En mars, Apple a stoppé le Mac Pro et abandonné au moins deux prototypes internes, J170 et J190, dont un étonnant modèle sous Intel. Selon Bloomberg, ces plans avortés illustrent les limites de la stratégie haut de gamme d’Apple autour des puces « Extreme ».
Le Mac Pro n’a pas seulement été abandonné : Apple aurait aussi mis au rebut deux remplaçants
En mars 2026, Apple a coupé court à la lignée Mac Pro. La marque a retiré la machine de son catalogue et a confirmé qu’aucun nouveau matériel Mac Pro n’était prévu. Le point nouveau, révélé ce 19 juillet 2026 par Bloomberg via Mark Gurman, est plus précis : l’arrêt du produit n’aurait pas toujours été acté en interne, et deux modèles de remplacement auraient été développés avant d’être finalement annulés.
Selon Bloomberg, ces deux projets portaient les noms de code J170 et J190. Le premier aurait reposé sur un processeur Intel, ce qui surprend dans une période où Apple avait déjà basculé vers ses puces maison. Le second aurait été un Mac Pro en M3 Ultra, pensé pour sortir au début de 2025 aux côtés du Mac Studio équipé de la même puce. À mon sens, cette double annulation dit une chose simple : Apple a jugé que le marché du très haut de gamme fixe ne justifiait plus deux tours professionnelles distinctes.
Le vrai problème : le Mac Pro sous Apple Silicon n’avait plus assez d’écart avec le Mac Studio
Le Mac Pro 2023 n’était déjà plus la machine radicalement à part qu’il avait été à l’ère Intel. Selon la fiche technique officielle d’Apple, le modèle commercialisé embarquait une puce M2 Ultra avec CPU 24 cœurs, GPU jusqu’à 76 cœurs, Neural Engine 32 cœurs, 64 à 192 Go de mémoire unifiée et une bande passante mémoire de 800 Go/s. La machine gérait jusqu’à huit écrans, dont trois en 8K à 60 Hz, avec un SSD de 1 à 8 To. Sur le papier, c’était massif. Dans les faits, la fiche restait très proche de celle d’un Mac Studio haut de gamme de la même génération, lui aussi bâti autour du M2 Ultra, avec la même architecture mémoire et des performances CPU/GPU comparables selon Apple.
Le point de rupture, ce n’était donc pas la puissance brute. C’était la proposition de valeur. Selon Apple, le Mac Pro 2023 en tour démarrait à 8 299 €, tandis que le Mac Studio 2023 commençait à 2 399 €. L’écart atteint 5 900 €, soit environ 246 % de plus pour le Mac Pro. Ce différentiel est énorme pour deux machines qui partagent la même famille de puces et une partie du même plafond de performances. À ce niveau, Apple vendait surtout du châssis, des lignes PCIe et une logique d’intégration professionnelle, plus qu’un saut net de calcul.
Pourquoi un prototype Intel restait crédible chez Apple
L’information la plus frappante du rapport de Bloomberg n’est pas l’existence d’un prototype M3 Ultra. C’est celle d’un Mac Pro inédit basé sur Intel. Ce choix paraît contradictoire, mais il est cohérent si on regarde le marché des stations de travail.
Les tours concurrentes restent construites autour de composants remplaçables. La Dell Precision 7875 Tower, par exemple, peut monter jusqu’à un AMD Ryzen Threadripper Pro 9995WX de 96 cœurs et 192 threads, avec jusqu’à 2 To de mémoire ECC DDR5 selon la fiche technique officielle de Dell. Elle peut aussi recevoir des GPU professionnels distincts, comme des NVIDIA RTX 6000 Ada de 48 Go ou des AMD Radeon Pro W7900 de 48 Go. Autrement dit, la logique reste modulaire, extensible et très orientée calcul spécialisé.
Face à cela, le Mac Pro sous Apple Silicon proposait bien des emplacements PCIe, mais sans prise en charge des cartes graphiques tierces comme auparavant. C’est la limite clé. La machine conservait le format tour, mais perdait une partie de l’ADN qui justifiait ce format. Un prototype Intel pouvait donc répondre à des usages très précis : cartes d’acquisition, flux audio spécialisés, pilotes métiers, besoins Linux ou Windows en environnement natif, ou encore dépendance à certains GPU et cartes d’extension professionnelles. À mon avis, si Apple a réellement poussé ce projet, c’est qu’elle a identifié un noyau dur de clients que l’architecture unifiée ne couvrait pas proprement.
