Introduction
Vous vivez avec un chien et ressentez un impact positif sur votre humeur et vos relations? Ce phénomène s’explique par la présence silencieuse de micro-organismes dans vos corps. Des études démontrent que cette cohabitation enrichit non seulement le microbiome individuel, mais améliore également la santé physique et mentale.
Comment la cohabitation influence la santé
Avez-vous remarqué que vivre avec un chien peut changer votre humeur et votre façon de vous connecter avec le monde ? Ce phénomène est soutenu par une multitude de recherches indiquant que, derrière ce lien particulier, se cache un monde de micro-organismes travaillant à la fois dans votre corps et dans celui de votre animal.
Dans les dernières années, plusieurs études scientifiques ont démontré que la cohabitation entre l’homme et le chien ne se limite pas à la compagnie et au divertissement, mais qu’elle a aussi des effets réels sur le microbiome et est associée à une amélioration de la santé physique, mentale et sociale, en particulier chez les adolescents. Explorons ce que nous savons actuellement sur le microbiome, les chiens et leur impact sur la santé.
Qu’est-ce que le microbiome chez les chiens et pourquoi est-ce important ?
Le terme microbiome désigne l’ensemble des micro-organismes vivant dans le corps des chiens, principalement dans l’intestin, mais aussi dans la bouche, sur la peau et d’autres muqueuses. Cette communauté microbienne se compose de bactéries, virus, champignons, protozoaires et autres microbes qui cohabitent habituellement de manière bénéfique.
Dans l’intestin, le microbiome agit comme un organe à part entière : il participe à la digestion, aide à l’absorption des nutriments et, en association avec une alimentation canine adaptée, maintient l’équilibre de l’écosystème interne dont un chien a besoin pour rester en bonne santé. Lorsque cet équilibre est respecté, le chien digère mieux, utilise mieux sa nourriture et réduit le risque de troubles digestifs.
Une autre fonction clé du microbiome est la protection contre les pathogènes. Une microbiote bien équilibrée constitue une barrière naturelle qui occupe de l’espace et des ressources, empêchant ainsi les microbes nuisibles de s’installer et de proliférer. Les « bons » microbes ne laissent donc pas de place aux « mauvais ».
De plus, il existe une relation étroite entre l’intestin et le système immunitaire. Une grande partie des défenses de l’organisme se trouve dans l’intestin : la microbiote intestinale dialogue constamment avec le système immunitaire, modulant sa réponse et aidant à son bon fonctionnement. Cela se traduit par une meilleure capacité du chien à faire face aux infections et autres maladies.
Quand la microbiote est équilibrée, on observe chez l’animal une meilleure santé générale, des digestiones plus douces, un contrôle plus adéquat du poids corporel et, sur le long terme, une espérance de vie accrue. Prendre soin de l’intestin de votre chien est, en somme, une véritable investissement pour son bien-être.
Microbiome, axe intestin-cerveau et comportement social
Un des domaines captivants de la recherche actuelle est l’étude de l’axe intestin-cerveau. Ce terme décrit la communication bilatérale entre le système digestif (y compris la microbiote) et le système nerveux central. Cette communication se fait à travers des voies nerveuses, des signaux chimiques, des hormones et des molécules produites par les micro-organismes eux-mêmes.
Chez l’homme et dans des modèles animaux, il a été prouvé que des changements dans le microbiome intestinal peuvent influencer l’humeur, l’anxiété, la réponse au stress et, de manière générale, le comportement. Certaines bactéries produisent des métabolites qui agissent sur le cerveau, d’autres modulant l’inflammation, impactant ainsi notre ressenti et notre comportement.
Concernant la cohabitation avec des chiens, une équipe dirigée par le chercheur Takefumi Kikusui à l’Université d’Azabu (Japon) a exploré comment cette relation peut modifier le microbiome des adolescents et être associée à des changements dans leur bien-être émotionnel et social. Les bénéfices se mesurent non pas seulement par une augmentation du bonheur d’avoir un chien, mais aussi par des traces biologiques mesurables.
Cette équipe a observé que les jeunes qui grandissent avec des chiens obtiennent de meilleures notes sur des indicateurs de compagnie, de soutien social et de santé mentale. De précédents travaux avaient déjà montré que les propriétaires de chiens présentent des différences dans leur microbiome intestinal, y compris une plus grande diversité d’espèces, une caractéristique généralement considérée comme positive.
Avec ces éléments, les chercheurs se sont demandé si une partie des bénéfices émotionnels de la possession d’un chien pouvait être médiée par des modifications spécifiques de la microbiote, tanto intestinale qu’orale. Pour cela, ils ont conçu plusieurs études avec des adolescents, combinant des questionnaires psychologiques et des analyses détaillées de leurs micro-organismes.
