L’industrie du calzado et du cuir entre dans une ère de transformation face à l’accumulation alarmante de déchets de cuir, souvent enfouis ou incinérés. Le projet RECUBIC, dirigé par ITE et Inescop, propose une solution novatrice grâce à la pirólisis, convertissant ces déchets en biocarbones et autres ressources durables.

Comment transformer un problème en ressource : Les déchets de cuir dans la biocarbonisation

La industrie du cuir et du chaussage connaît une mutation significative, où l’impact environnemental des produits entre en jeu. Chaque année, cette industrie génère des milliers de tonnes de déchets, principalement engendrés par des chutes de cuir qui finissent souvent dans des décharges ou sont incinérées. Dans un contexte où les réglementations environnementales deviennent de plus en plus sévères, continuer à gérer ces déchets de la même manière n’est plus une option viable.

Un secteur clé confronté à un défi majeur de déchets de cuir

La Communauté Valencienne est le foyer d’environ la moitié des entreprises liées à l’industrie du cuir et du chaussage en Espagne. Ce fort ancrage industriel présente toutefois un revers : le secteur produit chaque année des quantités énormes de déchets post-industriels — chutes, pièces défectueuses, résidus de maroquinerie, etc. La majorité de ces produits se retrouve dans les décharges.

Outre les déchets solides, la production de cuir génère également des polluants tels que des poussières, des boues et autres sous-produits associés aux diverses étapes du tannage, dont beaucoup contiennent des sels de chrome. Cette diversité rend leurs valorisations, qu’elles soient matérielles ou énergétiques, extrêmement complexes, expliquant ainsi la rareté des exemples de recyclage à échelle industrielle.

Vous aimerez aussi :  Nouveaux développements urbains en Espagne : enjeux et opportunités des réglementations sur le sol

Un problème particulier réside dans la gestion du cuir tanné au chrome, qui reste la méthode de tannage la plus courante. Bien que le tannage utilisant le chrome trivalente présente des avantages en termes de résistance et de durabilité, il comporte aussi des risques. En effet, le chrome trivalente peut se transformer en chrome hexavalent, un composé reconnu comme cancérigène sous certaines conditions d’oxydation ou de combustion non contrôlée.

La pirólise comme alternative pour transformer les déchets de cuir

Face aux défis réglementaires et environnementaux, la pirólise s’affirme comme une solution technique cruciale pour traiter les déchets de cuir. Ce processus thermo-chimique consiste à chauffer les matériaux à haute température en absence quasi totale d’oxygène, permettant ainsi une décomposition contrôlée de la matière organique sans combustion.

Dans le cas du cuir, la pirólise produit trois fractions principales : un charbon solide, un huile de pirólise et un gaz de synthèse. La proportion de chacun de ces produits dépend de divers paramètres tels que la température et le temps de traitement.

Lorsqu’optimisées, ces conditions permettent d’obtenir principalement un biocarbón riche en azote provenant des protéines du cuir. Ce produit peut être utilisé pour divers usages : filtration, catalyse ou amendement agronomique. Sa grande surface spécifique et ses groupes fonctionnels lui confèrent des applications variées.

Une des grandes forces de la pirólise est sa capacité à immobiliser la plupart du chrome, réduisant ainsi les risques de formation de chrome hexavalent. Les étapes de purification ultérieures permettent d’affiner le produit final pour garantir qu’il soit sûr à utiliser dans des applications strictes sur le plan environnemental.

Projet RECUBIC : Revalorisation des déchets de cuir en biocarbon

À partir de ces connaissances, le projet RECUBIC se matérialise, financé par IVACE+i et l’Union Européenne. Ce projet, dont les travaux se déroulent entre 2025 et 2026, bénéficie d’un budget de près de 360 000 euros. Le ITE coordonne cette initiative en apportant son expertise dans les processus énergétiques et de pirólise, tandis qu’Inescop se concentre sur l’analyse et la caractérisation des déchets de cuir.

Vous aimerez aussi :  Accident tragique à Alhendín : enquête sur la sécurité des usines de recyclage

L’objectif principal de RECUBIC est de développer un processus de pirólise spécifique pour les déchets de cuir convertis en produits à haute valeur ajoutée : biocarbons activés, huiles chimiques et gaz de synthèse. Pour ce faire, le projet s’engage à analyser et classer les différents types de déchets générés par l’industrie du cuir et du chaussage afin de maximiser l’efficacité de la pirólise.

Applications environnementales des biocarbon

Les biocarbons issus de déchets de cuir sont des matériaux très polyvalents dans les traitements environnementaux. Grâce à leur structure poreuse et leur teneur en azote, ils peuvent rivaliser avec des carbones activés d’origine fossile, voire surpasser certaines de leurs performances.

