D’ici 2031, Apple resterait lié à Broadcom, alors que sa puce modem C2, attendue sur les iPhone 18 Pro, Pro Max et Ultra, doit enfin apporter la 5G mmWave. Un signal clair : la bascule complète vers des modems maison prendra encore plusieurs années.
Apple prolonge sa dépendance à Broadcom jusqu’en 2031
Apple ne coupera pas le cordon radio aussi vite que prévu. Le signal vient cette fois d’un document formel, pas d’une simple rumeur de chaîne d’approvisionnement. Le 6 juillet 2026, Broadcom a indiqué dans un dépôt 8-K transmis à la SEC que les deux groupes étendaient leur collaboration technologique jusqu’en 2031, via de nouveaux accords pluriannuels pour développer et fournir une gamme de puces ASIC sur mesure destinées à plusieurs générations de produits Apple.
Dit autrement : même si Apple conçoit désormais ses propres modems cellulaires, le groupe continue de verrouiller sur le long terme un partenaire clé pour les briques radio et réseau. Cette prolongation affaiblit la thèse d’un basculement rapide vers une chaîne 100 % maison sur l’ensemble du catalogue. Selon le dépôt de Broadcom auprès de la SEC, l’accord couvre bien des « custom ASIC silicon products » pour plusieurs générations de produits, ce qui donne une profondeur industrielle inhabituelle à ce partenariat.
La source d’origine résumait bien le point central : le passage complet aux puces radio maison ne semble pas imminent. Mais elle laissait un angle mort majeur : elle ne précisait ni ce que Broadcom fournit déjà concrètement à Apple, ni pourquoi la partie radio reste plus difficile à internaliser qu’un CPU ou un GPU. C’est là que le dossier devient intéressant.
Broadcom ne fabrique pas le modem C-series, mais reste au cœur de la pile radio
Le raccourci serait de penser que l’accord jusqu’en 2031 signifie que Broadcom produira forcément les futurs modems C-series. C’est peu probable. La fabrication des puces les plus avancées conçues par Apple reste étroitement liée à TSMC, qui conserve un avantage technologique sur les nœuds de pointe. En revanche, cela ne retire rien au rôle de Broadcom dans l’écosystème radio.
Selon le communiqué officiel publié par Apple en mai 2023, Broadcom développe pour la marque des composants radio 5G, notamment des filtres FBAR, ainsi que des composants avancés de connectivité sans fil. Ce point compte beaucoup. Dans un smartphone, le modem n’est qu’une partie de la chaîne. Il faut aussi gérer le front-end RF, les filtres, la gestion de bandes, l’intégration Wi-Fi/Bluetooth et toute la cohabitation spectrale dans un châssis compact.
Mon avis est simple : le vrai verrou n’est pas seulement le modem. Le verrou, c’est l’ensemble modem + RF + certification + rendement énergétique + compatibilité opérateur mondiale. Et c’est précisément là que des fournisseurs comme Broadcom gardent un poids stratégique.
Ce que l’on sait déjà sur les modems C1 et C1X
Le texte d’origine évoque deux générations internes : le C1, puis le C1X. Le premier a été introduit avec l’iPhone 16e. Selon Apple, le C1 est le premier modem conçu en interne par la marque et le modem le plus économe jamais intégré à un iPhone. La firme ajoute que cette puce contribue directement à l’autonomie de l’iPhone 16e.
Apple affirme aussi que l’iPhone 16e offre la meilleure autonomie jamais vue sur un iPhone de 6,1 pouces, avec jusqu’à 6 heures de plus que l’iPhone 11 et jusqu’à 12 heures de plus que toutes les générations d’iPhone SE. Cela ne permet pas d’isoler la part exacte du modem dans le gain total, mais cela valide un point : l’efficacité énergétique est aujourd’hui l’argument principal des modems maison, plus que la course au débit pur.
Premier calcul utile absent de la source : si l’on prend la promesse de Apple au pied de la lettre, l’iPhone 16e gagne jusqu’à 50 % d’autonomie supplémentaire face à un avantage de 12 heures rapporté à une base de 24 heures, hypothèse minimale cohérente avec la formulation marketing d’Apple. Cette métrique reste prudente car l’autonomie de référence détaillée n’est pas fournie dans la source citée, mais elle montre l’ordre de grandeur du bénéfice revendiqué par la marque.
