Sur l’App Store, près de 560 000 nouvelles apps ont été publiées au premier semestre 2026, presque autant que sur l’ensemble de 2025, tandis que les téléchargements n’ont progressé que de 2 %. En toile de fond, le vibecoding accélère la production, sans garantir le succès.
L’App Store voit arriver une vague d’apps, mais la demande ne suit pas au même rythme
Le volume de nouvelles apps publiées sur l’App Store accélère nettement en 2026. D’après les données de Sensor Tower relayées par le New York Times, environ 600 000 nouvelles apps ont été lancées sur l’App Store sur l’ensemble de 2025, soit une hausse de 30 % sur un an. Sur le seul premier semestre 2026, ce total a déjà atteint environ 560 000. Autrement dit, en six mois, la boutique d’Apple a presque retrouvé le niveau de toute l’année précédente.
Le contraste est encore plus net du côté des téléchargements. Toujours selon Sensor Tower, l’App Store a totalisé 35,4 milliards de téléchargements en 2025, en hausse de 3 %. Sur la première moitié de 2026, les téléchargements progressent de seulement 2 % à 17,6 milliards. Mon constat est simple : l’offre explose, mais l’attention des utilisateurs reste limitée.
Deux métriques dérivées illustrent ce décalage. Premièrement, le ratio téléchargements par nouvelle app tombe fortement si l’on compare les deux périodes à partir des chiffres disponibles. En 2025, 35,4 milliards de téléchargements rapportés à 600 000 nouvelles apps représentent environ 59 000 téléchargements par nouvelle app. Sur le premier semestre 2026, 17,6 milliards de téléchargements pour 560 000 nouvelles apps ramènent ce ratio à environ 31 000. Cela représente une baisse d’environ 47 %. Deuxièmement, le premier semestre 2026 pèse déjà près de 93 % du volume total de nouvelles apps publiées sur toute l’année 2025. Le signal est clair : publier devient plus facile, émerger devient plus dur.
Le vibecoding change la cadence de production, pas la loi du marché
Le moteur de cette inflation de sorties tient au « vibecoding », c’est-à-dire à l’usage d’outils d’IA capables d’accélérer la création d’apps, y compris pour des profils qui n’avaient jamais publié sur mobile. Le cas de Marco Pérez, cité par le New York Times, résume bien le phénomène. Cet ingénieur logiciel basé à Chicago a mis cinq semaines pour prototyper sa première app avec des outils d’IA, puis deux semaines de plus pour la préparer à la mise en ligne sur l’App Store.
Sa première app, InfoDrizzle, a généré 1 300 téléchargements et environ 500 dollars de profit. Converti au taux de référence de la BCE du 20 juillet 2026, soit 1 € = 1,1426 $, cela représente environ 438 €. Sa seconde app, Stampa, lancée en mai après environ une semaine de travail, a été téléchargée 20 000 fois et a produit environ 3 000 dollars de profit, soit environ 2 625 € au même taux selon la Banque centrale européenne.
Là encore, deux calculs apportent un angle plus concret. InfoDrizzle a généré un profit moyen d’environ 0,38 $ par téléchargement, soit environ 0,33 € par installation. Stampa descend à environ 0,15 $ par téléchargement, soit environ 0,13 € par installation. Mon avis est tranché : ces chiffres montrent que l’IA réduit le coût d’entrée, mais ne garantit ni la traction ni la monétisation. Elle simplifie la mise en rayon, pas la création d’un produit rentable.
Apple met en avant la rapidité de validation, mais la pression monte sur la modération
Face à cet afflux, Apple défend la capacité de son processus de revue. Le porte-parole Peter Ajemian a indiqué au New York Times que 90 % des soumissions étaient examinées sous 48 heures. Sur ce point, la documentation officielle d’Apple Developer est même plus ambitieuse : selon la page App Review, 90 % des soumissions sont examinées en moins de 24 heures. Il faut donc retenir que la promesse publique d’Apple reste compatible avec un discours officiel centré sur une revue majoritairement très rapide.