Chien, adolescents et microbiome oral : découvertes scientifiques
Dans une étude publiée, l’équipe de l’Université d’Azabu a analysé plus de 340 adolescents, comparant ceux qui vivaient avec un chien à ceux qui n’en avaient pas. Les résultats ont montré que posséder un chien à l’âge de 13 ans était associé à moins de problèmes sociaux et à de meilleures notes en santé mentale durant l’adolescence.
Pour aller au-delà des simples enquêtes, des échantillons de microbiome oral ont été prélevés chez tous les participants. Après séquençage des microbes présents, il a été vérifié que la diversité et la richesse d’espèces étaient similaires entre les deux groupes. Cependant, la composition variait : certaines bactéries étaient présentes en plus ou moins grande quantité selon que l’adolescent vivait ou non avec un chien. Cela suggère que la présence de l’animal modifie l’abondance relative de certaines bactéries buccales.
Dès lors, les chercheurs ont émis l’hypothèse que certains de ces micro-organismes pouvaient être en lien avec les scores psychologiques des jeunes, comme les niveaux d’empathie, de comportements prosociaux, de problèmes sociaux ou de bien-être perçu. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une relation de cause à effet prouvée, une association intéressante en émerge.
L’idée la plus marquante fut la identification de bactéries reliées à des comportements prosociaux, c’est-à-dire des micro-organismes associés à une plus grande empathie et comportements d’approche envers autrui, présentes surtout dans les microbiomes oraux des adolescents vivant avec un chien.
Avec prudence, les scientifiques soulignent qu’il est nécessaire de réaliser plus d’études pour confirmer et détailler ces mécanismes, mais l’idée centrale est puissante : élever des chiens pourrait avoir des effets bénéfiques durant la période d’adolescence, une partie de cet impact passant par la symbiose avec certains micro-organismes.
Expérimentations avec des souris : quand la microbiote voyage des adolescents aux animaux de laboratoire
Pour déterminer si ces bactéries associées à la cohabitation avec des chiens pouvaient réellement influencer le comportement, l’équipe de Kikusui a conçu une expérience avec des souris de laboratoire. Ils ont transplanté la microbiote orale d’adolescents avec chien et sans chien à différents groupes de souris afin d’observer d’éventuels changements dans leur comportement social.
Les résultats furent éclatants. Les souris ayant reçu la microbiote des adolescents propriétaires de chien passaient plus de temps à renifler leurs camarades de cage et manifestaient une plus grande ouverture envers d’autres souris lors de tests de comportement social. Ces tests mesurent, par exemple, le temps qu’une souris consacre à explorer un congénère en détresse, ce qui est considéré comme un indicateur de comportement prosocial.
Ainsi, les scientifiques ont observé que la microbiote liée à la cohabitation avec des chiens semblait favoriser des interactions sociales plus marquées chez les souris. Il ne s’agit pas de dire qu’elles devenaient soudainement plus sociables, mais une plus grande tendance à l’interaction et à l’exploration d’autres individus a été détectée.
Ce type d’expérimentation ne permet pas d’affirmer que cela se traduit exactement chez les humains, mais cela donne un indice important : certaines bactéries associées à un mode de vie avec des chiens peuvent moduler le comportement dans d’autres organismes quand elles y sont transférées, renforçant ainsi l’hypothèse du rôle du microbiome dans la conduite.
Les auteurs de l’étude soulignent que l’élevage de chiens offre divers types de bénéfices combinés : interaction quotidienne, activité physique, soutien émotionnel et maintenant, potentiellement, des modifications microbiennes avec un impact psychologique. La microbiote, en ce sens, est une pièce d’un puzzle beaucoup plus vaste.
One Health : une seule santé pour les humains, les chiens et l’environnement
La relation entre microbiome, chiens et santé ne peut être pleinement comprise sans considérer le concept de One Health. Cette vision intègre la santé humaine, animale et environnementale comme des parties inséparables d’un même système. Ce qui se passe dans un de ces domaines a des répercussions directes sur les autres.
Il est bien établi que la cohabitation entre les personnes et les animaux de compagnie, et notamment avec les chiens, a des effets positifs sur le bien-être physique, mental et social des deux parties. De cette perspective, partager son domicile avec un chien est déjà considéré comme un facteur important dans la stratégie One Health.
Une étude récente, également réalisée avec la participation de l’Université d’Azabu, a étudié le transfert de microbiote intestinal entre humains et chiens ayant commencé à cohabiter. L’objectif était de savoir si, au-delà de ressemblances générales, les mêmes bactéries étaient réellement partagées entre les deux hôtes.