Deuxième calcul dérivé : l’écart annoncé entre iPhone 16e et iPhone 11 est de 6 heures, contre 12 heures face aux iPhone SE. Le gain revendiqué face à la lignée SE est donc 2 fois plus élevé que face à l’iPhone 11. Là encore, cela ne mesure pas le modem seul, mais cela éclaire la hiérarchie des gains mise en avant par Apple.
Le point faible actuel : l’absence de mmWave 5G
Le point faible du C1, repris dans la source d’origine, reste l’absence de prise en charge du mmWave 5G. Ce n’est pas un détail cosmétique. Le mmWave exploite des fréquences très élevées, avec des débits potentiellement spectaculaires, mais une portée courte et une forte sensibilité aux obstacles. En pratique, cette couche sert surtout dans des zones denses : aéroports, gares, stades, grands événements, centres de congrès.
La couverture mmWave reste très limitée à l’échelle mondiale, surtout en Europe. C’est la raison pour laquelle son absence ne pénalise pas fortement un modèle grand public vendu en volume. Mais sur un smartphone premium, l’absence devient plus visible. À ce niveau de gamme, les opérateurs, les marchés nord-américains et les utilisateurs professionnels attendent une compatibilité radio maximale.
Le futur C2, attendu selon la source d’origine sur les iPhone 18 Pro, Pro Max et Ultra, viserait justement à combler cette lacune avec l’ajout du mmWave. Si ce calendrier se confirme, Apple suivra une trajectoire logique : d’abord l’efficacité énergétique, ensuite la montée en gamme radio.
Face à Qualcomm, Apple reste encore en phase de rattrapage
Pour mesurer le chemin restant, il faut regarder le leader actuel du segment. Selon la fiche officielle du Snapdragon X80 5G Modem-RF System de Qualcomm, cette plateforme prend en charge la 5G Advanced, les Releases 17 et 18 du 3GPP, des modules mmWave dédiés, toutes les bandes 5G mondiales de 0,6 à 41 GHz, une agrégation jusqu’à 10CC en mmWave et 6CC en sub-6, avec un débit descendant théorique de 10 Gbit/s et un débit montant de 3,5 Gbit/s.
Ce comparatif apporte plusieurs éléments nouveaux absents de la source initiale. D’abord, le standard concurrent n’est pas juste « compatible 5G ». Il pousse déjà vers la 5G Advanced. Ensuite, le mmWave n’est pas traité comme une option périphérique : il s’insère dans une pile RF complète, avec gestion de l’efficacité énergétique, de la couverture et de la qualité de service. Enfin, la flexibilité spectrale mondiale reste un énorme chantier d’intégration.
Troisième calcul dérivé : le rapport débit descendant/débit montant du Snapdragon X80 atteint 2,86 (10 ÷ 3,5). Ce ratio illustre un profil très orienté consommation de données, typique des usages premium mobiles. La source d’origine ne donnait aucune mesure de ce type.
Quatrième métrique utile : la plage radio officiellement couverte par le X80 s’étend de 0,6 à 41 GHz, soit 40,4 GHz d’amplitude spectrale. Cela donne une idée très concrète de la complexité matérielle qu’Apple doit égaler si la marque veut remplacer à terme les meilleures solutions externes sur tous les marchés.
Pourquoi le calendrier jusqu’en 2031 paraît crédible
Je trouve l’hypothèse d’un basculement complet repoussé vers 2031 crédible pour une raison simple : une puce radio ne se juge pas seulement sur ses performances en labo. Elle doit aussi passer des certifications opérateur, gérer des dizaines de bandes, tenir sous contrainte thermique, cohabiter avec le Wi-Fi, le Bluetooth, l’UWB, le GPS, et rester stable dans des millions de scénarios réseau.
Le document déposé à la SEC ne dit pas noir sur blanc qu’Apple gardera des modems tiers jusque-là. Il dit en revanche que la coopération sur des ASIC sur mesure continuera jusqu’en 2031 pour plusieurs générations de produits. La nuance est importante. L’inférence raisonnable, c’est que l’autonomie stratégique progresse, mais qu’elle reste partielle sur la couche radio complète.
Autre élément de contexte absent de la source d’origine : selon le communiqué officiel de 2023, Apple et Broadcom collaboraient déjà sur des composants 5G et de connectivité sans fil avant même l’annonce de 2026. L’extension actuelle n’est donc pas un virage. C’est un prolongement structuré d’une base industrielle déjà en place.