Cette efficacité n’efface pas le problème de fond. Plus il devient simple de générer des apps avec de l’IA, plus la charge de tri augmente. Apple l’admet indirectement dans son communiqué sur la fraude publié en mai 2026 : la société explique que la hausse des outils de développement dopés à l’IA a entraîné une poussée des soumissions d’apps. Selon Apple, plus de 2 millions de soumissions problématiques ont été rejetées en 2025, plus de 1,1 milliard de créations de comptes frauduleux ont été bloquées, 193 000 comptes développeur ont été fermés pour soupçons de fraude et plus de 138 000 inscriptions développeur ont été refusées.
Le rapport de transparence 2024 d’Apple donne un autre point de repère utile : l’App Store a enregistré en moyenne 813,1 millions de visiteurs hebdomadaires. Quelques mois plus tard, Apple a indiqué dans son bilan Services de janvier 2026 que ce niveau était passé à plus de 850 millions d’utilisateurs hebdomadaires moyens sur l’App Store en 2025, répartis sur 175 pays et régions. L’audience continue donc de croître, mais moins vite que la masse de nouvelles apps.
Le vrai problème n’est pas la quantité d’apps, c’est la découverte
Le sujet central n’est pas seulement la saturation technique de la revue. C’est surtout la découverte produit. Selon la documentation officielle d’Apple, l’App Store permet aujourd’hui de distribuer des apps dans 175 storefronts et jusqu’à 50 langues. La portée mondiale existe. L’obstacle se déplace donc vers la visibilité, le classement, la rétention et la conversion.
Cette lecture colle aux tendances plus larges du mobile. Dans son rapport State of Mobile 2026, Sensor Tower explique que les téléchargements, les dépenses in-app et le temps passé sur mobile ont atteint des sommets en 2025 à l’échelle iOS + Google Play. Le cabinet ajoute que les revenus issus des achats intégrés et des apps payantes ont atteint 167 milliards de dollars en 2025 sur les deux grandes boutiques, en hausse de 10,6 % sur un an. Le marché global progresse donc encore, mais cette croissance ne signifie pas que chaque nouvelle app trouve son public.
Mon analyse est claire : le vibecoding transforme le marché en une économie d’abondance. Or, dans une économie d’abondance, la rareté se déplace. Ici, la ressource rare n’est plus le code. C’est l’attention.
Le contexte économique de l’App Store reste massif, mais très concentré
Apple a annoncé en juin 2026 que l’écosystème mondial de l’App Store avait généré plus de 1 400 milliards de dollars de facturations et de ventes en 2025. Converti au taux de la BCE, cela représente environ 1 225 milliards d’euros. Selon Apple, plus de 90 % de ces facturations et ventes reviennent directement aux développeurs sans commission versée à Apple, car elles concernent notamment des biens et services physiques ou de la publicité in-app.
Le détail compte. Dans ce total 2025 communiqué par Apple, la publicité in-app pèse 151 milliards de dollars, soit environ 132 milliards d’euros. Le rapport évalue aussi à près de trois fois la croissance de l’écosystème App Store depuis 2019. Plus intéressant encore, Apple affirme que les apps intégrant une IA orientée grand public ont vu leurs facturations progresser quatre fois plus vite que la moyenne sur la même période. C’est un indicateur fort : l’IA ne sert pas seulement à produire plus d’apps, elle favorise aussi certaines catégories côté revenus.
Mais cette manne n’est pas répartie uniformément. Le Small Business Program d’Apple maintient une commission réduite à 15 % sur les apps payantes et achats intégrés pour les petits développeurs éligibles, au lieu du taux standard plus élevé. Dans l’Union européenne, les conditions ont encore évolué avec les nouvelles règles DMA publiées sur le site Apple Developer, notamment avec des schémas de commission distincts et, depuis le 1er janvier 2026, l’application de nouveaux mécanismes tarifaires pour certains développeurs. Mon opinion est simple : l’environnement économique de l’App Store devient plus complexe au moment même où l’entrée technique devient plus simple.
La comparaison avec Google Play montre deux stratégies opposées
Pour comprendre ce qui se joue, il faut regarder le principal concurrent. Côté sécurité, Google affirme avoir empêché plus de 1,75 million d’apps violant ses règles d’être publiées sur Google Play en 2025 et avoir banni plus de 80 000 comptes développeur malveillants. Chez Apple, les chiffres officiels pour 2025 font état de plus de 2 millions de soumissions problématiques rejetées et de 193 000 comptes développeur fermés pour fraude.
