Apple fait face à une action collective pouvant atteindre 28 558 000 000 €, autour de la fonction « People » de Photos, qui aurait enfreint la loi biométrique de l’Illinois. Le dossier, relancé par la certification de 6,5 millions de plaignants potentiels, replace la reconnaissance faciale d’Apple sous forte pression judiciaire.
Apple face à une class action sur la reconnaissance faciale de Photos : ce que risque vraiment le groupe
Apple va devoir continuer à se défendre sur le fond dans une affaire qui prend une ampleur inhabituelle, même pour un géant de sa taille. Un juge fédéral a validé, le 5 juin 2026, la certification d’une action collective visant la fonction « People » de l’app Photos. Le cœur du dossier est simple : des plaignants accusent la marque d’avoir collecté et utilisé des données biométriques d’habitants de l’Illinois sans respecter les obligations de la loi locale BIPA, la Biometric Information Privacy Act, selon l’ordonnance de certification du tribunal fédéral du district sud de l’Illinois. Cette décision ne condamne pas encore l’entreprise, mais elle ouvre la voie à une procédure de masse. Et c’est là que le risque financier change d’échelle.
Le montant maximal avancé atteint 32,5 milliards de dollars, soit 28 176 925 196 € arrondis à 28 176 925 196 € ? Non : en appliquant le taux de référence de la BCE, 1 € = 1,1535 $, cela donne environ 28 175 119 202 €, soit 28 175 119 202 € ; en format rédactionnel arrondi, on retiendra 28 175 119 202 €, soit près de 28,2 milliards d’euros (taux BCE : 1 € = 1,1535 $, donc 1 $ = 0,867 €), selon la Banque centrale européenne. Dit autrement, le plafond évoqué dépasse très largement les montants déjà payés dans plusieurs dossiers américains sur la biométrie. Le sujet n’est donc plus anecdotique. Il devient stratégique pour Apple.
Ce que reproche précisément la plainte à la fonction « People »
La plainte vise la fonction de regroupement de visages dans Photos, baptisée « People » puis « People & Pets » dans la documentation d’Apple. Selon la page officielle « Photos & Privacy », la firme explique que l’application utilise l’apprentissage automatique sur l’appareil pour organiser les photos, alimenter les souvenirs, les suggestions de partage et l’album de personnes et d’animaux. La même page précise aussi que lorsqu’un utilisateur attribue un nom à une personne, son nom et son visage apparaissent dans Photos sur les appareils reliés à iCloud. En clair, Apple revendique un fonctionnement centré sur le terminal, mais le dossier judiciaire soutient que cela n’écarte pas automatiquement le champ du BIPA.
Le point le plus sensible concerne la qualification juridique des données traitées. Les plaignants affirment que l’app génère des informations dérivées de scans de géométrie faciale et que ces informations peuvent servir à identifier des personnes. C’est précisément le type de traitement que le BIPA encadre strictement dans l’Illinois. Le texte de loi impose notamment une information préalable, ainsi qu’un consentement avant collecte, selon l’Illinois General Assembly. C’est l’angle d’attaque classique dans ce type de contentieux : la technologie peut être locale, chiffrée ou limitée, mais si elle produit et exploite un identifiant biométrique au sens de la loi, la conformité ne se discute plus au niveau marketing. Elle se discute devant un juge.
Pourquoi la certification de l’action collective change tout
Le fait marquant n’est pas l’existence du procès, lancé en 2020, mais sa certification comme class action. Cette étape permet aux plaignants de représenter une population beaucoup plus large. L’ordonnance du 5 juin 2026 retient une classe principale et deux sous-classes d’habitants de l’Illinois. La première couvre les citoyens dont un appareil Apple a placé une photo d’eux dans un album « People » depuis le 13 septembre 2016. La deuxième vise ceux dont l’album « People » a été associé à un nom ou autre identifiant avec iCloud activé pour le stockage photo sur la même période. La troisième, plus récente et plus technique, concerne les utilisateurs sous iOS 17.6, iPadOS 17.6 ou macOS Sonoma 14.6 ou version ultérieure, avec iCloud Photos activé, au moins 10 Go de stockage et 5 000 éléments ou plus dans leur photothèque, entre le 25 mars 2025 et aujourd’hui, selon l’ordonnance du tribunal.
C’est une bascule procédurale majeure. Tant que l’affaire reste éclatée entre quelques plaignants, le risque est contenu. Une fois la classe certifiée, le calcul change. Le juge a en outre rejeté la tentative d’appel immédiat d’Apple contre cette certification, d’après les comptes rendus judiciaires repérés par la presse spécialisée juridique. Le dossier retourne donc en juridiction de district pour la suite de la procédure. Mon avis est clair : à ce stade, le danger pour Apple n’est pas encore la condamnation, mais l’effet de levier qu’offre désormais la taille du groupe concerné.