Les applications majeures incluent leur utilisation comme adsorbants pour les gaz toxiques, notamment le sulfure d’hydrogène (H2S), commun dans les installations de biodigestion. D’autres pistes d’application portent sur la capture de dióxido de carbono (CO2) dans les émissions industrielles, par exemple celles de la cimenterie.

Dans le domaine de l’eau, ces biocarbons sont testés comme matériaux filtrants pour éliminer les polluants dans les eaux usées. Leur haute porosité et leur chimie de surface leur permettent de piéger une large gamme de contaminants. Ils sont également explorés pour leur capacité à améliorer les processus de compostage en favorisant la rétention des nutriments et l’activité microbienne dans le sol.

Validation industrielle et collaboration

RECUBIC ne se limite pas à des recherches en laboratoire, mais a été conçu avec une forte orientation industrielle. Le projet accueille des partenaires issus de divers secteurs qui fournissent des déchets, des conditions d’exploitation réelles et des scénarios d’utilisation pour les matériaux développés.

Parmi les entreprises collaboratrices, Çimsa Cementos España évalue l’efficacité des biocarbons dans la captation de CO2 de ses cycles de production. De même, FACSA travaille sur l’efficacité des biocarbons dans le traitement de l’eau, tandis que l’entreprise DIAFA Cortados contribue en fournissant des déchets de cuir et des informations sur leurs sources.

Vers une économie circulaire

L’approche de RECUBIC s’inscrit pleinement dans le cadre de l’économie circulaire. Au lieu d’extraire de nouvelles ressources, le projet vise à transformer des déchets industriels en produits à valeur ajoutée. Cela réduit la pression sur les ressources naturelles et contribue à diminuer les déchets dans les décharges.

Vous aimerez aussi :  Nouveaux défis et solutions innovantes dans la gestion des déchets organiques en Espagne

Bien que le projet soit développé principalement en Communauté valencienne, son modèle est facilement adaptable à d’autres régions avec une structure industrielle similaire. L’Espagne, étant un acteur majeur dans le domaine, montre un potentiel significatif dans l’application de technologies comme la pirólise de déchets de cuir au-delà de ses frontières.

Avec une production mondiale d’environ 6 millions de tonnes de déchets de cuir par an, la gestion de ces flux devient une question centrale pour la durabilité du secteur. Le projet RECUBIC présente une feuille de route claire pour transformer ce problème en source d’opportunités.


Tout en illustrant comment l’innovation technologique et la collaboration entre recherche et industries peuvent transformer un déchet en ressource stratégique.

Mon avis :

La transformation des déchets de cuir en biocarbones via la pirólisis représente une avancée significative pour l’industrie du cuir, favorisant l’économie circulaire et réduisant les déchets. Cependant, des défis demeurent, notamment en matière de pollution potentielle liée au chrome et à la nécessité de technologies adaptées pour garantir un valorisation sûre et efficace.

Les questions fréquentes :

Quels sont les déchets générés par l’industrie du cuir et de la chaussure ?

L’industrie du cuir et de la chaussure produit chaque année des milliers de tonnes de déchets, notamment des chutes de cuir, des pièces défectueuses et autres sous-produits. Ces déchets, pour la plupart, se retrouvent dans des décharges ou brûlés dans des incinérateurs, peu favorable à l’environnement.

Comment la pyrolyse aide-t-elle à gérer les déchets de cuir ?

La pyrolyse est une technologie thermique qui transforme les déchets de cuir en ressources précieuses. Ce processus génère des biocarbones riches en azote, des huiles chimiques et des gaz de synthèse, permettant ainsi de valoriser ces déchets et de répondre aux exigences des réglementations environnementales de plus en plus strictes.

Quelles sont les applications des biocarbones obtenus à partir de déchets de cuir ?

Les biocarbones activés issus des déchets de cuir sont polyvalents et peuvent être utilisés dans plusieurs domaines, notamment comme adsorbants pour les gaz contaminants, dans la filtration des eaux usées, et même comme amendement agronomique pour améliorer la qualité des sols.

Quel est l’objectif du projet RECUBIC ?

Le projet RECUBIC vise à optimiser le processus de pyrolyse pour convertir les déchets de cuir en produits de valeur ajoutée, tels que des biocarbones activés, des huiles et des gaz de synthèse. En garantissant la viabilité technique et économique, ce projet s’inscrit dans une démarche d’économie circulaire visant à réduire les déchets et à promouvoir des solutions durables.

Share.
Leave A Reply