Pour cela, les chercheurs ont procédé à une analyse basée sur des variantes de séquences du gène ARNr 16S. Ils ont analysé des échantillons avant et après le début de la cohabitation et à des intervalles de deux semaines, un mois et trois mois après que les humains et les chiens ont commencé à vivre ensemble. Cette stratégie permet de suivre avec précision quelles bactéries apparaissent, disparaissent ou changent d’abondance au fil du temps.
Les résultats ont montré que, bien que la structure globale de la microbiote intestinale de chaque espèce reste stable après trois mois de cohabitation, des transferts spécifiques ont été observés. En particulier, 11 variantes de séquence étaient partagées au sein de chaque paire humain-chien, ce qui renforce l’idée d’un échange de bactéries.
De nombreuses des ASV partagées avaient une abondance relativement élevée dans chaque hôte, ce qui est interprété comme un facteur facilitant le transfert bactérien entre des individus partageant le même espace. Plus il y a de bactéries d’un type dans l’intestin de l’un, plus il est probable qu’elles colonisent partiellement l’autre.
Les résultats offrent des informations précieuses sur le potentiel réel d’échange de bactéries intestinales entre humains et chiens vivant ensemble. Ils renforcent non seulement l’idée que nous partageons nos microbes avec nos animaux de compagnie, mais ouvrent également la voie à une meilleure compréhension de comment cela peut influencer divers aspects de la santé.
Comment la cohabitation affecte le bien-être physique et mental
Les recherches sur la cohabitation et le microbiome indiquent toutes la même chose : vivre avec des chiens modifie la communauté microbienne à la fois chez les humains et chez les animaux, et ces changements ne semblent pas neutres pour la santé. Au contraire, ils sont associés à une série de bénéfices potentiels.
D’une part, il est connu que les propriétaires de chiens ont tendance à présenter une plus grande diversité microbienne au niveau intestinal, un facteur généralement positif car une microbiote plus variée est associée à une plus grande stabilité et résilience face aux perturbations. Cette diversité pourrait être le résultat d’une exposition continue aux microbes des chiens et de l’environnement qu’ils partagent.
D’autre part, chez les adolescents, la présence d’un chien à la maison est associée à une diminution des problèmes sociaux, une meilleure perception du soutien et des niveaux accrus de bien-être mental. Ces effets ne s’expliquent pas seulement par la compagnie émotionnelle de l’animal ; la microbiote offre une pièce additionnelle pour comprendre l’ensemble du tableau.
Les chercheurs suggèrent que les chiens pourraient agir comme des alliés dans les programmes de santé mentale et de bien-être social. Dans les environnements scolaires, par exemple, les interventions assistées par des chiens pourraient renforcer les compétences sociales et réduire l’anxiété. Dans des cliniques ou centres thérapeutiques, on explore de plus en plus les possibilités de l’interaction entre chiens et adolescents pour aborder l’anxiété sociale et d’autres troubles.
Bien qu’on ne parle pas encore de « thérapies du microbiome » basées sur les chiens, il est raisonnable de penser que le contact régulier avec ces animaux contribue à façonner un environnement microbien partagé plus riche et interactif, favorisant, au moins en partie, des états émotionnels plus équilibrés.
Prendre soin de la microbiote intestinale de votre chien : essentiel pour sa santé
Parallèlement à ce qui se passe chez les humains, l’intérêt pour la microbiote intestinale des chiens et des chats a considérablement augmenté en médecine vétérinaire. On comprend mieux qu’un intestin déséquilibré est souvent lié à des diarrhées récurrentes, des problèmes cutanés chroniques, des perturbations immunologiques, et bien plus encore.
Pour cette raison, la microbiote est devenue un sujet d’étude important pour le développement de nouveaux traitements et stratégies de prévention. L’une des approches les plus utilisées consiste à administrer des probiotiques et des compléments alimentaires spécifiquement conçus pour renforcer la flore intestinale des animaux de compagnie.
Ces produits comprennent généralement des mélanges de probiotiques, des extraits végétaux, des vitamines et des minéraux destinés à rétablir l’équilibre de l’écosystème intestinal en cas de stress, de maladie ou de changements alimentaires. Ils aident à établir et à faire fonctionner de manière optimale les bactéries bénéfiques.
Ces compléments sont particulièrement indiqués pour les chiens et les chats convalescents, ceux soumis à des traitements antibiotiques, ceux hospitalisés, lors de périodes d’entraînement intensif ou de régimes inadaptés. Chacune de ces situations peut compromettre la microbiote, il est donc conseillé d’apporter un soutien supplémentaire.