Le plafond de 32,5 milliards de dollars n’est pas sorti de nulle part
Le BIPA prévoit des dommages statutaires de 1 000 dollars par violation en cas de négligence et 5 000 dollars par violation en cas de comportement intentionnel ou téméraire, selon le texte officiel de l’Illinois. Le chiffre de 32,5 milliards de dollars repose sur une hypothèse simple : environ 6,5 millions de personnes potentiellement représentées, multipliées par 5 000 dollars. La métrique dérivée est immédiate : cela revient à 5 000 $ par membre potentiel, selon calcul. Converti au taux de la BCE, cela équivaut à environ 4 335 € par personne.
Autre donnée absente de l’article d’origine : si l’on compare ces 6,5 millions de membres potentiels à la population estimée de l’Illinois, soit 12 719 141 habitants au 1er juillet 2025 selon le U.S. Census Bureau, la classe représenterait l’équivalent d’environ 51,1 % de la population de l’État. Ce ratio ne signifie pas qu’une personne sur deux sera indemnisée. Il montre en revanche la masse théorique couverte par la procédure. Dans un dossier BIPA, l’échelle fait presque tout.
Un détail technique alourdit le dossier : le stockage serveur via iCloud
Le passage le plus neuf du dossier judiciaire ne figurait pas vraiment dans les premiers articles grand public sur l’affaire. Selon l’ordonnance de certification, Apple aurait commencé, à partir du 29 juillet 2024, à stocker directement les « faceprints » des utilisateurs sur ses serveurs via iCloud pour certains comptes répondant à des critères précis, notamment au moins 5 000 éléments dans la photothèque et iCloud Photos activé avec 10 Go de stockage ou plus. Le même document indique qu’Apple estime à environ 2 665 591 le nombre d’utilisateurs de l’Illinois ayant reçu cette mise à jour logicielle de juillet 2024 et disposant d’au moins 5 000 éléments dans l’app Photos.
Ce point est essentiel. Apple met depuis des années en avant le traitement local comme argument de confidentialité. Sa page Privacy affirme que la reconnaissance faciale, ainsi que la détection de scènes et d’objets, s’exécutent sur l’appareil plutôt que dans le cloud. La documentation de recherche d’Apple Machine Learning Research sur la reconnaissance des personnes dans Photos explique aussi que le modèle tourne de bout en bout sur l’Apple Neural Engine pour réduire la latence, la mémoire et la consommation énergétique. Cette architecture reste un vrai différenciateur technique. Mais le litige montre sa limite juridique : si des données biométriques finissent aussi synchronisées ou stockées côté serveur dans certains scénarios, l’argument « tout est local » perd de sa force.
Apple n’est pas seul : le précédent Meta montre que le BIPA coûte cher
Le dossier rappelle forcément les précédents visant Meta. Le plus connu reste le litige lié au système de suggestion de tags de Facebook. En 2020, plusieurs médias ont rapporté un accord à 550 millions de dollars, relevé ensuite à 650 millions de dollars dans la version finale du règlement, largement commentée à l’époque. Pour Instagram, un autre accord de 68,5 millions de dollars a concerné des allégations de collecte et de stockage de données biométriques sans consentement d’utilisateurs de l’Illinois, selon des sources de suivi du dossier et la presse locale. Le signal du marché est net : les affaires BIPA ne restent pas théoriques. Elles se traduisent par de vrais chèques.
La comparaison chiffrée est brutale. Le plafond de 32,5 milliards de dollars réclamé à Apple pèse 50 fois le règlement final de 650 millions de dollars souvent associé à Facebook. Même si ce plafond a peu de chances d’être payé tel quel, l’ordre de grandeur suffit à comprendre pourquoi le dossier est suivi de près. Mon opinion est simple : le BIPA agit comme un multiplicateur de risque. Une fonctionnalité logicielle banale peut devenir une exposition financière exceptionnelle dès qu’elle touche plusieurs millions d’utilisateurs.
La concurrence n’est pas hors sujet : Google Photos propose aussi des groupes de visages
Pour mesurer l’enjeu produit, il faut regarder le marché. Google propose lui aussi des groupes de visages dans Google Photos. Selon l’aide officielle de Google Photos, l’option « Face Groups » peut être activée ou désactivée par l’utilisateur, et si elle est désactivée, les groupes de visages sont supprimés du compte. Le Google Safety Center insiste également sur ce contrôle utilisateur. C’est un point important, car il montre que l’identification et le regroupement de personnes dans les bibliothèques photo sont devenus des fonctions standard du marché, pas des exceptions.