Le projet M3 Extreme aurait pu sauver le positionnement, mais le coût l’a sans doute condamné
Le rapport repris de Bloomberg évoque aussi l’existence de puces M2 Extreme et M3 Extreme, finalement abandonnées pour des raisons de coût et de demande. Cette hypothèse éclaire toute la stratégie produit. Tant qu’Apple pouvait placer un étage au-dessus de l’Ultra, le Mac Pro gardait un rôle clair. Sans cet étage, il devenait un Mac Studio plus gros, plus cher et plus spécialisé.
Or la puce M3 Ultra a déjà poussé très loin la logique interne d’Apple. Selon le communiqué officiel d’Apple publié le 5 mars 2025, la M3 Ultra grimpe jusqu’à 32 cœurs CPU, 80 cœurs GPU, plus de 800 Go/s de bande passante mémoire et jusqu’à 512 Go de mémoire unifiée. Toujours selon Apple, elle peut faire tourner sur l’appareil des grands modèles de langage de plus de 600 milliards de paramètres, et son GPU offre des performances jusqu’à 2 fois supérieures à la M2 Ultra et jusqu’à 2,6 fois supérieures à la M1 Ultra. Dit autrement : pour beaucoup de studios, labos créatifs et équipes IA, le plafond utile a déjà glissé vers le Mac Studio.
C’est là que le Mac Pro a perdu sa place. Sans puce “Extreme”, impossible de rétablir une hiérarchie lisible. Et avec un volume de vente probablement faible, développer une puce encore plus grande n’avait sans doute plus de sens économique.
Le Mac Studio 2025 a absorbé l’essentiel de la demande pro
Le remplaçant de fait, c’est le Mac Studio. Selon les caractéristiques officielles d’Apple, la version M3 Ultra du Mac Studio peut embarquer un CPU 32 cœurs, un GPU 80 cœurs, un SSD allant jusqu’à 16 To, du Thunderbolt 5 et la gestion de jusqu’à huit écrans 6K à 60 Hz, ou quatre écrans 8K à 60 Hz. C’est une fiche qui couvre déjà une très large part des besoins en vidéo, 3D, audio, photo, développement et IA locale.
Autre point concret : la consommation. Selon l’assistance officielle d’Apple, un Mac Studio 2025 en M3 Ultra culmine à 270 W, contre 295 W pour un Mac Studio 2023 en M2 Ultra. Cela représente une baisse d’environ 8,5 % de la consommation maximale, alors même que la nouvelle génération promet une hausse de performances GPU pouvant aller jusqu’à 2x face à la M2 Ultra selon Apple. Le ratio perf/watt reste donc au cœur du discours produit. Et c’est précisément le terrain sur lequel une grosse tour classique perd du poids commercial.
Ce que l’article d’origine ne disait pas : cinq éléments qui changent la lecture du dossier
1. Le Mac Pro 2023 restait cher même dans l’univers pro
Selon Apple, le Mac Pro tour démarrait à 8 299 €. Si l’on rapporte ce prix à sa capacité mémoire maximale officielle de 192 Go, on obtient environ 43 € par Go de mémoire adressable au plafond de configuration. Cette métrique est imparfaite, mais elle montre un point : la machine était vendue comme un poste premium avant même toute personnalisation lourde.
2. Le ticket d’entrée des stations concurrentes reste agressif
Selon la page de configuration américaine de Dell, une Precision 7875 Tower affichait un prix de 6 442,91 $ au 19 juillet 2026. Converti avec le taux de référence de la Banque centrale européenne du 17 juillet 2026, soit 1 € = 1,1435 $, cela donne environ 5 634 €. À première vue, cette base est déjà plus basse que les 8 299 € du Mac Pro 2023, alors même que la plateforme Dell donne accès à des CPU jusqu’à 96 cœurs, à 2 To de RAM ECC et à des GPU professionnels dédiés. Je trouve la comparaison sévère pour Apple : en station de travail pure, la tour macOS ne dominait plus naturellement le rapport flexibilité/prix.