En contribuant à maintenir l’intégrité de l’écosystème intestinal, ces produits renforcent l’activité du système immunitaire au niveau intestinal et améliorent la digestion et l’absorption des protéines, glucides et lipides. En pratique, cela se traduit par des animaux plus énergiques, ayant des selles mieux formées et moins de prédisposition aux problèmes digestifs.
Microbiome, chiens et l’avenir de la santé émotionnelle
Les découvertes concernant la relation entre les chiens, le microbiome et la santé mentale suggèrent un changement de perspective. Traditionnellement, les chiens sont valorisés comme des compagnons inconditionnels apportant de l’affection, incitant à sortir et réduisant le sentiment de solitude. Ces aspects sont incontestablement vrais, mais la science apporte désormais une profondeur supplémentaire.
À travers la symbiose avec leurs micro-organismes, les chiens influencent non seulement notre quotidien, mais pourraient également jouer un rôle dans la réorganisation de notre communauté microbienne interne, favorisant l’empathie, la prosocialité et l’équilibre émotionnel, surtout durant des périodes aussi délicates que l’adolescence.
Simultanément, la reconnaissance de l’approche One Health nous rappelle que ce que nous faisons pour la santé de nos chiens a aussi des répercussions sur la nôtre et celle de notre environnement. Prendre soin de leur microbiote, leur fournir une alimentation adéquate, réduire le stress et garantir des soins vétérinaires de qualité a des effets qui vont bien au-delà de l’animal lui-même.
Les études sur le transfert de microbiote entre humains et chiens, ainsi que les expérimentations réalisées sur des souris, mettent en lumière que nous partageons bien plus que des câlins et des jeux : nous partageons des communautés microbiennes complètes qui voyagent, s’adaptent et, potentiellement, influencent la santé et le comportement de tous les impliqués.
Ainsi, les recherches démontrent que microbiome, chiens et santé forment un réseau de relations étroitement interconnectées. La cohabitation avec des chiens émerge comme un facteur de multiples bénéfices : de l’amélioration de la digestion et des défenses de l’animal aux changements dans la microbiote et le bien-être mental des humains avec lesquels ils vivent, tout en renforçant l’idée d’une santé partagée.
Mon avis :
La coopération entre chiens et humains influence significativement la santé grâce à la modification du microbiome, favorisant un bien-être physique, mental et social. Bien que ces interactions offrent des bénéfices notables, il est essentiel de reconnaître les défis potentiels liés à l’hygiène et aux allergies, demandant une approche équilibrée et informée.
Les questions fréquentes :
Qu’est-ce que le microbiome chez les chiens et pourquoi est-il important ?
Le microbiome chez les chiens désigne l’ensemble des microorganismes, tels que les bactéries, virus et champignons, qui vivent dans leur corps, principalement dans l’intestin. Cette communauté microbienne joue un rôle crucial dans la digestion, l’absorption des nutriments et le maintien de l’équilibre de l’écosystème interne nécessaire à la santé du chien. Un microbiome équilibré protège également contre les pathogènes et interagit avec le système immunitaire, aidant ainsi à prévenir diverses maladies.
Comment la cohabitation avec un chien affecte-t-elle la santé mentale et sociale des adolescents ?
La cohabitation avec un chien a été associée à une meilleure santé mentale et à moins de problèmes sociaux chez les adolescents. Des recherches indiquent que les jeunes vivant avec un chien développent de meilleures compétences sociales et un bien-être émotionnel accru. Les chiens semblent influencer non seulement l’humeur par leur compagnonnage, mais également via des modifications du microbiome, qui peuvent avoir un impact direct sur le comportement et l’état d’esprit des adolescents.
Quels sont les bénéfices des probiotiques pour la microbiota des chiens ?
Les probiotiques et compléments alimentaires peuvent aider à rétablir l’équilibre de la microbiota intestinale des chiens, surtout après des épisodes de stress ou d’illnesses. Ils favorisent l’implantation de bactéries bénéfiques et améliorent la digestion, l’absorption des nutriments et l’intégrité du système immunitaire. En conséquence, les chiens peuvent bénéficier d’une meilleure énergie, d’une réduction des problèmes digestifs, et d’une santé globale améliorée.
En quoi consiste le concept d’One Health en relation avec les chiens et les humains ?
Le concept d’One Health souligne que la santé humaine, animale et environnementale est interconnectée. La cohabitation avec des chiens apporte des bienfaits physiques et mentaux, et il est reconnu que ce type de relation peut influencer positivement la santé des deux parties. En prenant soin de la microbiota des animaux et en favorisant une alimentation adaptée, on contribue non seulement à leur bien-être, mais aussi à celui des humains et de l’environnement partagé.