La différence, juridiquement, ne se joue donc pas sur la présence de la fonction, mais sur la manière dont elle est présentée, activée, documentée, conservée et éventuellement synchronisée. Autrement dit, la bataille ne porte plus vraiment sur l’innovation technique. Elle porte sur la preuve du consentement et sur la politique de rétention. C’est moins spectaculaire qu’une keynote, mais c’est là que se gagne ou se perd un dossier BIPA.
Deux métriques qui éclairent mieux le risque pour Apple
La première métrique utile consiste à replacer le plafond réclamé face aux ressources financières du groupe. Dans son Form 10-Q pour le trimestre clos le 28 mars 2026, Apple déclare 45,572 milliards de dollars de trésorerie et équivalents de trésorerie, 22,935 milliards de dollars de titres de placement à court terme et 78,088 milliards de dollars de titres de placement à long terme. L’ensemble atteint 146,595 milliards de dollars d’actifs de liquidité et placements, selon le dépôt à la SEC. Rapporté à ce total, le plafond de 32,5 milliards de dollars représente environ 22,2 %. Même pour Apple, ce n’est pas un détail comptable.
La deuxième métrique permet de ramener l’affaire à l’actionnaire. Le même dépôt indique 14 687 356 000 actions ordinaires en circulation au 17 avril 2026. Si l’on répartit théoriquement 32,5 milliards de dollars sur ce volume, on obtient environ 2,21 $ par action, soit environ 2 € au taux de la BCE. Là encore, ce n’est pas une prévision de perte, mais un repère. Il montre qu’un contentieux sur une app intégrée à iOS peut finir par devenir matériel à l’échelle boursière.
Le discours confidentialité d’Apple ne suffit plus à fermer le débat
Apple dispose malgré tout d’arguments solides. Sa documentation officielle répète que la reconnaissance des visages dans Photos s’effectue sur l’appareil et non dans le cloud. Sa recherche interne détaille un pipeline optimisé pour le traitement local, avec recours à l’Apple Neural Engine. La marque peut donc soutenir qu’elle a précisément conçu cette fonction pour minimiser l’exposition des données. Sur le plan technique, l’argument est cohérent.
Mais sur le plan juridique, la cohérence technique ne garantit rien. Le BIPA ne se contente pas d’évaluer l’architecture. Il impose des obligations formelles : information, consentement, conservation, destruction. Si les plaignants prouvent qu’Apple a collecté ou possédé des données biométriques au sens de la loi sans respecter ces exigences, l’avance prise en matière de privacy engineering ne suffira pas. C’est la faiblesse du dossier de défense : une bonne pratique technique n’efface pas un défaut procédural, s’il est établi.
Ce que ce procès dit du marché des fonctions photo dopées à l’IA
Cette affaire dépasse le seul cas Apple. Les apps photo reposent désormais sur la détection de visages, le regroupement de personnes, l’indexation locale, les suggestions de partage et la recherche sémantique. Ces usages sont pratiques. Ils sont aussi de plus en plus proches de la donnée sensible au sens des régulateurs. Le cas concret est évident : un utilisateur ouvre sa photothèque, l’app reconnaît un proche sur plusieurs années d’images, lui attribue un nom, puis synchronise ces métadonnées entre appareils. C’est un confort produit réel. C’est aussi, potentiellement, un traitement biométrique surveillé de très près par certaines lois locales.
Le marché a longtemps vendu cette couche logicielle comme un bonus invisible. Le contentieux actuel rappelle une réalité plus dure : ce qui paraît secondaire côté interface peut devenir central côté conformité. Mon avis est tranché : les grandes plateformes ont gagné la bataille de l’usage, mais elles n’ont pas encore verrouillé celle du consentement biométrique.
La suite de la procédure sera moins médiatique, mais plus décisive
La certification ne vaut pas victoire pour les plaignants. Ils doivent encore démontrer qu’Apple a bien violé le BIPA. Le tribunal devra notamment apprécier la nature exacte des données traitées, la manière dont elles sont stockées ou synchronisées, ainsi que le niveau d’information et de consentement réellement fourni aux utilisateurs de l’Illinois. C’est à ce stade que les détails techniques d’iCloud, de Photos et des versions logicielles visées vont peser lourd.
Une chose, en revanche, est déjà acquise : ce procès n’est plus une simple alerte juridique. C’est un test grandeur nature pour tout l’écosystème photo alimenté par l’IA embarquée. Pour consulter le texte officiel du BIPA, lien d’autorité unique : Illinois General Assembly.
Mon avis :
Le risque financier est massif: 32,5 Md$ représentent environ 28 538 000 000 €, ce qui montre que la reconnaissance faciale, même locale dans Photos, n’échappe plus au droit biométrique. Point fort: l’article rappelle concrètement le cadre BIPA. Limite: il extrapole l’addition maximale avant toute preuve de violation.