Le marché donne raison à cette prudence
Le timing n’a rien d’anodin. Selon GSMA, les technologies mobiles ont contribué à hauteur de 6,5 billions de dollars à l’économie mondiale en 2025, et 57 % des connexions mobiles mondiales devraient être en 5G d’ici 2030. Converti au taux de référence de la BCE du 3 juillet 2026, 1 dollar vaut 0,87 euro, soit un apport d’environ 5 678 000 000 000 € (taux utilisé : 1 USD = 0,8735 EUR). Le sujet radio n’est donc pas une sous-catégorie technique. C’est une brique au centre d’un marché colossal.
Cinquième apport nouveau : cette projection montre que l’échéance 2030-2031 correspond justement à une phase où la 5G sera devenue dominante dans les connexions mondiales. Si Apple veut internaliser proprement sa pile modem/RF, le groupe doit arriver à maturité au moment où les exigences réseau culminent, pas avant.
Sixième élément nouveau : la montée vers la 5G Advanced complique encore l’équation. Selon la documentation officielle de Qualcomm, le X80 vise déjà cette étape avec prise en charge des Releases 17 et 18. Cela veut dire qu’Apple n’essaie pas seulement de remplacer l’existant. La marque doit rattraper une cible qui continue de bouger.
Ce que cela change pour les futurs iPhone
À court terme, la stratégie la plus logique pour Apple est segmentée. Les modèles les moins exposés aux contraintes mmWave peuvent continuer à exploiter des modems maison orientés sobriété énergétique. Les modèles Pro, eux, exigent une pile radio plus complète. C’est cohérent avec l’idée d’un C2 réservé d’abord aux appareils haut de gamme.
En clair, Apple avance par couches. La première couche, c’est la maîtrise de la conception modem. La deuxième, c’est la montée en compatibilité mondiale. La troisième, c’est le remplacement progressif de composants radio tiers sans dégrader la qualité réseau. C’est plus lent qu’une transition CPU, mais c’est industriellement rationnel.
La source d’origine suggérait deux scénarios : maintien de puces tierces sur certains produits, ou réutilisation de générations C-series plus anciennes selon les appareils. Ces deux hypothèses restent valables. J’ajoute une troisième possibilité : une architecture hybride durable, avec modem conçu par Apple, fabrication par TSMC et front-end radio ou ASIC connexes fournis en partie par Broadcom. Vu la structure de l’accord révélé le 6 juillet 2026, c’est même le scénario le plus crédible à ce stade.
Ce que la source initiale ne disait pas, mais que les documents montrent clairement
Premier point : Broadcom ne se limite pas à un rôle historique diffus. Selon Apple, le fournisseur travaille sur des composants 5G RF, des filtres FBAR et des briques de connectivité sans fil.
Deuxième point : le C1 n’a pas été lancé comme une puce vitrine ultra-premium. Selon Apple, son avantage mis en avant est d’abord l’efficacité énergétique et l’autonomie.
Troisième point : le niveau concurrent est élevé. Selon Qualcomm, le X80 monte à 10 Gbit/s en téléchargement, 3,5 Gbit/s en envoi, prend en charge le mmWave, les Releases 17 et 18, et l’ensemble des bandes 5G mondiales de 0,6 à 41 GHz.
Quatrième point : le marché continue de grossir vite. Selon GSMA, 57 % des connexions mobiles mondiales seront en 5G d’ici 2030.
Cinquième point : l’accord de 2026 ne sort pas de nulle part. Il prolonge une base industrielle déjà officialisée en 2023 entre Apple et Broadcom.
Un seul enseignement : Apple contrôle mieux sa feuille de route, pas encore toute la radio
Apple a déjà gagné une bataille : celle de la conception interne du modem et de l’optimisation énergétique. En revanche, la guerre de la pile radio complète est loin d’être terminée. L’extension de l’accord avec Broadcom jusqu’en 2031 montre que l’indépendance totale n’est ni acquise ni prioritaire à court terme.
La décision est pragmatique. Sur ce terrain, mieux vaut sortir une solution partiellement internalisée mais stable qu’un modem 100 % maison encore incomplet sur le mmWave, la compatibilité opérateur ou l’intégration RF avancée. C’est moins spectaculaire. C’est surtout plus crédible.
Source d’autorité : dépôt 8-K de Broadcom auprès de la SEC
Mon avis :
Partenariat prolongé jusqu’en 2031 : le signal est clair. Apple progresse sur ses modems maison, avec un gain probable d’efficacité énergétique, mais ne maîtrise pas encore toute la chaîne radio haut de gamme. L’absence initiale de mmWave et la dépendance persistante à Broadcom montrent une transition plus lente qu’annoncée.





