituels font que, sans une compensation appropriée, le service 24 heures s’avère financièrement inviable pour de nombreux propriétaires. Dans un environnement aux marges serrées, l’obligation de maintenir des gardes permanentes peut, selon eux, conduire à des fermetures de centres à moyen terme.
C’est pourquoi l’entité collégiale suggère que tout avancement vers un système d’urgences 24 heures sur l’île doit passer par un redesign global du modèle, abordant simultanément le recrutement de personnel, la disponibilité de logement, le financement du service et la distribution des responsabilités entre l’administration et le secteur privé.
Vers quel type de modèle se dirigent les différentes parties ?
Bien que les positions des groupes locaux et du Collège des Vétérinaires reposent sur des réalités différentes, elles s’accordent sur un point : l’attention aux urgences vétérinaires est nécessaire et doit s’améliorer à Fuerteventura. La divergence réside dans la manière d’y parvenir et qui doit assumer le principal fardeau du système.
Des associations comme Majoreros Solidarios soulignent que les administrations publiques ont l’obligation de garantir un minimum de couverture, surtout lorsque les lois reconnaissent les animaux comme des êtres sensibles et incluent le devoir d’éviter des souffrances inutiles. C’est pourquoi elles insistent pour qu’on agisse par le biais de conventions, de financements spécifiques et d’un dispositif de coordination insulaire.
D’autre part, le Collège des Vétérinaires souligne que ce n’est pas suffisant de demander plus de services sans aborder les ressources nécessaires. Pour eux, toute solution devra inclure, au minimum, des mécanismes de compensation financière pour les cliniques participant à un hypothétique système de gardes, des incitations à attirer des professionnels, des mesures facilitant l’accès au logement et une planification reposant sur des données réelles de demande et de capacité d’accueil.
Parmi les scénarios évoqués dans le débat public figurent des formules telles que des réseaux de cliniques se relayant pour les gardes, des services d’urgence insulaires agréés, des partenariats public-privé avec un financement stable ou l’établissement d’un centre de référence pour gérer les urgences les plus graves, comme une crise épileptique, en dehors des heures ordinaires. Aucune de ces options n’a encore été concrétisée, mais elles servent de base pour envisager des alternatives au-delà de la situation actuelle.
Dans l’intervalle, le quotidien à Fuerteventura continue d’être marqué par l’absence d’un service formel 24 heures, par les préoccupations croissantes des familles avec animaux de compagnie et par les avertissements des vétérinaires concernant les limites du système. Le défi consiste à trouver un modèle qui, sans imposer tout le poids aux cliniques, permette à tout animal en situation critique de recevoir rapidement des soins, sans que l’heure ou la date ne définissent ses chances d’assistance.
Mon avis :
L’absence d’un service vétérinaire d’urgence 24 heures à Fuerteventura suscite de vives inquiétudes parmi les propriétaires d’animaux et les défenseurs des droits des animaux. Bien que les solutions proposées par des organisations comme Majoreros Solidarios mettent en lumière des besoins essentiels, les vétérinaires soulignent des défis logistiques et financiers qui rendent cette exigence difficile à réaliser sous les conditions actuelles.
Les questions fréquentes :
Quels sont les problèmes actuels concernant les services d’urgences vétérinaires à Fuerteventura ?
La principale préoccupation est l’absence d’un service d’urgences vétérinaires opérationnel 24 heures sur 24, ce qui génère une inquiétude parmi les familles avec des animaux de compagnie. Les cliniques existantes ne peuvent pas garantir des gardes permanentes en raison de difficultés économiques et structurelles.
Quelles actions sont engagées par les associations locales pour améliorer la situation ?
L’Association Majoreros Solidarios a lancé une pétition pour établir un service vétérinaire d’urgences actif 24 heures sur 24. Ils réclament des ressources financières adéquates et un numéro d’appel unique pour centraliser les urgences vétérinaires.
Quels sont les arguments légaux soutenant la demande d’un service d’urgences vétérinaires ?
La demande s’appuie sur les lois reconnaissant les animaux comme des êtres sensibles et imposant aux administrations publiques de prévenir la souffrance inutile. L’absence de services d’urgences est considérée comme une violation de ces obligations légales.
Comment le Collège de Vétérinaires justifie-t-il l’absence de gardes 24 heures à Fuerteventura ?
Le Collège de Vétérinaires de Las Palmas explique que la demande de gardes 24 heures n’est pas soutenable en l’état actuel, en raison d’un manque de ressources humaines et économiques. Ils insistent sur la nécessité d’un modèle durable et équitable pour protéger à la fois les animaux et les professionnels vétérinaires.