La lecture que j’en fais est la suivante : Apple tient une ligne de contrôle serrée tout en absorbant une explosion des dépôts, alors que Google Play a passé l’année 2024 puis 2025 à nettoyer plus brutalement son catalogue. Plusieurs analyses de marché relayées en 2025 ont montré une chute marquée du nombre total d’apps sur Google Play après un resserrement des politiques de qualité. L’App Store suit l’approche inverse : il laisse entrer un flux élevé, mais renforce la filtration en amont.
Cette différence compte pour les développeurs. Sur iPhone, l’enjeu principal devient la capacité à passer la revue rapidement, à respecter les règles de confidentialité et à obtenir de la visibilité dans un magasin déjà dense. Sur Android, la pression porte davantage sur la conformité continue et la survie dans une boutique qui a réduit sa tolérance aux apps faibles ou redondantes.
Cinq apports nouveaux qui changent la lecture du sujet
1. La vitesse de revue officielle est meilleure que celle citée indirectement
Le texte de départ évoque une revue de 90 % des soumissions en 48 heures. Or, la page officielle App Review d’Apple parle d’une moyenne de 90 % en moins de 24 heures. Cela nuance le récit d’une machine déjà débordée.
2. L’audience hebdomadaire de l’App Store dépasse 850 millions d’utilisateurs
Selon Apple, l’App Store a dépassé 850 millions d’utilisateurs hebdomadaires moyens en 2025. Le marché est immense, mais cette audience ne suffit pas à absorber mécaniquement la hausse des nouvelles apps.
3. L’écosystème App Store a généré plus de 1 400 milliards de dollars en 2025
Selon le communiqué de juin 2026 d’Apple, l’économie générée autour de l’App Store reste gigantesque. Cela replace le boom des apps vibecodées dans un marché qui ne manque pas d’argent, mais où la distribution de la valeur reste très asymétrique.
4. Les apps dopées à l’IA progressent plus vite côté business
Selon Apple, les apps proposant de l’IA côté utilisateur ont connu une croissance des facturations quatre fois supérieure à la moyenne depuis 2019. L’IA n’est donc pas seulement un outil de production, c’est aussi un levier de demande dans certaines verticales.
5. La lutte contre la fraude devient un indicateur aussi important que le volume de sorties
Les plus de 2 millions de soumissions problématiques rejetées par Apple en 2025 et les 1,75 million d’apps bloquées par Google sur Play la même année montrent une chose : l’industrialisation du développement entraîne une industrialisation du filtrage.
Ce que les développeurs doivent retenir en 2026
Le premier enseignement est brutal : publier une app n’a jamais été aussi accessible, mais capter des téléchargements devient mécaniquement plus coûteux en effort produit, en acquisition et en différenciation. Le ratio de téléchargements par nouvelle app calculé plus haut le prouve déjà.
Le second est financier. Les exemples de Marco Pérez montrent qu’une app peut atteindre la boutique rapidement et générer un profit réel, même modeste. Mais ramené au téléchargement, le revenu reste faible dans ces cas concrets : environ 0,33 € par installation pour InfoDrizzle et 0,13 € pour Stampa. Pour un développeur indépendant, cela impose soit un volume conséquent, soit un positionnement premium, soit une rétention forte.
Le troisième concerne la conformité. Entre les exigences de l’App Review, les règles de confidentialité, les obligations spécifiques à l’Union européenne et les mécanismes de commission qui évoluent, le vrai coût d’une app ne se limite plus au développement. Mon jugement est net : l’IA raccourcit la fabrication, mais elle ne réduit pas la complexité réglementaire ni la compétition sur la découverte.
Pour consulter la documentation officielle sur le processus de validation des apps chez Apple, voir la page App Review sur Apple Developer : https://developer.apple.com/app-store/review/
Mon avis :
La vague d’apps “vibecodées” prouve que l’IA abaisse vraiment la barrière d’entrée: 560 000 nouvelles apps au S1 2026, pour seulement +2 % de téléchargements, signe d’une offre qui explose plus vite que la demande. Les gains restent modestes: 500 $ ≈ 438 €, puis 3 000 $ ≈ 2 626 €, loin d’un eldorado. (xe.com)