3. Le Mac Studio récent couvre désormais des usages IA très lourds
Selon Apple, la M3 Ultra peut être configurée jusqu’à 512 Go de mémoire unifiée et exécuter localement des modèles de plus de 600 milliards de paramètres. Ce n’est pas un détail marketing. Cela signifie qu’une partie des usages qui justifiaient hier une tour avec GPU séparés bascule aujourd’hui vers une machine compacte, surtout quand le besoin porte davantage sur la mémoire unifiée, la bande passante et le silence que sur l’upgrade matériel à vie.
4. La connectique du Mac Pro n’était plus un avantage assez rare
Selon Apple, le Mac Pro 2023 disposait de huit ports Thunderbolt 4, du Wi‑Fi 6E et du Bluetooth 5.3, avec prise en charge de jusqu’à six Pro Display XDR. C’était solide. Mais selon Apple encore, le Mac Studio 2025 passe au Thunderbolt 5 et peut piloter jusqu’à huit écrans 6K ou quatre écrans 8K. En clair, même sur la connectique et l’affichage, le petit format a cessé d’être une machine de compromis.
5. Le contexte marché ne pousse plus forcément à multiplier les références ultra-niche
Selon Gartner, les expéditions mondiales de PC ont progressé de 9,1 % sur l’ensemble de 2025, avec un trio de tête dominé par Lenovo, HP et Dell. Et selon un document investisseurs de Dell Technologies citant l’IDC Quarterly Workstation Tracker Q4 2025, Dell revendique une position de numéro un sur les workstations en part de marché annuelle. Le message est simple : le gros du marché station de travail est tenu par des spécialistes du configurable, pas par Apple. Dans ce contexte, maintenir une ligne Mac Pro pour une clientèle réduite devient un pari industriel coûteux.
Deux métriques qui résument l’échec commercial du concept
Première métrique : l’écart tarifaire entre le Mac Pro 2023 et le Mac Studio 2023 de base atteint environ 246 %, sur la base des prix officiels d’Apple, 8 299 € contre 2 399 €. C’est trop pour une gamme où les performances ne sont plus séparées par une vraie puce exclusive.
Deuxième métrique : la consommation maximale du Mac Studio M3 Ultra baisse d’environ 8,5 % face au Mac Studio M2 Ultra, selon les données d’Apple, 270 W contre 295 W. Si l’on met cette baisse en regard du gain GPU annoncé jusqu’à 2x, la nouvelle génération devient mécaniquement plus attractive pour les studios qui regardent la densité de calcul, la chaleur et le bruit.
Ce que l’abandon du Mac Pro dit de la stratégie desktop d’Apple
Apple ne quitte pas le segment pro. La marque le compacte. Elle déplace la valeur vers le Mac Studio, vers ses puces Ultra, et vers des usages où l’intégration matérielle-logicielle l’emporte sur la modularité classique. C’est cohérent pour le montage vidéo, l’audio, la photo, le code, une partie de la 3D et de l’IA locale. C’est moins convaincant pour les métiers qui vivent de cartes spécialisées, de GPU amovibles, de RAM ECC massive ou d’environnements hybrides macOS/Linux/Windows.
Le plus révélateur dans ce dossier n’est donc pas l’existence d’un prototype Intel. C’est le fait qu’Apple ait envisagé à la fois un retour tactique à Intel pour certains usages et un Mac Pro en M3 Ultra avant de renoncer aux deux. Cette hésitation montre que le constructeur a exploré plusieurs sorties, puis a conclu qu’aucune n’offrait un volume, une marge ou une lisibilité produit suffisants.
Pour les professionnels qui ont encore besoin d’une vraie tour extensible sous macOS, la réponse est désormais claire : non communiqué pour la suite. Pour tous les autres, Apple considère déjà que le centre de gravité s’est déplacé vers le Mac Studio. Et au vu des fiches techniques, des prix et de la trajectoire des puces Ultra, cette lecture se défend.
Source de référence
Caractéristiques officielles du Mac Studio sur le site d’Apple
Mon avis :
Apple acte une décision rationnelle : le Mac Pro stagnait depuis 2023 et restait affiché à 6 138 € après conversion depuis 6 999 $, alors que le Mac Studio offrait déjà plus de valeur pour la plupart des pros. La limite est claire : Apple abandonne une vraie station modulaire, utile aux usages PCIe spécialisés.





